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LES ÉTAPES DE LA VIE D'UN MACON ARTESIEN

Les joies et les peines de la vie.

Baptême maçonnique. Mariage d'un frère. Délégations. Pompes funèbres.

La loge, d’abord simple réunion d’amis, devient, après 1772, une sorte de confrérie, où l'esprit de corps grandit chaque jour. Parcourons les premières pages des Livres d'architecture de la Fidélité, les seuls de l’Artois qui soient parvenus jusqu’à nous ; nous ne remarquons aucune de ces cérémonies touchantes, qui, par la suite, deviendront d'un constant usage ; pour les frères, point de délégations, ni aux mariages, ni aux funérailles, point de services religieux lors des anniversaires ; la maçonnerie artésienne, sous le régime de la G-- L~. de France, se cache et parait honteuse de vivre ; elle n'a pas oublié les persécutions qui l'ont menacée et qui atteignirent certains ateliers de sa correspondance ; elle désire passer inaperque, se faire oublier ;

elle affecte de ne se livrer à aucune manifestation publique.

Certaine de la tolérance des pouvoirs publics, elle va modifier sa manière d’être.

Non contente de prendre l'enfant, quelquefois dés le berceau, et de le mener à travers les différentes initiations, jusqu'à la tombe, elle partage ses peines comme ses joies et s'intéresse aux principaux événements de sa vie. Un frére accomplit-il une action d'éclat, est-il l'objet d'un avancement dans la magistrature ou dans l’armée, elle lui adresse immédiatement ses félicitations. Lorsque le f-- de Chambonas est nommé lieutenant-colonel, le 28 février 1784, quand, quatre ans plus tard, le f-- de Saint-Martin obtient le grade de major, les fréres de la Fzdélité leur envoyérent une députation, preuve de l'allégresse générale (1).

Le f-- Térouanne se remet-il d'une dangereuse maladie ? Le f-de Reynaud fait-il une chute grave ? Aussitót plusieurs membres de la loge sont délégués pour leur exprimer des voeux de prompt rétablissement (2). Si un officier, appartenant a l'atelier, est appelé dans un autre régiment ; si le Royal-Penthiévre ou l'Orléans-Dragons change de garnison, la peine des fréres se manifeste, profonde, et ils ne se

(1) Livres d'architecture de la L.. de la FIDELITE, tenues des 28 février 1784, 98 janvier 1786, 1er mai 1788

(2) Ibid., tenues des 28 février 1784 et 30 septembre 1784.

consolent de cette séparation qu'en pensant que ceux qui s'éloignent leur accorderont « une part dans leur souvenir » (1). Un membre de la loge vient-il à perdre un enfant chéri, une épouse aimée, ses collégues de l'atelier sont les premiers à lui offrir leurs condoléances. Ainsi le f^ de Saint-Martin reçoit, le 3 octobre 1788, une planche à tracer, à l'occasion du décés de sa dame. Quand le f~. Delecourt, vén-de la Cozstance, a la douleur de perdre une épouse chérie, « aprés quarante-six ans de vie commune », il en informe ses fréres de la Concorde, à l'O-. de Mons (2).

Un frére voit-il son foyer égayé par la naissance d'un enfant ? Il le présente à la loge, visite indépendante de la cérémonie religieuse du baptême. Le 22 janvier 1787, le f-- Deulin fait part au vén-. -et aux frères de la Fidélité, de l'heureuse naissance d’une louvetine et demande la faveur de la faire baptiser au nom de la loge ; on accepte volontiers cette offre flatteuse : l'enfant a pour parrain le f-- Remy qui, au nom de tous les frères, lui donne le nom de Fidélitée ; c'est l'occasion d'applaudir « à cette nouvelle marque d'attachement de la part du f`- Deulin ».

Mais les fréres ne s'en tiennent pas à cette manifestation platonique ; ils désirent « faire un sort » à la petite louvetine ; non contents de payer les frais de l'accouchement de la mére, ils décident de donner chacun douze sols par mois, pour les besoins de l'enfant (3).

Leur sollicitude pour les parents n'est pas moins grande : lorsqu'un maçon se marie, une députation est chargée de le féliciter et de lui adresser des voeux de bonheur. Le 14 février 1784, les ff^. de Saint-Paul, Domazan et Videlenne sont désignés pour assister, le mercredi suivant, à l'union de Jacques-François-Norbert-Hippolyte Jacquemont du Donjon avec Marie-Catherine Gorlier et pour complimenter les nouveaux époux. Lorsque le comte de Fléchin convole en justes noces, ce sont les ff. de Blin, vén-., de Wamin, orateur, et le chevalier de Blin, maitre de cérémonies, qui se voient chargés de ce soin. On a les mémes attentions pour les fréres de Léviston et des Périchons (4). Cet usage n'est pas spécial à la franc-maçonnerie artésienne ; il existe dans nos confréries et nos corporations ; le Conseil d'Artois, du reste, montre l'exemple ; déjà, le 18 février 1716, le procureur général et trois membres de la compagnie, venaient féliciter M. de Warluzel, premier président, de son mariage avec la demoiselle du Rietz de Willerval : cette tradition était constante à la Cour le

Comte (5).

(1) Livres d'archit. de la L.. de la FIDÉLITÉ, tenues du 3 octobre 1874 et suiv.

(2) Planche à tracer du 20° j.. du 5° m... 5806, adressée par le f~. Delecourt au vén.. de la L.. de la CONCORDE, à l'O.. de Mons. (Arch. de la CONCORDE, à roO., de Mons).

(3) Livres d'architecture de la L.. de la FIDELITE, tenue du 22 janvier 1787).

(4) Ibid., tenue du 3 avril 1784.

(8) Arch. dép. du P.-de-C., série B. 42, p. 117. La Cour-le-Comte était le palais affecté au Conseil d'Artois.

LES De —

Les devoirs sont parfois moins agréables à remplir : lorsqu'un membre de la L-. vient à décéder, des délégations assistent à ses funérailles ; à Hesdin, un service est célébré à sa mémoire au couvent des Péres Récollets ; des discours sont prononcés pour rendre un hommage public à scs vertus. Quand meurt, au mois d'avril 1784, le c. f-. Playoult, médecin, le f. Domazan, orateur- adjoint, est prié « de semer des fleurs sur le tombeau du cher défunt » (1). ;

C'est parfois, mais plus rarement, dans le local méme de la loge qu'est célébrée la « pompe funèbre » du frère décédé. Les honneurs rendus sont proportionnés aux fonctions qu'il occupa dans la maconnerie.

Les membres du Conseil d'Artois suivent les mêmes traditions ; | ils assistent en corps, le 5 octobre 1710, aux funérailles de M. de Remez, doyen des Conseillers ; le 16 août 1722, ils conduisent à sa

dernière demeure, M. Galbart, leur so1s-doyen ; le 26 décembre ' 1741, leur collègue Beauvois ; le 15 juillet 1746, M. Hermant, substitut honoraire, et le 21 avril de la méme année, M. d'Imant, conseiller.

Ils se rendent, en janvier 1738, au service de Madame Lefebvre, épouse de leur doyen, et à partir du 19 juin 1731, nous trouvons trace d'un obit annuel célébré, à la suite de la féte de la Saint-Yves, pour les membres défunts du Conseil (2).

Les funérailles d'un premier président au Conseil d'Artois se déroulent suivant une pompe réglée par un protocole spécial ; la compagnie y assiste en corps, les membres sont « revétus en grand deuil et en manteau long » ; les huissiers et les sergents les précédent ; le catafalque rehaussé de draperies et des armoiries du défunt, est entouré de quatre grands lampadaires ; dans le choeur de l'Eglise — ot reposent certains magistrats (3) — sont réunies les délégations des avocats et des procureurs. -

En rendant des hommages suprémes à leurs morts, les maçons artésiens se conforment donc aux usages et aux traditions des grands corps de la province.

(1) Souvent, c'est en vers que les frères expriment leurs condoléances ; voici, par exemple, ceux qui furent adressés au f.. Bécu, membre de la CONS- TANCE, à l'O.. d'Arras, qui venait de perdre une louvetine :

; Amis, à notre aspect, Constant sèche ses pleurs ;

Il semble oublier ses malheurs : : 1 Tendre Amitié, sans doute, en son àme mitige

L'amertume de ses douleurs...

Il sait que son mal nous afflige...

(ESSAIS D'ARCHITECTURE MAC.., par le f". Valentin Roty, membre de la R.. L.. de la CONSTANCE ; à Arras, de l'imprimerie du f.. Leclercq, 5807).

(2) Arch. dép. du P.-de-C., série B.-43, pp. 23, 38, 52, 129, 133, 147, 156, 216, 233.

(3) M. d'Imant fut enterré sous le chœur de l'église Saint-Nicolas, à Arras. (Arch. dép. du P.-de-C., B. 43, p. 216). j

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