‹ La Franc-Maçonnerie Artésienne au XVIIIe SiècleChapitre 44 sur 71 · DES * R · texte numérisé non relu

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" Nous remarquons que, dans cette dernière province, l'élément militaire l'emporte de 6 % sur l'élément civil. : Le commerce et l'industrie s'y étant implantés plus tót qu'en Artois,

fee ff. négociants y figurent en plus grand nombre; les fonctionnaires et les prêtres suivent avec intérêt les travaux de HR mais ou la différence est le plus sensible, c’est dans la catégorie des nobles; sans doute, une loge d'Abbeville, l'Azozle Polaire, ne reçoit que des gens titrés ; cependant, si nous en faisons abstraction, si nous comparons, sur ce point, Montreuil à Hesdin et à Arras, nous avons encore une proportion double en faveur de la première de ces villes.

Il parait évident que, là encore, l'armée a fourni un fort contingent d'officiers nobles.

Ce qui plait à tout ce monde, c'est la bonne camaraderie qui régne au sein des ateliers, les distinctions que l’on reçoit, le but philanthropique que l'on poursuit. Ce sont aussi les distractions qu'on y rencontre ; | ici, la pratique de la bienfaisance est le premier but poursuivi par les freres; là, les discussions philosophiques ou littéraires sont préférées par les membres ; dans cet autre groupement, les banquets et les fétes joyeuses présentent un attrait sans égal; suivant la mentalité des individus, les principes de l'Art Royal subissent certaines déformations. Il n'est rien de plus variable que la vie intérieure d'une loge. Les 1dées égalitaires qu'on y professe sont loin d'étre le principal attrait ; ce qu'on est heureux d'y rencontrer, c'est une société choisie et fermée : au XVIII? siècle, un homme distingué fréquente son atelier comme, de nos jours, il se rend à son cercle.

Qu'on ne dise pas que les membres de nos loges furent les artisans d’une œuvre de désagrégation sociale et qu’ils provoquèrent l’envie hatneuse des classes inférieures, forgeant, de leurs propres mains, le tonnerre qui deva:t les foudroyer.

- Nul reproche ne serait moins justifié. La maçonnerie a compté bien peu dans la préparation de l’œuvre révolutionnaire. Si elle a appris a ses adeptes ces principes de liberté et d'égalité, qui vont soulever l'enthousiasme général; si elle a préparé certains de ses membres à jouer un rôle de premier plan dans les événements qui suivront, son influence sur l'opinion publique a été nulle.

On confond trop souvent la franc-maconnerie et l'encyclopédie; le rôle de la première dans la préparation de la Révolution fut surtout exagéré : sur les cent cinquante-neuf collaborateurs de Diderot, une dizaine environ fréquentaient les ateliers parisiens (1); encore Chabrol et Lalande n'écrivirent-ils que dans le supplément paru en 1776. Buffon et Guéneau de Montbéliard durent étre sollicités d'entrer dans la loge de Semur (2), mais leurs noms ne figurent sur aucun tableau; un seul

(1) Ce sont, d'aprés nos recherches, d'Alembert. Chabrol, Diderot, Lalande, Genson, Helvétius, Necker, Péronnet, le comte de Tressan, Belleval et Voltaire. Après de minutieuses recherches faites aux archives du G.. O~., on peut affirmer que Jean-Jacques Rousseau ne fut pas franc-macon.

(2) Renseignement obligeamment communiqué par M. Collilieux.

parmi leurs collègues appartient à la franc-maçonnerie picarde, c'est Charles du Maisniel, seigneur de Belleval, à qui sont dûs plusieurs articles sur la botanique (1). Un encyclopédiste n’était donc pas nécessairement un franc-maçon et réciproquement ; un frère pouvait être hostile aux théories des auteurs du fameux dictionnaire, tels, par exemple, les jansénistes, les Willermoz, les Fréteau, les Grégoire, etc...

Combien d'orateurs dénoncèrent, au sein des ateliers, la philosophie simple du siècle, c'est-à-dire celle des encyclopédistes! (2).

La franc-maçonnerie artésienne ne subit pas davantage l'influence des Martinistes. A aucune époque, nous ne la voyons créer ces arrièreloges, réservées aux àmes ardentes, selon la forte expression de Louis Blanc, et qui sont des sanctuaires mystérieux, où les adeptes n'ont accès qu'à la suite d'épreuves nombreuses et compliquées, permettant de suivre les progres de leur éducation révolutionnaire (3). Elle n'a pas plus de chefs secrets et rien ne nous permet de penser que ceux qui dirigèrent nos ateliers, les Jacquemont du Donjon, les de Siougeat et les

Delecourt se fussent courbés sous le joug de quelque pontife anonyme. Ces bons catholiques, ces parfaits sujets du roi étaient incapables de se préter a quelque complot contre la religion ou la monarchie.

(1) ll appartenait à la L.. de l'ETOILE POLAIRE, d'Abbeville ; renseignement fourni par M. Lemaitre.

Ajoutons que nous n'avons relevé ce nom ni dans l'édition Lebreton, ni dans celles de Genéve (1777) et de Lausanne (1778).

(9) Les encyclopédistes encourageaient les métiers manuels, que condamne Ramsay, dans le discours qu'il prononca le 21 mars 1738 ; cette œuvre a été faussement attribuée au duc d'Antin par le f-. Amiable, dans la FRANC-MAÇONNERIE EN FRANCE DEPUIS 1825, pp. 10 et 11 ; deux lettres écrites par Ramsay au cardinal Fleury, l'une du 20, l'autre du 22 mars 1737, prouvent qu'il est bien l'auteur de ce discours qu'il dédie à celui-ci et qu'il dit devoir prononcer le lendemain à la grande assemblée des « free massons » ; au travers de l’une des lettres, le cardinal a écrit : «.Le Roi ne veut pas qu'on s'assemble ». Le 21 mars est célébrée la fête de l'équinoxe. Cité par Lemontey, HISTOIRE DE, LA REGENCE, 1834.

(3) Louis Blanc, HISTOIRE DE LA RÉVOLUTION, t. IL, p. 69.

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