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pourra être offert, sera digne du corps qui le présentera et des membres qui voudront bien y participer » (1).
Deux mois plus tard, on renouvelle ce pressant appel; déjà une multitude de citoyens ont donné les preuves les plus manifestes de leur dévoüment; leurs noms sont inscrits dans les « fastes de la Nation ». Le macon sera-t-il le dernier à porter son offrande sur « l'autel de la Patrie ? » Jamais il ne méritera un pareil reproche. La maçonnerie ne démentira pas ce constant souci du bien public, qui l'a toujours fait distinguer « des sociétés profanes ». Devant les besoins de la Nation, les fréres ne peuvent rester insensibles. Ils doivent remplir les devoirs que leur impose le double titre de maçons et de citoyens; « la patrie ne demande pas que nos sacrifices excèdent nos facultés; elle veut seulement que nous l'aidions à soutenir sa gloire et son honneur. Maçons! sa voix a parlé à votre cœur et vous en suivrez l'impulsion ! »
La circulaire du 25 novembre 1789 constate que déjà vingt-deux loges affiliées ont envoyé leur contribution patriotique; l'une d'elles a méme devancé « le vœu de ses sœurs »; elle a adressé directement son offrande à l'Assemblée Nationale, qui « a applaudi au double titre sous lequel ce don lui a été remis » et qui a accueilli les frères, parce qu'elle sait « les apprécier ». Nul doute que toutes les loges veuillent imiter bientót ce généreux exemple.
Certains ateliers ont vu leurs ressources s'épuiser et expriment leurs regrets de se voir dans un dénüment aussi absolu. Leur sincérité n'est pas mise en doute.
L'assemblée extraordinaire du G-. O-. de France du 22 janvier 1790, étudie à nouveau cette question et décide :
1° Que les loges seront invitées à souscrire pour un don patriotique, qui sera offert à l'Assemblée Nationale;
2° OQu'elles devront faire connaître leur réponse dans un délai de deux mois;
3° Que celles qui auront souscrit seront « priées de réaliser leur soumission ».
Parmi les loges de l'Artois, l'une au moins, la Fidélité a concouru à ces généreuses initiatives qui, en dehors méme de leur utilité pratique, ont l'avantage de resserrer les liens unissant les ateliers à leur centre d’ By han on
Mais les temps sont peu favorables aux fervents de l'Art Royal.
: Dès les premiers mois de l'année 1700, le G-- O~- se demande si,
« pendant que tout respire l'égalité, pendant qu'on se plait à en répan-
dre les principes, la pesnnaerm n'aurait pas à se plaindre de se voir négligée ? »
« Elle s'est donnée tout entiére à la Patrie et, si elle avait encore
à le faire, elle ne balancerait pas un instant à voler où son patriotisme
Tappellerait », lisons-nous dans une circulaire du 4 novembre 1790.
(1) Circulaire du 9 novembre 1789,
Toute la question est de savoir s'il est possible de concilier les devoirs du maçon avec ceux du citoyen; l'heureux accord de leurs principes, qui sont aujourd'hui les mémes, doit donner les meilleurs résultats, procurer à l'Art Royal de nouveaux prosélytes et augmenter le nombre des ouvriers zélés qui, dans les ateliers, s'occupent de la pratique des vertus et du soulagement de l'humanité.
Le G~. O-- estime que le moment est venu d'ouvrir de nouveau « les écoles de bienfaisance » et de donner aux travaux et à la correspondance des loges une activité que les circonstances troublées ont momentanément ralentie : l'expérience a prouvé que son administration, telle qu'elle a été réglée, convient à « des hommes libres » et le calme permettant de rassembler les ouvriers épars, on peut tout attendre de leur zéle : La maçonnerie de france est près de toucher à sa période de splendeur et son utilité sentie la rendra l'un des plus beaux établissements qui aient Jamais existé (1). Si les législateurs de la Nation témoignent de leur estime pour les magons, ceux-ci en sont dignes; ils n'ont plus à redouter les calomnies de l'ignorance et du fanatisme; leurs principes, leurs actions, leur conduite les ont déjà Justifíés; « le profane lui-même est convaincu que l'esprit d'égalité qui règne aujourd'hui est le feu sacré conservé dans les temples ».
La Patrie sait bien que l’objet constant de leurs soins est de lui «conserver » des citoyens; que leurs préceptes ne tendent qu'à « former les hommes à la vertu » ; elle ne rejettera pas les nouvelles marques de leur dévouement.
Mais les événements qui se précipitent sont loin de calmer les esprits ; ils ont leur répercussion sur les travaux des ateliers; le G~. O-qui est « leur point de réunion », se trouve dans un état d'anxiété qu'il désire faire cesser.
Ce n'est plus, cette fois, en faveur d'un don patriotique qu'il intervient : ses affaires vont mal; les dettes s’accumulent ; il ne peut se libérer sans le concours des loges. Dans une circulaire du 4 avril 1791, il exprime la crainte que la maconnerie soit menacée de tomber. dans lanarchie et dans la confusion. Va-t-on laisser détruire ces temples « qui ont si souvent été accessibles aux cris de l'humanité souffrante ? » Va-t-il falloir renoncer à la.gloire « d'avoir appris à l'homme à aimer et à respecter son semblable ? » Cependant, les devoirs du maçon et ceux du citoyen sont parfaitement conciliables; aprés avoir engagé les fréres à consentir les sacrifices nécessaires, la circulaire conclut ainsi : « Jamais les fastes de la maçonnerie ne furent marqués par une époque plus mémorable qu'au moment ot elle a concouru à faire rendre à l'homme ses droits usurpés, ceux qu'il tient de la nature, l'égalité ».
Hélas! le zèle des frères n'est pas à la hauteur des circonstances; deux mois plus tard, un nouvel avertissement est envoyé à toutes les loges. Depuis que le G-- O-- leur a fait connaitre ses besoins, la plupart d'entre elles ont montré une indifférence coupable. Oublient-elles
(1) Circulaire du 4 novembre 1790. Arch. mun. d'Hesdin.
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qu'elles ont contracté l'engagement solennel de contribuer à l'entretien du « chef-lieu de leur correspondance ? » Une note présume mélancoliquement que « les derniéres circulaires ont été déposées dans les archives, sans méme avoir été lues »... (1).
Ce dernier appel fut entendu: Par la suite, il n’est plus fait d’ allusion aux besoins d'argent du G“ O-.; on ne demande aux maçons frangais que le zèle pour « le bien de l'Ordre »; ils doivent engager leurs loges à reprendre, avec plus d'activité que jamais, les travaux interrompus et remplir avec vigilance les devoirs, que « le titre de citoyens impose à leurs membres ». La circulaire du 5 novembre 1791, constate que les temps d'ignorance sont passés : « Le flambeau de la philosophie et de la raison brille aux yeux de l'univers et la maçonnerie ne peut que sapplaudir d'avoir contribué à écarter les nuages qui en obscurcissent la lumière ».
La dernière circulaire adressée par le G- O~- de France à la loge de la Fidélité d'Hesdin porte la date du 16 décembre 1791 ; elle renouvelle les précédents conseils : « Quoique la France ait placé l'égalité à la base de sa Constitution, elle n'en est pas moins peuplée d'hommes sujets aux passions et à l'erreur; il faut donc que ceux qui sont imbus des vrais principes donnent l'exemple et qu'ils rappellent sans cesse leurs semblables aux règles « de la droiture, de l'équité et de la raison... » Ils doivent étre remplis de sollicitude pour le malheureux qui gémit dans l'indigence; il faut que la main du frère essuie les larmes de son frére et l'on se demande si, « au moment ot la PIC cherche à se rendre le plus utile à l'Etat, elle ne pourrait pas s'occuper, en méme temps, des intéréts particuliers de ses membres ».
Avec cette circulaire, cesse la correspondance du G~. O~- de France, qui a suspendu ses séances. La G-. L-. de France, elle aussi, a interrompu ses travaux, leurs membres se dispersent. La Mére-Loge du rite écossais philosophique, qui vient d'adresser, le 16 juillet 1791, une circulaire aux Chapitres de son régime, pour les engager à l'obéissance à la Constitution et leur conseiller le plus entier dévoüment à la personne du roi Louis XVI, ferme, à son tour, ses portes.
Le moment n'est plus aux paroles, mais aux actes. Le Grand Maitre de l'ordre va porter sa tête sur l'échafaud, malgré un désaveu qui eût pu entrainer, pour ses freres, les pires persécutions. Reettiers de Montaleau est emprisonné. On accuse les francs-maçons de conspirer et on les confond dans une méme réprobation avec les Illuminés, les Templiers et les Ecossais.
(1) Circulaire du 24 août 1791.