LES FRERES DANS LES ASSEMBLEES REVOLUTIONNAIRES
Les cahiers de doléances.
Les ff.. Bouchez, Brassart et Vaillant aux Etats Généraux. Les ff.. Deusy et de Saint-Amour, élus à l'Assemblée Législative.
Les ff.. Mury.Le Ducq, Le Gay et le tribunal révolutionnaire d'Arras.
L'abbé Lambert et le glas de la Royauté. £
La Révolution ne trouva pas, dans l'Artois, pays calme et conservateur, une population exaspérée par des rancunes séculaires, décidée à marcher à lassaut d’un régime, dont elle avait longtemps souffert. Les idées de réforme sociale ont pénétré dans la province, mais sans y soulever l'enthousiasme général : le haut clergé s'y montre hostile; dans ses rangs inférieurs, on remarque certaines velléités d'indépendance. La noblesse, surtout celle qui a son entrée aux Etats, ne songe qu'à conserver ses privilèges et son esprit de caste n’a d'égal, pour la majorité, que son égoisme étroit et sa légèreté. La bourgeoisie se préoccupe surtout de ses affaires; celles de l'Etat l'inquiétent moins. Combien de censiers (1), de marchands, de rentiers artésiens songent à réclamer leur part dans l'administration de la chose publique ?
Seuls, quelques avocats protestent, avec Robespierre, contre d'inconcevables abus et réclament leur redressement ; ceux-là se posent volontiers en meneurs de l'opinion publique et plusieurs d'entre eux fréquentent les loges. Mais s'il en est, parmi ces novateurs, qui partagent les idées des encyclopédistes, la plupart restent fonciérement attachés à leur foi religieuse. Le désir de réformes s'arréte au seuil des églises.
Leur qualité d'avocats ou de procureurs auprés du Conseil d'Artois, puissant corps judiciaire, dont l'influence s'étend sur toute la province, donne plus d'autorité à leurs revendications ; quand ils s'adressent au peuple, qui sera le grand acteur des prochains événements, mais Gui n'a pas encore fait son éducation civique dans les clubs et les sociétés populaires, leur affiliation à la franc-maçonnerie, à veine connue de la foule, ne peut servir en rien leur popularité. Ces lettrés, ces juristes entrés dans les échevinages, députés aux Etats ou à la Cour, vont prendre la téte du mouvement d'émancipation.
Les circonstances les favorisent. Ils savent grouper autour d'eux les victimes des priviléees, rallier à leur cause les gens des campagnes, dont la curiosité s'éveille bien vite, si on leur parle de leurs intérêts
(1) Censiers, propriétaires ou locataires d'une ferme,
matériels, des abus dont ils sont victimes : le paysan de l'Artois, quand son champ rend en abondance et avec bénéfice, se montre partisan du pouvoir; viennent les années déficitaires, alors il murmure, proteste et marche à la suite de l'opposition. Or, les avocats du Tiers parlent, en 1789, un langage que comprennent les ruraux : ceux-ci les connaissent bien, ces abus qu'on leur expose; leurs derniéres récoltes sont mauvaises (1); ils ne peuvent donc que préter une oreille attentive à ceux que les gens en place qualifient de mauvais bergers.
Ces maitres de demain montrent que l'impót, aprés avoir pris au seul paysan le superflu, lui enléve méme le nécessaire, et que clercs, nobles, gros bourgeois, tous ceux qui détiennent la richesse en sont exempts; ils dénoncent la maudite gabelle, avec l'inquisition de ses agents qui, comme à Saint-Pol, visitent à l'improviste leur chaumiére, fouillent le buffet, pèsent le sel et vérifient la saumure; ils lui expliquent liniquité de la saisie des instruments aratoires du laboureur, de la spoliation de ses moyens d'existence par le travail ; ils le poussent a se révolter contre la corvée, qui l’oblige 4 déserter la terre, pour aller besogner, sans salaire, sur les routes; ils protestent contre le droit de chasse des seigneurs, dont le gibier, sacré comme ses maitres, peut manger le blé en herbe et dévorer à loisir les jeunes pousses: contre les surprises du recrutement, dans leurs villages cernés par la troupe, pour faciliter l'enrólement de force des jeunes gens les plus robustes, qui iront porter, sans gloire, le mousquet du roi.
Si, peu à peu, l'union se fait parmi les victimes des privilèges, ceux qui profiterit ne savent pas, au contraire, se grouper pour les défendre : les abbés réguliers, les représentants des chapitres et des communautés religieuses s'insurgent contre les curés, qui « se concertent entre eux seuls », en vue de la nomination de leurs députés (2). Dans la noblesse, l'un des premiers à lever l'étendard de la protestation, est un membre
de la L~- de l'Azuz£zé d'Arras, Fruleux de Souchez ; ne nous hatons pas d'applaudir à ce geste intéressé d'indépendance. Si le f- Fruleux de Souchez réclame, pour la noblesse non entrante, la suppression de priviléges, nous allons voir que le f^. Laizer de Siougeat en exigera le maintien, avec la. même énergie.
Celui-ci était un Arverne que le hasard des garnisons avait conduit
. (1) Un franc-maçon, le f.. Abot de Bazinghem, de Boulogne-sur-Mer, fait, dans ses MÉMOIRES, un tableau véridique de la triste situation dams laquelle se trouve la province : i
« L'hiver de 1788 à 1789 fut un des plus longs et des plus rigoureux qu'on eût essuyés depuis un siècle. Le froid commença lẹ 24 novembre et alla. toujours en augmentant jusqu'au 31 décembre. Toutes les rivières, fleuves, rades les plus considérables, furent gelés et obstrués par les glaces d’une grandeur et d'une épa peur prodigieuses, qui interceptèrent même les communications entre Douvres et Calais. On vit des oiseaux qui n'avaient jamais été aperçus en. France, tels que l’alouette de Sibérie.
« A ce fléau se joignit une cherté extrême du blé, qui coûtait 30, 32, 34 livres le septier et était fort rare. »
(2) Protestation du 28 avril 1789.
en Artois (1). L'accueil qu'il trouva dans la société et au sein des loges le détermina à faire toute sa carrière dans cette province.
Il avait embrassé très jeune la vie militaire, dans laquelle s'étaient illustrés ses ancétres, entr'autres, le marquis Jean de Siougeat, dont le régiment avait été complétement anéanti sous Turin, en 1708. Successivement officier des gardes françaises, puis colonel du régiment du Poitou, il obtint bientót le poste de lieutenant du roi à Hesdin.
Dans ces fonctions, il sut se concilier le respect et l'estime des civils et des militaires ; aux uns et aux autres rendant une égale justice; « toutes les fois qu'il pouvait obliger, il en saisissait avidement l'occasion » (2).
Le comte de Laizer de Siougeat était appelé, cede 1772, aux Etats d'Artois ; convoqué, en 1789, avec les autres membres de la Noblesse pour en désigner les représentants aux Etats Généraux, il fut mélé à de graves événements.
La noblesse entrante aux Etats prétendait avoir seule le droit d'élire les députés. Les gentilshommes qu'on voulait écarter protestèrent contre cette exclusion et rédigérent des pétitions pour solliciter « une représentation plus complète des trois ordres ». N'ayant pu faire admettre leurs prétentions, ils giten leurs collégues et tinrent conseil séparément.
La noblesse entrante, la moins nombreuse, dans un but de conciliation, proposa d'admettre ceux qui pouvaient prouver quatre générations de noblesse et qui possédaient une terre à clocher. Ses avances furent repoussée:.
Alors elle rédigea une protestation et se retira de l'assemblée. résolue a ne plus coopérer a ses travaux.
Parmi les cinquante-neuf signataires de ce document, figure le comte de Siougeat; ses collègues et lui déclarent : « qu’ils s'opposent et protestent contre tout ce qui est ou sera fait dans l'assemblée actuelle . de la noblesse du bailliage d'Arras, spécialement contre l'élection des députés qui y seront choisis et nommés pour se rendre aux Etats Géné- ` raux, désavouant leurs pouvoirs, les maintenant nuls et illégaux »... (3).
Cette piéce fut enterrée dans un jardin de Duisans, prés d'Arras, avec les titres et l'argenterie du comte de Cunchy ; sa découverte par les émissaires de Jcseph Le Bon, amena le renvoi devant le Tribunal révolutionnaire de plusieurs gentilshommes, qui portérent leur téte sur l'échafaud. Plus heureux qu'eux, les autres signataires, avaient passé la frontière (4),
(1) Le comte de Laizer de Siougeat (1716-1807).
(2) Eloge funèbre du T..C..F.. de Laizer de Siougeat, par le I. de Laporte de Vaulx, Or:., prononcé le 8 mai 1807. (Archives mun. d'Hesdin)
(3) Cité par J.-A. Paris, HISTOIRE DE ROBESPIERRE, p. 378.
(4) Voici le texte de l'arrété de Joseph Le Bon du 28 ventóse an II : « Vu la protestation infáme faite par une grande partie des ci-devant nobles des Etats d'Artois, contre toutes les opérations qui tendoient à abolir ou diminuer leurs injustes priviléges, protestation trouvée en terre, qui n’a été désavouée haute-
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Le différend qui séparait Laizer de Siougeat et Fruleux de Souchez n'était pas un ait isolé (1) nous allons voir des francs-maçons aux prises, entre eux, soit dans le domaine politique, soit sur le terrain social.
Ils ne suivent pas un plan d'action mürement établi et habilement exécuté ; les intéréts personnels se rencontrent, se heurtent, s'unissent ou se déchirent encore : la maçonnerie artésienne ne procède pas: d'une unité d'idées et de direction; elle n'a pas préparé ses membres à l'assaut de la monarchie et ceux-ci vont se trouver parfois en conflit.
No Cahiers de doléances. — L'élection des députés du Tiers-Etat a lieu à trois degrés : une première assemblée groupe, devant le juge ou l'officier public, les habitants des bourgs et paroisses qui désignent des délégués à raison d'un par cent feux (2); dans les villes, les corporations de métiers nomment un représentant, celles des arts libéraux ou des négociants, deux par cent membres; méme proportion pour les
ment par aucun d'eux ; considérant que cet acte non désavoué subsiste toujours et que par conséquent le patriotisme affecté depuis par quelques-uns des signataires n'est qu'une conjuration plus adroite contre la liberté ; arrété qu'à la diligence de l'aceusateur public, tous les signataires de la dite protestation restés en France, s'ils ne sont arrétés, le seront sans délai et seront, traduits au Tribunal révolutionnaire, séant en cette commune, auquel effet les pièces de conviction seront de suite, par le département du Pas-de-Calais, adressées à l'aceusateur public, qui devra en certifier réception. » `
(1) Le f.. de Laizer de Siougeat était à la fois un amateur d'art et un homme de grand cœur ; en 1779, il acheta, pour la somme de deux mille livres, les magnifiques tapisseries qui décorent actuellement la salle des mariages de la mairie d'Hesdin et sont estimées un trés grand prix ; il n'était pas le seul franc-maçon qui aimât et encourageát les arts ; les ff". de Vadicourt, Blin, Ledoux. Le Ducq possédaient de magnifiques collections et des tapisseries de grande valeur.
Le f.. de Siougeat fit à l'hospice d'Hesdin, en 1777, un don important et mérita le nom de « bienfaiteur des pauvres ».
Ses qualités maconniques ne le cédaient en rien à ses vertus civiques ; s'adressant aux frères assemblés pour entendre son éloge funèbre, de la Porte de Vaulx, orateur de la loge, s'exprime ainsi : « Vous tous, MM..CC..FF.., qui avez eu la satisfaction de le voir assister à vos travaux, vous n'avez pas oublié son exactitude. Vous vous rappelez avec plaisir sa douceur dans la société et la justesse de ses réflexions. Il chérissait ses frères, et il a conservé cet attachement toute sa vie. Lorsque ses infirmités nous privérent du plaisir de le voir assister à nos séances, il ne perdoit pas une occasion de faire témoigner ses regrets à ce r.. att.., et de l'assurer de son sincère attachement, ainsi que de sa constante amitié pour tous les membres qui le composent. Le T.. C.. et T..R..F.. de Laizer Compain, son petit neveu, membre;du G.. O.., a été son interpréte, toutes les fois qu'il nous a fait la faveur de nous visiter. La maconnerie ajouta encore à sa charité. Il était le consolateur des affligés et le secours des infortunés. Aucun ne sortait mécontent de chez lui. Les pleurs que les pauvres versent sur sa tombe attestent ces vérités et en sont la preuve incontestable... » (Planche à tracer du 9 mai 1807, Arch. mun. d'Hesdii).
Rallié à l'Empire, de Siougeat obtint, en 1803, comme compensation pour sa lieutenance, qui avait été supprimée, un noste de chef de brigade. Il revenait en méme temps à Hesdin, reprenait sa place à la loge de la FIDÉLITÉ ef en devenait méme l’un des premiers dignitaires.
(2) Trois au-dessus de deux cents feux, quatre au-dessus de trois cents, etc.
citadins, qui n'appartiennent à aucune association professionnelle ; ces délégués, composant le college du second degré, se réunissent a l'hótelde-ville du chef-lieu du bailliage, sous la présidence des officiers municipaux; ils y donnent mandat à certains d'entre eux pour concourir à la rédaction d'un cahier unique et pour procéder au choix définitif des députés aux Etats Généraux (1).
Parcourons les doléances des bailliages d'Arras, d'Hesdin, d'Aire et de Montreuil, villes qui possèdent des loges maçonniques en pleine activité; voyons jusqu'à quel point les francs-maçons de la province s'associèrent à ces vigoureux plaidoyers.
Les cahiers présentés par les communautés d’arts libéraux, les notaires, les médecins, les procureurs, etc... avaient été rédigés les 27, 28 et 29 mars; leur rédaction avait donné lieu à divers incidents; une discussion assez âpre s'était ouverte sur l’article XVIII ainsi conçu : il convient de « rendre aux communes le droit de nommer les officiers municipaux des villes de la province et qu’il soit, en conséquence, demandé incessamment une loi qui permette de procéder librement à l'élection desdits officiers ».
Le f-. Brassart, avocat, défend cette rédaction, tandis que le f-- Colin, procureur, observe que les pouvoirs des mandataires ne les autorisent pas à délibérer sur cet objet. Le permier répond que « pour faire le bien, on est toujours autorisé suffisamment ». Cette discussion nous montre à quel point les maçons, qui ne savent pas s'entendre sur ces délicates questions, sont loin d'étre unis par le secret d'un prétendu complot. —
Le Tiers-Etat de la Gouvernance d'Arras (2) s'assemble, le 30 mars 1780, dans l'église des pères de l'Oratoire (3): le f-- Cauwet de Baly, membre de la loge de l'Azzzé, conseiller du roi et lieutenant-général du bailliage, préside cette assemblée dans laquelle prennent place nom-
(1) La noblesse et le clergé faisaient de méme ; pour ce dernier ordre, les évéques, abbés et tous les bénéficiers avaient un droit individuel de vote; mais les chapitres ne désignaient qu'un représentant par douze chanoines et audessous, les communautés ne nommaient qu'un député, ouel que fût le nombre de leurs membres ; les curés des campagnes faisaient tous partie du corps électoral, tandis que les ecclésiastiques des villes n'avaient droit qu'à un représentant pour. 20 membres ; cela explique l'influence du bas clergé.
(2) Le Conseil d’Artois. était la Cour souveraine de la province. I] connaissait en premiere instance de toutes les causes ordinairement soumises aux juges royaux et des causes civiles, dont on pouvait appeler ensuite devant le Parlement de Paris, et, en dernier ressort, des causes criminelles.
Au-dessous du Conseil d'Artois se trouvaient les grands bailliages, tels que ies gouvernances d'Arras et Béthune, puis les bailliages d'Aire, Bapaume, Hesdin, Saint-Omer, Lens, Lillers, et la sénéchaussée de Saint-Pol. L'échevinage des villes jugeait les affaires de police. :
(3) La première convocation des Etats d'Artois remonte à 1261. Le clergé était représenté par l'évéque d'Arras, qui présidait l'assemblée, et par celui de Saint-Omer ; la noblesse par les gentilshommes comptant cent ans de noblesse et par les seigneurs des paroisses ; le Tiers-Etat par les douze échevins d'Arras et par les députés des villes ; comme chacune de celles-ci n'avait qu'une voix, quel que füt le nombre de ses habitants, le Tiers avait environ dix députés, le clergé quarante et la noblesse cent, | ;
bre de ses collegues d’atelier. Fidèles sujets du roi, ils demandent que la couronne soit maintenue à jamais dans la maison régnante (1); ils se montrent également attachés aux « capitulations, lois et ordonnances » qui constituent « l'état-civil et la liberté » des habitants de la province (2); amis ils réclament la suppression des Etats d’Artois, dont l'administration est « nuisible et onéreuse » (3), ainsi que l'élection libre de vrais représentants des citoyens (4), Leurs délibérations portent en particulier sur l'égalité devant les impôts (5), qui ne doivent être exigibles qu'aprés approbation par les députés des trois ordres (6); sur la vérification de l'emploi des fonds publics (7); sur la création d'un parlement souverain, dont les membres éligibles seront choisis par tiers dans les rangs du Clergé, de la Noblesse et du Tiers-Etat (8); enfin, ils demandent Ja nomination des officiers municipaux par les citoyens et la suppression des Intendants, des bureaux des finances, des juges des fermes d'Hesdin et de Bapaume, etc...
La ville d'Arras présente plusieurs voeux concernant la police de certaines corporations; les diverses communautés rurales font de méme. Ces cahiers sont remis entre les mains de vingt-quatre délégués qui recoivent mission de les porter à l'assemblée générale; parmi eux, figurent les ff-. Lallart et Boucher, négociants, Brassart et Delepouve, avocats, Thellier, conseiller, et Scribe, rentier; la députation choisit pour président le f- Colin, procureur.
Le cahier du bailliage d’Hesdin est signé le 8 avril 1789; Gace de ses rédacteurs appartiennent à la L-. de la Fidélité; ce sont les frères Danvin, avocat et lieutenant-général du bailliage, Laisné et Prévost, conseillers du roi, Barbier, receveur ; tous occupent, dans la ville, les premières fonctions et leur influence est prépondérante. Ils formulent, tout d’abcrd, un acte de loyalisme; ils espèrent que l'auguste maison de France, glorieusement régnante, « se perpétuera toujours de mále en mále, pour v conserver la couronne » (9). Les trois juristes insistent sur la réforme de la magistrature : suppres ssion de la vénalité des. charges (0). des tribunaux municipaux et seigneuriaux, de façon qu'il n'y ait uniformément que deux degrés de juridiction (11) avec extension de la compétence des Beilliagcet pne ils demandent «que le glaive de la justice atteiene de la méme peine tous les coupables, de quelqu'état, qualité et condition qu'ils puissent étre(13) ». Ce voeu peut
(1) Cahier de la Gouvernance d'Arras, a. 90.
(2) Ibid., a. 25.
(3) Ibid., a. 30.
dn Ibid., a. 64.
(5) Ibid., a. 43.
(6) Ibid., a. 45.
(7) Ibid., a. 46.
(8) Ibid.; a. 54, 61, 64.
(9) Cahier du bailliage d'Hesdin, a. 1.
(10) Ibid., a. 26.
être l'œuvre d'un franc-maçon, car il est l'expression du sentiment maintes fois exprimé par les membres de la Fidélité. Les intéressés réclament non seulement l'égalité de tous les citoyens devant la loi, mais encore leur libre accession aux charges publiques et aux honneurs; ils veulent que tous les membres du Tiers-Etat soient admis aux emplois ou dignités ecclésiastiques, civils ou militaires; ils ne sollicitent aucune gráce; la justice leur suffit : « tous sont francais et nul ne doit souffrir d'exclusion humiliante » (1). D'autres questions sont abordées, telles que la réforme du systéme fiscal, la suppression des Intendances, la liberté du roulage, la réforme des Etats d'Artois (2), etc... Ces revendications sont présentées en des termes qui dénotent un-état d'esprit très particulier, auquel les réunions maçonniques ne sont pas étrangères
Plusieurs membres de la L.-- de la Réunion, qui est en formation, contresignent les « Remontrances, plaintes et doléances » des habitants du bailliage et de la ville d'Aire; ce sont les ff: Duval, Lefebvre, Primorin, Robichez, Caron, Williot, P. Lefebvre, Saison et Thuilliez ; ils réclament, eux aussi, la liberté de la presse, l'égalité devant l'impót, la réforme administrative et judiciaire, etc..; ils veulent que tous les Francais, disposant de moyens d'existence, puissent s'établir cù bon leur semble et qu’aprés avoir acquis « domicile d'an et jour », ils soient à la charge de la communauté de leur résidence, s'ils viennent à tomber dans la misére (3) ; les hópitaux, maladreries et bourses des pauvres doivent étre administrés par des laics; il convient d'y admettre les malades sans distinction de religion et de nationalité (4): là encore, nous retrouvons un principe cher aux francs-macons artésiens qui, dans la pratique, n'agissent pas autrement pour la distribution des secours aux indigents.
Parmi les commissaires rédacteurs du Tiers-Etat du bailliage de Montreuil-sur-Mer, trois appartiennent à la L~- de la Parfazte Union : L.-F. Havet, négociant, C.-R. Poultier et Claude Hacot, qui sera membre du conseil général de la commune et maire. Les doléances ne diffèrent guére des précédentes : périodicité des Etats Généraux (5), éligibilité des officiers municipaux (6), suppression des tribunaux d'exception (7), de la vénalité des offices (8), réformes fiscales (9), inviolabilité des correspondances 10), liberté de la presse (11) et surtout éducation de la jeunesse (12). Cependant nous trouvons, zz fine, un vœu original qwa pu inspirer l’âme généreuse de quelqu'un des frères de la Parfaite
(1) Cahiers de la Gouvernance d'Arras, a. 21. ) Ibid., a. 48 et suiv.
(3) Cahiers du Bailliage d’Aire, a. 26.
(4) Ibid., a. 7.
(5) Cahiers de Montreuil-sur-Mer, a. 2.
(6) Ibid., a. 6.
(7) Ibid:, a. 9:
(8) Ibid., a.~12:
(9) Ibidi, a. 915.
(10) Ibid., a. 99.
(11) Ibid., a. 30.
(19) Ibid., a. 32.
Le f.'. de SAINT-AMOUR
e la L.. de l'AMITIÉ, d'Arras
Membre d
Union : l'assemblée demande que les Etats-Généraux rendent à leurs familles tous les malheureux qui sont-détenus pour faits de contrebande (1); celle-ci, on le saat, constituait un métier aussi dangereux que lucratit, pour les habitants des frontieres de Picardie.
Le 20 avril 1799, les quatre-cent-quatre-vingt-huit représentants du Tiers-Etat de la province se réunissent à Arras, dans les salles de l'Hópital (2); le f-- Cauwet de Baly, lieutenant-général de la gouvernance, préside l'assemblée qui décide, aprés vérification des pouvoirs, qu'elle procédera séparément à la rédaction des doléances de cet ordre et à la nomination de ses députés aux Etats Généraux.
lrois commissaires sont désignés dans chaque bailliage pour préparer un cahier général; à trois heures et demie de l'apres-nudi, ils se retirent dans la salle d'audience de la gouvernance et commencent leurs travaux. :
Leur besogne est terminée le 23 avril et, en leur nom, le f-- Brassart, avocat à Arras, donne lecture à l'assemblée d'un projet qu'elle adopte à l'unanimité.
Le cahier général débute par une profession de foi monarchique : « Les représentants du Tiers-Etat de la province d'Artois aux prochains Etats Généraux porteront aux pieds du Trône les sentiments d'amour et de reconnaissance dont le peuple d'Artois est pénétré pour la personne sacrée de Sa Majesté, qui, en convoquant l'Assemblée de la Nation Frangaise, a bien voulu lui donner l'assurance d'une prompte réforme des abus et de l'établissement d'un ordre fixe et durable qui procurera à jamais la prospérité du Royaume et de cette province en particulier » (3).
Rédigé avec plus de méthode que ceux des bailliages, ce cahier qui les groupe et les résume, comprend deux parties : les doléances générales et celles qui sont particuliéres à la province.
En outre des voeux politiques précédemment analysés, le Tiers- Etat demande que le vote ait lieu par tête et non par ordre, que les roupes prétent serment au Roi et à la Nation et que la liberté de la resse soit garantie; par là s'accentuent ses tendances démocratiques ; 1otons qu'il ne réclame, sur le premier point, que la généralisation d'un node électoral en vigueur depuis bientót un demi-siécle dans les loges rtésiennes.
Le Tiers veut que la province demeure un pays d'Etats et que les capitulations, lois, ordonnances et traités particuliers » soient mainenus hors de toute atteinte (4); 11 entend modifier lui-même sa cons-
(1) Cahiers de Montreuil-sur-Mer, a. 52.
(2) Ils représentaient les différents baiiliages de l'Artois dans la proportion uivante : Arras, 184 ; Saint-Pol, 86 ; Saint-Omer, 61 ; Hesdin, 47 ; Bapaume, 35 ; ire, 28 ; Lens, 27 : Béthune, 20.
(3) Arch. mun. d'Arras, Assemblée des Etats Généraux, t. ILI, in-4o, TIS pA S: TE
(4) Cahiers du Tiers-Etat de la province, art. 43 et 44 ; les villes de l'Artois, uand elles étaient obligées de se rendre à l'ennemi, stipulaient toujours, omme premiere condition de leur capitulation, le maintien de leurs franchises
, privilèges locaux.
titution par la révocation des administrateurs en exercice, des commissaires du Roi et par l'attribution d'un nombre de suffrages égal à celui des deux autres ordres réunis (1).
Au point de vue religieux, il demande la suppression des commendes, la réduction de la dime, etc...
Les voux du Tiers sont, au point de vue social: l'égalité des citoyens devant l'impôt, l'abolition du droit de franc-fief (2), corvées, tonlieux (3), péages, gaules (4), chien d'avoines (5), la suppression de toute distinction d'origine dans la collation des grades militaires et des dignités ecclésiastiques, la limitation de la juridiction seigneuriale, la réintéeration des communes dans la propriété des marais que le triage leur a enlevée (6), etc... `
Ces vœux présentés par l'organe du f-- Brassart, n'ont aucun caractère subversif : en matière politique, le Clergé et la Noblesse de la province s'accordent avec le Tiers, sur plusieurs points, mais ils s'en séparent en ce qui concerne les réformes sociales.
Le 20 avril 1789, le Clergé artésien s'est réuni à l'Hópital général, sous la présidence de Mgr de Conzié. La bonne harmonie ne régne pas longtemps dans cette assemblée ; dés la vérification des pouvoirs, abbés et dignitaires des chapitres, d'une part, curés de l'autre, se trouvent aux prises; les premiers qui ne sont pas en nombre, se retirent, non sans avoir viclemment reproché aux seconds de tenir des réunions clandestines dans la maison des.. Jacobins et rédigé une protestation, le 28 avril; parmi ses signataires, nous trouvons les noms des ff- Damascène, prieur des Carmes déchaussés d'Arras, de la Parfaite Union de Montreuil, de Lochtemberg, doyen du chapitre et aumônier des Béguines d'Aire, affilié à la L^ de la Rézzzon et de Seillans, prêtre de l'Oratoire d'Arras, de l’Amzztzé de cette ville.
Les prêtres francs-maçens collaborèrent rarement à la rédaction des doléances de cet ordre (7); à Montreuil (8), cependant, sur les six
(1) Dans la LEITRE D'UN ARTESIEN A MM. LES MAYEURS ET ECHEVINS D'ARRAS, attribuée à Robespierre ; dans le VŒU DES HABITANTS D'ARRAS AU ROI ET A LA NA- TION, et, précédemment, dans la motion des députés du Tiers, à la séance du 29 décembre 1788 (Filon, HISTOIRE DES ETATS D'ARTOIS, p. 112), cette réclamation est déjà présentée.
(2) Taxe prélevée, tous les 30 ou 40 ans, sur les roturiers ou gens de mainmorte pour qu'ils puissent jouir des fiefs qu'ils ont acquis, mais qui ne sont pas amortis.
(3) Droit sur les marchandises entrées et mises en vente. =
(4) La gaule était une contribution de 16.000, puis de 5.000 rasières versées au comte de Flandre pour les mouvances de l'abbaye de Saint-Vaast, d'Arras,
(5) Redevance seigneuriale, consistant en une certaine quantité d’avoine destinée, à l'origine, à la nourriture des chiens de chasse du seigneur.
(6) Ce mot a un sens spécial en Artois : c'est le tiers des pâtures, bruyères, marais, etc..., que le seigneur s'est fait remettre, sous prétexte que la commune les possédait par concessions gratuites de ses prédécesseurs. : - (7) Archives départementales du Pas-de-Calais, série B. 881, 19, Ms. in-fe 6 ff. avec pieces à l'appui ; B. 881, 15, 16, 17, 18, 20, 21; Archives municipales d'Arras, Assemblée des Etats Généraux, t. III, Cahiers du Clergé, imprimé in-4° 12 p. Douai, Derbaix, 1789.
(8) Cahiers des trois ordres du bailliage de Montreuil, Archives parlemen-
taires, tome IV, pp. 59, 61, 68.
oe 287 —
commissaires rédacteurs du cahier du clergé (1), l'un est Playoult, curé d'Ecuires, une des lumiéres de la loge; deux autres, J.-B. Havet, curé de Saint-Valois, et Ch. N.-A. Poultier, curé de Saint-Jacques de Montreuil, qui préteront serment ala constitution civile du clergé, et ont des parents proches affiliés à la Parfaite Union.
Leur cahier conseille d'entrer résolument dans la voie des réformes ; au point de vue politique, il s'associe entiérement aux vues du Tiers-Etat ; les doléances des curés du bailliage de Montreuil sont trés explicites : ils ne reçoivent qu'une portion congrue de 700 livres, réduite à 300 pour les vicaires (2); le casuel n'offre que des ressources incertaines, puisque l'honoraire des messes est libre et que les prêtres ne peuvent traduire leurs paroissiens devant le juge, pour obtenir paiement des sommes qui leur sont dues ; les rédacteurs parlent un langage jusqu'alors inconnu : « Quel titre, écrivent-ils (3), les curés n'ont-ils pas à un sort plus avantageux ? Les habitants de la` campagne et le bas peuple des villes considèrent bien autant l'aisance que le mérite personnel et, dans leur opinion, un curé à portion congrue est à peine leur égal. Un pasteur est le consolateur de son peuple, mais sa consolation devient stérile pour le malheureux aux prises avec l'infirmité et la misére. Les succés dans son ministére dépendent de la confiance de ses ouailles ; le peuple ne la donne pas, il faut l'acheter ».
Puis l'on indique, sans réticences, les moyens de remédier à ce lamentable état de choses : retraite aux ecclésiastiques agés, obtenue par la réunion des différentes collégiales (4), partage plus équitable des dimes, suppression des commendes (5) , des pensions accordées
"a des laïcs sur les biens d'église, des privilèges et exemptions de l'ordre de Malte, qui sont autant « d'abus criants » (6), etc...
Les ecclésiastiques du bailliage de Montreuil n'entendent cependant pas nuire aux droits acquis, ni priver personne de sa situation; leur esprit d'équité s'oppose à toute réforme radicale. Enfin, l'instruction de l'enfance ne les laisse pas indifférents ; les habitants sont
- simplement autorisés à se procurer des maîtres d'école : la loi devrait les y contraindre (7).
Ce cahier, l'un des plus complets de la province, est d'une conception nette et hardie ; faut-il attribuer ce résultat à la présence du seul f Playoult, curé d'Ecuires, et secrétaire de la L- de la Parfaite Union, plutót qu'à l'esprit libéral des rédacteurs ?
(1) Ces signataires étaient : Quénu, président; Havet, Rollin, Poultier, Playoult et Godefroy.
(2) La portion congrue est la pension payée par le curé primitif ou par le décimateur au desservant. Le surplus des revenus est percu par le titulaire.
(3) Cahier du clergé du bailliage de Montreuil-sur-Mer, art. 30.
(4) Chapitre de chanoines établi dans une église qui n’est pas cathédrale : Saint Barthélémy de Béthune, Saint Martin d’Hesdin, Saint Pierre d’Aire, etc.
(5) Jouissance d'un bénéfice accordé par le pape à un ecclésiastique régulier, nommé par le roi.
(6) Ibid., a. 38.
(7) Ibid., art. 46.
La part que prirent les francs-macons à l'élaboration des cahiers de la noblesse artésienne fut plus importante; ils étaient représentés dans cet ordre par le comte Laizer de Siougeat, qui se retira, comme on le sait, avec les cinquante-neuf gentilshommes qui avaient leur entrée aux Etats, sous prétexte qu'on ne voulait pas respecter leurs droits et priviléges, et par Prévost de Wailly, de Blin, Noizet de Saint- Paul, Raulin de Vasserie, de Milly, Fruleux de Souchez et le comte de Fléchin ; Vaillant remplissait les fonctions de secrétaire.
Les cahiers, dont la rédaction prit une semaine entiére, représentent un véritable traité de droit constitutionnel. Favorables à la refonte du systéme des impóts, à l'unification des lois et coutumes, à l'abolition de la vénalité pour les offices de judicature, à la réforme des lois civiles et criminelles et à l'institution du jury, ils constituent sur ces points, une tentative assez libérale; nous ne doutons pas qu'à cette œuvre d'assainissement et de conciliation, des gentilshommes à l'esprit équitable et généreux, comme Fruleux de Souchez et surtout Noizet de Saint-Paul, aient utilement collaboré (1).
C'est dans le cahier de la noblesse de Montreuil que l'influence des francs-macons paraît la plus évidente ; trois des sept commissaires, les ff-- de Torcy, du Tertre et d'Hodicq, appartiennent à la loge ; ce dernier représentera la noblesse Montreuilloise aux Etats- Généraux. Ne nous étonnons pas de voir, bien avant la nuit du 4 aoüt, ces gentilshommes donner l'exemple d'un généreux désintéressement : ils sont les premiers à demander la suppression des Intendants, en des termes qui exaspèrent d'Agay de Mutigny, qui remplit ces fonctions à Amiens (2), le vote par téte (3), que réclame le Tiers- Etat artésien contre la Noblesse de la province, la suppression de leurs prérogatives pécuniaires (4), l'égahté devant l’impôt (5), la périodicité des Etats Généraux (6) ; ils n'hésitent pas à signaler les abus partout oü ils les rencontrent : lettres de cachet (7), survivan-
(1) Nous devons cependant ajouter que la Noblesse réclamait le maintien de tous les droits seigneuriaux, autres que les corvées et les banalités qui pourraient étre rachetées, de la distinction des ordres privilégiés, le monopole des grades militaires, etc. (RE :
(2) « Les Intendants des provinces, Sire, sont des officiers préposés par vous. La plus grande marque de respect que nous puissions donner à Votre Majesté est de garder le silence sur leur administration. La preuve la moins équivoque de votre tendresse pour vos peuples sera de les soustraire à leur influence, et, s’il est une branche de leurs fonctions qu'il soit absolument nécessaire de perpétuer dans leurs personnes, il sera d'uae sage politique de les déguiser sous une autre dénomination que celle d'Intendants, » (Cahier de la Noblesse de Montreuil, a. 5).
(3) Ibid., a. i
(4). Ibid., a. 2.
(5) Ibid., a. 7.
(6) Ibid., a. 13.
(@) Ibid., a. 17.
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ces (1), pluralité des bénéfices (2), abbayes en commende (3), tribunaux d'exception (4), entraves à la libre circulation (5), etc. ; ils stigmatisent « les bourreaux d'hommes et les marchands d'emplois » et ils affirment que l'armée doit être régénérée (6).
Ce qui frappe surtout, c'est l'unanimité des représentants des trois ordres, à solliciter certaines réformes telles que la liberté de la presse, l'unité de législation, la périodicité des Pee Généraux, l’instruction obligatoire.
Sur ce dernier point, la Noblesse se montre aussi pressante que le Clergé et lé Tiers-Etat ; non contente de formuler ce vœu, elle
donne le moyen de le réaliser : « ll n'y a plus qu'un religieuse au cou- vent des Sœurs de Saint-François, à Montreuil ; il convient d'établir une école dans les bátiments de cette communauté, dont les revenus seront employés à son entretien » (7).
Une influence étrangére s'est fait sentir qui a abaissé progressivement les barriéres qui séparaient les classes, car une telle collaboration ne se réalise pas du jour au lendemain, surtout avec des personnages férus d'ordinaire de la supériorité de leur naissance. Dans chaque ordre, quelques membres, à la suite d'un fréquent commerce d'idées et de sentiments, en sont arrivés à envisager de la méme manière la solution des grands problèmes de l'heure présente ; leur mentalité s'est peu à peu modifiée et ils ont consenti à se faire de mutuelles concessions ; cette collaboration qui, généralisée, eut été une excellente préparation aux assemblées délibérantes, n'a rien qui doive nous étonner : depuis de longues années, les d'Hodicq, du Tertre et de Torcy rencontrent, à la loge, leurs collégues Playoult, curé d'Ecuires, Hacot et Havet, membres distingués du Tiers ; tous sont gens intelligents au cœur généreux ; aucun parti-pris ne les aveugle ; dans leurs ordres respectifs, ils se trouvent naturellement appelés, parce que les plus dignes, à rédiger vœux et doléances; dès lors, ils ne peuvent manquer de rappeler les vertus sociales qu'ils mettent en pratique à la loge et désirent voir répandues autour d'eux.
Ils envisagent comme un progrés la collaboration des trois ordres ; les représentants de la Noblesse signalent en ces termes leur étroite union (8) : « Nous avons à nous féliciter, Sire, de ne pas trouver en nous ce genre de discorde qui s'allume au flambeau des prétentions les plus exagérées. Ici, le ministre des autels concentre son ` luxe dans l'abandon qu'il fait aux pauvres de son superflu ; l'ambi-
(1) Cahier de la Noblesse de Montreuil, a. 21. La survivance est le privilége accordé par le Roi, qui assure à l'impétrant la possession d'une.charge à la mort de son titulaire.
(2) Ibid., a. 95.
(5) Ibid., a. 42.
(6) Ibid., a. 44.
(7) Ibid., a. 51.
(8) Ibid., art. 16.
tion, l'opulence et la dissolution, qui tendent ailleurs à dégrader le sacerdose, ne lui sont pas connues..; là, le gentilhomme marche sur les traces de ses aieux en consacrant les plus belles années de sa vie au service de l'Etat, et, cette tâche remplie avec honneur, sage appréciateur des lueurs souvent trompeuses de l'ambition, il ne porte plus ses vues que sur les douceurs d'une vie patriarcale. Plus loin, le plébéien distingué s'assimile, par ses vertus et ses travaux, aux personnages recommandables des trois ordres... ».
Cette union féconde, dont l’Intendant d'Agay de Mutigny ne comprendra ni le sens, ni la portée (1), cette collaboration intime en vue du bien public, nous ne la rencontrons dans aucune autre ville : la loge de Montreuil a puissamment contribué à ce rapprochement.
Dans les bailliages, ot les francs-macons ne se sont pas fait connaître en 1780, à Béthune et à Saint-Omer, par exemple, nous retrouvons dans les cahiers de doléances la plupart des desiderata présentes a Aire, a Arras, a Hesdin, villes où battent maillets des membres distingués du Clergé, de la Noblesse et de la haute bourgeoisie ; ici comme là, on demande la suppression des Intendants, la nomination des officiers municipaux, l’accession aux grades militaires et aux dignités ecclésiastiques ; il serait donc exagéré de prétendre que c’est à la seule influence de la franc-maçonnerie artésienne que les cahiers de doléances de la province doivent le vigoureux esprit de réformes dans lequel ils sont çonçus ; disons plutôt que les loges maçonniques, en permettant à leurs membres de se connaitre et de s'apprécier, ont été parfois les meilleurs artisans d’une entente efficace entre les représentants des trois ordres.
Non contentes d’aider à la fusion des classes, les loges ont préparé certains de leurs membres à jouer un rôle important dans les événements qui vont se poursuivre.
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Les ff-- Bouchez, Brassart et Vazllant aux Etats Généraux. — Les élections des députés de l'Artois aux Etats Généraux donnérent lieu à de multiples compétitions (2. Brassart, avocat, Bouchez, négo-
(1) M. d'Agay de Mutigny écrit au garde des sceaux que, dans l'assemblée du tiers, « il y a eu beaucoup d'intrigues et de cabales et méme de propos déplacés de la part de quelques gens de robe, qui tiennent les uns aux autres, par des liaisons de parenté. Aussi est-il arrivé que les’ six députés qui porteront le cahier de doléances à l'assemblée générale du bailliage appartiennent à la méme famille. »
En ce qui concerne la noblesse : « J'ai lieu de présumer, écrit-il le 20 mars 1789, que le cahier de la noblesse sera rempli de déclamations, qui s'écarteront beaucoup des vues de sagesse et de modération recommandées par le règlement du 24 janvier. » (Archives Nationales, B. III, 92.)
(2) Le Clergé élut Le Roux, curé de Saint-Pol ; Boudart, curé de La Couture; Béhin, curé d'Hersin, et Diot, curé de Ligny-sur-Canche ; la Noblesse députa Briois de Beaumetz, Charles de Lameth, le Sergeant d'Isbergue et le comte de Croix; le Tiers-Etat nomma : Payen, fermier, propriétaire à Boiry-Becquerelle ; Brassart, avocat à Arras; Fleury, fermier à Coupelle-Vieille ; Vaillant,
ciant, et Vaillant (1), garde des sceaux honoraire, furent parini les huit élus du Tiers ; Lefebvre du Prev, avocat, et Thellier, conseiller, se virent nommés comme suppléants ; tous les cing appartenaient à la L-- de Amitié.
Vaillant avait été choisi comme secrétaire par l'assemblée de la Noblesse ; il s’acquitta, en toute conscience, de ses délicates fonctions, et quelques jours plus tard, le Tiers-Etat lui donna à son tour une juste marque d’estime en l’élisant le quatrième de ses députés aux Etats Généraux, aprés un ballottage qui le mit en compétition avec Maximilien Robespierre (2).
L'homme qui méritait ainsi les faveurs de deux ordres souvent rivaux, se rccommandait par son intelligence des affaires et par ses idées libérales ; comme la plupart de ses collègues, il avait adopté les ' principes de réorganisation sociale alors en faveur.
A la Constituante, il ne cessa de défendre avec énergie les intérêts de ses commettants ; peut-on oublier que c’est grâce à ses efforts et à ceux de Robespierre, qu’Arras doit d’avoir été désigné comme chef-lieu du Pas-de-Calais ? Les compétitions avaient été si vives que l'Assemblée ne voulut pas se prononcer d’une façon définitive (3); mais les solutions provisoires ont, en France, des chances de durer longtemps : il ne devait pas en être autrement dans l’espèce.
Vaillant avait occupé une situation considérable dans la magistrature ; au Conseil Provincial d’ Artois, il s’était vu confier, dès 1771, les fonctions de garde des sceaux. Plus tard, aprés la suppression de la chancellerie ,il fut nommé juge au Tribunal de Cassation (1791). Ses qualités et son savoir le firent choisir, en 1794, pour présider la chambre criminelle (4).
garde des sceaux honoraire au Conseil d'Artois ; Maximilien de Robespierre, avocat à Arras ; Petit, fermier à Magnicourt-sur-Canche ; Boucher, négociant à Arras ; Dubuisson, fermier à Inchy.
MM. Lefebvre du Prey, avocat ; Thellier, conseiller ; Blanquart et Candelier, avocats à Arras, furent élus suppléants, mais ils n’acceptérent pas ces fonctions. :
(1) Jacques-Louis-Nicolas Vaillant naquit à Arras, le 1er janvier 1742; il était fils de Louis-Nicolas Vaillant et de Jeanne-Marguerite Viltart ; il épousa Marie-Francoise Davion, de Roclincourt.
(2) Maximilien Robespierre fut élu le cinquième. MM. Savine et Bournand avancent qu'il faisait partie de la FIDELITE (Thermidor, p. 39) ; ils citent même un cantique maconnique qu’il aurait composé pour une tenue de cette loge ; les Livres @architecture ne font aucune mention de ce nom, ni de cette œuvre ; sollicité de nous indiquer sur quelles piéces il s'était basé pour écrire ces lignes, M. Savine nous a répondu que ses documents avaient dû être égarés dans les papiers de la succession de feu son collaborateur.
(3) Les autres villes qui s'étaient mises sur les rangs étaient : Bapaume, ' Saint-Pol, Montreuil, Boulogne, Saint-Omer, Béthune, Aire et Lillers. (Décret du 25 janv. 1790).
(4) Ces hautes fonctions n'avaient pas détourné ses regards dle sa petite patrie ; il revint se fixer à Arras, dans les premières années du XIXe siècle, et ses concitoyens l'envoyérent siéger au Conseil général (1802) ; il en dévint bientót le président ; enfin, il fut maire de sa ville natale (1804).
Son administration prudente et judicieuse contribua à rendre à Arras son ancienne prospérité. C'est à lui que l'on doit notamment l'organisation. et la
Brassart et Bouchez élus, avec Vaillant, députés de l'Artois aux Etats Généraux, sont des gens d’un bon sens et d’une haute droiture morale.
Leurs opinions modérées sont celles de la grande majorité des maçons artésierss ; si, au point de vue social, ils réclaraent des réformes, ils ont conservé pour la monarchie et la religion, l'attachement qui distinguait leurs pères. Les scandales du règne de Louis XV et de la Régence, l'esprit nouveau des philosophes n'ont pas diminué leur respect de l'autorité; pour eux, le roi personnifie la patrie et le catholicisme est le fondement nécessaire de tout ordre social ; ils lisent peu les encyclopédistes.
Ils n'iront ni aux Jacobins, ni aux Cordeliers : leurs aspirations personnelles les conduisent au club des Feuillants; là, ils travailleront à fortifier le pouvoir royal, non à le battre en bréche. Le langage qu'ils parlent, au milieu de l'incertitude du moment, est celui des freres de Ja loge du Contrat Social, dont ils ont pu recevoir les directions. A l'instar de ceux-ci, ils estiment qu'il faut régénérer la Nation, sans effusion de sang (1); ils aspirent, comme eux, à voir régner une « sainte tolérance
réglementation du marché, tel qu'il fonctionne encore de nos jours ; il sut en faire un des plus réputés de la région du Nord.
Le caractère bon et généreux de Vaillant devait naturellement l'attirer vers les loges. Nous le voyons se ranger sous l'étendard! de l'AMITIÉ, où il remplit les premiéres charges. Homme de bon conseil, toujours disposé à rendre service, il laissa une mémoire respectée ; sur sa tombe, on put graver ces mots, qui constituent son éloge mérité : « Homo, hac in urna sunt tui cineres amici. »
Voici le texte complet de l'épitaphe de J.-N. Vaillant, reproduit d'aprés son monument-funébre, en marbre blanc, qui existe encore au cimetiére d'Arras :
Deum Colere Patriam pura delectione amplecti Obsequi principibus Egenis et viduis spém et tutelam ferre Sic J. N. Vaillant in superiore comitatus Artesice concilio bis in comitibus generalibus Totius imperii sic in suprema judiciorum Reformatrice curia et in prima urbis Magistratura se gessit.
Homo hac in urna sunt tui cineres Amici Obiit die 11 januarii 1813 cetatis suce 71 (1) « On peut voir, dans la cour de l'hôpital d'Arras, trois attelages, l'un de huit, les autres de quatre chevaux chacun, destinés pour les Etats Généraux, dont voici la description :
.BRASSART. L'Ampouille, cheval alezan, poil de vache, a de bonnes qualités : mais n’a pas été assez longtemps à la longe, ce qui le rend vif, bouillant et ne connaissant ni le frein, ni l'éperon, ce qui l'a exclu de différents manèges, où ces bonnes qualités doivent l’introduire.
.VAILLANT. Le Vanté, cheval noir, à tous crins, sans qualités brillantes, quoiqu' on en dise et ce qu'on en croie, mais ayant celles qui conviennent à l'usage auquel il est destiné : sage, posé, muni, prudent, il arréterait seul un attelage emporté... i
.. BOUCHER. Le Rabin, cheval arabe, gris pommelé, a quelques qualités,
des opinions », une « inépuisable bienfaisance, une paix inaltérable entre les citoyens » ; comme eux, tout en accueillant avec joie les réformes qui s'annoncent, ils donnent lexemple de l'obéissance aux lois :
Nous devons chérir la nouvelle constitution francoise, nous devons l'appuyer de tout l'ascendant de nos vertus, de toute l'expansica de nos lumières : nous devons être les premiers, comme citoyens plus vertueux et comme citoyens plus éclairés, à donner l'exemple de l'obéissance aux décrets acceptés ou sanctionnés : nous devons redoubler d'efforts pour convaincre, de plus en plus, tous ceux au milieu desquels nous vivons, qu'il n'est point de bonheur sans la paix ; qu'il n'est point de paix sans soumission aux loix; qu'il n'est point de loix sans pouvoir chargé de leur exécution ; que ce pouvoir rend sacrées les mains auxquelles il est constitutionnellement confié... » (1).
Les ff Saint-Amour et Deusy élus à l’Assemblée Législative. — Les représentants du Pas-de-Calais à l'Assemblée Législative partagent les opinions modérées et monarchistes de leurs devanciers. Les élections au premier degré ont lieu entre les 12 et 15 juin 1791, précédant Ja fuite de Louis XVI à Varennes; l'Assemblée se réunit vers la fin d'aoüt à Arras. Un vicaire épiscopal célèbre la messe à l'église Saint Géry, pour attirer sur les électeurs, ses collègues, les « lumières de l'esprit saint ». Le premier élu est Carnot cadet (2); le second, franc-magon connu, appartient à l'Azzztzé d'Arras, c'est Je f- de Saint-Amour, qui réunit cinq-cent-quarante-et-un suffrages sur six-cent-trente votants, chiffre que n'atteint aucun autre candidat. Aprés avoir refusé les fonctions de scrutateur, 1l n'accepte pas davantage le mandat législatif, que lui offrent ses concitoyens ; une délégation de quarante électeurs vient le trouver et s'efforce de le faire revenir sur sa décision. Il proteste de son patriotisme ardent et sincére, et prie l'assemblée « d'agréer toute sa . reconnaissance et son dévouement pour remplir toute autre place, quel-
mais nullement relatives à l'emploi auquel on le destine, il faut avoir soin de le mettre à part, parce qu'on le soupçonne, comme il mange vite, d'affamer Ses voisins. »
Cette allégorie satirique esi signée : Fourdrin, de Frévent.
(Cité par A. Deramecourt, LE CLERGÉ DU DIOCESE D'ARRAS PENDANT LA RÉVOLU- TION, t. I, p. 549).
(1) A la gloire du Grand Architecte de l'Univers ; la Loge de Saint-Jean d'Ecosse du CONTRAT SOCIAL, Mere Loge du Rite Ecossais en France, à toutes les Loges réguliéres et à tous les macons dignes de ce nom, UNION, FORCE, SALUT.
(Circulaire du 27 septembre 1790; A. M. Femerolle, R. Cocqhéron, Paris). Arch. mun. d'Hesdin. 2
(2) Furent élus députés à l'Assemblée Législative : Carnot, cadet ; de Saint- Amour, qui n'accepta pas ; Haudouart, Wallart, le Gressier, Leporcq, Francois de Bunneville, Ernest Duquesnoy, Deusy, Carnot ainé, Baért, Blanchard ; quatre suppléants désignés : Duval, Waterlot, Dethosse et Butor.
que pénible qu’elle fut, pourvu qu’elle ne l’éloignât pas trop de son père, vieillard infirme et qui a servi sa patrie pendant cinquante ans » (1).
Le f^ Deusy, juge de paix à Arras, est nommé le huitième, par trois-cent-onze suffrages.
La politique de ces élus est celle des Feuillants, qui viennent de rentrer en majorité dans la nouvelle Assemblée; demain, ils suivront Je sort des Girondins, qui s'appuieront sur les loges maçonniques, pour faciliter leur propagande en Europe (2).
Peut-être le f-- Deusy les aida-t-il dans la mesure de ses faibles moyens. |
Mais c'était un personnage assez falot, qui ne simposa güère à l'attention de ses concitoyens.
La carrière politique de Saint-Amour fut brusquement interrompue.
Le 19 octobre 1792, un an environ après les élections à la Législative, Jean-Marie d'Aoust (3), Gustave Doulcet de Pontécoulant (4) et
(1) Archives du Pas-de-Calais, série L, 7. (Assemblée Administrative du Départ) Saint-Amour (1755-1823) avait épousé Julie Gonsse de Saint-Laurent, fille du fermier général de l'Artois.
(2) M. Albert Mathiez l'a démontré dans une note intitulée : LES FRANCS- MAGONS ET LA PROPAGANDE RÉVOLUTIONNAIRE APRES VARENNES (Annales Révolutionnaires, 1913, p. 110) ; c'est, sous forme de lettre, une sorte de rapport adressé, au mois d'aoüt 1791, à un général non désigné par Le Maire, chargé d'une mission de renseignements sur le Rhin. Apres avoir fourni des détails sur. la situation et les projets des émigrés, il s'exprime ainsi : « Depuis votre départ, M. Dietrick, maire de Strasbourg, a fait imprimer en allemand une couple de milliers d'exemplaires d'un imprimé de la L[ ] de SAINT JEAN D'ECOSSE DU CONTRAT SOCIAL, à Paris, mére L[ ] du Rit écossais en France, que jai fait traduire en bon allemand, et j'y ai ajouté à la fin un petit discours pour les F..F.. des pays étrangers. J'en ay aussi fait imprimer plusieurs en francais dont j'ai l'honneur de vous en envoyer un exemplaire dans ma lettre. Je crois que vous êtes un des membres de cette LE]. Vous verrés, mon général, que cet écrit, surtout en allemand, fera des merveilles à l'étranger : j'ai été assés heureux de passer en lieu de süreté toute cette pacotille à la rive droite du Rhin, et je joins aussi ici une liste de 44 villes épiscopales de l'Allemagne et des Pays Bas autrichiens où j'én ferai passer directement à tous les Vbles des LL[ ] de chacune de ces villes, j'en distribuerai méme dans les armées, ce qui y fera un trés bon effet... » (Arch. Nat. F 4396).
Ne s'agirait-il pas de la Circulaire de la L.. du CONTRAT SOCIAL, du 20 novembre 1790 ?
(8) Les élections à la Convention Nationale donnérent les résultats suivants. Furent élus : Maximilien Robespierre, Carnot ainé, Ernest Duquesnoy, Le Bas, Thomas Payne, Personne, Guffroy, Enlart, Bollet, Manier, Daunou ; Varlet, maire d'Hesdin, et Le Bon furent nommés suppléants. La non-acceptation de Robespierre eut pour effet de faire monter Varlet au rang de titulaire ; mais Le Bon devenait en méme temps premier suppléant, et cette circonstance — malheureuse pour tous, pour Arras et pour « l'Incorruptible » en particulier — devait lui ouvrir plus tard les portes de la Convention Nationale.
Aucun franc-macon ne figure dans cette liste.
Marquis d'Aoust, né à Douai, fut membre des Etats Généraux (1789) et de la Convention (1792) ; révolutionnaire ardent.
(4) Doulcet, comte de Pontécoulant, né en 1764, dans le Calvados, embrassa avec enthousiasme les idées nouvelles, fonda le club de Vire et fut élu député à la Convention; [roscrzit avec les Gircndins, il se rallia à lEmpire d'abord, à la Monarchie ensuite. Hi devint pair de France,
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Ernest Duquesnoy (1), tous trois commissaires de la Convention Nationale, délégués par elle dans le Pas-de-Calais « avec des pouvoirs illimités pour y assurer le bon ordre (2), étaient introduits au Conseil général de la Commune d'Arras. Ils expliquèrent, aux citoyens présents à la séance, ce au'on pouvait exiger des magistrats et des administrateurs; ils leur parlérent de leurs droits, plus que de leurs devoirs, et invitérent ceux qui avaient des griefs contre certains fonctionnaires publics à dénencer les coupables.
Un assistant, se levant des galeries, signala le Directoire du département comme méritant la réprobation générale.
Les commissaires remerciérent ce bon patriote et promirent d'examiner la question; puis, aprés avoir refusé, au nom du principe d’égalité, la garde d'honneur que leur offrait la municipalité, ils se rendirent dans la salle, où se réunissaient les administrateurs, dont on suspectait le civisme.
Le procès de ces derniers fut bientôt instruit : on leur reprochait d'avoir désapprouvé les événements de juin, retardé la publication des listes d'émigrés et mis obstacle à la publicité de leurs séances (3). Les commissaires se firent remettre les registres des délibérations et, par un arrété du mé:ne jour, ils destituérent le président, les huit membres du Directoire et le procureur général syndic (4) ; Joseph Le Bon remplaça immédiatement celui-ci dans ses fonctions.
De Saint-Araour était l'administrateur le plus visé : n’avait-il pas pris des conclusions, comme procureur intérimaire, pour demander à l'assemblée de flétrir les événements de juin et pour s'opposer à la publicité des séances ? (5)
(1) Député à la Convention Nationale ; ne pas le confondre avec le f". Du Quesnoy, député à la Cour, dont il a été parlé.
(2) Décret du 7 octobre 1792, contresigné par Danton.
(3) « Les administrateurs composant le Directoire du Département du Pasde-Calais déclarent qu'ils ont appris avec horreur ce qui s'est passé le 20 de ce mois, dans la demeure du Représentant Héréditaire de la Nation ; qu'ils regardent comme dirigés contre toute la Nation, les outrages qu'on a fait essuyer au Roi, etc... » Arch. dép. du P.-de-C., série L, 8.
Cette déclaration- est signée : Ferdinand Dubois, président ; Caron, Defrémicourt, Demory, Dupire, Lefrancois, Parent, Thuilliez, Saint-Amour, remplacant le procureur général syndic, et Galland, secrétaire ; Candelier, procureur général, s'associa à cette motion.
Notons que, parmi les administrateurs, deux sont francs-macons : Demory et Saint-Amour, de la L.. de l'AMITIÉ.
(4) « Vu les déclarations contre-révolutionnaires des 20 juin et 3 juillet, lindignation manifestée à leur sujet au sein du corps électoral réuni à Calais et considérant que, soit corruption, soit faiblesse, les administrateurs n'avaient pas dans le cceur l'amour de la République... » (Arch. dép. du P.-de-C., série L).
(5) Voici le texte de cette délibération : « L'affaire sera renvoyée à l'Assemblée Nationale, qui sera priée de voir si ce n'est pas abuser de la manière la plus audacieuse du droit sacré de pétition que de s'introduire dans le lieu des séances des corps administratifs... d'exhaler contre eux toutes les injures qu'une bile amérespeut suggérer.. de les accuser de crimes qui méritent toute la répression des lois, sans apporter aucune preuve de ces prétendus délits... » (Arch. dép. du P.-de-C., série L). |
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Celui dont la destitution venait d’être si brusquement prononcée, était né à Ardres, le 2 omars 1755 (1). À peine âgé de dix-sept ans, il avait reçu, grâce aux relations de son père, un brevet de sous-lieutenant au régiment du Nassau; mais ne se sentant pas de vocation pour le métier des armes, il préféra se livrer à l'étude des langues et composa, en italien et en espagnol, quelques poésies qui lui valurent un certain renom. Cependant les discussions juridiques l’attiraient particulièrement; il fit son droit et entra dans la magistrature. Successivement procureur du roi au bailliage d’Ardres, conseiller pensionnaire de la ville de Bourbourg, puis major-général de la Garde Nationale du Pas-de- Calais, il ne cessa de se faire apprécier par son amour du juste et son inlassable dévouement. :
Il avait acquis ces précieuses qualités, par son éducation première ; il les avait développées aux travaux de la loge de l'Azz/:2é d'Arras; là, il rencontrait le f-- Demory qui, nommé avec lui administrateur du département, fut destitué par le même arrêté.
Rendu à la vie privée, Saint-Amour, qui avait fait à la Révolution le sacrifice de sa particule, se retira dans sa ville natale, qui le choisit bientót comme premier magistrat : il s'occupait sans relache d'assurer la vie matérielle de ses administrés, táche souvent difficile à cette époque (2).
Les ff -- Mury, Le Durcq, Le Gay et le Tribunal révolutionnaire. — Si les francs-macons ont leurs représentants à la Constituante et a la Législative, aucun d'eux ne s'assied sur les bancs de la Convention Nationale : parmi les citoyens choisis le 3 septembre 1792, par l'assemblée primaire réunie à Calais, nul ne figure sur les tableaux de nos loges.
.. C’est que les électeurs commencent à parler un autre langage; les uns réclament un décret « pour priver de leur traitement les prêtres qui, en contravention avec la loi, percevraient un w casuel », d’autres décident que « les talents et les vertus seront désormais les seules qualités requises pour être éligible aux places de judicature et qu'il suffira d'avoir atteint l'âge de vingt-cinq ans pour y être promu » (3). l'assemblée,
(1) H répondait aux prénoms de Mathieu-Joseph-Ghislain ; son père était un officier distingué.
(2) L'Empire le nomma chef des contributions indirectes; mais ces fonctions exigeaient qu'il poursuivit ses concitoyens des rigueurs du fisc. Elles étaient incompatibles avec son caractère élevé et avec son âme délicate ; il déserta les bureaux et regagna Ardres et ses campagnes fleuries.
La, il continua ses chères études, écrivit d’aimables poèmes, soit em latin, soit en francais, en espagnol ou en italien. Il composa méme un « TRAITÉ DE LOGIQUE ET DE THÉOLOGIE », qui, publié, lui eût peut-être assuré la notoriété.
La modestie était sa première qualité ; elle lui fit préférer les humbles et paternelles fonctions de juge de paix aux mandats législatifs qui procurent honneurs et profits. Il rentra, en 1804, dans la maçonnerie : cet homme juste et sage ne voyait donc pas en elle l'une des causes de la Révolut n qui venait de ruiner ses espérances et qui avait failli l'emporter dans la féurmente ?...
(3) La Convention fit droit à cette réclamation, fort justifiée du reste, par son décret du 22 septembre 1792.
par l'organe de I.e Bas, flétrit le Directoire du Département, qui a adhéré à un « arrêté liberticide » en blamant les événements du 20 juin (1); tcus les membres sont censurés; on leur adresse méme des épithétes outrageantes; un seul bénéficie d'une certaine indulgence, c'est le f^ Demory, qui prétend avoir signé ce document dans un moment de faiblesse, qu'il regrette.
À aucun moment, les loges artésiennes n’ont exercé une influence quelconque sur les assemblées électorales. Si, en 1780 et en 1791, certains frères qui se recommandent par leurs mérites personnels, sont choisis comme rédacteurs des cahiers de doléances et font prévaloir quelques-unes de leurs opinions, la franc-maçonnerie n’exerce, en leur faveur, aucune action collective, aucune pression ; elle ne donne pas de mot: d'ordre et n'agit point pour recommander telle ou telle candidature ? Jamais elle ne descend dans l’arène politique; elle en eût été empéchée, du reste, par la diversité d'opinions, qui se manifestent parmi ses membres : comment eut-elle pu réconcilier, en vue d'une effort concerté, Fruleux de Souchez et le comte Laizer de Siougeat, Lefebvre du Prey et Mury, en qui s'annongait déjà le futur lieutenant de Joseph Le Bon ? (2)
Receveur du prince de Soubise, Mury a fait, à la loge de l'Azzzze, une rapide carrière; initié en 1766, il est successivement premier surveillant (1779), secrétaire adjoint (1780), garde des sceaux (1781) et enfin officier honcraire (1782). Nommé, à l'aurore de la Révolution, directeur de la maison Humanité, auparavant dirigée par les sœurs de charité, il dénonce quatre de ces derniéres, précédemment arrétées, par ordre du district, pour avoir refusé de préter le serment exigé par la loi; le 8 messidor, elles comparaissent, à Cambrai, devant le Tribunal révolutionnaire et sont condamnées à mort. L'un des griefs qu'on leur adressait était d'avoir conservé des journaux d'un « royalisme .effréné »; Mury fut accusé, par la suite, d'avoir placé lui-méme, sous un tas de paille, ces « gazettes » qu'on n'avait pas découvertes, lors d'une premiére perquisition.
Lié d'amitié avec Le Bon, il est nommé, le 2 prairial, membre de la commission d'épuration, chargée de proposer l'élareissement ou le main-
(1) Voici le texte de cette délibération, en date du 2 juillet 1792 : « Les administrateurs, composant le Directoire du Département du Pas-de-Calais, déclarent qu'ils ont appris avec horreur ce qui s'est. passé le 20 de ce mois dans la demeure du Représentant héréditaire de la Nation ; qu'ils regardent comme dirigés contre toute la Nation les outrages qu'on a fait essuyer au Roi... Qu'ils attendent de la sagesse de l'Assemblée Naitonale des mesures propres à empécher de pareils excès et à en faire punir les auteurs ; qu'ils attendent du patriotisme. comme des citoyens de Paris, qu'ils désavoueront ces forfaits ; qu’ils attendent de l'énergie de tous les Francais qu'ils ne feront qu'un seu] cri pour en demander vengeance au Ciel et à la Loi... »
(Arch. dép. du Pas-de-Calais, série L, 8. Registre des délibérations du Direc: . toire dn Département). ;
Le f.. Saint-Amour remplacait, à cette séance, comme procureur général syndic, Candelier, absent pour cause de maladie.
(2) Né en 1739.
tien des détenus et la mise en jugement des accusés; dans ces fonctions, l'indulgente bonté maçonnique ne fut pas sa vertu dominante.
Dénoncé à son tour, après la chute de Le Bon, par le comité révolutionnaire, « comme l'ami intime de Daillet, Darthé, Caubrière » et, par conséquent, comme un partisan de ces « hommes de sang », on demanda la révocation de Mury.
« La lanterne magique », pamphlet qui, en l’an V, est dirigé contre ceux qui, de près ou de loin, sont soupçonnés d'avoir servi l'administration du célèbre proconsul, ne dénonce que de rares francs-maçons (1): parmi les prétendus conseillers de l'ancien prêtre, elle ne peut guère citer que le défenseur officieux Leducq, avocat, « blanc bec à lunettes, cadet Cicéron, qui fut emprisonné deux heures par les ordres de Le Bon » et l'infortuné f-- Demory à qui l'on reproche « les fines herbes achetées pour sa cuisine » et son amitié pour Darthé. Au nombre de ceux qui auraient agi « concilio manuque », elle signale ie f-. Forgeois (du Royon), le f-. Gamot, procureur, commissaire aux émigrés et le f- Gayant, administrateur du département et de la Bourse des pauvres : leur róle à tous fut des plus effacé.
Aucun de ceux qui, pendant la Terreur, assumérent le soin de l'administration du Pas-de-Calais, n'appartient à la franc-maconnerie. Ne figurent dans les loges ni Joseph Le Bon, maire d’Arras et membre du Comité de sáreté générale, ni Guffroy, son collégue, ni Herman, président du Tribunal criminel d'Arras, ni Desmuliez, accusateur public, ni Darthé, ni Guilluv, ni Beugniet, ni Caron, ni Martens, ni Daillet, ni Carler, ni Duponchelle, ni Caubriére, ni Richard, aucun des soixante jurés du Tribunal révolutionnaire d'Arras.
Les francs-magons qui, sous la Constituante et la Législative, ont accepté des fonctions publiques, vont rentrer dans la vie privée; leur patriotisme ardent, leur libéralisme éclairé les avaient désignés pour tenir les premiers róles dans l'administration départementale ou communale; ils résilieront leurs fonctions sans regrets, les ayant remplies avec honneur.
Jusque-là, on les trouvait partout : la réforme de la magistrature, scumise au systeme électif, les a mis en charge : dés novembre 1790, Thellier est nommé juge au Tribunal du District d'Arras; Prévost fils, de Wamin, Jacquemont du Donjon font partie de celui d'Hesdin, ou de Montreuil ; I.e Gay les rejoint l'année suivante.
Le 15 septembre 1791, le f-- Morel, homme de loi qui, jeune encore, jouit de l'estime générale, réunit l'unanimité des suffrages pour la place de commissaire prés le Tribunal d'Arras il fait preuve de prudence et décline ces fonctions, en invoquant la débilité de sa santé.
Le pouvoir passe-t-il aux mains de Le Bon et de ses amisi? Les francs-macons désertent peu à peu les fonctions publiques. Ils refusent de s'associer à une administration dont les actes cadrent si mal avec la
(1) LA LANTERNE MAGIQUE, ou les grands conseillers de Joseph le Bon, Paris, chez les marchands de nouveautés, an V, j
modération de leurs opinions. Des hommes nouveaux leur succèdent et rares sont ceux qui, comme Buissart, Le Gay et l’un des Le Ducg conservent leur charge pendant la Terreur.
Celui-ci appartenait à l’une des plus honorables familles d’Arras; son père, l'avocat Le Ducq, dit l'ainé, habitait un bel immeuble du quai des Casernes. C'était un homme distingué et d'un goût sûr. Sa galerie de peintures comptait des Nattier, des Téniers, des Van Dick et des primitifs flamands de valeur.
Il fréquentait la meilleure société de la ville. Poète, il ne dédaignait pas de se joindre parfois à la troupe Joyeuse des Rosati, qui récitaient d’aimables vers ou chantaient des refrains bachiques, sous les frais ombrages de Blangy.
Le Ducq l'ainé avait une foi solide et sa vie était, pour chacun, un sujet d’édification (1).
S'il n'était pas franc-maçon, ses deux fils, Charles et Léandre, figuraient aux tableaux de l'Azgzzzzé et de la Constance; son petit-fils devait, à son tour, suivre leur exemple et devenir l'une des lumières de la loge de l'Espérance.
Nous ignorons si Charles Le Ducq avait hérité des sentiments religieux de son père. Il oubliait parfois de dire ses prières du matin et du soir, nous le savons, mais cela ne l'empécha pas de se faire une place enviable au barreau d'Arras et de ceindre, à certains jours, le cordon noir des Rose-Croix. |
L'ordre des avocats ayant été supprimé le 2 septembre 1700, il eut le courage d'assister, comme défenseur officieux, quelques-uns de ses
(1) Les règles de conduite établies par Le Ducq aîné, et dont voici des extraits, montreront quelle éducation reçurent ses fils et quels étaient les sentiments religieux d'une famille qui devait compter trois francs-macons :
« Je ne vous parle pas de l'exactitude à la prière du matin et du soir, et à assister aux offices de la paroisse ; que pourraient attendre des pére et mere
.de la part d'enfants qui manqueraient à ce qu'ils doivent à Dieu, leur premier et le meilleur de tous les pères ? » ;
Suivent aprés-ces recommandations : 1° Un chapitre rempli d'excellents conseils sur la maniere de régler les heures de travail et de repos, les jours de classe et les jours de congé; sur les soins hygiéniques, sur les précautions à prendre, le soir, afin d'éviter les incendies, etc... ;
2° Un chapitre est spécialement consacré aux dévotions ; on y lit :
« La priere, dans toutes les maisons bien réglées, doit étre faite en commun. Je veux que celles du matin soient dites à six heures et ùn quart, celles du soir apres le souper des enfants, à sept heures un quart, sept heures et demie au plus tard, par Joseph, dans la chambre d'Eugénie, et que tout le monde y assiste exactement. Comme Eustache et Léandre pourraient oublier leurs priéres, on aura le soin de les leur faire dire en particulier, de trois jours l'un, soit immédiatement avant, soit aussitót aprés le souper, pour ne pas déranger l'heure de la prière commune. »
Le document se termine ainsi : « A l'égard de la messe journaliére, on continuera de suivre la régle prescrite par ma femme, et qui est d'aller l'entendre à sept heures aux Clarisses.
Cet agenda sera lu une fois par semaine par Le Ducq (fils aîné, soit Charles-Joseph), aprés le diner. »
Du 25 avril 1779. Signé : Le Ducq.
C. f. UNE FAMILLE D'AVOCATS, LES LE DUCQ /1692-1877), p^r C. Le Gentil, br. de
43 p. ; Arras, 1881, pp. 15 et 16,
concitoyens que l’on renvoyait devant le Tribunal révolutionnaire. Il tenta, par exemple, de soustraire 4 la guillotine, le comte de Béthune- Pénin, en démontrant, à l'aide de certificats, qu'il n'avait jamais émigré. Il ne réussit point. Mais ses éloquents efforts avaient irrité Le Bon qui le fit arrêter et incarcérer, au lendemain du procès, sous l'inculpation d'avoir voulu « induire la plus grande partie des jurés en erreur, pour sauver un des ennemis de la Révolution » (1);-le Comité de surveillance fit perquisitionner à son domicile. On n'y trouva qu'un discours sur la suppression des couvents et sur l'abolition des vœux monastiques...
Son titre de défenseur officieux, non plus que sa qualités hien illusoire alors de franc-maçon n’avaient conjuré le péril. Rien cependant . ne pouvait motiver une telle mesure; les droits de la défense sont sacrés, même sous les monarques absolus, même dans les temps les plus troublés; Le Bon le reconnut enfin et revint à de meilleurs sentiments en rendant à la liberté Le Ducq qui comptait, du reste, de puissants amis parmi les patrictes. Mais, avant de lui laisser quitter la prison des Baudets, où il avait été incarcéré, Le Bon lui dit : « Il faut étre coupe-tête et sans-culotte comme nous ». Le Ducq peut garde de suivre ses conseils. L'arrêté qui le libérait n’en rendait pas moins hommage aux services que lui devaient les « frères indigents et sans appui ».
Sa générosité égalait, en effet, son courage et, comme administrateur de la bourse ake pauvres, il montra qu'il savait mettre en pratique. les principes de solidarité, qu’à la loge il était appelé à enseigner (2).
(1) 24 pluviôse an II.
Le Ducg se chargea également de la défense du général Buchotte, commandant la citadelle de Doullens, du chef de bataillan Rochette, commandant à ` Avesnes, et de l'avocat Blanquart ; tous furent exécutés.
(2) Il avait épousé Marie-Catherine Deshorties, fille de l'ancien notaire, c'est elle qui, toute jeune encore, avait inspiré à Maximilien Robespierre ce charmant madrigal :
Crois-moi, jeune et belle Ophélie, Quoiqu'en dise le monde et malgré ton miroir, Contente d'être belle et.de n'en rien savoir,
Garde toujours ta modestie.
Sur le pouvoir de tes appas,
Demeure toujours alarmée.
Tu n'en seras que mieux aimée,
Si tu crains de ne l'étre pas.
m par E. Lesueur, CEUVRES COMPLETES DE MAXIMILIEN ROBESPIERRE, tome I, D: 223):
Léandre Le Ducq laissa, en mourant, un fils qui portait son prénom et qui, suivant l'exemple de son père et de son oncle, ne pouvait que devenir lui aussi avocat et franc-macon. C'est lui qui, le 29 juin 1835, prononca le discours d'inauguration de la loge de l'ESPÉRANCE.
Doué d'un talent souple et vigoureux, il débuta en maitre au barreau d'Arras et plaida, jusqu'en 1848, de nombreux procès de presse. Il fut l'orateur le plus écouté de l'opposition libérale.
Il se dépensait largement pour ses clients, les aidant de ses conseils désintéressés ot mettant méme sa maison à leur disposition.
Ses collégues l'avaient en haute estime : il fut trente- -cinq fois membre du conseil de l'ordre et six fois bâtonnier.
Républicain sous la monarchie, alors que son père avait été monarchiste
Les Le Ducq battaient maillets dans deux loges différentes : tandis que Charles fréquentait lA mzzzé, Léandre s'était fait agréger à la Constance; pourquoi, nous l'ignorons.
D'abord assesseur du juge de paix du canton d'Arras, Léandre Le Ducq fut titularisé dans ces fonctions, qu'il occupa jusqu'à sa mort.
C'était un homme simple et bon. La culture des jardins et l'étude de l'Art Royal étaient ses deux distractions favorites. I] fut, pendant plusieurs années, orateur de la L- de la Constance.
Comme le f-- Léandre Le Ducq, le f-- Louis-Joseph Le Gay conservera, pendant la Terreur, ses fonctions judiciaires (1).
Il avait applaudi au triomphe de la Révolution et, comme magistrat, pris part à toutes les fétes patriotiques.
Le 14 juillet 1792, nous le voyons méme composer une piéce de vers, pour l'anniversaire de la prise de la Bastille.
Voici deux strophes de ce poéme :
« Peuple qu'enchaine un roi, le crois-tu plus qu'un homme ? N'est-tu. done qu'un troupeau, dont il est l'héritier ?
Tes bras toujours actifs, dans les champs, sous le chaume, Sont-ils à ce despote altier ?
Ces trésors sont les tiens, ta force est sa puissance ;
Veux-tu n'obéir plus, il cesse d'opprimer.
Vois ces affreuses tours d’où tonne sa vengeance, Parais, elles vont s'abimer ! »
. Le magistrat qui signait ces vers avait préféré, bien jeune, le culte d'Apollon à celui de Thémis; à vingt ans, il excellait déjà dans ces poésies fugitives, du genre érotique et badin que Gentil-Bernard venait de mettre en honneur et auquel Boufflers et Parny devaient tout leur SUCCÈS.
Il les lisait aux Rosati, et faisait à l’Académie d’Arras, où Harduin Pavait introduit, des communications sur le célibat et le divorce (2), ou composait quelques morceaux d’architecture pour ses collègues de la loge de PA miatzé (2).
sous la République, il prit place au banquet réformiste et recut chez lui réfugiés et proscrits qui venaient chercher asile dans la demeure inviolable, en principe, d'un avocat. Il les secourait volontiers dans l'infortune. D'une franchise et d'une loyauté à toute épreuve, il était tranchant dans ses paroles, dévoué dans ses affections : son pére était, à l'atelier, un frére simple et religieux, son oncle s'y faisait aimer par son zéle courageux; lui, incarnait le type du macon austére et doctrinaire.
(1) Le Gay, né à Arras, le 27 février 1759.
(2) DISCOURS SUR LE CÉLIBAT ET LE DIVORCE, prononcé par Le Gay, à la séance publique de l'Académie, en 1879. Séraphin Carpentier, imprimeur à Douai, 1816. In-8°, 32 pages.
(3) Là se borna l'activité de Le Gay, qui n'a jamais écrit de romans, comme on pourrait le croire, par suite de la confusion que fait Barbier, dans son DICTIONNAIRE DES ANONYMES, des ceuvres d'un littérateur du méme nom, habitant le méme pays, avec celles de notre auteur. Le Gay ne doit pas davantage étre confondu avec un auire poéte homonyme qui a signé la premiére chanson de la féte d'Arras. Ce dernier était fils d'un sieur Legay, capitaine sous le régne de Louis XVI, et d'une demoiselle Pollet, dont la famille était originaire d'Arras.
Les travaux littéraires de Louis-Joseph Le Gay lui valurent des amitiés dis»
Très jeune encore (1), il s'était fait recevoir à cet atelier, ou ses iréres, qui avaient apprécié ses hautes qualités morales et qui aimaient son esprit aimable et enjoué, le choisirent bientôt pour trésorier, puis l'élevérent, deux ans plus tard, à la seconde dignité de la loge, à celle de surveillant.
La Révolution, qui ferma le temple, ot il comptait tant de sympathies et dispersa les sociétés qui lui faisaient si bon accueil, rendit aussi illusoires les bénéfices, qu'il pouvait tirer de sa profession d'avocat.
Le Gay, qui était d'un naturel timide, vécut retiré d’abord; mais ses concitoyens voulurent mettre à profit ses connaissances juridiques en le nommant juge au Tribunal du District d'Arras; de là, il fut porté au Tribunal Révolutionnaire. : 1
Si nous en croyons ses biographes, il regretta amèrement d'avoir été mélé à la répression sanglante (2); poéte et savant, il n'avait rien de l'homme d'action, ni du politicien; malgré l'influence que Joseph Le Bon put exercer sur lui, nous sommes persuadé qu'à aucun moment, Le Gay ne s'associa à des décisions contraires à sa conscience : cet homme pouvait rendre des jugements, jamais des services (3). ;
Labbé Lambert et le glas de la royauté. — Les événements se précipitent : Ja république a été proclamée; le roi Louis XVI a porté sa tête sur échafaud et le 16 octobre 1793, la reine Marie-Antoinette marche, à son tour, au supplice.
La fatale charrette s'avance entre deux haies de spectateurs. Le peuple se tait, par insouciance, pitié ou pudeur. En vain, le comédien Grammont la désigne-t-il de la pointe de son sabre, pour exciter la haine de la foule ; celle-ci reste muette. Seuls, des cris de « Vive la République! » rompent, de temps à autre, le silence lugubre qui pése sur cette scene émouvante.
Sanson est auprès de la reine, le tricorne à la main. De l'autre côté, a pris place l'abbé Lambert, prétre assermenté, dont elle a accepté la
j présence.
tinguées ; il correspondait avec quantité de célébrités de son siècle, parmi lesquelles : Roman, Francois de Neufchâteau, l'abbé Sicard, dont les lettres sont empreintes de la plus grande cordialité.
(1) A dix-neuf ans.
(2) Michaud, BIBLIOGRAPHIE UNIVERSELLE, verbo Le Gay.
(3) L'Empire estima d'ailleurs qu'il n'avait point démérité et lui confia le siège du ministère public auprès du tribunal de Béthune : là, il eut l’occasion de porter la parole dans des causes célèbres et, dans les conclusions du procureur, on retrouvait le langage élégant et châtié du poète des Rosati et de l'académicien d'Arras.
Au demeurant, il n’avait point cessé tout commerce avec les Muses et, chaque fois que ses importantes fonctions le lui permettaient, il suivait leurs poétiques inspirations. 3
Le gouvernement de la Restauration ne devait pas pardonner ses compromissions à l'ancien membre du tribunal révolutionnaire : Le Gay connut la disgrace ; il l'accepta d'un cœur léger, avec cette philosophie sereine qu'il pratiquete déjà au temps lointain ov il était l'une des lumiéres de la loge de l'AMI-
« Il contemple en silence cette déchirante expiation de la royauté par une femme et sort étonné des larmes qui inondaient ses yeux » (1).
Cet ecclésiastique, dont l'habit ne trahissait pas les fonctions, est boulonnais d'origine; il a une noble figure et une stature militaire; son républicanisme est aussi éprouvé que sa foi est sincére. I] a été, en 1789, aumonier de ia Garde Nationale; l'année suivante, il assistait Talleyrand, évêque d’Autun, dans la messe solennelle qu’il célébra au champ de mars, sur l’autel de la Patrie et prononça même un sermon à Notre- Dame, a cette occasion.
Sa situation de prêtre assermenté lui ouvre l’entrée des prisons de Paris. Il en profite pour porter aux condamnés, les secours de la religion.
Quand l'abbé Lambert apprend la condamnation dés vingt-deux députés de la Gironde, il se rend à la Conciergerie. Il fait nuit et des bruits insolites viennent frapper ses oreilles : les proscrits rentrent dans leur cachot et chantent cette strophe de l'hymne national, qui prend, à chaque instant, une signification tragique :
Allons, enfants de la patrie, Le jour de gloire est arrivé.
Dix-huit Girondins sont enfermés dans une méme salle; Brissot, Gensonné, Lasource se sont réfugiés dans un cachot voisin, humide et triste. L'abbé Lambert s'avance vers Brissot qu'il connait et lui offre les secours de la religion. « Je vous remercie, répond le condamné, je veux mourir en philosophe ». Lasource, ancien ministre du culte réformé, a entendu cette réponse : « Crois-tu à l’immortalité de l'àme », lui demande-t-il. — « Oui ». — « Alors, tu as tort de repousser les secours qui te sont offerts. Quant à moi, jamais les ministres de la religion catholique ne me paraissent aussi grands que lorsqu'ils viennent offrir aux mourants les derniéres consolations qui les attendent sur cette terre ».
Gensonné se confesse et, ayant coupé une mêche de ses cheveux, il prie l'abbé de la remettre à sa femme.
La tourmente révolutionnaire passée; Lambert devint inspecteur des subsistances, puis commissaire de police à Boulogne-sur-Mer d'abord, à Aire ensuite; c'est dans cette première ville qu'en 7788, il fut recu maitre, à la L.. de Saint-Frédénick des Amis Choisis, alors qu'il appartenait au clergé séculier.
Quelques années plus tard, il fondait à Selles, petit village du Boulonnais, un atelier dissident, sous le titre de Sazut-Napoléon des
(1) Lamartine, HISTOIRE DES GIRONDINS, t. XIII, pp. 211 et 256; t. XV, pp. 94, 97. La reine avait refusé les secours religieux qu'il lui avait offerts ; les recutelle de quelque autre prétre, de l'abbé Magnin ou de l'abbé Emery ? C'est douteux ; l’aveu de l'intéressée elle-même ne semble pas laisser de doute à cet égard : « Je meurs, écrit-elle le 16 octobre 1793, à 4 h. 1/2 du matin..., n'ayant aucune consolation spirituelle à attendre, ne sachant pas s'il existe encore ici des prétres de cette religion... »
C. f. Gustave Bord, AUTOUR DU TEMPLE, tome I, p. 579; Louis Blanc, HIS- TOIRE DE LA RÉVOLUTION FRANCAISE, tome II, pp. 345 et 346.
Amis de l'Agriculture, et y réunissait les frères dans sa propre demeure (1).
Au retour des Bourbons, l'abbé Lambert reprit le ministère ecclésiastique, et fut nommé curé de Bessancourt, en Seine-et-Oise. C'est la qu'on lui offrit le siège épiscopal d'Arras, alors qu'on escomptait que Mgr de la Tour d'Auvergne accepterait l'archevéché de Paris; l'un et l'autre donnèrent une preuve de modestie évangélique : le premier en restant évéque d'Arras, le second en conservant sa cure villageoise.
L'abbé Lambert eût pu revêtir le camail violet; son intelligence et son zele l'en rendaient digne; ni son adhésion à la Constitution civile du clergé condamnée par Rome, ni sa maîtrise à la L-- de Sazut-Frédérick n'avaient nui à sa carrière ecclésiastique... Heureux temps...
(1) L'abbé Lambert était né à Selles, prés de Boulogne-sur- Mer, mourut à Bessancourt, le 29 décembre 1847. Do ra x
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