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LA REVOLTE DU ROYAL-CHAMPACNE

Banquets patriotiques à Hesdin (1790). Les incidents du 1% août. Le f~. on maire d’Hesdin, est nommé administrateur du département (3 août

Journées des 9, 10, 11 et 12 août. Le f~. Hallette, premier officier municipal. Réquisition de la force armée.

Le f~. J. Lion, maire d'Hesdin (12 août). La répression (21 août).

La municipalité mise en cause. Elle est défendue par les ff. Jacquemont, de Locher, M. Blin, Delattre, etc...

Les ff. Lion (1790), Gallet (1791), Laisné (1792), Danvin (1794), à l'Hótelde-Ville d'Hesdin. Leur œuvre. :

Les événements révolutionnaires n'avaient pas été sans troubler profondément nos villes artésiennes.

Hesdin, en particulier, qui possédait une municipalité presque exclusivement composée de francs-macons, avait connu des heures tragiques.

Les 12 et 17 janvier 1790, les soldats des huit compagnies de milices et les sous-officiers, brigadiers et cavaliers du Royal-Champagne étaient réunis par les autorités locales ; ils avaient solennellement juré « de faire respecter les décrets de l Assemblée Nationale, sanctionnés par le roi ». Cette manifestation avait été suivie d'un Te Deum, chanté en présence d'un grand concours de population.

Le 14 juillet suivant, par une proclamation signée des ff-. Prévost, Hallette-Deneuville, Videlenne, Joanne, Bellevre et Hallette (1), le régiment est convoqué à nouveau, pour préter le serment fédératif; le £-- Prévost, maire, prononce, avant la cérémonie, un éloquent discours sur l'union des citoyens et des militaires, devenus un « peuple de fréres » ; les rapports des uns et des autres sont alors empreints de la plus touchante cordiahté.

Le feu couve cependant et de graves dissentiments ne vont pas tarder à éclater. ;

Suivant lusage de l’époque, les banquets fraternels se succèdent à Hesdin : ils réunissent d’ordinaire les membres de la municipalité et les représentants des différents corps de troupe, cantonnés dans la ville ; le premier est offert par les officiers et quelques gardes nationaux à leurs collègues de Montreuil, de passage à Hesdin ; trois

(1) 6 francs-maçons sur 9 signataires. Arch. mun. d’Hesdin, proclamation du 14 juillet 1790. | ;

officiers municipaux y assistent, ainsi que le lieutenant Davout, qui ne songe pas encore à la couronne ducale dont, un jour, il ceindra son front ; pour lors, il professe des opinions avancées, que ses chefs jugent méme subversives ; par contre, les cavaliers l'appellent leur « chef et pére ». Ce premier banquet ne donne lieu à aucun incident.

Quelques jours plus tard, la municipalité réunit à sa table, en outre de ses précédents commensaux, les notables de la ville, l'étatmajor de la place, tous les officiers du Royal-Champagne, ainsi que deux hommes par compagnie.

Le 1° août 1790, les officiers de ce régiment qui, nous le savons, possèdent une loge maçonnique, la Parfaite Egalité, rendent, à leur tour, la politesse qu'ils viennent de recevoir, mais ils n’inVitent que deux officiers municipaux, autant de notables, les chefs de la Garde Nationale, un homme par compagnie, plus un maréchal-des-logis, un brigadier et un cavalier du Royal-Champagne.

Le choix de ces invités donne lieu à un premier incident : les membres de la municipalité sont presque tous exclus ; se solidarisant avec eux, le commandant de la Garde Nationale s'absente d'Hesdin, le jour de la réception, ce qui ne l'empéchera pas, du reste, de fournir sa version des incidents qui vont suivre.

Autour des tables, on annonce la promotion au grade de souslieutenant du maréchal-des-logis Odille, du Royal-Champagne ; cette nouvelle, à laquelle applaudissent les officiers, cause du mécontentement dans les rangs de la troupe. De plus, si l'on en croit certains convives, des toasts chaleureux sont portés au Roi et à la Reine, mais on oublie de lever les verres en l'honneur dela Nation. `

Vers 8 heures du soir, le banquet est terminé ; on organise alors, sur la place publique, un bal auquel prennent part citoyennes, citoyens et militaires.

Mais voici qu'apparaissent tout à coup une trentaine de « polissons en bas age, de la ville, des bâtons à la main »; ils crient : « Aux aristocrates ! » et mènent grand tapage.

Une heure plus tard, une quarantaine de cavaliers du Royal- Champagne s'avancent à leur tour, « rangés sur plusieurs files », précédés d'un violon et tenant chacun « une chandelle à la main ». Ils crient : « Vive la Nation » ; l'on peut craindre des troubles.

Les membres de la municipalité se réunissent à l'Hótel de Ville ; par suite de la récente nomination du f-. Prévost comme administrateur, c'est le f-- Hallette, premier officier municipal, qui remplit les fonctions de maire (1), c'est à lui qu'incombe le soin de maintenir l'ordre ; plusieurs de ses collègues sont ses frères de la Z'idélité.

Le f-- Hallette ne se laisse pas prendre au dépourvu ; il convoque

(1) Les autres officiers municipaux sont les ff.. Gallet, Lion, Joanne, Bellevre, Hallette-Deneuville ; Hurtrel est greffier. Le f.. Prévost était démissionnaire depuis le 3 aoüt 1790.

d’urgence le commandant et les officiers de la Garde Nationale, ordonne de doubler les postes, et, à minuit, il fait évacuer la place.

Les cavaliers du Royal-Champagne refusant de s’éloigner, avec leur violon et leurs chandelles, les officiers municipaux réquisitionnent la garde et lui enjoignent de veiller « à la sûreté et à la tranquillité de la ville ».

Le lendemain, Hallette et ses collègues appellent devant eux les deux adjudants du Royal-Champagne et leur déclarent que si les cavaliers troublent encore l’ordre, ils feront prendre les armes à la garnison entière.

Les adjudants, auxquels se sont joints tous les bas officiers, répondent en protestant contre la nomination du sieur Odille, contraire, d’après eux, aux règlements. Hallette leur fait remarque qne; le 14 juillet, ils ont juré fidélité au roi, dont les officiers n’ont Eat qu'exécuter les volontés.

Le calme ne revient pas dans les esprits ; la scission s'accentue entre les sous-officiers, les cavaliers du Royal-Champagne, encouragés par les gardes nationaux, d'une part, et leurs chefs, de l'autre.

Le f- Lion succède, le 5 aout, au f-- Hallette, dans les fonctions de maire d'Hesdin. Il restera à ce poste Jusqu'à sa nomination à la présidence du tribunal du district, au mois de décembre suivant.

Le 7 août, l'effervescence est à son comble ; les membres de la municipalité ont fait-avancer, devant l'Hótel de Ville, « quatre pieces de canon, montées sur leurs affüts, avec les munitions nécessaires » (1).

Le 9 août, ils augmentent de dix-hommes le poste central, font clouer les ponts-levis et les portes, et ils demandent des secours à Arras. Il semble que l'on s'attende à de graves événements et que la population entiére partage les appréhensions de la municipalité ; le 10 aotit, les éléves du collége font l'exercice dans la cour de l'ancien hópital (2).

Des. troupes sont envoyées au secours de la ville, que le f-- Lion croit menacée de la plus terrible révolution : de Casteja et de Grammont arrivent avec des détachements des régiments de Bourbon, de Diesbach et des Cuirassiers du Roi (3).

(1) Arch. mun. d'Hesdin, relation des événements du 1° août 1790.

(2) C. f. Jules Lion, Hesdinfort, tome II, p. 272, note.

(3) Arch. dép. du P.-de-C., série L. Comité de surveillance de Montreuil.

On lira avec intérét : PÉTITION DE MARIE-JEROME LION, DEMEURANT EN LA COM- MUNE D'HESDIN, AUX CITOYENS COMPOSANT LE COMITÉ RÉVOLUTIONNAIRE DE MONTAGNE- SUR-MER (14 vendémiaire an III); la « RÉPONSE AUX DIFFÉRENTS ARTICLES DU MÉ- MOIRE DE JÉROME LION », par les membres de la Société populaire, d'Hesdin ; le MÉMOIRE DE GIRARD, accusateur militaire à l’armée du Nord; la LETTRE DE LION AU CITOYEN REPRÉSENTANT BERLIER (14 vendémiaire an III) ; l'extrait du PROCES- VERBAL DE LA SOCIÉTÉ POPULAIRE D'HESDIN, séance du 1er frimaire an III ; le RESUME DU RAPPORT FAIT A L’ASSEMBLEE NATIONALE, LE 11 DÉCEMBRE 1790, PAR SALLE, DEPUTE, AU NOM DES COMITES MILITAIRES. DES RAPPORTS ET DES RECHERCHES REUNIS, CONCERNANT L'AFFAIRE DU 21° REGIMENT DE CAVALERIE (CI-DEVANT CHAMPAGNE) ; les différents avis émis par. le CONSEIL GENERAL DE LA COMMUNE D’HESDIN, notamment dans ses séances des 21 brumaire, 1er et 14 frimaire an III.

ROR! =

Le colonel de Fournés fait arrêter et incarcérer à Arras le lieutenant Davout, dont la complicité avec les mutins n’est nullement établie, mais à qui il ne pardonne pas d’avoir pris l'initiative du serment du 27 avril.

. Enfin, le 21 août, le Royal-Champagne est massé sur la place d'Hesdimn ; les troupes venues d' Arras l'entourent et forment le carré, les canonniers sont à leurs pièces, la mèche allumée. Le Comte Biandos de Castéja, maitre de camp, commandant sn Artois, appelle à lui les deux adjudants, neuf maréchaux-des-logis (1) et une soixantaine de brigadiers et soldats ; il leur fait remettre des « cartouches blanches », ne mentionnant pas leurs états de service, et leur ordonne de s’en retourner « au lieu de leur naissance » (2) ; la maréchaussée les accompagne jusqu’en dehors de la viile.

Les frères Hallette et Lion portent, devant l’histoire, la responsabilité de ces événements.

Ils ne gardérent pas rancune de l'impolitesse qui leur avait été faite, lors du troisième banquet, offert, le 1° août 1790, par les officiers du Royal-Champagne et n’hésitèrent pas à prendre le parti de ces derniers contre la troupe et le peuple.

Pour quelles raisons agirent-ils ainsi ? La confraternité magonnique existant entre membres de la Fidélité et de la Parfaite Union, n'est peut-être pas étrangère aux mesures de répression qui furent prises a cette occasion ; les officiers municipaux faisaient partie de la première de ces loges, tandis que la seconde était fréquentée par les lieutenants et les capitaines du Royal-Champagne ; cependant aucune allusion n’est faite à une entente entre eux, dans les Livres d’architecture qui, six mois plus tôt, mentionnent, avec détails, leurs réunions fraternelles.

Administrateurs et officiers ne partagent pas les idées du jour ; ceux-ci servent le roi plutôt que la nation ; ceux-là ne sont ni des démagogues, m des fauteurs de désordre ; tout en leur sachant gré d’avoir empéché la rebellion de septembre, on doit cependant reconnaître qu'ils eurent la main lourde et qu'à certains moments, ils manquèrent de mesure.

Cette affaire eut un retentissement considérable. Les soldats exclus de l’armée vinrent se plaindre à l’Assemblée Nationale; Girard, accusateur militaire à l'Armée du Nord, prit leur défense, aidé de Point, ancien adjudant au régiment de Champagne, devenu général; Mirabeau, puis Marat s'intéressérent à leur sort ; les sections s'émurent et celle de Bon Conseil plaga les victimes sous sa sauvegarde ; Ferdinand Dubois, président du département du Pas-de-Calais, et laurent Coppens, son collègue du Nord, furent chargés d'une enquête (Décret du 4 septembre 1790). Dubois-Grancé rédigea un rapport défavorable au colonel de Fournès et une polémique s'engagea entre

(1) Sur quinze. | (ar « Cartouche », congé de libération.

eux; libelles et pamphlets furent distribués à profusion Le Royal- Champagne fut dissous ; reconstitué presque aussitôt, il devint le 20° régiment de cavalerie. |

Les « cartouches infamantes » furent, pour les soldats bannis, un titre à l'avancement ; quant aux officiers municipaux d'Hesdin qui avaient collaboré à la répression, ils connurent les pires déboires.

La plupart appartenaient à la Fidélité et les frères ne manquèrent pas d'intervenir pour soutenir leurs frères, défendant, par des pétitions et des déclarations publiques, la municipalité qu’on avait mise en cause.

Le f-- Hippolyte Jacquemont, « soldat national », rédige, en collaboration avec Carpentier, aide-major, une adresse de protestation, au nom de la Garde Nationale d’Hesdin (1) ; les administrateurs et le Directoire du département, óà siègent plusieurs frères, écrivent le 27 octobre 1700 : « La municipalité n’a pas outrepassé ses pouvoirs pour maintenir l’ordre ; elle a été d’une prudence extrême ; le moyen dont elle s’est servie, en faisant appel aux forces du déhors, a seul épargné le sang de ses concitoyens et du Royal-Champagne. La municipalité a été calomniée ; elle mérite l'éloge de tout bon Français, l'estime de tout ami de l'humanité, la reconnaissance et l'hommage de tous ses concitoyens » (2).

Le vice-président du Directoire d'Arras, B.-J. Delattre — dont la signature est suivie de trois points — envoie, lui aussi, les félicitations de ce corps à la municipalité d'Hesdin pour « sa conduite prudente et ferme, les sages mesures qui ont été prises et son dévoüment à la chose publique » (3).

Une adresse protestant contre les agissements des cavaliers révoltés, est signée par les ff-. de Locher et M. Fr. J.-L. Blin ; elle motivera leur arrestation, dans quelques mois, ainsi que celle du f~- Lion, maire, coupable d'avoir fait prendre les armes contre eux (4).

Celui-ci, resté à la tête de la municipalité d'Hesdin, prit quelques initiatives moins discutées ; on lui doit la création « d'atehers de charité » destinés à fournir de l'ouvrage aux faiseurs de bas sans travail ; d'autres francs-macons remplirent, à la satisfaction générale, les mêmes et délicates fonctions. Le f-. Joseph Blin, qui succède au f-. Lion, établit des « bouillons » pour secourir les malheureux (6 - janvier 1791). Le f-. Gallet est appelé à la mairie dans un moment de crise ; les ouvriers emplovés sur les remparts n'étant payés qu'en assignats, quittent leurs chantiers et menacent de se révolter ; Gallet

(1) Arch..dép. du P.-de-C., série L. District de Montreuil.

(2) Ibid.

` (3) Arch. dép. du P.-de-C., série L. District de Montreuil. Cette protestation est contresignée par plus de cent citoyens d'Hesdin.

(4) Ibid. MARIE-JÉROME-JOSEPH LION, CITOYEN DE LA COMMUNE D'HESDIN, AU CITOYEN BERLIER, REPRÉSENTANT DU PEUPLE FRANCAIS, ENVOYÉ PAR LA CONVENTION NATIONALE DANS LES DÉPARTEMENTS DU PAS-DE-CALAIS ET DU NORD, ET A MES CONCITOYENS ; 1 br. 12 pp. in-8° ; Lion répond à douze chefs d'accusation. ; 3

défend à tous enfants au-dessous de quinze ans de se trouver dans les rues ou sur les places aprés 8 heures du soir, et aux adultes de former des groupes de plus de cinq personnes (7 août 1791) ; par ces mesures énergiques, l’ordre est rétabli et il ne sera plus troublé. Le f.. Maximilien Laisné est, en 1792, premier officier municipal et maire intérimaire ; il fait désarmer les citoyens et évite ainsi des malheurs toujours possibles, dans ces temps de surexcitation.

Le £-- Danvin entre à la mairie le 5 pluvióse an II ; il tient tête à Joseph Le Bon qui le destitue comme « aristocrate ». Mais les membres du Conseil général, réunis le 17 prairial, accordent au citoyen Danvin, « cy devant maire de cette commune, un certificat attestant qu'il s'est toujours comporté d'une « maniére irréprochable » pendant le temps de sa gestion ».

C'est à de tels hommes que la ville d' Hesdin dut le calme relatif, dans lequel elle vécut à cette époque.

(1) C. f. J. Lion, Hesdinfort, t. IL, p. 285.

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