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CHAPITRE VII

DES LOCES AUX SOCiETÉS POPULAIRES

Les maçons artésiens dans les Sociétés populaires d’Aire, Hesain, Arras, Calais et Montreuil.

Comités de surveillance et de streté générale.

Le culte décadaire a Hesdin.

Les loges ne vont point, comme on pourrait le croire, se transtormer en clubs et, sous le nom de Jacobins, d'Amis de la Constitution ou de Comités de surveillance, présider, en Artois, aux destinées de la Révolution. ;

Le recrutement des ateliers diffère de celui des sociétés populaires. Au temple domine l'élément bourgeois et si certains francs-maçons dsviennent de farouches sans-culottes, le fait est exceptionnel.

Les maîtres de l'heure n'appartiennent pas à la bourgeoisie ; le peuple qui a participé aux journées révolutionnaires domine les clubs et les Assemblées; ıl dicte ses volontés aux uns comme aux autres; ses représentants vont s'introduire peu a peu dans les administrations.

Le peuple artésien ne pénétraıt dans les loges qwen qualité de frère servant. Il ne prenait point part aux délibérations et n'intervenait que pour rendre quelques menus services : il y était sans influence et sans prestige |

Quand il acquerra la conscience de sa force, il agira au grand jour et, loin de se plaire aux mystérieux conseils, il exigera la publicité des discussions des assemblées électives. La Société des Amzs de la Constitutzon d'Arras pétitionne en ce sens, le 4 juillet 1792. Elle s'adresse, en ces termes, au Directoire du Département : « Vos travaux ténébreux mettent vos commettants en danger; il est temps que l'oeil du maitre surveille ses agents. Nous vous déclarons donc que nous nous présenterons à vos séances, pour y étre témoins de vos opérations » (1). Comme le.Directoire ne tient aucun compte de ces avis, il est dénoncé à l'Assemblée Nationale, puis destitué. 1

C'est donc en présence du peuple qui juge et contrôle leurs actes que vont siéger.et discuter les membres de nos sociétés populaires : loin d'eux la pensée de comploter, dans lé mystère des temples maçonniques, l'établissement du Nouvel ordre social!

Les ff-- Desmarquoy, Baudens et Monnot se :etrouvent parmi les

(1) Arch. dép. du P.-de-C., série L. Déclaration du 4 juillet 1792, signée par Augustin Robespierre et neuf autres HAUSSE

fondateurs de la Société des Ames de la Constitution, fondée à Aire, le 10 mai 1790, et qui groupe des avocats, des magistrats, des prétres et des militaires, tous gens d’ opinions modérées, qui approuvent les réformes promiscs.

Pour être reçu dans cette société, il faut, après la présentation par un membre et admission par l'assemblée, prêter le serment suivant : « Je jure d’être à jamais fidèle à la Nation, d'aimer la liberté et de tácher de la faire aimer de tous ».

Le droit d'entrée est fixé à une livre; la cotisation mensuelle varie de cinq à trente sols, selon la situation sociale de l'adhérent.

Les réunions ont lieu au college d'Aire, tous les cing jours; on y discute les votes de l'Assemblée Législative et le texte des lois envoyées par le District; des certificats de civisme sont délivrés, après examen, aux citoyens qui en font la demande; à la fin des séances, on lit et on commente « la Trompette du Père Duchesne » (1)

Le premier président élu est Lazare Carnot, commandant du génie a Aire; 1l conserve ses fonctions jusqu'en septembre 1791 (2).

Le f-- Duval qui, pendant plusieurs mois, a servi la société en qualité de secrétaire, est désigné pour lui succéder à la présidence. On lui doit l'organisation d'un repas pour les indigents à la maison commune et la replantation de l'arbre de la liberté.

Mais son civisme est suspect; le 2 mai 1793, 11 est suspendu par l'accusateur public.

(1) Arch. dép. du P.-de-C., série L. Sociétés populaires.

(2)Discours prononcé le 9 juillet 1791, par Lazare Carnot, président.des « AMIS DE LA CONSTITUTION », à Aire, en présence de Bollet, député à l'Assemblée Nationale, Vimeur-Rochambeau, commandant général du Nord et du Pas-de- Calais, un nombreux état-major d'officiers et la municipalité : « ...Vous .étes entourés, Messieurs, des nombreux amis de la. Constitution de cette ville. Votre but est de former l'opinion publique en répandant l'amour des lois, de nous éclairer nous-mémes par la communication de nos pensées, de rassurer, d'une part, nos concitoyens contre la chimére d'une autre Révolution qu'on voudrait leur faire craindre, et de calmer, d'une autre, l'effervescence que pourraient exciter parmi eux les sentiments de leur force et les laches manceuvres de leurs ennemis.

C'est en ne tyrannisant personne sur les systémes politiques que nous prouvons combien le nôtre est favorable à la liberté ; c'est en respectant toutes les opinions religieuses que nous prétendons montrer que notre religion est véritablement cette religion de paix, de tolérance enseignée par Dieu méme ; c'est en tolérant, enfin, tout ce qui peut étre toléré sans compromettre évidemment la Constitution, que nous voulons faire voir combien cette Constitution est douce et amie de l'humanité. Nous veillons à la süreté des lois, mais c'est comme sentinelles et non comme espions ou comme inquisiteurs ; nous croyons que la vraie liberté n'est autre chose que celle que nous avons de n'obéir qu'aux lois, que la premiére condition pour étre libre est de laisser les autres libres eux-mémes, et que les véritables amis de la Constitution doivent étre.sévéres pour eux seuls et indulgents pour tous les autres.

Si, parmi nos membres, il s’en trouve encore quelques-uns qui n aient pu s'élever à la hauteur de cette doctrine, c'est qu'un zèle mal entendu les égare, et nous ne cesserons d'employer les plus grands efforts pour les ramener à l'esprit de tolérance et de modération si recommandé par les lois... »

Arch. mun. d'Aire ; depuis l'époque de nos recherches, ces documents ont été réintégrés aux Arch. dép. du P.-de-C., série L.

Le f-. Baudens fils le remplace; chirurgien de son métier, il est

officier municipal depuis l'année précédente. À ses côtés, figure, sur.ia liste des membres, le f- Louis des Lions qui, ancien vénérable de la Réunion, remplit les fonctions de secrétaire des Amis de la Constitution. : TOP, Les registres de la société sont vérifiés par Joseph Le Bon; aussi se montre-t-on difficile sur le choix des membres : on discute les vertus civiques des candidats, avant leur réception ; on écarte ceux qui n'offrent pas de garanties suffisantes; le f-. Delalleau est de ce nombre; quant à ceux qui sont admis, on n'en continue pas moins, par la suite, à scruter leur conduite.

j Le serment est remplacé par l'engagement suivant : « Jadhére à l'abolition de la royauté, et je promets de me montrer, hors de cette société, comme dans son sein, l'ami fidèle de la République française et d'en maintenir partout les droits » (1).

La Société des Amzs de la Constitution d' Aire n’a que de lointains rapports avec la loge de la Réunzon et le pourcentage des freres qui en font partie n'est que de 7 % sur un total de 150 affiliés; apres 1793, elle se recrute en dehors de la bourgeoisie et inspire au Comité de Salut public des mesures destinées à la propagation de l'esprit démocratique.

Il en est de méme à Hesdin; sur 152 membres dont nous avons relevé les noms, 11 % appartiennent à la franc-magonnerie (2) ; parmi eux figurent les tt . J. L. Prévost, maire en 1790, puis administrateur du département, G. de Wamin, procureur de la commune, puis président du tribunal, Bellèvre et G. Houzel, A. Prévost, ancien lieutenant-colonel .de dragons, commandant la Garde Nationale; nommé officier municipal, ce dernier est destitué par Anselin, puis rétabli dans ses, fonctions par le représentant du peuple Berlier.

Le 2 messidor an III, les Amzs de la Constitution dénonceront le nommé Boulanger, ex-juge, pour avoir « usé d'un pouvoir despotique qu'il avait usurpé sur la Société populaire » et avoir persécuté le f- Lion, à l’occasion de la révolte du Royal-Champagne; ils signaleront également la conduite d'un individu qui a détruit des estampes de valeur chez le f. de Siougeat.

La Société populaire d'Arras est constituée le 19 avril 1790; elle est convoquée par le Conseil général de la commune, sur l'invitation de la Société républicaine.

Elle est divisée en sections et élit pour président Hacot, maire, pour secrétaires Caubrière et le f-. César Triboulet, juge de paix; elle se réunit dans l'ancien hótel du Gouvernement, puis dans l'église Saint-

(1) Par la suite, cette promesse est remplacée par un nouveau serment : « Je jure fidélité à la République Francaise, aux droits de la liberté et de l'égalité, base du gouvernement francais. J'accepte volontiers les lois portées jusqu'à ce jour. Je renonce pour jamais à la royauté et me déclare l'ennemi des rois. » (Arch. dép. du P.-de-C., série L. Sociétés populaires). ee

(2) Arch. dép. du P.-de-C., série L. District de Montreuil.

Jean en Ronville. On connait peu le recrutement et l'esprit. de cette association ; parmi les rares francs-maçons qui s'y font inscrire, citons le f-. Fagniez de la section A et Dubois de Ll osseux de la section D 1); le f-. Triboulet appartient à la section F (2).

La religion que l'on professe à la Soczété populaire est celle de la bienveillance et de l'amour. On s'y montre assez mal disposé à l'égard des ci-devant prétres : on vote « l'abrogation » de leurs salaires et l'on félicite le Conseil général de la commune de s'occuper de la fermeture des églises (3). :

Le 27 brumaire an II, la Société, musique en tête, se rend sous la conduite d'Hacot, vis-à-vis des « temples consacrés à la Raison et à la Philosophie » ; les membres entonnent l'hymne de la liberté et, à l'entrée du lieu des séances du Département, le président prend la parole en ces termes : « C'est le peuple qui vient vers vous, qui a abjuré ses antiques erreurs. Abandonnant un culte insignifiant et dérisoire... i1 ne veut plus d'intermédiaire entre lui et l'Etre Suprême. Il veut le louer aauis son ouvrage et ce sera désormais en soulageant ses ireres, en derendaat leurs personnes et leurs biens, en se gardant soigneusement de faire à autrui ce qu'il ne voudrait pas qu'on lui fit, en observant soigneusement les lois de la République ».

Dubois de Fosseux répond qu'il.regrette que la salle ne soit pas assez vaste pour recevoir tout le peuple d’Arras et le féliciter du pas énorme quil a fait vers la Raison et la Philosophie. 1l rappelle que « quelques étincelles sont parties du sein de l'administration du Département et ont pris contact pour former ce foyer brûlant, qui va incendier pour jamais le dépót des erreurs humaines » (4).

Les francs-magons, qui ne sont pas des philosophes à la façon d'Hacot et de Dubois de Fosseux, n'assistent pas nombreux à cette fête; les ff-. Triboulet et Fagniez sont probablement les seuls frères qui s'y soient rendus (5). 3

.Successivement, les ff.. Piéron, Gosse et Spitallier de Seillans président les Amis de la Constitution, succèdent à la Socéété populaire et s'installent à la maison de Saint-Agnès; ils délivrent des certificats de civisrae trés recherchés ; chaque postulant est l'objet du plus minutieux examen et sa demande est généralement repoussée, lorsque les tribunes lui sont hostiles; là, se presse une foule avide de s'intéresser à la chose publique. Les séances ont lieu chaque jour, de deux heures à cinq heures. Elles sont trés suivies. On lit d’abord et l'on commente le bulletin de la Convention et le texte des lois envoyées par

(1) Arch. dép. du P.-de-C. 1 broch. in-4° 7 p. Arras, imprimerie du citoyen Lemaistre.

(2) Dubois de Fosseux, dont l’affiliation à la franc-maçonnerie n'est pas absolument certaine, signait parfois avec trois points.

(3) Arch. dép. diu P.-de-C., série L. Sociétés populaires, séance du 27 brumaire an II.

(4) Ibid., séance du 27 brumaire an II. |

(b) Leblond signe avec quatre points. (Arch. du P.-de- ., série L).

le District ; puis on se livre à des discussions sur tous les sujets d’actualité. Ces débats, pendant un an et demi, dirigerent l'opinion publique de la ville.

Le civisme éprouvé de Spitallier, l'autorité dont il jouit dans les milieux ecclésiastiques le destinent à Jouer un certain rôle dans le parti d’action; avec Dubois de Fosseux et Norman, il défend la légitimité de l'acquisition des biens nationaux et, grace a lui, les religieux oratoriens obtiennent la liquidation immédiate de leur pension de retraite. Mais à aucun moment, il n’abdique son indépendance : ıl n'hésite pas à critiquer les mesures admunistratives qui ne lui semblent pas dictées par l'équité, c'est ainsi qu'il refuse d estimer les cloches des églises et les autres biens cultuels, car sa conscience et sa dignité sacerdotale s'y opposent.

Son nom n'est mêlé à aucune répression sanglante; bien au contraire, il profite de l'influence qu'il peut avoir dans les sphères dirigeantes, pour taire apporter quelques adoucissements au régime des prétres agés et infirmes détenus dans les prisons.

Spitallier partage les opinions politiques et philosophiques de Daunou, oratorien comme lui, et, comme lui, vicaire général de l’évêque constitutionnel du Pas-de-Calais (1). Mais il n'a pas la souplesse de Phonme qui rédigera la Constitution de l'an VIII, de la main impassible . qui a écrit celle de l'an III (2).

A Calais, la Société populaire, qui fonctionne de 1791 à janvier 1793, compte environ 6 % de frères; parmi les Amis de la Liberté et de l Egalité, qui lui succèdent à cette époque jusqu'à juillet 1793, la proportion des francs-maçons s'élève à 8 95, sans que leur influence devienne jamais prépondérante (3).

Les membres des anciens ateliers sont aussi peu nombreux à Bapaume (4) et à Béthune (5).

La Société populaire de Montreuil élit au « scrutin épuratoire » ses adhérents, qui sont soum:s ensuite à la prestation du serment et reçoivent, comme à Ja loge, le baiser de paix du président.

Les séances Journalières sont assez ternes sous la présidence de Poultier (6) ; on s'y occupe de la gêne que cause le cours des assignats,

(1) Le père de Daunou était affilié à la L.. de SAINT FREDERICK DES AMIS CHOISIS, de Boulogne-sur-Mer.

(2) Il ne partage pas la fortune de son collègue. Ayant perdu ses fonctions, il est nommé, le 9 août 1796, commissaire au dépôt littéraire de Saint-Omer.

(3) Arch. dép. du Pas-de-Calais, série L. Sociétés populaires.

(4) Le 26 nivôse an III, la Société populaire de Bapaume demande la mise en jugement de Le Bon. Cette adresse est suivie de plusieurs pages de signatures, écrit-on à la suite ; aucune n'est reproduite. (Arch. dép. du P.-de-C., série L, fonds Barbier, n° 1167).

(5) La SOCIÉTÉ POPULAIRE de Béthune publie, le 22 brumaire an III, les « CRIS `- DES HABITANTS DE BETHUNE ET DE SES ENVIRONS OPPRIMES PAR LE BON, DUQUESNOY, jb DU PEUPLE. » (Arch. dép. du P.-de-C., série IV L, District de Béthune). :

(6) L'absence de prénoms empêche d'identifier ce personnage qui ne doit pas être le f^. Poultier d’Elmotte, mais l'un de ses parents,

du paiement des impôts ou des dernières nouvelles; les militaires sont toujours reçus par des acclamations.

Dès les premiers mois de 1703, la société tombe dans un demisommeil ; le 6 février, le président est nommé par onze voix et le secrétaire ne réunit que huit suffrages; les citoyens se désintéressent de ses travaux, l’organisation d’une fête civique en l’honneur de Le Pelletier et l'incinération de l'effigie du traître Dumouriez, ne suffisent pas à attirer sur elle l'attention du public (1).

Les Comités de Surveillance se développent parallélement aux Sociétés populaires, ils constituent un rouage essentiel de l'organisation terroriste pour l'application des lois, et collaborent méme aux opérations de police. Nous les voyons recueillir des renseignements sur les suspects, les rechercher, exiger des arrestations et statuer sur les pétitions des détenus; ils sont comme l'antichambre du tribunal révolutionnaire (2). |

Les principales villes de l'Artois possèdent, dès l'an II, un Comité de Surveillance; celui d'Aire, établi par Duquesnoy et Le Bas, s'occupe surtout de la recherche des fuyards; parmi ses douze membres fieurent un prétre et un franc-macon ; un autre frére fait partie de celui de Béthune; à Hesdin, le Comité de surveillance ne compte aucun affilié de la Fidélité (3), lorsqu'il prescrit, en ventóse an IIT, plus de soixante arrestations, sur les injonctions de Le Bon.

Le 18 ventóse, les membres du Comité proposent quelques élargissements de détenus ; mais le représentant du peuple leur répond: « Vous devriez arréter, avant mon arrivée, une multitude d'aristocrates qui font aujourd'hui les patriotes dans vos murs » (4). Nous avons vu que ces conseils furent suivis et que nombre de francs-macons furent incarcérés quelques jours plus tard.

A Arras, sur les vinet-quatre citoyens aui siégent au Comité de Surveillance, deux seulement, les ff. Fidèle Gorlier et Jouy appartiennent à la Constance: Ce dernier ose déclarer, le 12 thermidor an IT, aue « Guftroy, accusateur public. mérite plus la mort que les guillotinés »; il est révoqué pour cette imprudente parole (5).

Le Comité entier qui ne fait sans doute pas preuve d'assez de couplesse est dissous par Le Bon, le 27 Brumaire; le f-. Gabriel Le . Blond est arrêté pour avoir « tenté d'arracher des aristocrates au glaive de la loi » (6); mais. aueloues mois plus tard. il est remis en liberté et reprend sa place au Comité, reconstitué, le 14 fructidor an II, par ordre

(1) Deux reeistres de procès-verbaux (1er décembre-7 mai 1793) sont conservés aux Arch. dép. du P.-de-C., série I. Sociétés populaires.

(9) Les Sociétés populaires remplissent un róle presque analogue, mais elles ne sont pas des organismes officiels.

(3) En l'an IT, un macon en faisait partie.

(4) Arch. dép. du P.-de-C., série T. Comité de surveillance de Montreuil. (5) Arch. dép. du P.-de-C., série IV I, Comité de Surv. Arras.

(6) Arch. dép. du P.-de-C., série L. Comité de surveillance ; Le Blond signe avec quatre points.

du représentant Berlier. Le f-. Effroy est désigné pour y siéger ; mais il renonce à ces fonctions, car il vient d'étre placé à la téte du Mont-de- Piété d'Arras (1).

Aux Comités de Surveillance succédérent, 4 Arras, à Hesdin et à Béthune, des Comités de Süreté Générale; ils sont constitués dans les derniers mois de 1793 (2) et ne comprennent aucun franc-maçon.

Entrés en petit nombre dans les Sociétés populaires, les ff. y ont introduit quelques symboles maçonniques (3); là s'est bornée leur intervention. Ils s'écartent de plus en plus des clubs et des comités; à présent que la Révolution s'oriente vers la répression sanglante. Les magons semblent préférer aux discussions de ces assemblées, les cérémonies civiques, et, en particulier, celles du culte décadaire.

Le 24 fructidor an V, Merlin de Douai, nommé, depuis peu, membre du Directoire, reçoit une lettre d'un ancien notaire d'Arras, Gamant, qui lui exprime son indignation de voir ses concitoyens se désintéresser de la fête nationale (4). Il montre la nécessité d'instituer des cérémonies civiques et de les rendre obligatoires. Merlin accueille sa proposition et met la question à l'étude; quelques mois plus tard, l'arrété du 14 gérminal et les lois des 17 thermidor, 13 et 24 fructidor an VI, établissaient le culte décadaire (5).

Or, ce Gamant, qui avait conseillé de rénover les fétes patriotiques de l'an II, était, croyons-nous, franc-maçon : aux tableaux de l’Awifié d'Arras, figure, en effet, à la veille de la Révolution, un f^ Charles- Emmanuel amant, né en 1743, receveur de la Loterie Royale, qui exercait en 1782, les fonctions de trésorier de la loge; ce nom étant, à cette époque, assez peu répandu à Arras, il est possible qu'il s'agisse d'un seul et méme personnage, devenu notaire, aprés avoir, précédemment, rempli d'autres fonctions.

Ce qui corrobore cette hypothèse, c'est que pc frères participèrent à maintes reprises, aux fêtes décadaites. Les premiéres furent organisées à Arras, sous les auspices de l'administration communale, que le f.. Deusy présidait depuis le 1?" frimaire an VI.

A. Hesdin, l'eneouement de la population pour ces sortes de céré- . monies —- féte des Victoires (30 vendémiaire an IIT), des Jeunes Epoux (10 floréal an V) ,de la Souveraineté du Peuvle (an VII), etc. — fut tel que l’église des Récollets, celle-là même où se réunissaient jadis les francs-macons, pour leurs services religieux, dut étre convertie en temple décadaire.

(1) Arch. dép. du P.-de-C., série L. Comité de surveillance d'Arras.

(2) Celui d'Hesdin, le 17 octobre 1793 ; celui de Béthune le 21 décembre suivant.

(3) Voir ci-après le fac-simile de l'En-téte de la Société populaire de Fressin, arrondissement de Montreuil `

(4) Cité par M. Albert Mathiez, LA THÉOPHILANTHROPIE ET LE CULTE DÉCADAIRE, p. 416. Arch. Nat., f. 17, 1997.

(5) Repos décadaire, emploi de l'annuaire républicain. obligation. pour les e d municipales de canton, d'assister « en costume » aux fétes du

ca

Les autorités municipales protégeaient le nouveau culte, dont les ff. Liévin Prévost et Vivens, présidents du Conseil de la Commune et Hellemans, vice-président, devaient être successivement les grands prêtres.

Lorsque l'église des Récollets eut été rendue au culte catholique, ces cérémoniés n'en continuèrent pas moins d’être célébrées dans un autre local : le trajet suivi, en l'an VI, par le cortège, lors de la féte de ia Souveraineté du peuple, permet de croire que le nouveau temple avait été installé au Pavillon Doré, qui, cinquante ans plus tót, avait été le berceau de la loge de la Fidélité... (1).

(1) C. f. J. Lion, Hesdinfort, t. Il, p. 328.

EPL O GUE

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