LE REVEIL
Reprise générale des travaux maçonniques. Le Souo.:. Chap.’. d'Arras à la Vallée de Paris (1800). La Constance (1800). La Fidélité (1803). La Réunion (1804). L'Amitié (1804). La Parfaite Union (1804). Le f.". Poultier d'Elmotte. L'Aurore de la Liberté (1806).
Une loge nouvelle : l'Heureuse Réunion, à l'O. de Saint-Omer. Les Chevaliers du Soleil lui succédent.
La secte va devenir une institution officielle. Pompe funèbre du f...de Moncabrié, colonel d'artillerie. Réceptions à la L~. de l'Amitié, à l'O. de Boulogne-sur-Mer. Le maréchal Ney et le général Taviel. Cuvelier de Trie et le comte Rampon. Le préfet Poitevin Maissemy et les francs-macons. Le recrutement des Loges.
Conclusion.
La franc-maçonnerie sort de sa léthargie; son réveil coincide avec la chute des religions révolutionnaires — culte décadaire et théophilanthropique —-- et avec la renaissance du catholicisme.
La secte philosophique est condamnée; le nonce a demandé sa suppression, le 8 vendémiaire an X et Bonaparte songe d’autant moins à refuser la mesure que sollicite l'ambassadeur du Saint-Siège qu'il considère les derniers théophilanthropes comme des ennemis du gouvernement (1).
I] ne manifeste pas la méme hostilité contre les francs-maçons, bons bourgeois, respectueux de l'ordre, trop timorés pour prêter l'oreille aux conseils des démagogues et qui, aprés avoir servi la monarchie avec honneur, accueillent le césarisme avec joie et respect.
Le premier consul, dans son amour de la discipline, exige que cesse l'anarchie dans laquelle se débat la franc-maçonnerie; l'unification de la secte devient la condition premiére de son existence; Bonaparte conserve ainsi la haute main sur les puissances occultes, comme sur le cler-
gé (2).
(1) Albert Mathiez, LA THÉOPHILANTHROPIE ET LE CULTE DÉCADAIRE, p. 692.
(2) Bonaparte veillera au choix des grands dignitaires de l'Ordre. Son frère Louis deviendra Grand-Maitre adjoint et cèdera plus tard la place à Cambacérés ; Masséna sera grand administrateur ; le sénateur de Choiseul-Praslin, grand conservateur : Murat et le chancelier de la Légion d'honneur, Lacépède. grands surveillants ; Lalande, de l'Institut, grand orateur ; le sénateur Jaucourt, grand secrétaire ; l'amiral Magon, grand trésorier : Bournonville et Macdonald, grands experts ; Sébastiani, grand garde des sceaux ; Kellerrnann,
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Le G“ O`, qui a passé par de terribles épreuves, reprend ses travaux.
Les officiers, restés aussi fidéles que tenaces, s'étaient rencontrés une dernière fois, le 3 mai 1793. Dans cette mémorable séance, ils avaient déclaré Philippe-Egalité déchu de sa dignité et avaient brisé son épée.
Malgré ces vicissitudes, quelques membres obstinés n'avaient pas cessé de se réunir. Ils élurent, pour Grand Vénérable, Reettiers de Montaleau qui, aidé de son fils, devint, pendant de longues années, l'âme de. la franc-maconnerie renaissante.
A peine sorti des prisons de la Terreur, il voulut reconstituer le G-- O--; les délégués des loges de Paris s’assemblèrent, à cet effet, en 1795. Giles mois plus rd Reettiers pouvait annoncer, dans une circulaire, adressée à tous les ateliers existant sur le territoire de la République, le rétablissement de leur centre d'administration (1798).
Le Souv- Chap. d'Arras à la vallée de Paris, constitué, comme nous l'avons vu, par la fusion de deux chapitres arrageois, répond l'un des premiers à son appel.
Dans le but de concourir à l'unité maçonnique, chère à Bonaparte, i] décide de renoncer à ses anciennes prérogatives et de ne plus délivrer de chartes capitulaires.
Pour se conformer aux dernières délibérations du G-- O-- qui veut que tout chapitre coexiste avec une loge symbolique, 11 adopte en 1804, celle de .Sazzt-Jeasi du Bon Accord, à VO~. de Paris (1), puis, s'étant mis en règle avec les autorités maçonniques, il reprend le cours de ses travaux.
Nul ne peut douter de ses sentiments de loyalisme. Ouvrons les registres des procés-verbaux : en 1806, ses membres célébrent la féte de
garde des archives ; le sénateur de Luynes, grand architecte ; Duranteau et: Saint-Marc-Girardin, grands maitres des cérémonies ; Augereau, grand hospitalier ; Lefèvre, grand aumônier (1803-1804). Comme Grand-Maitre de l'Ordre, Bonaparte désigna son frére Joseph, simple profane, avec Murat et Cambacérés comme adjoints (1805). Ce dernier seul joua un rôle actif dans la maconnerie. Les officiers entrèrent nombreux dans l'état-major maçonnique. « L'aca- cia se méle au chéne, l'olivier au laurier. » (Calas, HISTOIRE DE LA LOGE « L’EN- CYCLOPÉDIQUE », Paris, 1806). :
(1) SAINT ANTOINE DU PARFAIT CONSENTEMENT à l'O-. de Paris, en 1822.
Les statuts et règlements du Souv.. CHAP-. DARRAS, imprimés en 1822, chez. Lebègue, rue des Rats, n°-14, à Paris, forment une brochure de 58 pages ; ils. Sont divisés en 13 titres qui comportent chacun un ou plusieurs chapitres, subdivisés en articles, ceux-ci au nombre de 167. r
I] en existe une édition manuscrite aux archives départementales du Pasde-Calais ; le SOUV.. CHAP.. DARRAS à la vallée de Paris y est qualifié Chap. d'Isis. (Collection Barbier, liasse 53, manuscrit de 52 pages).
Le nom de la déesse a été donné, vers la méme époque, à la L-. SAINT JEAN D'ECOSSE D'ISrS, constituée, le 6 avril 1806, à l'O. de Lyon.
Imbart, propriétaire, grand officier du SOUV.. CHAP.. MÉTROP.. ECOSS.. R-. C-. et H.. R-. D-. M.. de Kilwining, chev.'. du S.'. et 39 membres formaient cet atelier. (Tableau des frères composant la R.. L.. écossaise sous le titre distinctif de SAINT JEAN D'ECOSSE D'Ists, à TOrient de Lyon. Lyon, chez Pelzinet- Drevan, 1806, in-89 de 14 pages. Cité par E. V. (Vacheron), EPHÉMÉRIDES DES LOGES MACONNIQUES DE LYON, impr. Besson et Perrelton, à Lyon, 1875, p. 123. :
l'Ordre qui est celle des Victoires : « La salle du banquet est ornée d'emblémes maçonniques et des attributs de la victoire. A l'occident, se voit un trophée d'armes mélées d'inscriptions rappelant les noms des champs de bataille »; d'autres faisceaux formaient autour de la salle comme une suite de tableaux d'autant de faits d'armes du héros triomphateur; à l'orient, paraissait le héros lui-même; au-dessus de sa tête étincelait un soleil, symbole de la loge.
Dans les rayons et parmi les flots de clarté, on lisait ces mots enlacés de fleurs et formant une couronne mystérieuse :
A NAPOLEON Lees" Oana Arras
Le Très Sage (1), annonçant la première santé, fait des vœux pour Napoléon, Empereur des Français et Roi d'Italie, et pour la famille impériale (2).
L'orateur tint à s’associér à cet hommage. Il le fit en ces termes : « La santé qui nous est proposée est celle de notre Empereur et Roi Napoléon I™ ; votre cœur a déjà prévenu ma voix, puisque vous avez voulu que cette fête fut consacrée au génie qui veille s! heureusement aux destinées de la France. Je devrais bien plutót vous faire entendre un éloge digne de lui, mais Napoléon n’est pas facile à louer. Pour peindre un Alexandre, il faut un Apelle et pour célébrer un grand homme, il faut un grand orateur...» (3). Et le discours se termine par ce cri d'enthousiasme : « .. qu'enfin notre feu toujours bien soutenu ne soit interrompu que par le vivat mille fois répété : Napoléon! Napoléon! Vive Napoléon! » (4)
Mais le Souv-. Chap-: abonde en ressources de tous genres : à défaut d'un Apelle, le f-. Landry s'est trouvé le Tyrtée tant désiré; il vient d'accorder sa lyre et chante :
Chev.., quatre fois honneur Au favori de la Victoire, Au Guerrier pacificateur, Au héros digne de Mémoire.
Son pouvoir fait des rois, Son esprit fait des lois... (5)
(1) Le f.. Naudin fils.
(2) Fête de l'Ordre et Fête des Victoires, SOUV.. CHAP.. D'ARRAS.., à la vallée de Paris, du 7e.jour, 2 mois 5806, in-12, 33 p., de l'imprimerie Duménil- Lesueur, rue de la Harpe, 78. (Arch. du P.-de-C., bibliothèque départementale).
(3) Ibid., p. 19. ;
(4) Ibid., p. 22.
(5) Fête de l'Ordre et Fête des Victoires, du Souv.. CHAP.. D'ARRA: à la
vallée de Paris, loc. cit. p. 31.
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Ces vers ne manquérent pas de déchainer l'enthousiasme géné-
tals. (i);
Le réveil de la Constance suivit de prés celui du Souv Chapd'Arras à la vallée de Paris.
Si, pendant les années de tourmente, l’activité maçonnique de cette loge a été réduite, elle va, dès les premiers mois de l’année 1800, retrouver une vigueur nouvelle : le 4 mai, son chapitre demande au G^ Ode la reconnaître et, cette fois, il obtient satisfaction.
La Constance échange une correspondance régulière avec treize loges parisiennes et vingt-neuf ateliers de province (2); son tableau de 1805 porte les noms de soixante-douze membres ; sur celui de 1810, figurent quatre-vingt-cinq adhérents ; ce nombre tombera à soixante;cing en 1826 (3).
C'est un jardinier qui assure le service de la loge; le local-est donc assez vaste et aux salles austéres on a voulu joindre la parure d'un jardin.
(1) L'Empire tombé, c'est pour la prospérité du Roi que les fréres font des vœux et, en cela, ils suivent une règle très sage qui veut que, pour éviter les persécutions, ils ne combattent jamais les maitres du moment.
Le Chapitre possédait un sceau représentant une draperie frangée, soutenue à gauche par une colonne et à droite par une ruche ; au centre, l'on voyait un pélican nourrissant ses petits...
Cet emblème correspondait au rôle tout de bienfaisance que joua le Souvv.. CHAP. DARRAS, qui disparut vers 1850, aprés une existence de plus d'un siècle.
Peut-être regrettera-t-on que nul groupement maconnidue artésien n'ait eu linspiration de reprendre, avec son nom, ses glorieuses traditions.
Une main royale, affirmait-on, avait conduit ses premiers pas ; lui-même avait assisté à bien des révolutions dont certaines ne s'étaient pas arrêtées au seuil du temple ; aprés avoir suscité tant de jalousies et connu tant d'orages. il s'éteignit doucement, sans agonie, comme un bon vieillard s'endort...
En 1892, les principaux dignitaires étaient le f.. Michallet, T.. S.. ; les ff-. Durant. fer Surv.. ; Dubrujeaud, 2e Surv.. ; le f. Mure, Jeune, G.. Orat.. ; le f.. Acrin, député au G.. O~., etc. :
(9) Ce sont, à PO.. de Paris : « L'AMITIÉ ». « LA BONNE UNION », « LA PARFAITE RÉUNION ». « LE POINT PARFAIT », LA SAINTE-JOSÉPHINE », « LE TEMPLE DES MUSES » « L'AGE D'OR », « L'ECOSSAISE », « L'ALEXANDRE », « LE PHÉNIX », « LES SINCERES AMIS », « LE GRAND SPHYNX », « LES AMIS DE LA PAIX », ci-devanf « AMIS JOYEUX » : et « LA PARFAITE UNION », de Douai ; « LES AMIS RÉUNIS » et « LA MODESTIE », de Tille ; « LA PARFAITE UNION » et « SAINT JEAN DU DÉSERT », de Valenciennes ; « LA PHILANTHROPIE », de Saint-Quentin ; « L'AURORE DE LA LIBERTÉ », de Béthune ; « J/HrrnEUSE RÉUNION ». de Saint-Omer : « LA PARFAITE UNION », de Calais : « LA PARFAITE SINCÉRITÉ », d'Amiens : « LES FIÈVES ng THÉMIS », d'Anvers: « LA RÉU- NION ». d'Aire ; « LA THEMIS », de Cambrai: « LES TROIS NIVEAUX », d'Ostende : « TA CONSTANCE ÉPROUVÉE » et « LES FF.. RÉUNIS ». de Tournai; « LES TROIS HHH », du Havre : « LA CONCORDE », de Mons : « L'AMITIÉ ». de Courtrai : « LES ENFANTS DE LA CONCORDE FORTIFIÉE », de Luxembourg: « LE SECRET DES TROIS ROIS ». de Cologne; « LA FIDELE MACONNE », de Cherbourg: « SAINT LOUIS DES AMIS RÉUNIS », de Calais; « SAINT FREDERICK DFS AMIS CHOIS'S ». de Boulogne: « LES ENFANTS DE L'HELVÉTIE ». à l'O, du 2° Régiment Suisse. à Lille: « La SINCÉ- RITE » et « PARFAITE UNION », de Besancon ; « LES ARTS RÉUNIS ». de Dijon : « L4 REUNTON DFS AMIS DU NORD », de Bruges, dont fut vén.. fondateur Edouard-Francois Delecourt fils, adjudant général, sous-inspecteur aux revues du 3¢ corps de la Grande Armée d'Allemagne ; « AMITIÉ ET FRATERNITÉ », de Dunkerque : M. G. Bord cite (La Franc-Maconnerie en France, p. 397), parmi les loge« en correspondance avec « LA CONSTANCE », « L'AMITIÉ FRATERNELLE », à l'O. de Dunkerque : nous n'avons pas trouvé trace de cet atelier.
(3) Le député au G:. O. est le f". Demangourit, propriétaire.
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Remplacé comme vénérable par le f- Chevalier, en 1802, le f.. Delecourt reprend le maillet trois ans plus tard.
Il avait, dans sa jeunesse, défendu, avec une ténacité sans exemple, les intéréts de la loge dont il prit la direction dans un moment de crise ; sa vieillesse ignora le désordre des luttes intestines (1). Elle connut la calme sérénité du succés couronnant les efforts et la satisfaction du devoir accompli : en 1807, le f-- Delecourt préside à l'inauguration d'un temple nouveau; de nombreux fréres et quelques maconnes assistent à cette cérémonie. Le f- Callens, négociant, lui succède, comme vénérable, dans le courant de l'année 1809 (2), et deux ans plus tard, 1l reprend à son tour les mémes fonctions. :
Valentin Roty, avocat à Arras, préside, en 1810, aux destinées de la loge; il lui faut solutionner un nouveau conflit; la Réunion d'Aire a vu se constituer, dans cette ville, un atelier dissident : Les Vrais Amis, dont la Constance a commis l'imprudence de viser Íe tableau. « Il répugne à notre pénsée, écrivent les frères de la Réuzzon (3), de croire qu'une loge aussi recommandable par son ancienneté, que par les talents éminents de ses membres, ait pu consentir à perdre, en un seul jour, la haute réputation qu'elle s'est acquise dans le monde maçonnique, en trahissant les intérêts d'une sœur, d'une amie sincère et en se mettant en opposition avec les principes et les statuts du G~: O- »; ils voient, dans ces agissements, « les manoeuvres de quelques membres de la Cozstance, qui ont fait prendre une délibération en faveur des dissidents et n'ont pas craint d'appuyer leur demande de Constitutions » ; ils signalent la conduite anti-maçonnique de ces frères et se voient dans la pénible obligation de rompre avec eux (4).
(1) Planche à tracer du 20° jour du 4° mois de l'an de la V.. L.. 5806. (Arch.
de la L.. de la CONCORDE, à l'O... de Mons).
(2) Un brevet d’ambassadeur-représentant, délivré, le 5 mars 1809, à Salomon Polonus, médecin, grand inspecteur, 31°, porte les signatures de Delecourt, vén.. m.. ; Raulin, ancien 2e surv.. ; de Dion, ancien 1° surv.. ; Gorlier,
1e" surv.. ; Het, trésorier ; Le Ducq, orateur ; Libersalle, ambassadeur ; de Hamel-Bellenglise, aumônier ; Peugnet, m... des cérémonies; Desgroisilliers, thuileur ; Petit-Forgeois, secr. gén.; Pérot dit Cornille, 2 surv.. ; Poitart,
le expert ; Zanoli ; Devillers, 2° expert, et Raulin fils. (G. Bord, La Franc- Maconnerie en France, p. 398).
(3) Planche à tracer de la Loge de la RÉUNION, à l'Or-. d'Aire, du 18 juin 1811. (Arch. mun. d’Hesdin).
"^ (4) L'arrêté suivant fut pris, à cette date, par la L-. de la RÉUNION, a l'O.
d'Aire :
ART. 1. — Dés ce moment, toute correspondance cessera entre cet atelier
et la R. L.. LA CONSTANCE, à l'O. d'Arras.
ART. 2. — Le présent arrété, avec les motifs qui l'ont dicté, sera adressé à toutes les Loges affiliées, qui sont priées d'en accuser réception.
ART. 3. — Il sera clos, signé et timbré par qui de droit, travaux tenans et
mE sur le registre de la correspondance.
Or. entendu, la R.. L.. de la RÉUNION adopte le projet et ordonne
EU de la délibération sera envoyé à la R.. L.. de la CONSTANCE, à TO.. d'Arras.
Le Garde des Sceaux, DUVAL, Cyr, Signé : Ch. THOMAS, R. C. secrét.. m
Livres d'archit. de la L ^. de la RÉUNION à l'O. d'Aire, tenue du 18 juin 1811,
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Leur décision n'est cependant pas sans appel ; ils espèrent que « les principes sublimes de l'Art Royal opéreront en faveur de cette loge; qu’elle se repliera sur elle-même et saura faire un désaveu honorable ».
Ce souhait s’accomplit ; il est probable que la Constance s'inclina, car elle fait encore partie, les années suivantes, des ateliers en correspondance avec la Réunion d'Aire (1).
Il faut atteindre la fin de 1803 pour voir se grouper a nouveau les frères de la Fidélité; Claude Blin, Hurtrel, Gallet, Danvin et Houzel vont aider à la reprise des travaux que « des circonstances fâcheuses » ont interrompus (2); c’est chez le f- Masson qu'ont lieu les premières assemblées; mais bien que les maçons hesdinois l’aient décoré de leur mieux, le local n'est guère convenable; on le juge bientôt indigne de la vieille réputation de la Fidélité.
Le château, ou hôtel du Gouvernement, habité jusque-là par M. de Cacheleu, major de ia place, allait être mis en location, en 1792, quand la municipalité se ravisant, y installa la justice de paix, le Comité de Surveillance des étrangers, puis vingt-cinq ménages pauvres de la ville.
Après la Révolution, l'immeuble fut-il cédé en totalité ou en partie à l'abbé Saligot ? (3). Nous l'ignorons. Quoiqu'il en soit, les ff-- Claude de Blin et Houzel proposèrent à la loge d'en louer une aile et ils s'adressèrent à l'abbé, qui fixa les conditions de loyer à cent soixante livres
par an (4).
Voilà donc les francs-magons locataires d'un ecclésiastique; cela n'étonnera que ceux qui admettent, sans réflexion, et pour toutes les époques, la légende de leur esprit sectaire et de leur anticléricalisme étroit (5).
(1) Jusqu’en 1845, la CONSTANCE continue le cours de ses travaux dans son local de la rue du Vert-Galant ; mais, à partir de cette date, tous documents nous font défaut ; il est probable que, peu après, elle tombe définitivement en sommeil. De nos jours, une L.'. existe à Arras, fondée en 1904, sous le titre distinctif de la CONSCIENCE ; le lieu de ses réunions est rue de Lolliette.
(2) Livres d'archit. de la L.. de la FIDÉLITÉ, tenue du 1 décembre 1803.
(3) Saligot (Antoine-Marie), né à Capelle en 1758, vicaire à Bouquemaison, puis curé de son village natal pendant 40 ans, de 1802 à 1842, date de sa mort: il avait prété le serment constitutionnel.
(4 La partie louée se composait de six pièces, d'une cave, d'un grenier : on y accédait par l'entrée principale, donnant sur une cour intérieure ; il y avait, en outre, une sortie sur le pavé traversant l'ancien cimetiére qui, jadis, ee l'église. Ces bâtiments dépendent, actuellement, de l'« Hôtel de
rance. » à
(5) Fonctions publiques occupées par des francs-maçons, postérieurement à la Révolution : :
1798, Hellemans, vice-président du Conseil de la Commune.
1799, Vivens, président du Conseil de la Commune-
» Hellemans, maire d'Hesdin.
1800, Houzel, adjoint au maire.
1806, Blin G., chef de la 2v cohorte de la 5° Légion des Gardes Nationales. » L. Prévost, capitaine de la 1re Cie de Grenadiers. » Blin C., capitaine de la 3e Cie de Grenadiers.
» Danvin, capitaine de la 4e Cie de Grenadiers.
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Les relations du prêtre et des frères ne cessent d’être cordiales ; les loyers sont exactement payés à leur échéance et les locataires exécutent, à leurs frais, des réparations exigées par l'état de délabrement de l'immeuble.
Les « comrnissaires aux ouvrages » se mettent à l’œuvre; ce sont les frères Hurtrel et de Vadicourt, aidés de Jourdan et de Devillers ; ils ordonnent et surveillent avec soin les travaux d'appropriation et d'embellissement : sous leur direction, on gratte les murs, on refait les pavements, on rétablit les cheminées; la salle des banquets reçoit des lambris neufs; elle est de dimensions telles qu'en 1812, on pourra y donner un bal et que, deux ans plus tard, on la louera à des comédiens. Dans le sanctuaire, les murs sont ornés de panneaux en toile, encadrés de moulures; le plafond est cintré; le chauffage est assuré par des poéles en faïence, non dépourvus d'élégance; les peintres pénètrent partout, et « le feu, entretenu pendant quinze jours », suffit à peine pour sécher les enduits et chasser l’odeur de la peinture (1).
Ces travaux se poursuivent pendant plus de trois ans, car ils sont subordonnés à l'état des finances de la loge; celles-ci sont prospères au point que, si la bourse des pauvres est vide, l’on peut puiser largement dans la caisse du trésorier pour assister les malheureux.
Les charges croissent, il est vrai, en même temps qu’augmente le nombre des frères. En 1810, nous constatons que le prix de la location est porté à 320 francs par an, cependant on ne recule pas devant les frais d'un concierge et l'on paie le loyer d'un ménage pauvre, la famille Tecle-Vasseur (2). -
Pour quelques années, la ville d'Hesdin devient propriétaire du chateau; les francs-maçons restent ses locataires, jusqu'à ce qu'à son tour elie ait aliéné cet immeuble (3).
A cette époque que devient la loge ? Ses registres sont clos avec l'année. 1816, mais il est certain qu'elle subsista quelque temps encore. Pendant la derniére période de son existence, quel local abrita ses destinées ? Une tradition locale veut qu’elle ait été accueillie dans une
1806, Vadicourt, capitaine de la 5° Cie de Grenadiers. . Chaque cohorte comprenait 10 compagnies.
1808, G. Danvin, maire.
1813, L. Prévost, maire.
(1) Ces détails sont extraits des livres d'architecture de la L.. de la FIDE- LITE et des comptes, factures et mémoires déposés aux Arch. mun. d’Hesdin.
(2) En 1814, nouveau bail passé en l'étude de M® Violette ; l'année suivante, le f.. Bonnel et le f.. servant Niquet habitent sous le méme toit que la Loge ; le 3 février 1816, le f^. Eloi, chirurgien pensionné de la ville, demande à louer la partie inoccupée de l'immeuble. (Arch. mun. d'Hesdin).
(3) En 1816, le château appartient encore à la Ville; il résulte, en effet, d'une lettre adressée, à cette époque, par un menuisier expert au f.. Prévost L. Xavier, maire et vénérable de la Loge, que des réparations sont à faire à l escalier, « mais qu'elles ne seront exécutées que sur la demande des francsmacons ». tae
dépendance de l'Hótel-de-Ville (1), ce qui expliquerait la découverte de ses titres en cet endroit. Peut-étre son dernier vénérable, qui était maire de la ville, a-t-il voulu confier aux archives municipales les documents relatifs à la plus ancienne des sociétés locales : certes, il ne por
vait mieux faire (1).
La reconstitution du Souv-- Chap- de la Fzdélité est postérieure de plusieurs années a celle de la loge symbolique. Le 6 octobre 1800, les chartes capitulaires, qu'avant la Révolution elle avait sollicitées en vain, lui furent délivrées (2). En sommeil depuis quinze ans, ce chapitre avait repris ses travaux. :
Le 31 janvier 1805, une trés large distribution de grades avait été faite, dans le but de réparer le temps perdu : quarante-trois frères reçurent une « augmentation de salaires » comme Elus, Ecossais, Chev-. d'Q--, Re C-., etc
La fête d’inauguration eut leu le 13 décembre 1806. Ce fut une
(1) Jusqu'en 1830.
(2) Du Livre d'or du Chapitre de la FIDELITE à la Vallée d'Hesdin, commencant le 4 décembre 1806 et finissant le 22 décembre 1811, lequel n'est qu'une suite sans intérêt de collations de grades. Nous en extrayons le texte de la charte capitulaire :