GRANDES LOGES—GRANDS REPRÉSENTANTS
En copiant l’organisation catholique, la maçonnerie avait réussi à former de grands corps, capables d'imprimer aux loges de toute une nation, une marche régulière et nn mouvement d’ensemble dans leurs travaux.
Mais universelle, comme l'Eglise Catholique, elle voulait franchir “les limites d'institutions nationanales,” et donner aux maçons un but général et cosmopolite.
La maçonnerie “ était une alliance humanitaire destinée à amener la société à sa perfection morale.” (a) Il lui fallait donc, comme l'Eglise, rallier toutes les nations du monde dans un même gouvernement, et donner aux Grandes Loges nationales,
une harmonie d’action, nécessaire pour le but final de l’ordre.
Voici les moyens qu’elle employa.
1°. Les Grandes Loges nationales entretiennent entre elles une correspondance suivie et régulière.
2°, Elles ont les uns près les autres, des représentants accrédités, de véritables ambassadeurs.
(a) Programme de 1723.
ir ES SES ETES
3°. Chaque année, la Grande Loge nationale tient une assemblée générale, et donne connaissance aux frères des rapports qu’elle reçoit de toutes les Grandes £oges Sœurs de l'Univers entier.
4°, De temps à autre, selon les circonstances, la Maçonnerie tient des conciles généraux auxquels assistent des délégués de toutes les Grandes Loges. L'on discute les affaires de l’ordre, et l’on convient des mesures à prendre pour imprimer à la Maçonnerie une direction universelle et uniforme.
Tel est le système administratif qui fonctionne encore aujourd’hui et fait la maçonnerie une dans l’univers entier pour le gouvernement et pour l’action.
Pourtant, ce système officiel offre une lacune que l’on aperçoit immédiatement.
Les Grandes Loges Nationales, unies par leurs Grands Représentants, ne forment cependant pas une espèce de Fédération républicaine, jouissant de droits égaux, se mouvant dans leur orbite respectif, sans qu'aucune de ces Loges puisse contrôler l’action des autres. [a maçonnerie est de toutes les sociétés, la plus autoritaire. L’obéissance aveugle aux chefs inconnus, aux appels d'autorité, c’est ce que l’on enseigne constamment aux maçons, ce qu’on leur fait jurer dans leurs serments, ce qu’ils ont sans cesse à pratiquer en loge. La direction vient non d’en bas, mais d’en haut, les loges ne font pas la loi, elles la reçoivent.
Donc, comme au-dessus des provinces ecclésiastiques, des archevêchés dans l’Eglise Catholique, il y
a le pouvoir suprême, universel, infaillible et sans appel de la cour romaine présidée par le Pape, de même aussi dans la franc-maçonnerie, au-dessus des Grandes Loges Nationales, il y à une autorité suprême, unique qui, présidée par un chef, juge tout, dirige tout et imprime au Grand Corps maçonnique le mouvement, l’uniformité, la vie.
Quel est ce comité? Qui le préside ? Quel homme tient dans sa main les forces maçonniques, les fait manœuvrer d’un bout du monde à l’autre avec un ensemble étonnant, et, par les journaux, les livres, les discours, les courants d'opinion publique sait les pousser avec unanimité à l'attaque d’une doctrine catholique, ou les mener à l’assaut d’une liberté chrétienne ou sociale ?
C’est, il le faut avouer, un mystère qui n’a pas encore échappé au secret des loges.
Les uns placent ce comité à Londres, d’autres à Malte, d’autres enfin dans quelque ville du Nord. Les uns nomment comme chef suprême de l’ordre quelque personnage politique fort en vue, tandis que d’autres attribuent la direction suprême de lordre à des conspirateurs ténébreux, ou même aux Juifs, poursuivant leur haine séculaire contre l'Eglise et la société chrétienne.
Tout cela pourtant n’est que conjecture. Le comité existe, c’est certain. Il a un chef suprême dont la volonté est obéie dans l’univers entier, mais ce chef n’est connu que de quelques maçons des plus hauts grades.
Les autres sont sur ce point dans une ignorance aussi complète que les profanes.
de D us
L’on voit ainsi quel immense pouvoir est concentré entre les mains de la franc-maçonnerie.
Quand nous aurons étudié plus loin, les doctrines de l’ordre, les instructions qu’il impose à ses disciples, le but qu’il veut atteindre, nous comprendrons comment, grâce à cette organisation À la fois simple et puissante, il peut, à son gré, soulever cette force irrésistible que l’on nomme l'opinion publique, et du sein de sa Grande Loge Suprême diriger, à sa guise, la politique des Etats.