HISTOIRE DE LA FRANC-MAGÇONNERIE EN CANADA
La France impie et frivole du XVIIIe siècle s’était jetée à corps perdu dans les loges de la francmaçonnerie. Minée dans sa foi par les sarcasmes de Voltaire et de son école, corrompue dans ses mœurs par les orgies de la régence, paralysée dans sa résistance par les idées gallicanes, les jalousies de parlement, les doctrines outrées du Jansénisme, la France se passionna pour cette nouveauté que l’on nommait la Maçonnerie Anglaise. La noblesse et les abbés de cour, possesseurs par simonie de biens d’Eglise, qu'ils employaient au plaisir ou à l'intrigue, accoururent aux loges. Le mystère les intriguait, les cérémonies bizarres de l'initiation intéressaient leur imagination blasée, tandis que les doctrines de la secte nouvelle flattaient leurs idées antireligieuses et semblaient leur promettre les réformes sociales qu’ils rêvaient.
“ Avant 1743, dit Robinson, (a) la maçonnerie en France était devenue, pour ainsi dire, “universelle. Les loges de francs-maçons étaient le foyer des doctrines les plus étranges et les plus criminelles. Elles se trouvèrent peuplées d'avocats au parlement, d’ab-
(a) Robinson’s Proofs of conspiration.
ss
bés sans bénéfices et de soi-disant philosophes qui y discutaient sur toutes les matières de religion et de politique.”
La colonie française de la Nouvelle France, n’6chappa point à cette contagion d’impiété. La noblesse et la bourgeoisie canadienne, lisaient Voltaire. Elles en prirent vite l'esprit et les tendances, Le terrain était préparé pour l’action maçonnique.
Quelques années seulement avant la conquête, c’est-à-dire vers 1755, une loge de maçons fut établie à Québec. L’on conserve encore dans les archives de l’ordre, les noms de ces premiers maçons canadiens, mais, par égard pour leurs descendants dont la dévotion à l'Eglise proteste aujourd’hui contre la folle conduite de leurs ancûtres, il est, je crois, plus charitable de laisser dormir ces noms dans le silence
des loges.
Après la conquête, en 1763, les loges se multiplièrent rapidement en Canada.
Chaque régiment anglais, envoyé ici en garnison, avait sa loge maçonnique dont la charte lui permettait de teni: des assemblées et d’initier des maçons partout où il serait stationné. Or l’un de ces régiments recruta à Québec un bon nombre d’adeptes. Quand il retourna en Angleterre, il laissa aux macons Québecquois sa charte datée de 1752, et ceux-ci organisèrent la loge Albion.
Ce fait curieux est relaté dans le compte rendu annuel présenté à la Grande Loge de Québec en 1881
use. Disc
par le F, Edson Ficht, Député Grand Maître pour les districts de Québec et Trois-Rivières.
Jattire l'attention de cette Grande Loge, dit le F. Ficht, sur le fait que la loge Albion No. 2 a été, injustement et sans ordre, privée de sa charte primitive portant la date du 12 juin 1752. A la dernière session annuelle, le F, Miller présenta cette charge à la Grande Loge, mais malgré nos recherches, je n’ai pu découvrir nulle part dans le livre des rapports aucune mention de ce fait.”
‘La charte avait été donnée au 4ème bataillon du régiment royal d'artillerie, avec pouvoir de tenir des assemblées et de faire des maçons partout où il irait. En 1826, on accorda à la loge Albion une charte supplémentaire, afln de la rendre permanente. C’est d’après cette charte que la loge travaille aujourd’hui. Elle prie donc cette Grande Loge de l’autoriser à porter, au lieu de bijoux d'argent, des bijoux d’or, à ‘ause de ses 129 années d'existence. D'autre part, comme la charte primitive n’est plus en leur possession, lès maçons de la loge d’Albion n’ont plus rien pour prouver leur avancé.”
“ Je demande donc respectueusement que la charte soit remise entre les mains de ses légitimes possesseurs,”
La maçonnerie continua de s'étendre à Québec, à Trois-Rivières, à Montréal, et surtout dans le Haut- Canada, presqu’exclusivement colonisé par des anglais. Les loges canadiennes recevaient leurs chartes de la Grande Loge d'Angleterre et dépendaient d’elle pour la juridiction et le gouvernement.
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En 1854, les franc-maçons canadiens s'appuyant sur les principes reçus par les Grandes Loges des Etats-Unis, résolurent d'établir en Canada, une autorité maçonnique suprême et indépendante.
Après certaines difficultés de détail qui finirent par disparaître, certaines restrictions que les maçons Canadiens acceptèrent, la Grande Loge d'Angleterre consentit au projet, Elle reconnut pour se fille légitime, mais désormais majeure et maîtresse de ses actions, la Grande Loge du Canada. La mère et la fille ont toujours, depuis lors, entretenu ensemble des relations harmonieuses.
La Grande Loge de Québec naquit dans des cir- Constances moins heureuses.
En 1869, deux ans après la Confédération, les maons de la province, s’autorisant de l’exemple de la Grande Loge du Canada et des loges américaines, voulurent, eux aussi avoir un centre maçonnique indépendant. Malheureusement la maçonnerie anglaise était alors dans un moment de mauvaise humeur. Elle refusa à sa fille canadienne l'émancipation demandée. La fille passa outre. Forte de ses droits évidents et de l’encouragement que lui donnaient les autres Grandes Loges, elle se constitua en autorité maçonnique suprême et indépendante. La Grande Loge de Québec fut fondée le 20 octobre 1869.
L’Angleterre, irritée de cette action hardie refusa de reconnaître la Grande Loge de Québec et de lui envoyer des Grands Représentants. Voilà déjà 14 ans que dure cette pénitence publique, et rien ne fait
prévoir une réconciliation prochaine entre la mère et la fille.
Au mois de septembre 1881, devant l’assemblée générale annuelle des maçons tenue à Montréal, le Vénérable F, J, H, Graham, Grand Maître de la Grande Loge de Québec, a raconté fort en détail, l'histoire de cette controverse maçonnique. Ne pouvant avoir de guide plus autorisé en cette matière, je traduirai la partie de son rapport qui a trait au sujet qui nous occupe,