‹ La franc-maçonnerie dans la province de Québec en 1883 [microforme]Chapitre 44 sur 85 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

LA MAGÇONNERIE CANADIENNE NE DOIT PAS ÊTRE UNE ASSOCIATION DE SECOURS MUTUEIS.

11 y à pourtant une autre manière d'entendre la charité et peut-être est ce de la sorte qu’un certain nombre de maçons la comprennent. C’est de la faire commencer par soi et finir aussi à soi.

D’après ces vues, entrer aux loges serait non une question d’inclination ou de principes, mais simplement une spéculation intéressée, et égoïste. On demanderait à la maçonnerie de l’aide pour le commerce, un secours pour la profession, un moyen utile pour se pousser plus sûrement et arriver plus vite à quelqu'emploi public ou à quelque position officielle grassement rétribuée.

Ces motifs, parait-il, sont efficaces auprès d’un bon nombre de profanes. Peu sensibles aux beautés de la doctrine des loges, indifférents aux but élévé qu'elle se propose, il ne voient et ne cherchent dans la maçonnerie qu’un moven d'avancer leurs intérêts personnels.

Le Chapelain de la Grande Loge de Québec le constatait avec mélancolie, dans son discours à l’assemblé générale en 1881, en même temps qu’il flétrissait avec énergie la conduite de ces maçons indignes.

Après avoir rappelé aux frères les vertus qu'ils

doivent pratiquer, et surtout l'obligation de faire le bien pour le bien : “ Hélà, continuait-il, fragilité de la nature humaine! Aucun de nous n’est parfait, pas plus les maçons que les autres. Nous avons sans cesse à déplorer l’inconséquence de frères qui écoutent les instructions de la maçonnerie et jurent d’observer ses préceptes, pour les oublier et les mépriser immédiatement après.”

“Trop de maçons malheureusement n’ont pas encore appris à faire le bien pour le bien !”

“ Ils joignent la société à cause des avuntages qu’elle leur donne pour le commerce et leur position sociale, ou bien encore, par ce qu’elle parait offrir un marchepied commode à leur ambition. La première question qu’ils se font en se présentant aux loges est celle-ci : “ Quel avantage cela me donnera-t-il ?” et non pas “ Quel bien cela me permettra-t-il de faire ?”” Aussi, comme il était facile de le prévoir, une fois admis dans l’ordre, ils ne voient dans ses enseignements que ce qui peut servir leurs intérêts ou avançer leurs desseins ” (An. maç. 1881, p. 73.)

Ces maçons voudraient donc voir dans la maçonnerie, non pas une société doctrinaire s’occupant à propager ses principes et à réformer la société, mais une association inoffensive, une alliance cooperative destinée à donner à ses membres un secours mutuel.

Le Grand Chaplain s’indigne contre ses hommes. Il les accuse de avaler l’ordre, et de méconnaître le noble but qu’il se propose. Au nom de la maçonnerie il demande l'exclusion de ces hommes aux vues basses et égoïstes ‘“ Rendons leur, dit-il, la porte “ d’entrée aussi étroite, et la porte de sortie russi

“ large que possible: notre société ne s’en trouvera “ que mieux.”

La Grande Loge de Québec, reconnaissant la justesse de ces remarques, félicita l’orateur et adopta pleinement ses conclusions :

La maçonnerie anglo-canadienne n’est donc ni une société de bienfaisance, ni une association de secours mutuels.

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