‹ La franc-maçonnerie dans la province de Québec en 1883 [microforme]Chapitre 47 sur 85 · INITIATION AUX LOGES-—-GRADE D'APPRENTI · texte numérisé non relu

INITIATION AUX LOGES-—-GRADE D'APPRENTI

“ Une Loge est une grande salle ayant la forme d’un parallélogramme ou carré long. Les quatre côtés portent les noms des points cardinaux. La partie la plus reculée où siège le Vénérable s’appelle Orient et fait face à la porte d’entrée.

“ L'autel est placé devant le trône du Vénérable, un dais de couleur bleu ciel, parsemé d'étoiles d’argent surmonte le trône. Au fond du dais, dans la partie supérieure est un Delta rayonnant ou Gloire, au centre duquel on lit en caractères hébraïques le nom de Jéhovah.

“A la gauche du dais est le disque du soleil, à la droite, le croissant de la lune.

A l'occident, des deux côtés de la porte d'entrée, s'élèvent deux colonnes de bronze, dont les chapiteaux sont ornés de pommes de grenade entr'ouvertes.

“Sur la colonne de gauche est tracée la lettre B (Boaz).

Sur l’autre on voit la lettre J (Jachin).

“Le plafond décrit une courbe. Il est peint en bleu ciel et parsemé d'étoiles.” (Clavel, Hist. pitt. de la Mac.)

Pour être admis à l’Initiation, le candidat doit présenter par écrit, une demande dont voici la teneur :

# Au Vénérable Maître... Officiers et Frères de

‘ Québec.

Moi... de la ville de... comté de... âgé de... ans, libre par naissance et d’un âge mûr, déclare que sans avoir été influencé par des amis, ni poussé par aucun motif mercenaire ou autre semblable ; librement et volontairement, je me présente comme candidat aux mystères de la maçonnerie. Je suis attiré par la bonne opinion que je me suis formé de la s0ciété, et par le désir de la science, Je me conformerai avec plaisir à tous les anciens usages et aux coutumes établies de l’ordre.

En foi de quoi j'ai signé... ce. du mois de... en Pan du monde.

‘ Recommandé par.

. ‘“ Signature.”

(Constit. de la Grande Loge de Québec, chap. : Des individus maçons, $ ler.)

Si la demande est agréée, l’on conduit le candidat à la chambre aux réflexions et l’on procède alors à toilette maçonnique.

Dans les loges, en effet, il y a une toilette de rigueur tout comme au bal, on exige une tenue obligatoire, et cette toilette ne manque ni de pittoresque ni de couleur locale.

Toilette maçonnique du 1er degré.

Après avoir dépouillé le candidat de son “ métal,” c’est-à-dire de l'argent qu’il porte sur lui, on le déshabille complètement de la tête aux pieds, sauf le caleçon et la chemise. $’il n’a pas de caleçon, la loge lui en fournit un, à l’usage commun des aspirants. (a) Puis on lui bande les yeux, on lui met à découvert le bras droit, le sein gauche et le genou gauche, tandis que le pied droit est chaussé d’une pantoufle acculée.

Pour achever la toilette du candidat, on lui passe au cou une corde à nœud coulant, une vraie corde de pendu. Dans le langage maçonnique, cela se nomme le ‘ cable de remorque.”

Le Tuileur prend le bout de cette corde et mène notre homme vers la porte de la loge comme autrefois le sacrificateur menait à l’autel le bœuf ou le veau destiné au sacrifice.

Le Tuileur frappe trois coups à la porte :

On lui demande à l’intérieur : Qui est là ?

Le Tuileur répond : “ Un pauvre candidat aveugle. Il vient de son plein gré, solliciter humblement son

(a) Morgan, p. 6.

admission aux mystères et privilèges de la franc-maçonnerie.”

Couvreur Int.—‘ Comment espère-t-il obtenir ces privilèges ? ”

Tuileur.—Par l’aide de Dieu et d’une bonne réputation.”

Couv. Int.—“ Halte! jusqu’à ce que je fasse rapport, (se tournant vers le Vénérable), Vénérable Maître, un pauvre candidat aveugle, bien recommandé, régulièrern.ent proposé et accepté dans une loge ouverte, vient, de son plein gré, solliciter humblement son admission aux mystères et privilèges de la franc-maçonnerie.”

Vénérable.—“* Comment espère-t-il obtenir ces privilèges ? ”

Couv. Int.—" Par l’aide de Dieu et d’une bonne réputation.”

Vén.—" Sa bonne réputation est déjà connue, mais le candidat est-il bien préparé ? frère gardien intérieur, l’affirmez-vous ? ”

Couv. Int.——“" Je l’affirme.” Vén.—“ Admettez-le en bonne forme.”

Couv. Int.—“‘Entre, candidat libre et de bonne réputation.”

L’assistant conduit alors le candidat au jeune diacre et celui-ci l’introduit en loge, en lui tenant la pointe d’une épée sur le sein gauche.

Entrée en loge.

Le Vénérable s'adresse alors au candidat : ‘“ personne ne peut devenir maçon à moins d’être né libre et d’avoir atteint l’âge de majorité. Je vous demande donc : êtes-vous né libre ? avez-vous 21 ans ? ”

Candidat.— “ Je réponds affirmativement aux deux questions.”

Vénérable.—“ Agenouillez-vous, nous allons prier le ciel de bénir nos travaux.”

“ Père tout-puissant, Suprême Gouverneur de l’Univers, daigne bénir nos travaux. Accorde à ce candidat maçon de dévouer sa vie à ton service et de devenir parmi nous un frère bon et fidèle. Donne lui ta sagesse divine, pour que grâce aux secrets de notre art maçonnique, il puisse montrer les beautés d’une sainteté véritable pour l’honneur et la gloire de ton nom. Aiïnsi-soit-il.”

Nous verrons bientôt sur quelles indignités, le Vénérable ose appeler la bénédiction du Très Haut. .

Vénérable (au candidat).—Mr. X. dans les difficultés et les dangers, en qui vous confiez-vous ?

Candidat.—“ En Dieu.”

Ven.—Fort bien! puisque votre confiance est en Dieu levez-vous et suivez votre guide sans craindre aucun danger.” (Carlille, Manuel du 1er dégré p. 5.)

* La promenade en loge.

Le jeune diacre tenant le candidat par le ‘“ cable de remorque,” c’est-à-dire par la corde de pendu, le pro-

mêne autour de la loge du sud à l’ouest, du second surveillant au premier.

Prenant la main du candidat, il en frappe trois fois l’épaule des surveillants et ceux-ci de demander : “Qui va là ? ”

Le candidat répond : “ Un pauvre candidat aveugle.. qui sollicite admission aux mystères et privilèges de la maçonnerie.”

Les surveillants reprennent : “ Passe, homme libre et de bonne réputation !?” Et il passe.

Durant ce temps, les frères s'amusent à faire rouler des boules sur le plancher ; parfois le candidat est atteint, mais il faut faire bonne contenance. D’autres frappent du maillet sur l’enclume de marbre. Le candidat tressaille, puis se remettant de son émotion, il poursuit sa promenade sentimentale :

‘ Passe, homme libre et de bonne réputation |! ” Beau spectacle en vérité, que celui de ce pauvre candidat en caleçon et en chemise, les yeux bandés, le bras droit, le sein gauche et le genou gauche à découvert, le pied droit passé dans une pantoufle acculée, et le cou orné de sa corde de pendu! Charmant tableau |

Si quelque Notman photographiait en cet équipage quelque bon anglais tout fier d’être maçon, ou bien encore un canadien mené aux loges pour être éclairé, puis exposait à la vitrine, il aurait du succès, je pense.

Les promesses d’un aveugle.

La promenade finie, on ramène le candidat au Vénérable, qui lui adresse les questions suivantes :

M. X. déclarez-vous sur l’honneur, que, sans avoir été circonvenu par vos amis, sans être poussé par aucun motif mercenaire, librement et volontairement, vous vous présentez comme candidat aux mystères et privilèges de la franc-maçonnerie.”

Candidat.—“ Je le déclare.”

Vén.——" Jurez-vous que la bonne opinion conçue de notre société, la soif du savoir, le désir d’être plus utile à vos semblables, sont les motifs qui vous poussent à rechercher ces privilèges ? ”

Candidat.—“ Je le jure.”

Vén.—" Promettez-vous encore, sur l'honneur, que sans crainte comme sans témérité, vous persévérez avec constance dans les cérémonies de votre initiation, et que une fois admis dans l’ordre, vous en observerez les anciens usages et les coutumes ? ”

Candidat.—" Je le promets.” (Carlisle, p. 6.)

Halte là! candidat libre et de bonne réputation! Il me semble que vous allez bien vite en besogne. Savez-vous bien ce que vous promettez ?

Quelles sont les cérémonies auxquelles l’on va vous soumettre, les épreuves qu’on va vous faire subir, les us et coutumes qu’on vous demande d’observer ? Etes-vous bien sûr qu’il n’y aura en tou

cela rien de compromettant pour votre honneur et votre devoir ?

Sur tous ces points vous êtes dans l'ignorance la plus complète ; et cependant vous jurez! N'est-ce pas là un serment à la fois aveugle et téméraire ?

Voyez-vous la marche que suit ici et que suivra toujours la maçonnerie vis-à-vis des imprudents qui se livrent à elle.

“ Jure d’abord, tu connaîtras plus tard la matière de ton serment. Livre-toi pieds et poings liés au pouvoir de l’ordre, il te dira ensuite ce qu’il exige de ses membres. Tu connaîtras ses secrets, ses us et coutumes. Tout cela peut-être te plaira médiocrement. Tu songeras à reculer, il sera trop tard. La secte te rappellera au besoin que les serments maçonniques ne sont pas de vaines paroles.”

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