LE SERMENT DU PREMIER DEGRÉ
Le Vénérable s'adressant au candidat :
‘ Monsieur, lui dit-il, mon devoir est ae vous avertir que la maçonnerie est libre et réclame de ses candidats une parfaite liberté d’inclination pour ses mysières. Fondée sur les principes les plus purs de la piété et de la vertu, elle possède des privilèges grands et inappréciables, et les donne à ceux qui le méritent, mais à ceux-là seulement.
Elle exige des serments. Pourtant, soyez sûr que dans ces serments, il n’y aura rien d’incompatible avec vos devoire civils, moraux et religieux. (a)
Etes-vous donc décidé à prêter ce serment solennel fondé sur les principes que je viens de vous exposer, et à garder inviolable les secrets et les mystères de l’ordre.”
Le candidat répond : “ Je le suis.”
“ A cette période de l'initiation, dit Morgan, plusieurs candidats, effrayés par les épreuves qu’ils venaïient de subir, ont voulu profiter de l'offre que semblait leur faire le Vénérable, “ Ia maçonnerie est libre, etc.” Ils ont demandé la permission de se re-
(a) Nous verrons plus loin audacieuse fausseté de ces paroles
tirer, Mais cette permission leur a toujours été invas riablement refusée.
Par persuation ou par force, ils ont dû aller de l'avant et prononcer le serment maçonnique.
Aussi continue l’auteur américain, des milliers de maçons n’ont jamais voulu retourner aux loges après leur initiation. (Morgan, p. 17.)
Bientôt du reste nous entendrons le Vénérable nous dire lui-même ce qu'est cette étrange liberté qu’on offre alors au postulant.
Dès que celui-ci a consenti à prêter le serment, le Vénérable lui dit :
‘“ Agenouillez-vous sur le genou gauche, tenant votre pied droit en forme d’équerre ; placez la main droite sur ce livre qui est le volume sacré de la loi, et de la main gauche supportez sur votresein gauche, la pointe de ce compas, puis, répétez avec moi la formule du serment.”
Remarquons l’habileté de la maçonnerie. Le serment de l’apprenti renferme des menaces telles, que si le postulant les connaissait d’avance, il hésiterait à les prononcer ; peut-être même songerait-il à reculer,
On ne lui donnera pas cette chance.
Le Vénérable administre le serment en prononçant seulement trois mots à la fois, et en les faisant de suite répéter au postulant, celui-ci ne sait vraiment ce qu’il a juré qu’à la fin du serment. Alors il est trop tard pour se rétracter, la maçonnerie le tient en sa puissance.
Voici d’après le manuel de Carlile le serment de
l’apprenti tel qu’il se prête dans toutes les loges canadiennes.
Moi N, en présence du Grand architecte de lurivers et de cette loge légitime, digne et Vénérable de maçons libres et acceptés, regulièrement assemblée, de mon plein gré et consentement :
Je jure très solennellement et sincèrement de cacher, couvrir et ne jamais révéler, ni en tout ni en partie, ni sur un point, ni sur plusieurs, les secrets et mystères des maçons libres et acceptés: Secrets et mystères qui m'ont été, me seront maintenant, ou pourront peut-être m'être confiés dans la suite ; à moins que ce ne soit à un frère où à des frères véritables et en règle avec l’ordre, et encore, dans ce cas, je ne le ferai pour ce frère ou ces frères qu’après une épreuve concluante et décisive, un stricte examen, ou une assurance positive d’un maçon bien connu que ce frères ou ces frères sont dignes de toute confiance, ou enfin devant une loge régulière juste et parfaite de maçons libres et acceptés.”
Je jure en outre solennellement de ne jamais écrire ces secrets, de ne jamais les imprimer, graver ni lithographier, ni décrire d’une manière quelconque. Je ne le ferai pas faire par d’autres. Je m’opposerai de toutes mes forces, à ce qu’on le fasse, sur quoi que ce soit ici bas meuble ou immeuble, en sorte qu’une lettre, un caractère une figure, ou même la moindre partie d'une lettre, d’un caractère, d’une figure, puisse être lisible ou intelligible pour moi ou pour qui que ce soit au monde, et qu’ainsi nos
secrets, arts et mystères cachés ne soient connus par mon indigne conduite.
“ Je jure solennellement d’observer ces différents
points, sans équivoque ou restriction mentale d’aucune sorte.”
“Si je viole la moindre de mes obligations, je consens à avoir la gorge coupée, la langue arrachée par la racine, le corps enseveli dans le sable de la mer à marée basse, ou à une longueur de cable du rivage, là ou le flot monte et descend régulièrement en vingtquatre heures...
“Ou bien, peine plus efficace encore, d’être flétri comme un vil parjure, un homme sans valeur morale indigne d’être reçu dans cette loge ou dans aucune autre loge légitime et société de maçons qui estiment l’honneur et la vertu plus que tous les avantages extérieurs du rang et de la fortune.”
“Que Dieu me soit en aide, et me garde fidèle à ce grand et solennel serment d’apprenti maçon (Carlisle’s Manual of Free-Masonry p. 9).
Tel est le serment de l’apprenti dans la maçonnerie anglaise, à quelque rite qu’elle appartienne.
Il est aussi le même dans la maçonnerie française. Il n’y a que quelques légères différences dans les expressions, mais, obligations, menaces pénalités tout cela est identique :
Voici le serment de l’apprenti, suivant le rituel français.
Serment de l'apprenti dans les loges françaises.
“ Je jure, au nom de l’Architecte Suprême de tous les mondes, de ne jamais revèler Les secrets, les signes les attouchements, les paroles, les doctrines et les usages des francs-maçons, et de garder Ià dessus un silence éternel.”
“ Je promets et je jure à Dieu de n’en jamais rien trahir, ni par la plume, ni par signes, ni par paroles ni par gestes : de n’en jamais rien faire écrire, ni litographier, ni graver, ni inprimer, de ne jamais publier ce qui m’a été confier jusqu’à ce moment, et ce qui le sera encore à l’avenir., Je m'engage et je me soumets à la peine suiva «e si je manque à ma parole : qu'on m+ rûle les lèvres avec un fer rouge, qu’on me coupe 28 mains, qu’on m’arrache la langue, qu’on me tranche la gorge que mon cadavre soit pendu dans une loge pendant le travail de l’admission d’un nouveau frère pour étre la flétrissure de mon infidèlité et l’effroi des autres ; qu’on le brûle ensuite et qu’on en jette les cendres au vent afin qu’il ne reste plus aucune trace de la trahison ” (St-André, p. 440. Voir tous les rituels maçonnique.)
Comme on le voit, dans le rite français la formule du serment finit avec la pénalité de “ la gorge coupée ” Elle ne mentionne pas l’autre alternative “ d’être flétri comme parjure, ete...” que le rituel anglais laisse au maçon coupable.
Cette alternative, du reste, est de date récente. Les anciens maçons l’ignoraient. On l’a probablement introduite dans le rituel pour adoucir un peu la féro-
cité des menaces, et tromper les profanes qui ignorent les mœurs véritables de la franc-maçonnerie.
Quoi qu’il en soit, les vieilles menaces existent toujours, et toujours aussi l’ancienne pénalité subgiste.
Voilà donc comment on devient maçon.
Pour une société qui se vante d’être une grande ‘école de moralité et de vertu,” qui prétend éclairer ses membres et les perfectionner afin qu’ils puissent “ mener la société à sa perfection morale,” ce sont là de singuliers moyens de recrutement et de préparation |
Vous attirez, dites-vous, les hommes dans vos loges pour les rendre “ meilleurs et plus heureux.”
Âlors qu'est-il besoin d’effrayer vos candidats par ces épreuves redoutables ?
Vous enseignez la vertu et la plus pure morale. Pourquoi donc exiger, par un serment terrible, le secret le plus inviolable sur des enseignements si précieux ?
Vous cherchez la perfection de l’humanité. A quoi bon ces mystères ? Pourquoi cette défense faite aux apôtres du progrès, de rien révéler des doctrines destinées à obtenir un but si glorieux ?
Vit-on jamais contradiction plus flagrante entre un but que l’on prétend honnête et les moyens employés pour l’atteindre ?
Au lieu d’assister à une assemblée ‘“ d'hommes
sages et vertueux,” ne croirait-on pas voir plutôt un conciliabule de conspirateurs, tramant un complot contre la religion et la société ?
Evidemment, la maçonnerie ne veut pas et ne peut pas tout dire à l’initié du premier degré.
Il'apprendra plus tard la raison de ce silence mystérieux.