‹ La franc-maçonnerie dans la province de Québec en 1883 [microforme]Chapitre 51 sur 85 · LE NOUVEAU MAÇON VOIT LA IUMIÈRE · texte numérisé non relu

LE NOUVEAU MAÇON VOIT LA IUMIÈRE

Secrets du premier degré.

Quand le postulant a prononcé le serment maçonnique, le Vénérable lui adresse ces paroles :

“ Monsieur, après avoir été si longtemps dans les ténèbres, quel est maintenant Le plus ardent désir de votre cœur ? ”

Le postulant répond : “ Voir la lumière.” Ce désir est légitime. Il y a plus d’une heure en effet que le malheureux porte son bandeau sur les yeux.

Le Vénérable dit alors au jeune diacre :

“ Faites voir la lumière au candidat.”

“ Tous les membres, forment cercle autour du postulant. Ils frappent des mains et du’ pied droit le plus fort qu’ils peuvent pendant qu’on enlève le bandeau du candidat. Celui-ci après avoir été si longtemps dans les ténèbres, se trouve tout-à-coup en face d’une lumière éblouissante, et parfois, cela produit les effets les plus alarmants. J’ai connu, dit Morgan, un homme qui s’évanouit en ce moment, et l’on eut bien de la peine à lui faire reprendre ses sens. Depuis ce jour, il ne remit plus jamais le pied dans une loge.” (Morgan, p. 20.)

Dans d’autres loges, les frères entourent le postulant avec des épées nues dont la pointe est dirigée vers sa poitrine. “Ces épées, dit le Vénérable, protègent le maçon fidèle, mais aussi elles punissent lo traître. Tremblez! ?”

“ Monsieur, continue le Vénérable, par votre conduite douce et candide, vous avez échappé ce soir À deux grands dangers, mais il en est un troisième qui vous menacera jusqu’à la dernière heure de votro existence.”

“A votre entrée en loge, on présenta cette épée À votre sein découvert. Si vous vous étiez précipité témérairement en avant, vous vous donniez la mort sur ce glaive. Le frère qui tenait l'épée n’eût pas été responsable de cet acte, il n’eût fait qu’accomplir son devoir.”

“ De plus, la corde à nœud coulant que vous portiez au cou, vous interdisait toute tentative de retraite. Elle vous eût étranglé, si vous eussiez voulu reculer.”

# Voilà les deux dangers auxquels vous avez échappé.”

Il en existe un troisième, et celui-là vous menacera jusqu’à la dernière minute de votre existence : c’est la pénalité de votre serment: d’avoir la gorge coupée plutôt que de révéler les secrets de la franc-maçonnerie.” (Carlile, p. 7.)

Voilà certes, une étrange révélation.

Que signifiaient alors les paroles du Vénérable ? “que la maçonnerie est libre, qu’elle demande une inclination libre pour ses mystères.” Ce n’était donc là qu’hypocrisie et mensonge ?

Dès qu’on entre aux loges, la liberté disparaît. Il faut aller de l'avant, se soumettre, obéir.

Le Vénérable continue :

“Maintenant que vous avez prêté le serment s0lennel de la maçonnerie, je puis vous apprendre qu’il y a différents degrés dans l’ordre, Chaque degré a ses secrets particuliers. Ces secrets ne sont pas communiqués à tous sans distinction, mais on les donne au candidat selon son mérite et ses aptitudes.”

“Je vais vous instruire du signe de votre degré et des marques qui nous servent à nous connaître les uns les autres et à nous distinguer des profanes.”

“Avancez vers moi d’un pas, partant du pied gauche, et portant le talon droit dans le creux de l’autre pied.”

“ C’est le premier pas maçonnique, et c’est aussi dans cette position que sont communiqués les secrets du premier degré.”

Secrets du premier degré.

Ces secrets consistent en un signe, un attouchement, un mot de passe.

Le Signe : Placez ainsi votre main droite—(horizontale, le pouce tendu en équerre, s'appuyant sur le côté gauche de la gorge.)

Le signe est donné en tirant vivement la main d’un côté à l’autre de la gorge, et en la laissant tomber le long du flanc. C’est une allusion à votre ser-

ment: “comme homme d’honneur et comme maçon vous préfèreriez avoir la gorge coupée plutôt que de révéler nos secrets.” Voilà le signe.

L’attouchement se fait en pressant le pouce de la main droite sur la première phalange (à partir du poignet), du premier doigt de la main droite de votre interlocuteur, et en saisissant ce doigt avec la main.

Cet attouchement demande un mot. Ce mot, les maçons le tienne en haute estime, car il garde leurs privilèges. Ils ne sauraient donc prendre trop de précautions, quand ils le communiquent. Il ne faut jamais le donner en entier, mais seulement par lettres ou par syllabes.

Ce mot, c’est Boaz.

Le jeune diarve va vous enseigner la manière de le dire.

Le jeune diacre vient alors. donner l’attouchement au maçon et lui demande : “ Qu'est-ce que cela ? ?”

Le maçon répond : “ l’attouchement de l’apprenti.” Jeune diacre : “ Que demande cet attouchement ? ” Frère … “ Un mot.”

Jeune diacre : “ Quel est ce mot ? ”

Frère … “À mon initiation, l’on m’a recommandé la prudence. Je vous dirai ce mot en l’épelant avec vous. Commencez :

Jeune diacre : “B ” Frère … 4. Q:7?

Jeune diacre : ‘ À ” Frère … LE

Jeune diacre : “ C’est le nom de la colonne gauche du temple de Salomon. Il signifie Force.”

Le premier surveillant présente alors au nouveau frère le tablier maçonnique “plus ancien que la Toison d'or ou l’Aigle Romaine, plus honorable que l’ordre de l’Etoïle ou de la Jarretière, c’est l’emblême de l’innocence et de l’amitié.”

Ensuite on apprend au maçon que ‘“ la charité est la vertu caractéristique de l’ordre.”

Les maçons se trouvent répandus dans tout l’univers, les uns sont riches, mais d’autres sont pauvres. On invite donc le nouveau frère à faire immédiatement la charité.

Le maçon de répondre: “ [on m’a dépouillé de tout mon argent, sans cela je donnerais libéralement.”

Le Vénérable l'invite à quêter parmi les frères. Il va de l’un à l’autre demander l’aumône, mais sans succès... On lui explique alors la signification symbolique de cette cérémonie.

était d’abord pour éprouver ses principes: puis pour montrer qu’au moment de l'initiation, il n’avait aucun argent sur lui, autrement l'initiation eût été nulle, enfin pour l’engager à secourir ses frères : “se souvenant qu’il a été reçu dans la maçonnerie,

pauvre et sans ressources.”

* Maintenant, continue le Vénérable, vous pouvez vous retirer et reprendre vos habits. A votre retour en loge, je vous instruirai de l’excellence de notre ordre et des devoirs de ses membres.”

Quand le nouveau frère revient en loge, le Vénérable lui donne l'instruction maçonnique du premier degré. Cette instruction est longue, Elle ne comprend pas moins de sept différentes sections, et chaque section renferme trois clauses ou chapitres.

“C’est Ià, dit le Vénérable, que l’on dépeint la vertu sous les couleurs les plus magnifiques, et que l’on enseigne tous les devoirs de la plus stricte moralité. Les principes de la science sont imprimés dans la mémoire par des images saisissantes et de nature à influencer la conduite dans l’accomplissement de nos devoirs sociaux.” (Carlile.)

Nous verrons plus loin ce que vaut la doctrine religieuse et sociale de la maçonnerie.

Un banquet solennel termine l'initiation au premier degré.

Le Vénérable recommande aux frères qui vont se livrer à ‘ une joie innocente ” d'éviter les excès... les discours obscènes et l’intempérance.

Pour des hommes ‘sages et vertueux ” ces avis sembleraient inutiles.

Pourtant le Vénérable est le meilleur juge des avis convenables à donner à ses subordonnés.

Puis il leur enjoint le silence vis-à-vis des profanes. de la famille et des amis, et il les exhorte à “ cultiver l’amitié fraternelle, le fondement, la clé de voûte, le ciment-et la gloire de cette ancienne fraternité.. afin que le monde voit encore comme il a vu et comme il verra toujours la bienfaisante influence de la franc-maçonnerie.”

Amen, so mote it be.

(Carlile, Manual of Freemasonry, p. 38.)

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