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CHAPITRE VI L'IDÉE MAÇONNIQUE ET LES GRADES

Le travail de loge. — L'habileté de la nature. — Les dupes. — Les jésuites. — Les chefs secrets! — Le symbolisme. — Les cérémonies initiatiques. — Retour à l'alchimie et à la kabbale. — Les grades. — Les Rose-Croix. — Les Réaux-Croix. — Le chevalier Kadosh.

Une des erreurs les plus répandues parmi les profanes est d'assimiler les grades maçonniques aux grades dans l'armée, alors qu'ils devraient être plutôt assimilés aux grades universitaires.

Les grades symboliques, les seuls classiques en maçonnerie : apprenti, compagnon et maître, correspondent dans une certaine mesure aux grades de bachelier, licencié et agrégé.

L'obtention de ces grades témoigne de connaissances maçonniques plus ou moins avancées, mais ne confère pas ipso facto à ceux qui les obtiennent une autorité sur ceux qui ont des grades inférieurs.

Au xviiic siècle, la complication des grades était extrême ; chaque régime avait sa série spéciale qui n'était pas reconnue par le régime voisin.

Chaque grade correspondait à un avancement dans la science ou mieux dans l'art maçonnique qu'on appelait alors l'Art Royal, ce qui voulait dire pour les uns l'art de restaurer les Stuarts, pour les autres l'art par excellence. Qu'était donc cet Art suprême ?

Pour les uns c'était l'étude de l'homme : ses origines, son existence, son but ; pour les autres c'était l'art de mener les hommes, la première solution étant seulement l'étape nécessaire pour arriver à la seconde.

Au premier abord, de semblables études n'ont rien de répréhensible; la curiosité en pareilles matières ne peut être que fort louable.

On peut à la vérité s'étonner cependant que, pour se livrer à ces études profondes, on s'enferme avec un soin jaloux et qu'on fasse prêter à ceux qu'on admet à y participer le serment de garder le secret. Il semblerait au contraire que, par amour de l'humanité, on devrait propager les lumières et transformer le temple en Soleil dont les Etoiles extérieures pourraient augmenter l'éclat. »

On serait en droit de s'étonner aussi que des gens d'un modeste intellect et d'une instruction sommaire soient appelés à collaborer à des travaux qui demandent du temps, une intelligence supérieure et des connaissances approfondies. Etudier en effet les origines de l'homme, c'est étudier l'origine de l'humanité, et étudier l'origine de l'humanité, c'est étudier l'origine du monde. Pour rester dans le domaine des sciences exactes, c'est connaître la cosmogonie, la cosmographie, la géologie, la paléontologie et l'anatomie aussi bien que la métaphysique , la chimie et la physique. Je sais plus d'un maçon du xvme siècle qui s'est livré à ces études avec un acharnement et une sincérité vraiment édifiantes. Leurs correspondances, que j'ai été à même de parcourir, en font foi. Ils échangeaient entre eux des vues bizarres, de temps en temps, pas souvent, des combinaisons ingénieuses, mais, en résumé, aucune idée digne d'être retenue.

On a beau leur enseigner que la maçonnerie est

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« Thabilctéde la nature, l'intelligence du pouvoir qui est dans la nature et ses diverses opérations ». On a beau leur expliquer que l'habileté de la nature est d'engendrer, que l'intelligence du pouvoir qui est dans la nature est la Nature-Dieu, et que les différentes opérations de la nature sont la génération universelle, quels secrets révèle-t-on, quelles idées fait-on naître, si ce n'est que l'Acte générateur est l'acte d'un Dieu, que le Feu sacré est la semence universelle de tous les êtres, que la Parole est la faculté de produire, ainsi qu'on l'enseigne au compagnon?

Comme ils ne trouvaient pas la solution avec leurs propres moyens, beaucoup recherchaient le secret perdu. L'homme primitif savait, croyaient-ils. Quelquesuns, élevés cependant dans la foi chrétienne, oubliaient que l'homme avait été puni pour avoir voulu savoir ce qu'il ne pouvait et ne devait pas savoir: le mystère de sa création et son avenir. Quel est l'homme qui supporterait la vie s'il connaissait son lendemain?

Comme naturellement ces chercheurs ne trouvaient rien, beaucoup parmi eux s'en prenaient à l'auteur de toutes choses et arrivaient rapidement à conclure que s'ils ne trouvaient rien c'est qu'il n'y avait rien, et pour se consoler de la désespérance de ce néant, ils déclaraient indifférent le problème des origines.

Comme ils avaient trouvé vide la première chapelle de leur temple, ils frappaient à la porte de la seconde- Là, au moins, ils trouveraient la clef du mystère de notre être. L'homme est-il ou n'est-il pas ? Qu'est-ce que son corps ? Qu'est-ce que son âme ? Il est certain qu'il a un corps, mais a-t-il une âme ? Et ils recommençaient à agiter tous ces problèmes, revenant toujours malgré eux à l'origine du corps et de l'âme, et ils trouvaient la seconde chapelle vide comme la première.

Ces étapes sont celles que doit parcourir le maçon pour se perfectionner dans l'art, pour gagner ses grades. Si sa patience n'est pas à bout, s'il a les loisirs de s'occuper de spéculations métaphysiques qui ne nourrissent pas son corps, il sera prêt à entrer dans la troisième chapelle, et les frères qui en ont déjà franchi la porte lui permettront de la franchir. Là, on lui apprendra que tout ce qu'il a fait jusqu'ici n'a aucun intérêt, que ces études ne conduisent à rien, mais qu'il était nécessaire qu'il connût par lui-même ces vérités négatives. Ce qui est intéressant et ce qu'il faut qu'il apprenne, c'est comment on conduit les hommes, comment on les fait concourir, malgré eux, à la prospérité de l'Ordre. On leur explique comment un petit groupe organisé en aristocratie secrète mène la foule non organisée ; comment un pouvoir occulte, irresponsable mais actif, mène le pouvoir responsable et le rend le principal artisan de sa décadence et de sa mort. On leur apprend que les vices de l'humanité sont les grands leviers des habiles ; que, dans la pratique, on ne rencontre qu'un obstacle : la révolte de la conscience humaine, cette chose qu'ils n'ont pu saisir ni comprendre dans les deux premières chapelles, et que tout l'art consiste à endormir cette conscience pour l'empêcher de se révolter. On leur apprend que lorsqu'il suffira à l'homme de déposer un bulletin anonyme dans une urne pour entretenir ses vices et flatter son orgueil, il le mettra.

Lorsque l'initié saura tout cela, il sera un maçon parfait ; sa mentalité maçonnique sera parachevée. En aucune circonstance, il ne sera nécessaire de lui donner un ordre compromettant, il agira de lui-même et il fera agir, conformément à la doctrine maçonnique, il coopérera consciemment ou inconsciemment au Grand Œuvre.

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Voilà ce qu'au xviiic siècle on appelait le travail de loge. Voilà comment, au nom de l'égalité, le maçon escamotait cette égalité à son profit. Il veut l'égalité entre initiés, il veut l'égalité entre profanes, mais il ne veut pas l'égalité entre initié et profane. Comme il connaît la puissance des groupements organisés et silencieux, il s'organise et commande le silence. Pour empêcher l'ennemi de naître, il s'attaque à tous les groupements qui se créent. Autant que possible, il les absorbe et, s'il est impuissant à triompher par ce moyen, il les détruit. De tous les groupements, les plus puissants sont les groupements religieux. Contre eux la lutte a été permanente et il est curieux de suivre le combat entamé contre le groupement ennemi par excellence : la Papauté. Contre elle, tout d'abord, les maçons ne luttent pas de front, ils ne l'attaquent pas dans ses dogmes, mais dans sa discipline. Dans la correspondance des maçons, comme dans celle de Willermoz par exemple, on constate qu'autour de lui on veut revenir à la primitive Eglise ; on reconnaît la divinité du Christ qui avait mis l'humanité dans sa vraie voie. Mais cet homme pieux, même dévot, a l'horreur de la Papauté; c'est elle qui a tout perdu, c'est d'elle que vient tout le mal. Gallicans, jansénistes et parlementaires pensent comme lui, aussi gallicans et jansénistes et parlementaires encombrent-ils les loges. Ils feront plus tard le clergé constitutionnel.

A la vérité, ils étaient peu nombreux, les maçons qui se livraient à ce travail ; beaucoup, partis pleins d'ardeur à la conquête du feu sacré, nouveaux Argonautes, sombraient en route ou succombaient comme Pro-

méthée. Hiérophantes de nouveaux mystères, quelques-uns se retiraient découragés ; quelques autres, comme le duc d'Havre, écoutaient leur conscience tressaillir, et abandonnaient la partie.

Mais les cerveaux de la grande masse des maçons étaient modifiés par l'ambiance ; les mots perpétuellement murmurés par ceux qu'ils savaient plus avancés dans l'étude de l'Art les impressionnaient; ils croyaient que ceux-là savaient ; ils retenaient leurs lambeaux de révélations, suivaient leurs conseils. Ceux-là, demidupes, à leur tour faisaient le travail du dehors, la propagande de la doctrine maçonnique. Si un adversaire se présentait, on le tuait moralement, on tâchait, au nom de l'humanité, de l'anéantir; s'il donnait prise à la critique, on le poussait tout doucement dans un piège, on ameutait l'opinion contre lui. A la veille de la Révolution, on l'accuse d'accaparement : le procédé réussit toujours ; si le coupable résiste il est tué, comme Berthier ou Foulon. C'est la foule des profanes ameutés qui aura commis l'assassinat légal. Le meurtre anonyme et collectif échappe à la justice. L'ouvrier du crime lui-même sera épargné. Les auteurs vraiment responsables auront eu individuellement une si petite part à l'attentat, que leur conscience ne s'agitera pas. Bien plus, pour beaucoup d'entre eux, la victime seule est coupable. Pourquoi a-t-elle résisté à l'opinion publique ? Pourquoi s'est-elle mise dans un mauvais cas ? Et je sais des maçons, fort honnêtes gens pour le reste, qui ont ainsi pensé en 1789 !

Comme nous l'avons dit, le plus grand nombre des maçons ne se livrait pas au travail de loge transcendant. A côté des loges exclusivement aristocratiques comme la Candeur, le Contrat social, Saint-Louis du régiment du Roi, Montmorency-Luxembourg du régi-

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mont de Ilainaul, etc., il y avait, et celles-là étaient les plus nombreuses, les loges de menus employés, de petits commerçants, de clercs de procureurs, d'huissiers... L'objectif des membres des premières était la recherche du plaisir, celui des secondes était la satisfaction de la vanité. La pratique et l'abus des plaisirs démoralisa les uns ; le besoin de satisfaire l'orgueil incita les autres à la haine. Lorsque le cataclysme éclatera, l'aristocratie sera découragée, les autres seront forts de toute la puissance de leur haine exaspérée. La maçonnerie est bien l'art de conduire les hommes.

A côté de la Papauté un autre corps organisé attirera dès le début les attaques de la maçonnerie. Les jésuites sont puissants ; ils sont riches ; ils sont intelligents ; ils sont unis. Il faut les détruire. Avec quelle habileté on crée les dangers sous leurs pas ! avec quelle virtuosité on tire parti du procès de la Chalotais et de celui du Père La Valette ! On forme contre eux l'opinion : dans les loges, dans les salons, dans les sociétés littéraires, dans les pamphlets, dans la rue. Le maçon ne cesse de crier à la persécution à l'occasion des procès-verbaux dressés chez des marchands de vin, pendant que Choiseul chasse les jésuites de France, pour que le maçon martyr s'installe dans le noviciat de leur ordre, rue du Pot-de-Fer ; et le courant de l'opinion est tellement violent que personne ne s'aperçoit de la supercherie 1 Cette proscription est tellement une tactique générale, que les jésuites sont chassés de tous les royaumes catholiques, de l'Espagne, du Portugal et, ce qui est plus extraordinaire, de Rome même ! Voilà comment on conduit les hommes.

Pour remporter toutes ces victoires, y a-t-il une volonté unique, y a-t-il un comité directeur ? un chef ou des chefs inconnus? Est-ce une nation ? est-ce une race qui mène le branle ? Albion ou Israël ?

Non, laf.\-m.\ n'a pas de semblables chefs, parce que les régimes sont trop différents, trop nombreux, souvent trop ennemis les uns des autres. C'est l'idée maçonnique qui, en évoluant, mène tout ce monde à l'insu même du plus grand nombre. Tantôt elle lie partie avec une nation, tantôt avec une autre ; tantôt elle prête son concours à une émeute, tantôt à une autre, suivant que son instinct la pousse d'un côté ou de l'autre. Jusqu'en 1771, la grande loge anglaise n'a probablement constitué que cinq loges, tant à Paris qu'à Bordeaux, à Valenciennes, à Aubigny et à Grenoble ; si celle de Bordeaux en a constitué à son tour une dizaine, les deux autres n'en ont pas constitué une seule. Toutes les autres loges sont d'origine jacobite ; un petit nombre seulement a adopté les régimes allemands. Gomment peut-on admettre qu'avec une semblable origine la f. \-m.\ ait été une société exclusivement anglaise ? Est-elle juive ? Pas davantage. Des polémiques ont été engagées sur ce sujet entre adversaires de la f.'.-m.*. Les partisans de l'origine juive ont tout juste trouvé dans une loge de Bayonne quelques juifs avec lesquels leurs frères refusaient de travailler. Il faut vraiment peu connaître la société française du xviii* siècle pour émettre une semblable hypothèse. Socialement parlant, le juif n'existait pas avant 1790. Il n'y a pas lieu de s'attarder sur ce sujet tant que l'on n'aura pas donné la preuve de la présence des juifs dans les loges.

Ges hypothèses gratuites, inventées pour les besoins d'une petite église, n'ont aucune valeur historique.

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Pourquoi s'acharner à trouver des êtres humains là où il n'y a qu'une idée ? pourquoi s'acharner à trouver un secret là où on ne peut trouver que l'évolution de cette idée?

Il y a cependant dans la f..-m.\ une autre source de danger : les symboles des cérémonies initiatiques, dans lesquelles on parle constamment de vengeances à exercer, d'actes matériels à accomplir en immolant une victime. Ces fantasmagories ne sont pas sans influence ; elles éduquent le cerveau et la conscience ; elles peuvent, à un moment donné, provoquer chez des sujets spéciaux des résolutions coupables. On connaît la légende du meurtre d'Hiram, l'architecte du temple de Salomon ; la mort du templier Jacques Molay et l'exécution du roi Charles Ier. Suivant les régimes, c'est l'un ou l'autre de ces meurtres qu'il faut venger. Bien entendu, en langage symbolique, Hiram, Molay, Charles Ier, veulent dire la f.\-m.\ A tous les degrés de l'échelle maçonnique on fait allusion à cette vengeance. Les initiations aux grades symboliques ont été maintes fois racontées, nous ne nous y attarderons pas .

Mais nous entrerons dans des détails plus précis sur le rituel de Rose-Croix tel qu'il était suivi à la veille de la Révolution par les membres du Contrat social. Nous verrons, par l'énoncé des doctrines adoptées et par les rites indiqués, comment le maçon du xviii6 siècle est le descendant direct de l'alchimiste, de l'astrologue et du kabbaliste.

Le document que nous avons sous les yeux est des plus précieux. Il fait partie d'un recueil de rituels en usage dans les loges du rite écossais philosophique.

En tête, une gravure à la sépia représente un soleil dont les rayons, traversant un triangle, sont limités par un cercle encadré par un carré concentrique entouré de branches d'acacia dans lesquelles circule un ruban portant en haut la légende Si fodieris inverties, et sur les côtés : Loge du Contrat social de Saint-Jean à l'Orient de Paris. Les rituels datés du 21 février 1784 (21e jour du 12e mois 5783) sont signés : La Rochefoucauld-Bayer, Brommer, Lafisse, Grant de Blaërfindy, Bertolio, de Leutre et Laborde.

Le rituel donne dans les plus grands détails la description des salles et les costumes des membres du chapitre. Nous résumerons toutes ces descriptions pour faire voir à quelles puérilités s'attachaient des gens qui tournaient en dérision les cérémonies du culte catholique.

Le grade de Rose-Croix est conféré en chapitre. Le chef du chapitre s'appelle souverain G/.-M.-. ; son premier surveillant prince grand prieur ; le second, prince grand surveillant. Les officiers, tels que l'orateur, secrétaire, trésorier, économe, sont qualifiés princes commandeurs, et les autres frères simplement princes ou chevaliers.

Le but du chapitre en ce grade est, pour tous les chevaliers, d'attendre l'arrivée du soleil dans les douze maisons ou figures du zodiaque et de tirer des quatre éléments et des trois règnes de la nature, alliés ensemble, le fameux Alkaestdes alchimistes.

La salle où l'on tient chapitre est un carré long, plus étendu de l'Orient à l'Occident que du Midi au Nord, à cause du soleil qui éclaire plus de ce côté. Dans le centre, on figure un grand cercle, autour duquel sont représentées les douzes figures du zodiaque, lesquelles renferment le cadavre d'Hiram-Abif, symbole de la

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nature morte que le Grand Œuvre doit faire revivre. Au-dessus se trouve la grande pentacule (1) de Salomon, lame d'or de forme triangulaire capable de tout vivifier par sa vertu divine ; d'un côté une clef, de l'autre une balance. Le zodiaque est entouré de nuages. On y voit d'un côté un grand aigle qui désigne un gardien terrible et de l'autre un soleil qui marque le but du grade de Rose-Croix et la recherche du soleil de vie. A l'Occident est le Mont Ebron, où est censé être le corps d'Hiram. La planche à tracer de maître y est figurée ; c'est l'image du premier travail des philosophes qui opère la vie en produisant la vraie pierre cubique, dite pierre bénite ou des philosophes.

A l'entrée deux grandes colonnes, Jackin et Booz, symbolisent l'apprentissage dans le Grand Œuvre ; un coq représente la vigilance et la force dans les opérations ; une étoile flamboyante indique le commencement

(1) Voici en résumé l'explication de la pentacule donnée dans une autre partie du rituel : le roi Salomon en instituant la maçonnerie créa trois grades, dont le dernier était la maîtrise. Les maîtres étaient instruits de la science kabbalistique ; leur marque honorifique était un triangle d'or appelé pentacule, grâce auquel on connaissait toutes les sciences occultes, y compris les plus abstraites. Sur un côté de la pentacule était gravé dans un double delta le mot Messias, qui signifie : Trésor des philosophes, entouré du mot Adonaï, renfermé dans les six angles des deux deltas. De l'autre côté était gravé, également dans le double delta, le sublime mot qui signifie : Lumière du grand oeuvre accompli ; les six angles portaient le mot Jehova. Lorsque Hiram Abif fut trouvé mort, il portait la pentacule sur son sein suspendue à une chaîne d'or ; on la porta à Salomon, qui, en récompense de la découverte qu'on avait faite du corps d'Hiram et de ses assassins, désigna quinze maîtres parmi les plus zélés et les décora de la pentacule, en leur donnant les connaissances kabbalistiques qui lui étaient attribuées. On espérait, à l'aide de ce bijou sacré, retrouver la parole perdue qui d'un seul mot exprimait aux initiés tout ce qu'ils pouvaient désirer en partageant en quelque sorte la gloire éternelle et les trésors les plus précieux de l'humanité.

de l'œuvre prenant couleur ; la lune est le symbole des sacrés mystères de l'Ordre. Une pierre brute désigne la matière informe et une pierre cubique pyramidale cette matière développée par le sel et le soufre. De plus, une équerre, un niveau, un fil à plomb et un maillet. On remarque encore un grand autel enflammé par le feu élémentaire tiré du ciel ; un grand bassin pour purifier les trois règnes de la nature ; un castor, image du travail continuel du vrai philosophe, et enfin une chouette, emblème du secret et du silence dans lequel on doit opérer.

Pour procéder à la réception d'un Rose-Croix, la salle du conseil doit être tendue de noir et décorée de douze colonnes corinthiennes de marbre blanc veiné de noir, avec des chapiteaux et des socles en or (deux à l'Orient, deux à l'Occident, quatre au Nord et quatre au Midi). Sur le milieu de chaque colonne est suspendu un cartouche entouré de festons et de guirlandes de feuilles, de fleurs et des pierres précieuses attribués à chaque mot dans le Grand Œuvre. Ces douze cartouches représentent les douze maisons célestes correspondant aux douze noms de Dieu n'en composant qu'un seul. On écrira aussi sur les cartouches en lettres d'or les douze noms de l'Etre suprême et des esprits qui sous sa puissance président à chaque mois de l'année, enfin les douze signes du zodiaque qui y correspondent. Le tout sera disposé de la façon suivante :

1° A l'Orient du côté du Nord : Marchidiel, Jehova, Mars, le Bélier ;

2° A l'Orient du côté du Midi : Asmodel, Emmanuel, Avril, le Taureau ;

3° A l'Occident du côté du Nord : Ambriel, Tétragrammaton, Mai, les Gémeaux ;

4° A l'Occident du côté du Midi : Mariel, Jeha, Jesas, ou Jésus, Juin, le Cancer;

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5° Au Midi du côté de l'Orient : Verchiel, Messias, Juillet, le Lion ;

6° Au Midi : Kormaliel, Orpheton, Août, la Vierge ;

7° Au Midi : Zuriel, Anasbona, Septembre, la Balance ;

8° Au Midi : Barbiel, Erigion, Octobre, le Scorpion;

9° Au Nord du coté de l'Occident : Adnakiel, Jersemon, Novembre, le Sagittaire;

10° Au Nord : Hamdel, Eloym, Décembre, le Capricorne ;

11° Au Nord : Gabriel, Agla, Janvier, le Verseau ;

12° Au Nord: Acchiel, Meleck, Février, les Poissons.

Le trône du souverain grand maître est placé entre les deux colonnes de l'Orient et élevé sur trois marches. Le dais aux tentures rouges galonnées d'or est surmonté d'un grand aigle d'or becqué, membre et couronné en noir, tenant dans ses serres d'un côté une balance, de l'autre une clef d'or. Le trône est noir et or. Au fond du dais, une étoile flamboyante d'or ornée du Yoth. A gauche du trône un autel triangulaire en or portant une Bible, un compas, une clef et un maillet. Au milieu du plancher la balance kabbalistique de Salomon et au-dessous une balance réelle.

La salle du conseil est éclairée sur les quatre faces par dix bras de métal doré, ayant chacun trois branches et placés entre les colonnes deux à l'Orient, deux à l'Occident, trois au Midi et trois au Nord.

Le pavé est également éclairé à l'Orient du côté du Midi et de chaque côté de l'Occident par un chandelier à deux branches, au centre par un chandelier à une branche. Toutes les bougies sont jaunes et n'ont servi qu'une fois, parce que tous les matériaux employés au Grand Œuvre doivent être vierges, non mixtes. Pour les allumer, il faut autant que possible employer de l'amadou enflammé au soleil et, à son défaut, la pierre

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et l'acier, mais jamais le feu commun et ordinaire.

Le prince grand prieur et le prince grand surveillant sont assis dans de petits fauteuils d'or élevés sur un degré, ayant devant eux une petite table triangulaire couverte d'un tapis d'or pour pouvoir frapper du maillet.

L'orateur et le secrétaire sont assis de la même manière, mais avec des ornements proportionnés à leurs charges.

Tous les princes sont assis sur des chaises bleues filetées de noir ; chacune d'elles porte les armoiries de son titulaire. On devra faire usage de maillets noirs filetés de jaune.

Les princes sont vêtus de noir, chapeau uni à plumet blanc sur la tête, l'épée au côté, garde ornée d'un ruban feu au lieu de l'écharpe ordinaire. Leur tablier blanc est bordé et doublé de rouge ; une broderie ou un dessin, représentant sur son milieu un grand aigle noir pareil à celui qui orne la salle ; sur sa bavette, renversée pour la circonstance, la lettre J est figurée en noir. Ils portent à la troisième boutonnière de leur habit une rosette de ruban rouge à laquelle pend un aigle d'or. Les gants doivent être bordés et doublés de rouge ; sur le dessus de la main droite est brodée en noir une balance et une clef au-dessus de la gauche.

Les princes sont décorés de trois bijoux : un compas couronné appuyé par son ouverture sur un quart de cercle portant au milieu une croix tirée de la balance kabbalistique de Salomon, à ses pieds un pélican avec sept petits et de l'autre côté un aigle les ailes éployées. Une branche d'acacia circule entre ces ornements. Ce bijou est l'emblème des trois règnes de la nature qui entrent dans le travail de la vraie science. Le second bijou est un triangle équilatéral, autrement dit penta-

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cule du roi Salomon. Ce bijou renferme toute la science kabbalistique dont chaque lettre renferme une puissance dans l'opération du Grand Œuvre ; le dernier bijou est l'aigle noir dont nous avons déjà parlé. Il est le symbole du rang suprême de l'Ordre où on l'emploie.

Pour être à l'ordre dans le chapitre, on porte les trois doigts du milieu de la main droite sur le cœur, en tenant le pouce et le petit doigt dans le creux de la main.

Pour la réception d'un aspirant Rose-Croix, la chambre de réflexion est dépouillée de tout ornement ; aussi obscure que possible, elle sera éclairée seulement par une petite lumière posée sur une table noire sur laquelle on a placé un pot d'eau, du sel, un pain et du soufre. Au-dessus de la table est pendu au mur un tableau représentant un coq et un sablier, portant écrit au-dessus en gros caractères : Patience et persévérance. Devant la table, un trépied percé par le fond sert de siège au récipiendaire.

Le rituel de l'ordre du Chevalier de l'Aigle noir ou Souverain prince Rose -Croix débute par un aperçu historique qui mérite d'être intégralement reproduit :

« Tout bon maçon instruit des mystères de l'Ordre, possédant les hauts grades, doit s'être imaginé que la maçonnerie a un but qui doit encore exister, que le travail ne portait pas seulement à élever des édifices au vrai Dieu, qu'il ne se bornait pas non plus aux seules vertus morales ; quelque autre motif avait donné naissance à un ordre aussi sublime; oui, mes TT.-. CC.\ FF.'., la vraie philosophie connue et mise en pratique par le roi Salomon, c'est la base sur laquelle la maçonnerie est bâtie ; cet homme doué de sapience et le plus sage des rois de son temps, ne pouvant travailler seul, choisit dans ses Etats un nombre de sujets selon son cœur ; il se

les attacha par les bienfaits en les regardant comme ses ff.\ et les initia dans les secrets les plus cachés de l'art kabbalistique ; qu'il serait à souhaiter, mes TT.\ CC.\ FF.'., que cet art nous fût parvenu dans toute sa clarté ; mais nos anciens maçons, soit par prudence ou par d'autres raisons, nous ont caché les points les plus importants de cet art divin sous des types qui ne présentent que des énigmes ; heureux celui d'entre nous qui sera assez laborieux pour faire, par ses recherches et son travail, la découverte de ces sublimes vérités, il pourra être assuré d'avoir trouvé la vraie félicité à laquelle un mortel puisse aspirer, car sa santé sera conservée, ses jours prolongés et ses mœurs exemptes d'être corrompues par les vices où l'indigence et l'infirmité ne conduisent que trop l'espèce humaine. Réfléchissons, MM/. TT.\ CC.\ FF.-., sur tous les objets qui vous auront affectés dans les différents grades par où vous aurez passé, et vous verrez que c'étaient autant de signes et de mystères dont vous deviez un jour avoir la clef, c'est-à-dire apprendre au vrai à quoi ils devaient s'appliquer.

« Cet éminent grade les renferme tous, il en fait l'analyse, il vous présente du travail à entreprendre; c'est à vous, MM.'. TT. *. CC*. FF.*., à entrer dans sa carrière munis de l'amour de la vérité et de la persévérance. Ce grade, qui compte un ordre de parfaits maçons, a été

mis en lumière par le f. \ R qui l'a tiré du trésor

kabbalistique du Docteur et Rabbin Néamuth, chef de la synagogue de Leyde en Hollande, qui en avait conservé les précieux secrets et le costume ainsi qu'on va voir les uns et les autres dans le même ordre qu'il les a mis dans son Talmud mystérieux. »

Plus loin on explique que si les Chevaliers de l'Aigle noir sont appelés Roses-Croix, c'est parce que « Raymond

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Lulle (1), grand maçon et philosophe hermétique, ayant trouvé par la science kahhalistique le vrai salut de vie par le mariage des six métaux, il en composa un parfait appelé or ; il le présenta au roi d'Angleterre qui en fit fabriquer de la monnaie, où d'un côté était une croix symbole des quatre éléments, et de l'autre une rose, symbole du triomphe du Travail et le prix des sages, l'épine n'appartenant qu'aux vrais trompeurs et aux sots. Raymond Lulle fut fait chevalier et, depuis lui, tous ceux qui travaillent à la science kabbalistique ou art royal sont appelés chevaliers Roses-Croix.

« Ce sublime grade est en vénération dans toutes les cours du Nord et en Prusse, où le souverain en est le protecteur et le G.*. M.*. C'est pour cela qu'il lui a même donné le nom d'Aigle noir comme roi des oiseaux et le seul fait pour voler au devant du soleil et en fixer la lumière.

« Le but de ce grade est la science sublime des connaissances de la nature et d'en tirer un travail utile au genre humain, soit dans la purification des métaux imparfaits pour les transmuer en or, seule production parfaite de la nature et comme telle l'emblème de la divinité qui n'a en soi ni impuretés, ni commencement, ni fin ; aussi l'or se trouve-t-il toujours en même poids et valeur dans tel feu que vous puissiez le mettre ; c'est aussi le fond du mystère de la salamandre qui vit dans le feu et du phénix qui renaît de ses cendres . Il n'est point ici compris parmi les six autres impurs parce que physiquement il est tout esprit et par

(1) Les kabbalistes désignaient Raymond Lulle sous le nom d'Alallamack. Seul il serait parvenu à réaliser le mariage céleste de l'époux avec les six vierges dont il eut le bonheur de faire naître le Messias, probablement dans une vie antérieure, car les kabbalistes mettent Alallamack en relation avec Salomon.

ce moyen est incorruptible. De ce métal pur et rendu potable vous en tirez magnétiquement la médecine universelle, dont l'existence ne peut se nier, attendu tout ce qui est dit dans l'Ecriture sacrée et dans tous les philosophes hermétiques et notamment (Le diadème des sages, 1782), par le premier but de l'association des chanoines de Paris et autres officiers ecclésiastiques qui sont venus après les druides ou prêtres des anciens Gaulois, desquels ils tenaient cette science par tradition, ce qui se trouve aisément dans les annales de Paris. « Ces ecclésiastiques qui, suivant les anciens apôtres, étaient médecins des corps et des âmes, soignaient les malades et les traitaient avec beaucoup d'humanité et de charité. Ce qui était admirable, c'est qu'ils guérissaient toutes les maladies et infirmités (si Dieu n'en ordonnait autrement) par des remèdes naturels, dont ils avaient la connaissance philosophique acquise par l'usage et l'étude de la sage nature qui les fournit en profusion à ceux qui sont ses scrutateurs, sans qu'il soit besoin d'avoir recours à des secours étrangers, impuissants et destructeurs. C'est pourquoi ils avaient leur école de médecine près de leur église, rue de la Bûcherie, laquelle existe encore aujourd'hui. Et comme l'amour de Dieu et du prochain faisait tout leur devoir et leur mérite, en ces temps de sagesse et de simplicité, ils obtinrent de faire construire près d'eux un hôtel de charité, où l'on apportait, recevait et traitait les infirmes et malades avec tous les soins et secours dont par esprit d'institution et d'état ils étaient capables, et s'en faisaient un point essentiel de religion. Ils opéraient des cures et guérisons miraculeuses et si surprenantes que cet hôpital d'infirmerie fut alors appelé Hôtel de Dieu et par corruption Hôtel-Dieu, ainsi qu'on peut le voir dans Nicolas Flamel. »

l'idée maçonnique et les grades 215

Nous sommes entrés dans tous les d étails qui accompagnaient les initiations et nous avons choisi la plus curieuse d'entre elles ; nous avons également donné in extenso le type d'un balustre (discours) tel qu'il était d'usage d'en prononcer, afin que le lecteur puisse se rendre compte de la phraséologie amphigourique alors en usage, et enfin qu'il soit un exemple des formules employées pour faire allusion au mystère de la création. Nous en avons assez dit précédemment pour qu'il soit inutile d'insister sur l'étoile flamboyante et la parole perdue.

Nous allons voir maintenant comment on ouvrait un chapitre et comment se faisait la réception d'un aspirant Rose-Croix.

Le souverain G.*. M.\, après s'être fait assurer des portes et de la valeur maçonnique des fT.\ présents, frappait un grand coup de maillet sur l'autel. Aussitôt tous les princes se tenaient debout et à l'ordre. Lorsque les deux surveillants avaient à leur tour frappé un coup de maillet, le souverain G.'. M.*, prenait la parole :

— Princes chevaliers de l'Aigle noir, prince grand prieur, prince grand surveillant et officiers dignitaires, aidez-moi à ouvrir le chapitre .

On échangeait alors le signe, puisleprincegrand prieur et le prince grand surveillant présentaient la pointe de leurépée au souverain G.'. M.\, et tous les princes se mettaient à l'ordre ; le souverain G. *. M.*, reprenait alors la parole.

D. Prince grand prieur, quelle heure est-il ?

R. Souverain G.*. M.*., l'étoile du matin paraît.

D. Prince grand prieur, que devons-nous faire ?

R. Nous devons reprendre nos travaux.

D. Prince grand surveillant, quel est votre devoir ?

R. S.*. G.*. M.*., c'est de voir si le chapitre est scellé

hermétiquement, si les matériaux sont prêts, si les éléments se distinguent, si le noir fait place au blanc et le blanc au rouge.

D. Prince grand surveillant, voyez si tout est prêt.

R. S.'. G.*. M.*, tout est prêt, vous pouvez commencer l'œuvre ; tout est prêt, le feu prend couleur, tout est prêt.

D. Prince grand prieur et prince grand surveillant, quittez le fer, prenez vos maillets et disposez les princes dans leurs postes.

R. Princes chevaliers qui habitez le zodiaque, observez dans vos travaux d'être exacts à nous procurer les trois règnes de la nature, c'est-à-dire : les animaux, les végétaux et les minéraux, subordonnés à chaque signe et à chaque mois de l'année, et renfermez tous vos métaux dans la maison du soleil.

D. Princes, que le bruit de vos outils retentisse d'un pôle à l'autre et que l'Orient et l'Occident dirigent désormais le cours des planètes.

Le Souverain G.*. M.*, frappe ensuite trois fois deux coups de maillet, les deux surveillants font de même.

D. Princes chevaliers, le chapitre est ouvert ; faisons notre devoir.

Les deux surveillants répètent ces paroles, tous les assistants font les signes ; on applaudit sept fois (six et un) en disant trois fois Vivat, puis chacun prend sa place et l'on procède à la réception.

Le parrain, assisté d'un chevalier préparateur, va chercher le récipiendaire dans la chambre de réflexion et lui demande s'il désire toujours avec ardeur se faire recevoir chevalier de l'Aigle noir. Sur sa réponse affirmative, le préparateur, après lui avoir bandé les yeux, l'introduit en le prenant par la main dans un appartement tendu de noir dans lequel se trouve étendu surune

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table le dernier chevalier reçu, couché sur le dos, contrefaisant le mort ; on fait toucher le corps au récipiendaire, et pendant qu'on lui fait faire des voyages autour de la chambre, le chevalier étendu sur la table se retire sans bruit et l'on met à sa place un cœur de bœuf ou de mouton, une tète de mort et une lumière.

On demande au récipiendaire s'il est toujours décidé à poursuivre sa course et à anéantir tout ce qu'on lui ordonnera. Dès qu'il a répondu affirmativement, on le conduit armé d'un poignard près du cœur de bœuf et on lui dit :

— Frappez et n'hésitez pas ; malheur à vous si vous vous repentez du coup que vous aurez porté.

L'aspirant perce le cœur et y tient le poignard plongé.

— Savez-vous ce que vous venez défaire? lui demande le préparateur.

— Je ne sais rien. Tout ce que je puis croire, c'est que j'ai frappé quelque corps, mais je ne m'en repens pas, et pour preuve de ce que j'avance, je suis prêt à recommencer.

On retire le bandeau qui couvrait les yeux de l'aspirant, afin qu'il puisse contempler la lumière, le cœur et la tête de mort. Au bout d'un instant, le préparateur reprend :

— Emportez ce cœur au bout de votre poignard et suivez-moi.

Arrivé à la porte du chapitre, le parrain frappe deux coups irréguliers, auxquels le prince grand surveillant répond par une batterie semblable, et s'adressant à son collègue *,

— Prince grand prieur, on frappe en profane à la porte du chapitre.

Celui-ci en prévient le souverain G. '.M.*., qui ordonne au prince grand surveillant qui frappe de lui en

rendre compte. Après avoir parlementé avec le préparateur, le prince grand surveillant assure au souverain G.*. M.', que le trophée que l'aspirant va lui présenter sera une garantie suffisante en sa faveur.

On demande au parrain le nom, l'âge du candidat, les grades par lesquels il a passé pour oser prétendre au sublime grade de Rose-Croix.

On l'introduit ensuite à l'occident du chapitre, le parrain et le préparateur remettent le récipiendaire au souverain G.'. M.', et vont reprendre leurs places.

Après avoir posé à l'aspirant des questions sur son passé maçonnique, le souverain G. \ M.*, lui explique que le trophée représenté par le cœur a pour objet de lui rappeler que lorsqu'il a été reçu apprenti il a prêté le serment solennel, et qu'il a consenti à avoir le cœur arraché s'il devenait parjure à ses engagements. Comme, de plus, dans le grade de Rose-Croix, il faut des hommes résolus sur lesquels on puisse compter dans le besoin, on a voulu éprouver son courage. L'aspirant profite de la circonstance pour assurer qu'il est prêt à exécuter les ordres du souverain G.*. M.*., de quelque nature qu'ils soient.

Lorsqu'il a reçu cette assurance, le souverain G.*. M.*, autorise l'aspirant à venir jusqu'au pied de son trône en exécutant la marche des quatre éléments, qui se fait parles quatre points cardinaux en partant par l'Occident passant par le Centre, allant au Nord, traversant de nouveau le Centre pour arriver au Midi, puis à l'Orient et enfin aux pieds du souverain G.'. M.'., devant lequel il se met à genoux en posant la main droite sur le plat de la Bible.

Le récipiendaire prête alors son serment.

— Je promets et jure, dit-il, devant le Suprême et Grand Architecte de l'Univers et devant le souverain

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chapitre ici assemblé de sceller, garder et ne jamais révéler les secrets des chevaliers de l'Aigle noir, dits Roses- Croix, à aucun des profanes ou maçons inférieurs à ce grade, sous quelque prétexte que ce puisse être ; de n'en parler qu'en chapitre et lors du travail. Si j'y manque et que je devienne parjure, je consens et je pardonne ma mort à ceux des chevaliers qui me la donneront de quelque manière que ce soit, par le fer, le feu ou le poison ; que ma mémoire soit en horreur parmi les Roses-Croix et les maçons répandus dans le monde entier ; priez pour moi, mes frères, que Dieu me soit en aide et me préserve de manquer à mon obligation.

Le serment prêté, le grand prieur fait relever le candidat, le présente au souverain G.*. M.\ qui le fait passer à sa droite et le décore sur-le-champ des bijoux, gants et tablier de l'ordre ; puis il lui donne les signes, mots et attouchements.

— Le signe, dit-il, se fait dans l'appel en portant l'index de la main droite sous le nez, ensuite sur la joue jusqu'à l'oreille, puis en le descendant le long du cou jusqu'à la clavicule afin déformer l'équerre. On répond par le même signe, mais avec la main gauche. — L'attouchement se donne en s'embrassant réciproquement : chacun avance son pied droit et se donne un coup de talon. Le mot sacré est Messias, qui veut dire trésor des philosophes. Celui de passe ou d'entrée est Oc/z, qui signifie semence de tous les métaux.

Le candidat va se faire reconnaître par tous les princes, puis est reçu parle souverain G.*. M.', qui lui dit :

— Par le pouvoir que j'ai reçu et du consentement unanime de cette auguste assemblée, je vous reçois prince maçon par le T.*. P.*. grade de Chev. de l'Aigle noir de Rose-Croix d'Allemagne dont vous êtes revêtu et devenu membre.

L'orateur lui dévoile alors en ces termes les mystères du grade :

— La figure de cette loge tracée est un carré long plus étendu de l'Orient à l'Occident que du Midi au Nord, parce que le soleil éclaire plus le globe terrestre dans le premier sens que dans le second, puisqu'il ne sort jamais au delà des tropiques.

Vous voyez ici, dans le centre, un grand espace circulaire composé de nuages renfermant les cercles du zodiaque où sont contenues les douze maisons du soleil, gardées chacune par un des douze mois de l'année ; chaque mois vous devez rentrer dans la chambre qui le représente pour y travailler et attirer la visite de l'astre lumineux vivifiant toute la nature et toute la matière.

Le soleil doit être reçu par les quatre éléments que vous inviterez à vous tenir compagnie, car sans eux la maison serait triste ; vous ferez banqueter le soleil des mets tirés des animaux et des fruits, qui sont nourris dans l'intérieur de chaque maison céleste. Si vous observez toutes ces choses, vous opérerez avec fruit.

Dans le cours de notre travail, il faut considérer la matière comme morte; le cadavre d'Hiram en est l'emblème. Il faut le vivifier et le faire renaître de ses cendres, ce que vous obtiendrez par la végétation de l'arbre de vie représenté par la branche d'acacia ; mais vous ne saurez opérer avec fruit, si vous vous écartez de l'équerre et du compas qu'il faut sans cesse avoir devant vous.

Ces deux bijoux ne sont pas les seuls dont vous devez faire usage ; ils sont accompagnés des deux instruments indispensables : la balance et la clef. Vous ne pouvez non plus vous passer de la pentacule, qui renferme toutes les vertus célestes.

Abandonnons pour un moment, MM.". VV.\ CC*.

l'idée maçonnique et les grades 221

FF.'., le centre mystique de notre loge, traversons la lune qui doit couvrir nos sacrés mystères et parcourons l'espace qui l'environne. A l'Occident nous trouverons le mont Ebron, sur le sommet duquel on éleva les deux grandes colonnes Jackin et Booz, c'est-à-dire Force et Beauté, premier principe du grand œuvre que vous allez entreprendre. La force est représentée par les matériaux que vous devez employer et la beauté par Y ouvrage qu'ils nous produiront.

La colonne Jackin était dédiée à Dieu, tout venant de lui; c'est ce que vous êtes présentement, puisque vous allez commencer à travailler. Vous deviendrez compagnons quand vous commencerez à connaître la beauté de la matière élémentaire ; enfin, vous deviendrez maîtres quand vous aurez placé dans votre planche la route fixe du soleil.

A l'Orient, nous voyons ungrand aigle, roi des animaux de l'air, le seul qui puisse fixer l'astre radieux, car la matière de sa nature n'a point de forme ; c'est la forme qui développe la couleur ; le noir, c'est la matière hors d'œuvre. Change-t-elle de couleur ? elle reprendra une forme nouvelle, et un soleil des plus brillants en sortira. De même que la naissance du soleil est annoncée par l'étoile du matin, l'étoile flamboyante dans sa rougeur est accompagnée par la fraîcheur argentine de la lune.

Dans le plan de la loge, vous découvrirez une pierre brute, matière informe qu'il faut préparer, une pierre cubique à sommet pyramidal, et la matière développée : le sel et le soufre.

L'équerre, le niveau, la perpendiculaire et le maillet vous serviront à construire les maisons du soleil par où vous devez faire passer la matière informe. Aussi faudra-t-il les construire avec règle et préparation ; sans cela l'esprit de vie ne saurait s'y loger.

Avec tous ces instruments vous construirez le grand autel sur lequel brûlera le feu tiré du ciel, et le grand bassin servira à vous purifier les mains , le corps et tout ce que vous toucherez pour opérer avec fruit. Soyez laborieux comme le castor et cachez-vous comme la chouette, afin de bien travailler à l'abri des regards des curieux.

Le souverain G.*. M.\ ajoute à son tour :

— Chevaliers, princes nouveaux reçus dans l'ordre des chevaliers de l'Aigle noir, lorsqu'on vous mit en réflexion, vous aperçûtes du pain, de l'eau, du sel, du soufre, un coq et un sablier, avec ces mots : Patience et persévérance ; matières symboliques et faciles à expliquer.

Par le pain et l'eau, on vous marque la sobriété dans vos repas ; par le sel, les bonnes mœurs que vous devez avoir pour vous conserver parmi les hommes ; par le soufre, Y ardeur secrète que vous devez avoir de parvenir à la science kabbalistique en formant votre esprit à savoir promptement tous les instants où la lumière vous éclairera ; par le coq, la vigilance dans toutes vos œuvres, et le sablier désigne le temps que l'on doit employer au travail qui doit être compté par heures et par minutes. Aidons donc les nouveaux chevaliers à découvrir le principe de vie renfermé dans le cœur de la matière première connue sous le nom d'Alkaest.

Puis le souverain G/. M.*, fait l'instruction du grade par un dialogue avec les surveillants. De ce dialogue il résulte que le souverain G*. M.', se tient à l'Orient pour y attendre l'arrivée du soleil et l'accompagner dans ses douze maisons célestes dont les honneurs sont faits par le Grand Architecte de l'Univers lui-même, sous douze noms sacrés, tirés chacun des douze lettres du grand nom de Dieu en hébreu : Getimoaljeam.Les douze

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maisons sont partagées en quatre parties égales qui sont les quatre saisons de Tannée, qui expliquent l'utilité du travail.

Dans ce travail on doit employer les quatre éléments et les trois règnes de la nature qui, pour être utilisés convenablement, doivent être pris dans leurs vraies saisons, pour que le genre humain puisse y trouver d'immenses trésors.

Adonaï, le plus puissant nom de Dieu, met tout l'univers en mouvement ; le chevalier qui serait assez heureux pour le prononcer kabbalistiquement aurait à sa disposition les puissances qui habitent les quatre éléments et les esprits célestes ; il posséderait aussi toutes les vertus utiles à l'homme et parviendrait avec leur concours à la découverte du premier des métaux qui est le soleil, qui provient de l'alliance intime des six métaux (1) inférieurs, dont chacun contient la semence, et la fournit dans le lit nuptial.

Les six métaux inférieurs, le plomb, l'étain, le fer, le cuivre, le mercure et l'argent, sont symbolisés par Saturne, Jupiter, Vénus, Mercure et la Lune ; l'orsoleil, le premier des métaux, est placé en leur centre, bien que physiquement il ne soit point un métal, car il est tout esprit et par là incorruptible, et c'est pour ces raisons qu'il est l'emblème de la Divinité, incapable d'aucune altération.

Pour parvenir à allier les six métaux et à n'en faire qu'un seul qui ne soit point un métal, on se sert de la règle et de la balance que Salomon a laissées dans son traité précieux de ses Clavicules kabbalistiques. La Kabbale est la pratique secrète des hautes sciences ou

(1) Salive, suc gastrique, suc intestinal, bile, sang, lymphe et moelle, toutes matières condensées dans la semence.

connaissance des secrets de la nature et de la grandeur de Dieu.

Pour sa balance, Salomon se servait de 25 nombres sous-divisés de la façon suivante : 1, 2, 3, 4, 5, qui contient 25 fois l'unité ; 12 fois 2, 8 fois 3, 6 fois 4 et 5 fois 5.

Sept philosophes ont donné la clef de cette balance : Albumasaris, Pythagore, Ptolémée, Antidonis, Platon, Aristote et Hali. Chacun d'eux s'est attaché à un métal, ils en ont fait un traité et en ont donné la mesure, la règle et la balance pour les mettre en œuvre, et chaque traité est sous la domination d'un génie élémentaire. Les métaux et les génies correspondants sont: Plomb, Aratron ; Etain, Retor ; Fer, Phalech ; Or, Och ; Cuivre, Hagit ; Mercure, Aphiel, et Argent, Hali.

Pour fabriquer l'Alkaest, esprit ou dissolvant, inventé par Van Helmont, il faut commencer par travailler à l'alliance des quatre éléments simples dont tous les êtres sont composés et les trois règnes de la nature chacun dans leur saison, renfermés dans chacune des maisons du soleil en commençant par celle de Mars, parce que c'est par elle que commence l'année dans la philosophie hermétique et en astronomie. On prépare mystérieusement les trois productions de la nature avec le feu élémentaire tiré de la matière première par attraction et force centripète des mixtes, mises en digestion dans le fourneau économique allumé par les quatre vents.

Ce trésor produit des trésors immenses pour l'humanité et qui dureront autant que le monde. Il n'y a que les vrais maçons qui puissent participer au Grand Œuvre, et encore bienpeu y parviennent-ils.

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Si étrange que cela puisse nous paraître, des gens qui n'étaient pas stupides ni de mauvaise foi s'amusaient ù ce jeu étrange à la fin du xvme siècle ; le marquis de la Rochcfoucauld-Bayer(l), un des auteurs de ce rituel, était un Fort honnête homme, qui ne songea pas un instant à fronder la royauté, ni à attaquer la religion. Et cependant, depuis 1776, il était G.*. M. \ du rite écossais philosophique. En 1780, il était membre delà Candeur à l'Orient de Paris, et en 1787 député au G.-. 0.*. de Saint-Jean-d'Ecosse de l'Indulgente Amitié à l'0.\ de Barbezieux, et vénérable du Contrat social à l'0.\ de Paris ; il est vrai que, l'année suivante, il fut remplacé dans ces dernières fonctions par le comte de Gand.

Quelque singulière que soit l'initiation au grade de Rose-Croix ordinaire, celle des Réaux-Croix, autre variété du même grade, est encore plus bizarre. Dans sa correspondance avec le prince Charles de Hesse et avec le duc Ferdinand de Brunswick, Willermoz, qui avait été admis Réau-Croix par Bacon de la Chevalerie, délégué de Martines de Pasqually, définira ce grade, et une lettre de Pasqually expliquera comment on devait le conférer (2).

Pour les Réaux-Croix, l'Angleterre est bien la patrie de la f.\-m.\, et Cromwell aurait trouvé l'ancien institut des architectes d'Orient, conservé dans le palais de Whitehall, mais il l'aurait mal interprété . Cet institut avait été fondé par les F. R. A. C. X. (Fratres Roseœ et

(1) Jacques-Louis de La R.-B. (1717-1797) avait épousé, par contrat du 18 août 1750, Suzanne Poictevin du Plessis- Landry. En 1789, il habitait 110, rue de Vaugirard, et touchait une pension de 4 000 fr. en qualité de colonel réformé des grenadiers royaux du Poitou.

(2) Dans le tome II nous reviendrons sur l'histoire des Réaux- Croix. Voir, Gould, III.

aureae cruels Christ ïani) qui font remonter leur origine à un prêtre de Sérapis, nommé Ormus, qui vivait vers l'an 46, au temps où saint Marc évangélisait l'Egypte. Ormus ayant été baptisé, adapta les doctrines secrètes des Egyptiens aux enseignements du christianisme.

En l'an 151, des Esséniens et des juifs convertis et savants dans les sciences occultes, se joignirent aux Ormusiens conservateurs des mystères de Moïse, de Salomon et d'Hermès. Ces doctrines furent transformées au vie et au vne siècle et n'ont pas changé depuis En 1188, quand Jérusalem fut reprise, trois adeptes vinrent en Ecosse et perpétuèrent l'Ordre, qui ne comportait que peu d'initiés. Cromwell aurait été Réau-Croix. D'après Charles de Hesse, les R. f d'Occident ainsi que les f. \ moraves étaient sortis d'une branche de ces Réaux f , mais ils avaient des connaissances très inférieures à celles des Réaux-Croix, qui étaient infiniment sublimes.

Willermoz donne de curieux détails dans une lettre qu'il adresse au prince de Hesse, le 20 octobre 1780.

Il explique que, bien qu'ayant fait suivre sa signature du signe R. f, il n'est pas Rose-Croix, mais Réau-Croix : « J'admets, écrit-il, beaucoup des connaissances des Roses-Croix, mais leur base est toute de la nature temporelle ; ils n'opèrent que sur la matière mixte, c'est-à-dire mélangée du spirituel et du matériel ; et ont par conséquent des résultats plus apparents que ceux des Réaux-Croix, qui n'opèrent que sur le spirituel temporel et dont les résultats se présentent sous forme de hiéroglyphes. »

Dans chaque groupe de Réaux-Croix il y a un chef plus puissant que les autres. Sur toute la surface de la terre il n'y a que 7 chefs, sans compter le chef suprême. Pasqually en aurait connu un en Italie et un autre en Asie. Willermoz dit ne posséder sur tout que des con-

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naissances théoriques , son initiateur (Pasqually) l'ayant élevé rapidement et l'ayant, peu après, quitté pendant de longues années : « Il devait revenir en France pour achever mon instruction, quand il mourut. Celui que je crois son légitime successeur (le fils de Pasqually) a encore bien des années à attendre pour reconnaître les vertus qui ont été mises en lui et encore plus pour être utile aux autres, étant encore très jeune.

« J'ai été établi pour conserver le dépôt qui m'a été confié, etplusieurs, par mon ministère, ont eu des signes certains que la route que je leur traçais était sûre, et moi-même, quoique moins virtuel pour mon propre compte que je l'ai été pour autrui, j'en ai reçu quelquefois des signes si positifs, si évidents, si convainquants que je ne puis douter de la vérité des principes. »

Pour Willermoz, c'est dans l'ordre des Réaux-Croix que réside l'ordre par excellence dans toute la force du terme (Réau, puissant prêtre). Les connaissances perdues par la chute de l'homme et rendues par le Christ, auraient été perdues par les papes. Les vrais Réaux seuls ont gardé la puissance d'ordination sacerdotale du culte primitif. Ceux ainsi ordonnés s'appellent Coens.

Voyons maintenant comment on était admis parmi les Réaux-Croix. C'est Pasqually qui l'explique dans une lettre à Bacon de la Chevalerie ; nous la reproduisons textuellement, y compris les fautes d'orthographe caractéristiques.

« A Bordeaux, le 2 mai 1768.

« Je réponds T. H. T. R. M. aussi prompteraent que je le peut à la demande que vous me faites touchant le grade de Reaux croix que vous voulez donner à notre T. H. T. R. M. De Villermoz. Je ne me refuserais jamais pour que ce R. M. soit recompensé à tout égards et même avec sa-

tisfaction, personne plus que lui le mérite davantage. Vous me permettrez P. M. de vous faire les observations secrètes de notre loy abstraite a ce sujet. Vous ne devez point ignorer que nous ne jouissons en notre qualité d'hommes, d'Image et de ressemblance divine que de deux choses qui sont réellement en notre pouvoir qui sont les différents actes cérémoniaux de nos opérations qui sont au nombre de quatre auxquelles il nous est donné une seule puissance a chaque, qui font quatre puissances ce qui complette avec les quatres cérémonies le nombre infini de huit. Toutes ces choses nous sont données avec précision d'heures, de jours, de semaines, de mois, de lunes et d'années. Et que par ce moyen en suivant scrupuleusement ce qui nous est prescrit par Dieu même, nous osons nous attendre à un succès plus considérable de nos travaux que lorsque nous en sortirons.

Vous savez que je vous ai toujours dit qu'il n'était point en mon pouvoir de satisfaire entièrement l'homme a ce sujet et qu'à Dieu seul appartenait cette sublime opération.

A toutes ces choses prés, T. P. M. comment pouvoir nous promettre quelque succès en faveur du candidat que vous voulez admettre à une opération hors de son tems, un fruit prématuré est hors de saison, une opération de principe faite hors de son tems est sans fruit. Vous me repondrez à tous cela comment faire ? Je lui ai promis. Je dirai a cela tempis, vous avez mal promis, ces sortes de choses sont-elles en votre pouvoir ? Indifféremment cela ne se peut d'aucune façon si nous ne suivons scrupuleusement ce qui nous est prescrit. La précision de la cérémonie ne suffit pas seule, il faut encore une exactitude et une sainteté de vivre au chef qui mène les cercles d'adoption inllecte (sic) il lui faut donc une préparation spirituelle faite par la prière, la retraite et la moration, vous avez sçu comment je me suis comporté a Paris a cet égard. Cependant je ferai mes efforts pour abandonner mes affaires domestiques afin de me disposer a vous fortiffier dans votre opération, pour recompenser le zèle et les travaux laborieux au R. M. De Willermoz, que je crois être digne du succès que je lui désire dans cette opération, il ne dépendra pas de moi pour qu'il soit satisfait. Qu'il vous souvienne que c'est le dernier et le premier.

Vous observerez pour cette cérémonie de faire les mêmes

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cercles que je fis pour la réception du T. P. M. de Luzignem, vous attaquerez l'angle de l'Ouest comme votre chef angle. Il ne vous est point permis d'attaquer a l'Est directement, ce tens étant passé. Vous ferez toutes les mêmes cérémonies, tant en prières qu'en parfum; vous n'offrirez d'autre holocoste d'expiation que la tête d'un chevreuil mâle, que vous ferez acheter indifféremment au marché, laquelle tête sera avec sa peau velue. Vous la préparerez ainsi que l'on prépare le chevreuil avant de l'égorger. Ensuite vous dresserez trois feux nouveaux. Dans celui qui sera au nord vous mettrez la tête sans langue ni cervelle mais bien avec les yeux. Dans celui qui sera au midi vous y mettrez la cervelle. Dans celui qui sera à l'Ouest vous y mettrez la langue. Lorsque le tout brûlera le candidat jettera trois grains de sel assez gros dans chaque feu. Ensuite il passera ses mains par trois fois sur chaque flamme de chaque feu en signe de purification. Ilaurale genout droit a terre et l'autre debout et dira ensuite ce mot inéfable que vous trouverrez marqué dans l'écrit cy joint ainsi que leur nombre caractères e' hyerogliphes lesquels seront tracés devant chaque feu tequ'ils sont marqués.

« Si on ne peut avoir une tête de chevreuil, on prendra ls tête d'un agneau couverte de sa peau. Il faut absolument que sa peau soit noire sinon l'holocoste serait action de grâce et non d'expiation. Le candidat fera la cérémonie de la tête d'agneau ou de chevreuil avant tout autre cérémonie. Les cercles et l'appartement ou l'on fait l'opération, seront entièrement préparés ainsi que nous avons jadis fait. Vous aurez de l'eau comme il convient, vous commencerez votre opération le onze du courant, vous suivrez le 12 et finirez le 13 pour que vous vous rencontriez aux jours relatifs ou manquement de la saison. Par le nombre des jours que je vous fixe, vous remarquerez le nombre de confusion par y. Le nombre terrestre et corporel par -^ et par -^ puissance. Ensuite vous ferez commencer par les invocations ordinaires et conjurations entre lesquelles vous joindrez celle du commandeur d'Orient. Après les trois jours d'opérations faites, vous ramasserez soigneusement les cendres des trois feux que vous joindrez à celle que je vous ai donnée. Vous donnerez au candidat un scapulaire pareil a celui des autres R. f. Vous lui ferez faire un talisman égal aux

autres, vous assemblerez pareillement vos deux P. M. R. -jdont l'un et l'autre feront chaque jour une opération et vous ferez la dernière, il est égal qui des deux commence. Vous observerez de faire dire au candida la prière qui est a la suite des mots d'abord qu'il aura passé les mains ouvertes sur le feu de l'holocoste, vous aurez de toutes nécessité deux rechauds un peu grands pour faire consommer la langue et la cervelle, et celui qui sera sous la cheminée de la Chambre figurera le Nord, les deux réchauds figurerons le midi et l'Ouest conformément à l'ancien usage, ou Ion portait des caisses grillés pour faire les holocostes en campagne. Voilà T. P. M. tout ce que je puis faire en faveur du zèle du R. M. De Willermoz, Dieu fasse qu'il l'entende et qu'il retire de cette opération tout l'avantage et le succès qu'il mérite. J'abandonne avec plaisir mes propres affaires pour sa satisfaction ne comptant pas beaucoup sur la propagation de l'ordre par la lenteur que je lui voie. Je vous prie d'assurer le R. P. M. de Willermoz de mon sincère attachement.

« Ne faites fautes de prévenir tous les R. R. M. M. Réaux Croix de l'opération que vous allez faire a l'extraordinaire, n'importe qu'ils soient ou non avertis quinze jours d'avance comme il convient. Si vous n'agissiez point, comme je vous le dis, les R.-j- pourraient très bien vous refuser la reconnaissance du R. -}- que vous auriez fait et m'en porter leurs plaintes pour qu'il ne fut point inscrit dans mes circonférences se crettes ainsi que dans mon répertoire universel. Faites écrire par un des R. P. R. f aux T. P. M. de Champol eon, au T. P. M. de Grainville, au T. P. M. de Luzignem pour éviter toutes sortes de discution.

« Vous n'oublierez point de faire boire le calice en cérémonie après la réception et vous donnerez le pain mistique ou cimentaire a mangera votre Reaux -J* nouvellement reçu dans la même cérémonie que vous m'avez vu faire. »

On a vraiment peine à croire qu'en plein xvme siècle il y avait encore des gens se livrant à ces pratiques surannées et ridicules, surtout lorsqu'on constate que Willermoz n'était pas parmi les plus exagérés, et qu'en

l'idée maçonnique et les grades 231

dehors de la maçonnerie c'était un brave homme, un honnête commerçant et un bon père de famille.

11 est un autre rituel également intéressant, c'est celui de chevalier Kadosch, dont nous n'avons pu trouver aucun exemplaire ancien aussi explicite que ceux de Rose-Croix et de Réau-Croix que nous venons de citer. Cependant nous en avons rencontré un qui pour être moins ancien n'en est pas moins intéressant, attendu que s'il faut en croire l'auteur, le f.\ Fabien 30e. *., le texte qu'il donne est la reproduction d'un « Rituel ancien formulé à nouveau suivant la pratique moderne (1) ». Dans ce rituel il est expliqué que « dans les grades philosophiques, le maçon ne reçoit plus l'impulsion de personne. Dans la première série, il façonne les cœurs, dans la seconde il façonne les esprits ; voici que dans la troisième, il façonne les volontés » (p. 13).

Puis il explique au candidat que l'échelle maçonnique a sept échelons, qui symbolisent: la probité, l'expérience, la fermeté, la persévérance, la religion, la science, et enfin le septième échelon « est », dit-il, « celui que tu gravis maintenant en groupant les sciences et les vertus qui peuvent te rendre apte à gouverner la volonté des autres en lui faisant accepter ton autorité » (p. 16 et 17). En conséquence, les échelons descendants symbolisent : les lettres, les sciences proprement dites, les arts, l'agriculture, l'industrie, le commerce et la politique.

(1) Paris, Hugonis, près le G.*. Bibl. de l'Institut, N. S. 0.* 19 012.

L'attitude du pouvoir. — Louis XV était-il f.-m.? — Le G.*. 0/. de Bouillon. — La vieille Bru. — La M.'. L.-. Ecossaise de Marseille- — ' Le chapitre de Clermont. — Martines de Pasqually et les Elus Cohens. — St-Jean de Jérusalem et les Empereurs d'Orient et d'Occident. — La maçonnerie de perfection. — Les Chevaliers d'Orient. — Le baron de Tschoudy. — Perneti et les Illuminés d'Avignon. — Chatanier et la Nouvelle Jérusalem des illuminés théosophes. — La décadence delà maçonnerie.

Si les persécutions sont favorables aux sociétés qui les subissent, la f.\-m.\ n'aurait guère dû se développer en France, car elle ne peut sérieusement invoquer les rigueurs de l'ancien régime pour expliquer l'hostilité dont elle fera preuve contre la royauté. Nous avons signalé (chap. v, p. 164 et 173) les bénignes mesures de police prises contre des f.\-m.\ dont les réunions, contraires au règlement et quelque peu tumultueuses, avaient attiré l'attention.

Dans l'Orléanais, leurs nombreuses assemblées inquiétèrent l'administration locale, qui, en fin décompte, ne fit rien pour les disperser. Par le récit que nous allons faire de ces incidents, on pourra se rendre compte à quel point l'autorité royale était bienveillante et paternelle (1).

(1) Nous avons extrait ce récit et les documents qu'il contient d'un ouvrage sur les loges d'Orléans, que l'auteur a cru devoir retirer de la circulation.

Le 2 mai 1711, le procureur du Roi au Présidial, Leelerc de Douy, qui avait succédé eu 1710 à Legrand de Melleray, adressait au chancelier d'Agucsscau la dépêche suivante :

« Il se forme depuis quelque temps, en celte ville, une association sous le nom de francs-inuçous, et le nombre en augmente de jour en jour. Ces particuliers s'assemblent jusqu'au nombre de 30 et 40, dé différents états et conditions, et ne se retirent le plus souvent du lieu de l'assemblée que dans la nuit. Le secret inviolable qu'ils s'obligent à garder, et qu'ils observent en effet, me fait ignorer le motif de pareilles assemblées ; et, quoique je pense que le plaisir de la table en fasse le principal objet par les fréquents repas qu'ils se donnent les uns aux autres, je craindrais les suites de cette union, si l'on n'y remédiait dès sa naissance. De pareilles assemblées, quoique innocentes dans leurs commencements, peuvent devenir un jour criminelles, et toutes les lois du royaume s'accordent à les proscrire comme pouvant être préjudiciables au repos et à la tranquillité de l'Etat.»

Il demande des ordres; en conséquence le chancelier écrit à Guillaume-François Joly de Fleury, qui était alors procureur général au Parlement de Paris, le 4 mai 1743 :

« Par les différents avis qui me parviennent des provinces, je vois que le mystère ou la folie des f.\-m.\ se répand dans beaucoup d'endroits, et que c'est une maladie qui devient contagieuse. Toute association, de quelque genre qu'elle soit, est toujours dangereuse dans un Etat, et surtout quand on y mêle un secret et une apparence de religion, qui pourrait bien cacher beaucoup de libertinage. Je crois donc que vous jugerez à propos d'approfondir la vérité des faits que noire substitut explique, et de prendre les mesures nécessaires pour dissiper cette nouvelle troupe qui se forme à Orléans. »

Le procureur général demanda des éclaircissements et, le 15 mai, Leelerc de Douy lui répondit :

«...Ils forment entre eux un corps composé de gens de différents états et conditions, unis entre eux par des liens d'une confraternité réciproque, qui ne leur permet plus que

de s'appeler du nom de frères. Le noble et le roturier, l'officier et l'artisan, honteusement confondus, jouissent ensemble des mêmes avantages. La qualité d'homme qu'ils envisagent seule les uns dans les autres, qui les rend tous égaux par la nature, leur fait oublier toute distinction de rang et de naissance, et même de religion, puisqu'ils ne feraient aucun scrupule de s'associer l'hérétique, l'infidèle, l'idolâtre ; je le sais d'un f.\-m.\ étranger qui m'en est convenu, et je craindrais fort que cette association ne fut un jour préjudiciable à la religion, si elle ne l'est aussi à VEtat, puisqu'il est difficile de porter des coups à la religion, que l'Etat, par un contre-coup inévitable, ne s'en ressente aussi, et, si je ne me trompe, dans l'idée que je me fais des maximes, quoiqu'austères en apparence, qui servent, selon eux, de fondement à leur association, et qu'ils doivent s'étudier à réduire en pratique, je n'y aperçois rien que de propre à former Vhonnète homme païen ;je n'y trouve point le chrétien et le catholique. »

Après de nombreux et très exacts détails sur les réceptions et les rîtes, il termine ainsi :

« J'apprends en ce moment que les assemblées des f.\-m. . sont fréquentes, qu'elles sont portées bien avant dans la nuit et que les associés ne se retirent même le plus souvent qu'au jour. »

L'affaire n'eût pas de suite, probablement grâce à l'intervention de M. de Beauclas, substitut de Joly de Fleury et qui était f.-.-m.'..

On se borna donc le 5 juin 1744 à renouveler les défenses de

11 est singulier de constater d'autre part l'attitude des f.\-m.\ à l'égard de la personne du roi. A lire leurs panégyriques, il semblerait que ce sont eux qui lui ont donné le surnom de Bien-Aimé. Il est le meilleur, le plus grand, le plus vertueux des princes; sous son règne „ on voit renaître l'âge d'or.

Voici ce qu'on chante dans la très vénérable confrérie des francs-maçons en 1752 (1) :

Sous l'auguste Louis, dont l'amour le plus tendre Couronne les vertus, que ne doit-on attendre ? En lui l'humanité prodiguant son Trésor, Ouvre, par l'Esprit Saint, l'entrée au siècle d'or.

Dans les papiers de l'abbé Pingre, f.\~m.\ des plus militants (bibl. Sainte-Geneviève, 2484), nous trouvons des manifestations de tendresse encore plus vives. Voici ce qu'il écrit sur Louis XV, lorsque ce prince posa la première pierre de l'église Sainte-Geneviève :

Lorsque le sceptre en main Louis dicte des lois, Dans son maître un Français bénit un tendre père : Si, pour fonder un temple il prend en mains l'équerre, Dans son frère un maçon voit le plus grand des rois.

Vient ensuite une poésie latine (2) dont voici la traduction :

« O vous par qui notre Art vraiment Royal doit, après avoir dissipé les ténèbres, répandre une lumière toujours nouvelle sur la postérité la plus reculée, vivez longtemps, et que vos années multipliées soient toujours marquées au sceau du bonheur. Vivez pour vos peuples, ils ne peuvent être heureux sans vous. En affermissant les traités d'une paix désirée, vous faites fleurir toutes les sciences, les arts n'imitent pas seulement, ils surpassent la nature; le commerçant, en sûreté sous vos auspices, vole sans crainte aux extrémités de l'univers. Par vous la religion conserve toute sa splendeur; sous vos lois, Thémis rappelle tout aux poids d'une balance aussi ferme qu'équitable ; la piété et la foi osent montrer leur front auguste, une juste vengeance est le prix certain de tous les crimes. O le meilleur des rois,

(1) Morphée Franc-maçon, Jérusalem, MDCCLII, p. 91.

(2) En tête la dédicace suivante : Ludovico dilectissimo lapidem ad normam exigenti.

par qui les Français voient renaître le siècle d'or, puissiezvoils vivre heureux pendant un nombre de siècles égal à celui des canons que les maçons ont tirés en votre honneur dans toute l'étendue de l'univers, à celui des éloges que l'assemblage de toutes les vertus vous a mérités, à celui des citoyens dont la tranquillité est nécessairement liée avec la conservation du vrai Père de la Patrie. »

Peut-on conclure de ces citations que ce plus grand des rois dans lequel le maçon voit un frère, léquerre en main, était également f.\-m.\? Il est très probable que Louis XV ne fut jamais initié, mais on peut croire qu'il accepta le titre de protecteur insigne de l'ordre.

Alors que, dans toute l'étendue de l'univers, les maçons tiraient le canon en son honneur, c'est-à-dire buvaient à sa santé, peut-on accuser Louis XV d'avoir persécuté la f.\-m.\? Assurément non.

D'autre part, le grand nombre de schismes qui naquirent de 1745 à 1771, la disjonction de ces nombreux régimes, prouvent au contraire que l'ordre avait toute licence pour se développer.

Enumérons donc les plus importantes de ces petites églises.

Sans être téméraire, on peut supposer que les divers régimes jacobites sont sortis du Grand Orient de Bouillon, bien qu'on ne puisse en faire la preuve absolue.

Les ducs de Bouillon, ainsi que nous l'avons vu dans le chapitre iv, ont été, pendant tout le xvme siècle, sous l'influence directe des Stuarts. Charles-Edouard est constamment à Navarre, en Normandie, à Bouillon, dans le Luxembourg, à Sedan ou à l'hôtel Bouillon du

LE POUVOIIl ROYAL ET LA F. -M. — LES SCHISMES 237

quai Malaquais, et Ramsay, après avoir élé le précepteur du fils du duc de Bouillon, devint l'intendant du père.

Or, comme le duc de Bouillon fonda un régime spécial, et que de son côté Ramsay faisait remonter la maçonnerie à Godefroy de Bouillon, c'est-à-dire à l'époque des Croisades, on est en droit de supposer que ce rite nouveau fut l'œuvre de la collaboration de ces deux personnages. On ne sait pas exactement à quelle époque lut installé cet Orient. Ragon prétend qu'il n'existait plus en 1774, et précisément, d'après Tliory, au cours de cette année, il constituait plusieurs loges ; plus loin nous citerons une patente de cet Orient, datée de 1780.

Le siège de ce régime était à Bouillon ; le duc en était le grand maître avec le titre de Protecteur, ainsi qu'il résulte du sceau de cet Ordre autour duquel était inscrite la légende suivante : Godfredns, Deigratia, Dux Bulloniensis, Prolector. Les constitutions étaient délivrées au nom de la G.*. L.\ Royale d'Edimbourg. Parmi ses membres, tous gens de haute naissance, figuraient les Rohan. D'après un diplôme donné en 1780 (1), par la T.*. R.\ L.\ Ecoss. de St-Jean sous le titre distinctif de St-Charles de la Parfaite Harmonie, du G.'. 0.*. de Bouillon, à Jean Bagge né à Bergen (Norwège) les hauts officiers étaient : le prince Camille de Rohan, le prince de Guemené, le duc de Montbazon, Jobard, Linotte, etc.

A la fin du xvne siècle et au commencement du xvme, un Bouillon avait été en lutte ouverte avec Louis XIY. Emmanuel-Théodore de la Tour d'Auvergne, cardinal de Bouillon (2), avait, pendant la guerre

(1) Catal. Tross du 27 mars 1863, n° 68.

(2) Né à Turenne, le 24 août 1644, mort à Rome en mars 1715.

de la succession d'Espagne, entretenu des correspondances coupables avec Marlborough, Orrery, Galloway, etc., et avait dû quitter la France en 1710 ; décrété de prise de corps par le Parlement, il vit mettre le séquestre sur ses abbayes. Après avoir erré en Europe, envoyant à tous propos des mémoires justificatifs, il parvint à obtenir la restitution de ses revenus et mourut à Rome dans une profonde retraite. Depuis cette époque, les ducs de Bouillon figuraient parmi les seigneurs qui n'avaient pas pris leur parti de la suppression des grandes puissances féodales et avaient reconnu la royauté française avec une arrière-pensée et le regret d'un passé déjà lointain. Cependant, Charles-Godefroy occupa les fonctions de grand chambellan du roi Louis XV à partir de 1728 jusqu'à sa mort (1770).

Charles Godefroy avait eu deux fils.

Emmanuel-Théodore, prince souverain de Bouillon, se maria quatre fois. De son premier mariage avec une La Trémoille il eut deux fils et cinq filles ; un fils du deuxième lit mourut en bas âge ; deux filles de son troisième et de son quatrième lit épousèrent l'une le prince de Soubise, l'autre le prince de Beauvau.

Ses deux fils du premier lit, Frédéric-Maurice-Casimir, prince de Turenne, grand chambellan (1723), et Charles-Godefroy, vicomte de Turenne (1706-1771), épousèrent successivement Marie-Pauline Sobieska, et par leur femme étaient par conséquent alliés aux Stuarts, Jacques III ayant épousé une Sobieska.

Charles-Godefroy, le G.\ M.-, du G.*. 0.'. de Bouillon, était un des princes les plus titrés de France. En dehors de sa souveraineté de Bouillon, il était duc d'Albret et de Château-Thierry, comte d'Auvergne, d'Evreux et de Bas-Armagnac, baron de Montgacon, Caullac, Oliergues, seigneur de Crégny, Senis, Fres-

seins, Vawercourt, pair et grand chambellan, gouverneur et lieutenant général pour le Roi du haut et bas pays d'Auvergne, mestre de camp, et depuis 1748 grand chambellan en survivance.

De son mariage avec sa belle-sœur Marie Sobieska (1724) il eut un fils et une iille qui épousa Jules Mériadec deRohan.

Le fils Godefroy-Charles-Henri, qui lui succéda dans ses titres et dans sa G.*. M.*. (26 janvier 1728- 3 novembre 1792), mourut non pas à l'étranger, mais au château de Navarre .

C'est lui qui reconnut comme membre de sa famille Théophile - Malo Corret de Kerbeaufïret, connu plus tard comme premier grenadier de France, sous le nom de la Tour d'Auvergne (1).

Godefroy-Charles-Henri se maria deux fois : la première fois il épousa Mlle de Marsan, de la maison de Lorraine, et la seconde fois Mlle de Banastre, dont il n'eut pas d'enfants (2).

De son premier lit il eut trois fils et une fille. Les trois derniers moururent en bas âge (3).

L'aîné, Jacques-Léopold-Charles-Godefroy, qui fut le dernier duc de Bouillon (15 janvier 1746-7 février 1802), était né sans jambes et on avait dû l'élever dans un fauteuil. Le jour de son mariage avec la princesse de HesseRheinfelsRothenbourg(1766), «ondutlepor-

(1) Il était descendant illégitime de Henri de la Tour vicomte d'Auvergne, etc., et de Adèle Court.

(2; Les amours de la duchesse de Bouillon avec Maurice de Saxe, le comte de Clermont, le marquis de Sourdis, etc., sont connus.

(3) Il eut aussi de nombreux enfants naturels dont un de la grand', mère de George Sand, Marie Raniteau, dite Mme de Verrières, puis Mme de Furcy, actrice de la troupe du maréchal de Saxe. Ce fils fut connu sous le nom de Beaumont-Bouillon.

ter dans le lit de sa femme ; ce fut du reste la seule et unique fois, car il jura le lendemain qu'il ne la reverrait jamais de sa vie et tint parole (1) ».

Pendant qu'il faisait des folies pour une demoiselle Guesse, sa femme avait une liaison publique avec le prince Emmanuel de Salm-Salm, un des membres les plus militants de la loge des Neuf Sœurs

S'il mourut sans postérité légitime, il avait eu cependant un fils de Marthe Serson, dite Mme d'Aubigny, puis de Moitiers ; ce fils était mort en 1779, âgé de trois ans (2).

Le dernier duc de Bouillon resta en France pendant toute la Révolution et ne fut jamais inquiété, malgré ses titres et son immense fortune. Faut-il attribuer cette bienveillance des pouvoirs jacobins à ses infirmités ou à ses origines maçonniques ? Un membre de sa famille, Godefroy de Beaumont-Bouillon, dit le chevalier de Beaumont, abbé et avocat au Parlement (1750-1823), fut, de 1780 jusqu'à sa mort, un des membres influents de la maçonnerie.

En 1747 ou 1748, deux officiers de Charles-Edouard, sir Samuel Lockhartet Barnewal, vicomte de Kingston, fondèrent à Toulouse un régime nouveau, sous le titre d' « Ecossais fidèles », connu par la suite sous le nom de Vieille Bru (3).

(1) Il avait adopté Jacques-Léopold-Charles-Godefroy de la Tour d'Auvergne, pauvre lieutenant de vaisseau de la marine anglaise.

(2) Voir Vte Révérend, Annuaire de la noblesse.

(3) Voir, dans la seconde partie, l'historique de cette loge.

A la tète de ce régime siégeait un consistoire composé de trois chapitres, dont les membres s'appelaient menatzehims, ou chefs suprêmes. Le premier chapitre comprenait les grades d'apprenti, de compagnon, de maître et de maître d'art ; le second suivait le système templier (Ransay) ; il comprenait quatre degrés d'élus ; le troisième comprenait les initiés à la maçonnerie scientifique (kabbale, alchimie, etc.).

Le G.'. 0.*. ne voulut pas reconnaître la Vieille Bru, et plus tard, lorsque « les Ecossais fidèles » devinrent « Napoléonmagne », cette loge demanda, mais en vain, de faire dater sa fondation de 1747. L'authenticité de la patente primitive était douteuse et Napoléonmagne prit date du 27 mars 1805.

Muni de pouvoirs datés d'Edimbourg du 17 juin 1751, un Écossais entré en France à la suite de Jacques II, George de Walnon (1), fonda, le 27 août 1751, une loge à Marseille sous le titre de Saint-Jean-d'Ecosse, puis céda ses pouvoirs à un membre de cette loge, Alexandre Routier, qui les transporta à son tour, le 17 mai 1762, à la loge à laquelle il était affilié, qui prit alors le titre de Mère loge écossaise de Marseille. Cette

(1) Le 1er juillet 1751, la Perfect Lodge Scotland était dirigée par Worchester G. M ; S. Egmond, 1er G. Surv* ; G. Oston, 2e G. Surv1 ; Leicester ; Mansfield et Duvalnons. C'est peut-être de ce dernier qu'il s'agit.

Cette même année, la Grande Loge d'Ecosse avait à sa tête : James, Lord Boyd, G. M. ; colonel John Young Dép. G. M. ; John Douglas, subs1. G. M. ; James Stewart, sen- G. W. ; John Handerson of Leiston, Jun. G. W. ; Thomas Miln G. Tr. ; John Mac Dougal G- See; Robert Alison, G. Clk. Les grands stewards étaient : John Wilson ; John Oswald; John Ros ; Georges Ritchie et William Mac Lean.

loge devint rapidement la rivale de la G*. L.\ anglaise de France. Elle fonctionna avec activité jusqu'en 1793, constituant de nombreuses loges en Provence, dans le Levant et dans les colonies. Lorsqu'elle reprit ses travaux, le 10 mars 1801, elle prit le titre deM.'.L.'. écossaise de France ; ses travaux ne prirent fin qu'en

Parmi les loges fondées par la M. L. Ecossaise de Marseille figure Saint-Jean-d'Ecosse de la Vertu persécutée, constituée en 1766, à l'0.\ d'Avignon, qui prit plus tard le titre de Mère Loge Ecossaise du Comtat Venaissin ; c'est cette dernière loge qui céda ses titres à la loge de Saint-Lazare à FO.\ de Paris, qui devint Saint-Jean-d'Ecosse du Contrat social (1).

En 1752, fut fondé à Paris un régime maçonnique qui a laissé peu de traces de sa constitution et de son fonctionnement, bien que divers rites paraissent s'être inspirés de celui qu'il pratiquait.

Le Souverain Conseil Sublime Mère Loge Ecossaise du Grand Globe Français, qui modifia son titre pour devenir le Souverain Conseil Sublime Mère Loge des Excellents du Grand Globe Français, octroyait les plus hauts grades. La déclaration du duc de Luxembourg du 1er mai 1772 permet de supposer que ce frère actif en faisait partie. En 1780, le conseil des Empereurs d'Orient et d'Occident s'empara du titre sous le nom de Sublime Mère Loge Ecossaise du Grand Globe Français, Souveraine G.*. L.\ de France.

(1) Voir la liste des loges constituées par cette puissance dans l'historique des loges.

Les dissentiments qui divisaient les loges de Paris et leur mauvaise composition provoquèrent la formation d'un groupement nouveau. Un ardent partisan des Stuarts, le chevalier de Bonneville, fonda à Paris, le 24 novembre 1754, un chapitre auquel il donna le nom de Chapitre de Cleumont, du nom du G.*. M.', sous les auspices duquel il s'était placé. Les membres de ce régime, qui faisaient partie des personnages les plus distingués de la cour et de la ville, se réunissaient dans le superbe local de la Nouvelle France (faubourg Poissonnière) qui servait aussi aux réunions des Fendeurs du chevalier de Beauchaine. Ce chapitre n'eut qu'une existence éphémère, mais il acquit néanmoins une grande puissance et une haute réputation ; on y suivait le régime de Ramsay-Bouillon. C'est là que le baron de Hund reçut les hauts grades et qu'il puisa les principes de la doctrine de la Stricte Observance ; c'est lui qui transforma les chevaliers du Temple (de Salomon) en Templiers. Dans ce régime se serait fondue l'autre branche delà maçonnerie jacobite connue sous le nom de Souverain Conseil Sublime Mère Loge du Grand Globe Français, dont on ignore les actes.

On confond généralement le chevalier de Bonneville, soit avec Nicolas de Bonneville, né en 1722, et qui depuis 1779 touchait une pension de 3.000 fr. pour retraite en qualité de lieutenant-colonel du régiment de Commissaire-Général-Cavalerie, avec rang de mestre de camp, soit avec Nicolas de Bonneville, homme de lettres et libraire, auteur des Jésuites chassés de la maçonnerie brisée par les maçons et des Jésuites retrouvés dans les ténèbres (3 vol. 1788), sans remarquer que ce dernier, illuminé de Weishaupt, né en 1760, ne pouvait fonder un chapitre en 1754.

Le fondateur de ce régime était le chevalier Chris-

tophe de Bonneville, né en 1724, lieutenant en second au régiment de Royal-Roussillon (1), membre de l'Union Fraternelle à l'0.\ de ce régiment (2).

Le rite des Elus Cohens, composé en 1754 par Martines Pasqually, ne semble pas avoir une origine jacobite ,mais il fut adopté par un certain nombre de loges de ce régime. Pasqually passa sa vie à enseigner dans les loges et sociétés mystiques une espèce de religion qu'il disait tenir d'une ancienne tradition. Il voulait réunir tous ses adeptes épars dans une vaste organisation et il aurait été le grand prêtre d'une religion secrète dont les hauts titulaires étaient désignés par le titre de Réaux-Croix (3). Il affilia un grand nombre d'adhérents dans le Midi et en particulier à Avignon, à Marseille, Toulouse et Bordeaux (4). Il eut moins de succès à Paris, où il enseigna dès 1768, et où on ne parvint à former un groupement qu'en 1775. Avec Pasqually nous sommes en pleine théurgie.

D'après son traité sur la réintégration des êtres dans leurs premières propriétés, vertus et puissances spirituelles et divines, Martines était partisan d'une sorte de panthéisme mystique, affirmé et non démontré : à l'origine, tous les êtres sont contenus dans le sein de Dieu, auteur de toutes choses et dont la volonté les dirige dans cette unité, tout en les faisant émaner

(1) En 1789, touchait 550 fr. de pension en qualité d'ancien lieutenant en second au régiment de Royal-Roussillon.

(2) Le vénérable de cette loge était le capitaine comte de Moreton de Chabrillan, qui joua un rôle important dans la formation de la garde nationale parisienne, en juillet 1789.

(3) Voir chap. vl, le grade de Réaux-Croix.

(4) En février 1770, Pasqually habitait à Bordeaux chez Carvalho, juif converti, maison Poiraud, près la porte de la Monnaie. En avril 1771, il habitait Paris, hôtel des Trois-Rois, rue Montorgueil, près la Comédie-Italienne (Papus, p. 48).

par une effusion perpétuelle sous la forme de chérubins, séraphins et archanges, dont l'expansion provoqua la chute. L'homme créé est donc déchu. Dans son exil, il aspire à la réintégration et, pour cela, il doit identifier sa volonté avec celle de Dieu et, par conséquent, s'annihiler. Les purs esprits peuvent à ce prix reconquérir l'existence divine.

Mais comme, pour atteindre ce but, il faut l'intervention des esprits qui peuplent l'intermonde, on doit entrer en relation avec eux. Par gradation, on arrivera jusqu'à Dieu par la pratique d'un culte mystérieux. C'est le retour aux traditions de la Kabbale, aux sacrifices expiatoires d'animaux.

Il y a neuf degrés divisés en trois classes pour arriver jusqu'à Dieu :

lre classe: apprenti, compagnon, maître, grand élu et apprenti Cohen.

2e classe : compagnon et maître Cohen, grand architecte et chevalier commandeur, ces deux derniers degrés formant les Elus Cohens.

Enfin la classe secrète avec les Réaux-Croix.

C'est la régénération de l'homme par sa réintégration dans son innocence primitive perdue par le péché originel.

La doctrine mystique embrasse la création de l'homme, et les châtiments de son corps, de son âme et de son esprit, dont on arrivera à la réintégration par deux opérations successives :

Le postulant, monceau de boue, pour recevoir la lumière devra s'engager à ne plus toucher à l'arbre de la science du bien et du mal. Néanmoins il violera ses engagements et sera précipité dans les flammes, mais par ses remords il obtiendra le pardon de Dieu.

Dans la seconde phase, il est animé du souffle divin

et peut connaître alors les secrets les plus cachés de la nature, y compris toutes les sciences, même la Kabbale.

Le 12 décembre 1765, la G.'.L*. de France désavoua les doctrines de Pasqually et refusa de reconnaître les loges formées par lui. Néanmoins il fit quelques adhérents, et plus tard le G.*. 0.'. devait revenir sur les décisions de la G*. L.*. en reconnaissant que le rite des Elus Cohens était celui qui avait conquis le plus d'élèves et conservé avec le plus de soin le secret de ses mystérieux travaux.

Les sectateurs prirent le nom de Martinistes et furent confondus par la suite avec les adeptes de Saint-Martin, son élève le plus célèbre. Dans leurs réunions, les Elus Cohens développaient leurs vertus actives et, par des voies sensibles, on obtenait d'abord des manifestations d'ordre intellectuel puis la science des esprits, par des visions d'ordre sentimental, initiaient à la science des âmes.

« Martinez Paschalis, dit Martinès de Pasqually, et qui probablement s'appelait Martin Pascalis, juif portugais, fut le fondateur des Illuminés français, des Elus Coëns ! » Telle est la légende qui a cours sur ce personnage.

Qui a prouvé que Martin Pascalis était juif et Portugais ? Il a signé parfois Don Martinès de Pasqually. Or, Don est espagnol ; un Portugais eût signé Dom Martinès. Le nom de Pascalis n'est pas plus juif que celui de Portalis ; Pasqually et surtout de Pasqually n'a rien d'hébreu.

Au surplus, l'acte de baptême (à Sainte-Croix de Bordeaux) de son fils, reproduit par Papus, établit la catholicité de Pasqually. Dans cet acte, du 20 juin 1768, le fils est appelé Jean-Jacques-Philippe-Joacin-

Anselme de La Tour de la Case ; le père, sire Jacques- Delivon-Joacin La Tour de la Case, Don Martines de Pasqually, et la mère dame Marguerite-Angélique de Colas de Saint-Michel. Pasqually se serait marié à Bordeaux, en septembre 1767, avec Mlle de Colas, fille du major du régiment de Foix.

En 1769, lors de son procès contre Bonnichon (dit du Guers), Pascalis prouva sa catholicité.

D'autre part, M. Franz von Baader prétend que Pascalis est né à Grenoble, paroisse Saint-Hugues (Notre-Dame), en 1715, et que c'était un simple ouvrier en voiture.

Pascalis n'est pas né à Grenoble, ni paroisse Saint- Hugues, ni paroisse Saint-Louis, ni paroisse Saint- Laurent, ni paroisse Saint- Joseph.

J'ai tout lieu de croire cependant qu'il est originaire d'une famille de Grenoble et qu'il est fils de Jean- Pierre Pascalis, maître écrivain, professeur de langue latine, et de Madeleine d'Alençon. De ce mariage sont nés :

1° Madeleine, baptisée le 4 avril 1711 à Saint- Hugues ;

2° Françoise, baptisée le 2 décembre 1712 à la même paroisse;

3° Marie, baptisée le 5 juin 1721 à Saint-Louis ;

4° Félix, né en 1724 à Saint-Hugues, mort le 3 juin

On peut supposer que celui qui nous occupe est né en 1715 dans les environs de Grenoble, et que son nom est tout simplement Martin Pascalis.

Pasqually, puisque tel est le nom qu'il adopta, s'embarqua pour Saint-Domingue à Bordeaux le 5 mai 1772. Il avait, paraît-il, entrepris ce voyage pour recueillir une succession. Il mourut à Port-au-Prince

le mardi 20 septembre 1774, laissant un fils qui faisait ses études au collège de Lescar, près de Pau (1). Avant de mourir, il désigna pour son successeur son cousin Armand-Robert Caignet de Lestère, commissaire général de la marine à Port-au-Prince depuis

Parmi les disciples de Pasqually, un grand nombre parvinrent à la célébrité :

Paul-Henry Thury, baron d'Holbach (1723-1789), le fameux auteur du Système de la nature ;

Duchanteau ^Touzay) , hébraïsant et kabaliste, auteur d'un Calendrier magique, convoqué aux convents de Paris de 1785 et 1787, qui mourut des suites d'une expérience alchimique faite dans la loge des Amis réunis de Paris. Je ne sais si Duchanteau est le même personnage que Touzé, vénérable le 28 mai 1777 de la loge Saint-Nicolas de la Parfaite Union à l'Orient de Paris, en 1778 secrétaire de la Chambre de Paris de la G.*. L.\, ou que Touzet, procureur au Ghâtelet, cloître Saint-Merry, en 1776 membre de l'Etoile Polaire à l'0.\ de Paris, et en 1774 et 1787 député de la Réunion des Etrangers 0.\ de Moscou;

Pierre-André de Grainville, créole de l'ile-Bourbon, capitaine au régiment de Foix (1767-8) et chef de bataillon au régiment de Boulonnais, chevalier de Saint- Louis, chevalier Grand Profès de la Stricte Observance, le 26 mars 1785, sous le nom d'Equesa Cruce stellata, commis voyageur très actif de ce régime en Bretagne, convoqué aux convents de Paris de 1785 et 1787.

L'abbé Fournier, auteur d'un ouvrage mystique publié à Londres en 1791 : Ce que nous avons été, ce

(1) Dans un brevet du 29 février 1804 de la Parfaite Réunion à l'Orient de Paris figure la signature d'un Pascali.

que nous sommes et ce que nous serons; nous retrouverons l'abbé Fournier à La Haye en 1811, parmi les Illuminés les plus actifs. C'est probablement Dom Achille Fournier, auteur de Y Histoire de l'homme considéré dans ses mœurs et dans sa vie privée, Paris, Leclerc, 1779, 3 vol. in-12 ;

Jacques Cazotte (1720-1792), le célèbre auteur du Diable amoureux, visionnaire convaincu, qui devait mourir guillotiné à la suite d'une condamnation inexplicable ;

Le comte puis marquis Gabriel de Bèrnège, qu'on appellera tantôt Berney, tantôt Lerney ou Lernay, major au service du roi de Sardaigne, qui en 1758 introduisit dans la loge des Trois Globes à l'0.\ de Berlin les grades du Conseil des empereurs d'Orient et d'Occident, membre très actif de la Stricte Observance, où il remplissait les fonctions de grand maître provincial de la vme province sous le nom d'Eques a Turre aurea ;

Saint-Amand, probablement le même personnage que Jean-Florimond Boudon de Saint-Amans (1748- 1831), l'ancien correspondant du Musée de Paris à Agen, membre de diverses académies, en 1809 orateur des Admirateurs de l'Univers à l'0.\ de Paris, naturaliste, archéologue, historien, littérateur et agronome ;

D'Hauterive, dont nous n'avons pu déterminer la personnalité civile ;

Bacon de la Chevalerie, Saint-Martin Willermoz, de Luzignem, de Loos, etc., sur lesquels nous aurons à revenir longuement.

Le 4 juillet 1755, des statuts, scellés du sceau mysté-

rieux du livre rouge avec des fils d'or et d'azur, étaient dressés par la R.\ L.\ de Saint-Jean de Jérusalem à l'0.\ de Paris, gouvernée par le comte de Clermont, G.*. M.*, de toutes les loges régulières de France. Ces statuts, en 44 articles, devaient servir de règlement à toutes les loges de France ; ils proclamaient la suprématie des grades écossais, en indiquant l'origine jacobite de ce régime, établissant ainsi son hostilité avec la G.*. L.\ anglaise de France qui ne reconnaissait pas ces grades (1).

C'est de cette loge que faisaient partie les fondateurs du Conseil des Empereurs d'Orient et d'Occident.

La loge de Saint-Jean de Jérusalem semble être entrée en sommeil au moment de la formation du G.*. 0.'., la plupart des membres du Conseil des Empereurs étant entrés dans la combinaison du duc de Luxembourg. Mais la G.*. L.\ dissidente la reconstitua le 3 janvier 1779. Elle eut, depuis cette époque jusqu'en 1813, pour vénérable le f.\ Jeanty, négociant, 14, rue Poissonnière (2).

Cette loge rentra, sous l'Empire, dans la juridiction du G.-. 0.-.

Le Conseil des Empereurs d'Orient et d'Occident fut un des régimes maçonniques les plus importants. Ce chapitre de hauts grades formé à Paris, en 1758, constituait loges, chapitres et collèges. Les membres prenaient les noms les plus pompeux :

(1) Nous nous rangeons, sur ce point, à lavis de Daruty, contre Kloss et Findel,qui attribuent ces règlements à la G.-. L". anglaise de France. C'est à tort que Thory attribue la fondation du Conseil des Empereurs à la grande loge du rite ancien et accepté de Londres.

(2) En 1784, Jeanty était également membre de Saint -Pierre de la Fidélité des Amis réunis à l'O. de Paris.

Souverains Princes maçons ;

Substitut général de l'Art royal ;

Grands surveillants ;

Olïiciers de la grande et souveraine loge de Saint- Jean de Jérusalem.

Ce Conseil aurait été fondé par un sieur de Saint- Gelaire, qui avait déjà introduit en France, en 1757, l'ordre des Noachites ou chevaliers prussiens ; Saint- Gelaire prenait le titre d'Inspecteur général des loges prussiennes.

Pendant que la G.*, et S.'. L.\ de Saint-Jean de Jérusalem constituait par toute la France des loges de Perfection, le Conseil des Empereurs créait collèges et chapitres, et en particulier le collège de Valois et en 1759, à Bordeaux, un Souverain Grand Consistoire des Sublimes Princes du Royal Secret (1), qui constitua à son tour plusieurs ateliers.

Malgré l'opposition de la G.\ L.*., plusieurs de ses membres se font affilier au Conseil des Empereurs : Chaillon de Jonville, le prince Camille de Rohan, Daubertin (2), etc.

Le Conseil publie, en 1762, une liste des 25 degrés

(1) Voy. chap. v, Beauchaine et Etienne Morin.

(2) Joseph-Alphonse Daubertin, rue de la Madeleine (Boissy d'Anglas), vis-à-vis le marché d'Aguesseau, conseiller du roi, greffier, commissaire en chef du Conseil d'Etat privé, caissier de l'artillerie et du génie. En 1761, G.'. Secret, de laG.'. L.*. et du Sup. Conseil des Princes parfaits maçons en France, vénérable maître de Saint-Alphonse O*. Paris, banni de la G*. L.\ en 1765 ; rentré en grâce en 1771, fut un des signataires de l'acte d'union du 17 septembre 1772 entre la G'. L.-. et le Conseil des Empereurs ; 2e et 1er surveillant de la Chambre d'administration du G.-. O.-. (1773- 4); secrétaire général de cette Chambre 1 1774-1784). En 1776 député au G.*. O.'. de la Parfaite Amitié O.'. d'Auxonne; de la Parfaite Fraternité O.'. du Croisic; de la G'. L.-. Provinciale de la Concorde et de la Parfaite Amitié O.'. de Dijon.

qu'il conférait alors, et, le 22 septembre de la même année, le Grand Consistoire des Princes du Royal Secret adopte à Bordeaux les règlements et constitutions de la Maçonnerie de Perfection ; ce document fut ratifié à Berlin le 25 octobre suivant.

Dans ce rite de Perfection dit aussi d'Hérodom, les 25 degrés étaient divisés en sept classes, et pour passer d'un grade à un autre, il fallait avoir un nombre de mois déterminé de chaque grade. Pour passer d'apprenti à T.*. 111.'. Souv.*. Prince de la Maçonnerie, grand Chev. *. Subi.', commandeur du Royal Secret, il fallait le nombre mystérieux de 81 mois. A l'expiration de ce délai, le maçon cueillait la Rose mystique (secret templier).

Ce sont ces règlements qui furent appelés « Les Grandes Constitutions de 1762 ». Comme ils ne furent connus en France que lors de la réintroduction du rite écossais en France par le comte de Grasse-Tilly, leur authenticité est très discutable, et elle a été du reste très discutée par les historiens défenseurs du G.*. 0.'. ennemis de l'écossisme, et en particulier par Ragon.

En 1762 se produisit une scission dans le Conseil des Empereurs, un nouveau conseil se forma sous le nom de Chevaliers d'Orient. Mais à la fin de 1779 les deux fractions se réunirent et formèrent le Conseil Suprême des Princes Maçons dont les hauts dignitaires prenaient le titre de Grands Inspecteurs généraux.

A la tête des mécontents était le frère Pirlet, tailleur d'habits et vénérable de la Trinité à l'0.\ de Paris.

Le baron de Tschoudy était l'auteur de leurs rituels. D'après le nouveau Conseil, l'initiation maçonnique remontait aux Egyptiens ; le rite, composé de quinze grades, s'arrêtait à celui de chevalier d'Orient ou de l'Epée.

En 1766, le baron de Tschoudy adresse une circulaire aux ff/.-m.*. français, pour protester contre la filiation templière, et il se sépare pendant deux ans de ce régime, pour fonder l'Ordre de l'Etoile Flamboyante sur laquelle nous reviendrons plus loin.

A bout de ressources, le 22 janvier 1780, les membres du Conseil Suprême réunirent à leur régime l'ancien Grand Globe Français qui était en décadence, et la réunion de ces trois groupes forma la Sublime Mère Loge Ecossaise du Grand Globe Français, souveraine G \ L.\ de France. Malgré ces efforts, les trois régimes périclitaient et en étaient réduits à proposer par souscription les grades maçonniques à raison de 6 livres par livraison. Plus tard tous ces débris joindront leurs infortunes à des groupes que le G.'.O.'. avait délaissés et formeront le Grand Chapitre général de France (1782).

C'est encore à la suite de mécontentements et de discussions au sein du Conseil des Empereurs que se forma un régime nouveau, celui de I'Etoile Flamboyante, dont le fondateur était le baron Théodore- Henry de Tschoudy, sur lequel nous nous arrêterons, par suite de l'incertitude des historiens sur sa personne civile.

Les Tschoudy appartenaient à une famille parlementaire, originaire de Suisse et établie à Metz depuis le commencement du xvie siècle.

On a confondu Théodore-Henry avec son cousin et beau-frère Jean-Baptiste-Louis-Théodore, né à Metz le 15 août 1734 et mort dans la même ville le 7 mars 1784. Capitaine au régiment de Jenner, chevalier de Saint-Louis, à la mort de son père Claude-Henry, il avait été bailli de Metz et chef de la noblesse messine. A la fin de sa vie, il s'occupa de littérature et d'histoire naturelle. Son fils Jean-Joseph-Charles Richard a été également confondu avec Théodore-Henry. Né à Metz le 3 avril 1764, il mourut le 14 août 1822. Ancien officier général, il était correspondant de la Société royale et centrale d'agriculture de Paris.

La vie de Théodore-Henry fut plus compliquée que celle de ses proches.

Né à Metz le 21 août 1727, fils d'un conseiller d'honneur au Parlement, il débuta dans la carrière paternelle, mais pendant fort peu de temps, son humeur vagabonde l'entraînant dans de multiples aventures. En 1752, Théodore-Henry, après avoir publié à la Haye, contre la bulle de Benoît XIV, les Etrennes au Pape ou les f.\-m.\ vengés, se rend à Rome, sous le nom de chevalier de Lucy, où il publie le Vatican vengé, apologie ironique, ou Lettre d'un père à son fils. A la suite de la publication de ce pamphlet, il dut quitter Rome, et se réfugia en Russie. Sans ressources, il s'engagea dans la troupe des comédiens français de la tzarine Elisabeth, puis devint secrétaire particulier du comte Ivan Schouvaloff, sous le nom de comte de Petlange. C'est sous ce nom qu'en 1755 il publia le Caméléon littéraire. Il abandonna ce journal pour remplir les fonctions de secrétaire de l'Académie de Moscou, et enfin celles de gouverneur des pages de la Cour.

Pendant qu'il était auprès du comte Schouvaloff,

commettant un véritable abus de confiance, il avait livré à ce ministre une lettre chiffrée, qu'un agent diplomatique nommé Meissonnier l'avait chargé de mettre à la poste à l'adresse de Durand, ministre du roi de France à Varsovie, ce qui avait provoqué l'arrestation de Meissonnier.

Obligé de quitter la Russie, Tschoudy eut l'imprudence de se rendre à Paris. A peine arrivé, il fut enfermé à la Bastille le 16 mai 1756, sur ordre de d'Aguesseau, et il y resta jusqu'au 2 août suivant, la cour de Russie, sur la demande de sa mère, étant intervenue en sa faveur. Il se lance alors exclusivement dans la maçonnerie messine. Le 5 mars 1764, il préside la loge Saint-Etienne à l'O.'. de Metz ; mais, en 1765, il donne sa démission et vient se fixer à Paris, où il se fait affilier au Conseil des Chevaliers d'Orient.

En 1766, il fonde l'Ordre de l'Étoile Flamboyante composé de grades chevaleresques, remontant aux Croisades d'après le système templier. C'était un retour au système de Ramsay, mais perfectionné par l'expérience, s'il faut l'en croire. D'après lui, la f.\-m.\ aurait été fondée par Pierre l'Ermite. Son système aurait été emprunté à l'ordre de la Palestine, qui existait, dit-on, à Paris du temps de Ramsay. Tschoudy, dans son Etoile Flamboyante ou la société des f.\-m.'. considérés sous tous les aspects, réduit les grades à cinq : Apprenti, Compagnon, Rose-Croix, Grand écossais de la voûte sacrée de Jacques VI et Grand Écossais de Saint-André d'Ecosse, supprimant le grade de maître, sous prétexte qu'il aurait été inventé uniquement en souvenir de la mort de Charles Ier.

Tschoudy mourut en 1769, laissant un manuscrit inédit qui ne fut publié qu'en 1787 : Recueil précieux de la maçonnerie adonhiramite, dans lequel il préconi-

256 LA FRAXC-MACOXXERIE EX FRANCE

sait un système de treize grades comprenant le grade de maître et ayant pour grade suprême le noachite ou chevalier prussien.

Un brevet donné à l'abbé Pingre le 25 août 1766 (Bibl. Sainte-Geneviève, Mist. 3031), en nous faisant entrevoir l'organisation de Tschoudy, nous donne la liste de ses adhérents.

Nous Sérénissime Lord maître grand corar. duchap.*. T.*. 111.". de la Palestine, Mtie de la L. S E. de Metz, assisté de quelques-uns des officiers du 4. f. R. collège fondateur St-André St-Théodore y établis et de tous les 4. f. R. collège St-Pierre et de France, par nous exigés en cet Orient, Certifions que notre T.*. C.\ F.'. Alexandre Guy de Pingre a été par nous reçu chev. de St-André d'Ecosse et admis au complément de l'Art Royal, en sa qualité d'apprenti, compagnon et maître, comme tel imbu de toutes les connaissances de l'ordre et de droit constitué l'un des chefs d'iceluy. Le recommandons à l'amitié et bon accueil de tous nos collèges correspondants. Sa signature étant en marge pour la vérification des présentes. Enfoy de quoi les lui avoir fait expédier signées de nous, contresignées par le com. au bureau, scellé du sceau du 4 f. R. collège fondateur et de celui de S.'. L.". M. \ pour par ledit frère jouir de tous les honneurs, prérogatives et privilèges attachés à sa dignité. Donné à l'Orient de Paris le 25 août 1766.

F.*. Théodore Henry, baron de Tschoudy, G. Cmr. de la Palestine S.-. L.'. M.', du Col.'., M.', de la L.*. P. . E.\, Ch.\ de Tordre du Christ.

Moët, L S. M. du collège Ec.\ de St-Pierre; Puisieux ; Cretot ; Garrou ; Martin ; Saget ; Loreau; Caseuilh jeune ; Caseuilh aîné ; Paulinier ; Ledin ; Joubert de la Bourdinière ; Loisel ; Maheu ; De Fosseux; Colson ; Zambault, G. des Sceaux. — Par mandement: Fouvier, chev. de Palestine.

Antoine-Joseph Perneti naquit à Roanne le 13 février 1716. Il était le neveu du chanoine de Lyon Jacques

D^tv

Perncti, littérateur (mort en 1777!, et oncle de Joseph- Marie Perneti, qui fut baron du premier empire, général de division, pair de France et sénateur du second empire (1766-1856).

D'après le père du général Thiébault, « Perneti avait un caractère de modération et de bonhomie tel qu'il ne se brouillait jamais avec personne, que même il obligeait, quand il le pouvait, et qu'il était d'une complaisance précieuse dans la société. Il croyait à la kabbale, aux revenants, aux sortilèges, etc. ; mais, malgré ce ridicule, tout le monde l'aimait ». Entré jeune dans les ordres, il prononce ses vœux comme bénédictin de Saint-Maur, à Saint-Germain-des-Prés. La première œuvre qui soit restée de lui est un Manuel bénédictin de 1754. Il s'occupa ensuite de beaux-arts et, en 1757, publia un Dictionnaire portatif de peinture.

Sous l'influence des doctrines de Pasqually, il s'adonne à la Kabbale et, en 1758, fait paraître son Dictionnaire mytho-hermétique et les Fables Egyptiennes et Grecques dévoilées. Persuadé qu'Homère avait appris l'alchimie en Egypte, il ne voit dans Ylliade que des leçons allégoriques sur cet art, et dans Y Odyssée, qu'une peinture des erreurs où tombent les adeptes avant de parvenir à la connaissance du grand œuvre. Puis il abandonne provisoirement l'alchimie, part en qualité d'aumônier en 1763 avec Bougainville pour l'expédition des Iles Malouines et publie le récit de son voyage. Rentré à Saint-Germain-des-Prés, la vie monastique lui paraît lourde et il est un des vingt-huit religieux de ce couvent qui, le 15 juin 1765, demandent l'abolition de la règle. Il se rétracte avec ses collègues, le 11 juillet suivant, mais sans changer d'avis. Peu après, il jette le froc aux orties et se rend, en 1765, à Avignon, où il organise, en 1766, le régime des Illuminés d'Avignon et crée le

grade de Chevalier du Soleil ; plus tard, l'Académie des vrais maçons ou Académie des sages, qui se fonde à Montpellier, s'occupe sous le régime de Perneti de science hermétique et porte le nombre des grades à six :

1° Le Vrai Maçon ;

2° Le Vrai Maçon dans la Voie droite ;

3° Le Chevalier de la Clef d'or ;

4° Le Chevalier de l'Iris ;

5° Le Chevalier des Argonautes ;

6° Le Chevalier de la Toison d'or.

Obligé de quitter Avignon, Perneti se rend en Prusse, où Frédéric II, qui l'a confondu avec son oncle Jacques, le nomme, en 1767, conservateur de la bibliothèque de Berlin et membre de l'Académie Royale de cette ville avec 1.200 rixdales d'appointements. Peu après, il reçoit le bénéfice de l'abbaye de Burgel, en Thuringe. Il remplit ces diverses fonctions jusqu'en 1782 ; sa traduction des merveilles du Ciel et de YEnfer, de Swedenborg, lui fit perdre la faveur de Frédéric, et il rentra en France en 1783.

Il était resté en relations avec ses adeptes d'Avignon, où il revint probablement à plusieurs reprises, car, d'après Clavel, ce fut lui qui fonda en 1770 la G.*. L.\ Ecossaise du Comtat Venaissin. D'après un manuscrit conservé à la bibliothèque d'Avignon (n° 3090), de 1779 à 1785, Perneti était en relations avec de nombreux Illuminés : le comte Grabianca, grand seigneur polonais et sa femme ; Annette et Tècle Grabianca ; la comtesse Stadnisca ; le comte Tarnovski ; le comte Ronikier; Borelli ; Catherine Baley ; Morinval ; Louis- Joseph-Bernard-Philibert de Morveau dit Brumore ; M1U Bruchié ; le prince Henri de Prusse ; Perneti Cadet ; de Servières ;"Blainville ; Bouge ; de la Richardière, etc.

En 1774 et 1775 existait encore une loge irrégulière (d'après le G.*. 0.'.), sous le titre de Saint-Jean des sectateurs de la vertu, qui pratiquait le régime de Perneti. Cette loge avait pour vénérable un Sr de Saint-Léger, qui sollicita sa régularisation auprès delà G..\L.\ par l'intermédiaire de son député François Martin de la Noue, avocat au Parlement. Cette régularisation fut refusée, sur l'opposition de Fon vielle.

Il semble que cette loge se soit fondue avec Saint- Jean d'Ecosse de la vertu persécutée, instituée par Saint-Jean d'Ecosse à l'0.\ de Marseille le 17 août 1774. D'après la Chaîne d'union (IV, 417), cette loge existait dès 1742 comme mère loge, mais tous les papiers la concernant auraient été saisis par le grand inquisiteur Mabile, qui fit poursuivre ses membres.

En décembre 1775, de Leutre demanda au G. * . 0 . \ de reviser les titres de cette loge, dont on trouvait l'antiquité exagérée, attendu qu'elle ne put produire les diplômes qu'elle tenait, disait-elle, du comte de Clermont et que son vénérable, Saint-Léger, remit des titres provenant d'une puissance maçonnique inconnue ou méconnue du G.'. 0.*.

Parmi ses membres figuraient : Pierre Joseph d'Aulps, marquis de Blacas ; Guignet de Bassinet ; Charles-Michel-Jean-Louis-Toussaint, marquis d'Aigrefeuille (1); Dom Bolindreau, DomChabrier et Dom Bequar, bénédictins ; de Bassinet d'Augard, chanoine ; Baron d'Astier, ami de J.-J. Rousseau ; de

(1) Chevalier de Malte, procureur général à la chambre des comptes et cour des aydes de Montpellier, administrateur du dépôt littéraire, président du chapitre des hauts grades philosophiques.

En 1806 membre du Choix (H. D. M. de Kg.), vénérable d'honneur du Phénix 0.\ de Paris, G. off. honoraire du G.'. O.'. (1745- 1818).

Leutre (1) ; de Falque (2); d'Aymé; de Fonviellc ; Bertholier, prêtre ; Nalives de Saint-Cyr (orateur en 1788).

Cette loge en constitua plusieurs :

La Parfaite Union à l'0.\ de Villeneuve, le 7 octobre 1781 ; Saint-Charles du triomphe de la Parfaite Harmonie à l'0.\ de Paris, le 19 mai 1782 ; la Vraie Sagesse à l'O.*. de Montpellier, le 27 avril 1773.

Lors de son retour à Paris en 1783, Perneti eut des démêlés avec l'archevêque, qui voulait le faire réintégrer son couvent. Il se retira chez son jeune frère, directeur des fermes à Valence, et de là se rendit à Avignon, où il fit encore du prosélytisme maçonnique. En 1787, il avait une centaine d affiliés qui se réunissaient à sa maison de campagne, appelée le Thabor, près de Bédarrides. En 1790, il publia à Paris : Les vertus, le pouvoir, la clémence et la gloire de Marie, mère de Dieu, Arrêté en 1793, il est sauvé par le 9 thermidor. Il se retire de nouveau à Valence, où il continue ses recherches

(1) Bourgeois de Paris, l'un des fondateurs de la M.*. L.\ du rite écossais philosophique dans laquelle il a rempli les fonctions de secrétaire (1779), maître parfait Ecossais (1784), député des Amateurs de la sagesse 0.\ Marseille (1787). Poursuivi en 1793 comme membre du Contrat social, il dut s'expatrier et mourut à Hambourg, d'après Daruty. Cependant, nous trouvons en 1812 de Leutre père membre non résident de la Mère Loge Ecossaise. Son fils, Joseph-Antoine-François, négociant à Lyon, en 1806 était membre non résident du Choix 0.\ de Paris, sous le nom de R-p-t., et en 1812 grand inspecteur non résident de la M.*. L." . Ecossaise.

(2) Peut-être est-ce Ernest-Frédéric -Hector Falcke, conseiller et bourgmestre à Hanovre, reçu profès de la Stricte Observance le 1er novembre 1782, sous le nom de Eques a Rostro, par Ferdinand, duc de Brunswick Lunebourg. Falcke aurait fait partie des Illuminés de Bavière sous le nom d'Epéménidès ; nous signalons pour mémoire un Falck-Schek, grand rabbin qui en Angleterre aurait donné au G*. M.-, le duc de Chartres un talisman en lapis-lazuli qui devait conduire ce prince au trône et que MI11C de Lacroix brisa par exorcisme sur sa poitrine.

sur la pierre philosophaleetl'élixir de longue vie. C'est dans cette ville qu'il mourut en 1801, persuadé, jusqu'à sa dernière heure, qu'il avait trouvé le moyen de prolonger son existence de plusieurs siècles.

En 1767, un maçon français, le chirurgien Benedict Chatanier, essaya vainement de fonder à Paris une société secrète, dans le but de propager le système de la Nouvelle Jérusalem de Swedenborg, sous le nom d'iLLUminés théosophes; il se disait théosophe chrétien. A la suite de son insuccès, bien qu'il fût membre delaGr.\ L.\ de France et vénérable de Socrate de la Parfaite Union à l'0.\ de Paris, il alla pratiquer son système à Londres, où il réussit. Son rite comprenait six degrés :

1° Apprenti Théosophe ;

2° Compagnon Théosophe ;

3° Maître Théosophe ;

4° Ecossais sublime ou Théosophe illuminé de la Jérusalem céleste ;

5° Frère Bleu ;

6° Frère Rouge.

On a pu se convaincre par l'étude que nous venons de faire de tous ces schismes que la maçonnerie française était très divisée, et encore n'avons-nous énuméré que les principaux, ceux ayant cours à Paris et dans quelques grandes villes.

A la vérité, leur nombre était beaucoup plus considérable, si l'on compte les schismes locaux qui

étaient presque aussi nombreux que les loges. Nous aurons l'occasion d'y revenir, lorsque nous ferons l'historique des ateliers et chapitres de province.

Jusqu'en 1771, nous ne voyons donc qu'un nombre infime de loges d'origine anglaise ou vraiment écossaise, et ces dernières ne sont-elles encore que des loges anglaises constituées par l'intermédiaire d'une loge d'Ecosse, elle-même sous l'obédience de la grande loge de Londres.

En France, deux courants se sont dessinés : le courant jacobite, le plus nombreux, et le courant alchimique, qui prendra par la suite plus d'importance au fur et à mesure que la politique jacobite n'aura plus déraison d'être, ni de but possible, même pour les gens enclins aux illusions les plus excessives.

La Grande Loge de France, ou mieux la G \ L.\ de Paris, est divisée en deux confraternités qui se poursuivent de leurs invectives et même de leurs coups. Nommées exclusivement par des maîtres de loges parisiens, elles n'ont qu'une autorité illusoire sur les loges de province. Les luttes byzantines des plus hautes autorités maçonniques de France semblent présager la fin d'une organisation religieuse, philosophique et sociale qui n'a aucune raison d'être. La vraie f.*.-m.\, la f.\-m.\ anglaise, n'avait pas pu s'acclimater dans notre pays.

Dans notre prochain volume, nous verrons comment et sous quelles influences le duc de Luxembourg inconscient réorganisa laf.*.-m.\ française, en s'inspirant exclusivement de la f.\-m.\ anglaise. Nous constaterons comment, en la groupant et en l'unifiant, il en fera le redoutable engin de destruction de l'ancienne France.

Leurs causes et leur but. — Les locaux : Les tenues privées. — La Grande Loge. — Le Grand Orient ; ses pérégrinations. — Les locaux parisiens. — Les faux noms des loges. — Les hiéroglyphes. — Les ères maçonniques. — Les mots secrets. — Les signatures. — Le langage conventionnel.

La F.\-m.\ s'est plu, dès le début de son organisation, à entourer les réunions de ses membres d'une série de petits mystères qui devaient frapper l'imagination des profanes et leur faire croire que, pour cacher avec autant de soin ce qui se passait dans ses assemblées, elle devait posséder un terrible secret : emploi de mots bizarres et de sens incompréhensible, signes et attouchements spéciaux, noms de loges dénaturés, correspondance par lettres chiffrées, costumes et bijoux singuliers, almanachs surannés.

Sans parler du prestige qu'elles leur donnaient auprès du public profane et des menus initiés, toutes ces fantasmagories enfantines, pour ridicules qu'elles nous paraissent, avaient, à tout prendre, leur côté pratique : elles donnaient de l'importance au serment du silence imposé aux adeptes, et assuraient pratiquement la sécurité des réunions. Ces petits mystères, inutiles en apparence, amusaient ceux qui les pratiquaient; beaucoup les prenaient même très au sérieux; ils faisaient partie de l'exercice du culte. Pour la plupart des f.\-m.\ du

xvinc siècle, ils constituaient la maçonnerie, et c'est là leur excuse. Nous verrons même les plus notoires d'entre eux discuter gravement pour savoir si l'on peut oser remplacer le mot des apprentis : Tubalcaïn, par le mot Thaleg, sous prétexte que Tubalcaïn était le père de la métallurgie et que les métaux étaient enlevés aux candidats à l'apprentissage. Pour les maçons latomisés, ces menues choses ont autant d'importance que l'origine des êtres, les merveilles de la nature, les phénomènes de la génération, les destinées de l'humanité et l'existence de Dieu. Ils s'acharnent, dans des combats homériques, à propos de procédés d'initiation, et, au nom de la fraternité, échangent des paroles aigresdouces, de très hypocrites insinuations, et même de fort vilaines accusations.

Voyons donc en quoi consistaient ces menus mystères.

Parcourons d'abord les locaux où on les mettait en pratique.

les locaux

Nous n'avons pu trouver aucun document positif sur le local dans lequel avaient lieu les tenues de la Grande Loge de France (1). Selon l'usage presque constant à cette époque, les réunions importantes devaient avoir lieu chez le substitut du G.*. M.*, ou chez un grand dignitaire. L'adresse officielle pour la correspondance était le bureau du Secrétaire, chez le Grand Garde des Sceaux et Archives. Nous pouvons

(1) Dans ce chapitre nous étudierons l'histoire de la f.\-m.\ jusqu'en 1815, afin de ne plus avoir à revenir sur ce côté épisodique de notre travail.

donc suppposer qu'avant 1771 la G.*. L.\ de France avait son local ordinaire chez Brest de la Chaussée, c'està-dire hôtel de Charras, rue de la Sourdière. Les dissidents (les frères bannis) siégeaient rue St-Antoine, avant 1773, et rue d'Argenteuil, chez Diavant, après 1775.

Lorsque le G.*. 0.*. se forma, ses membres se réunirent quelquefois chez le duc d'Orléans, mais le plus souvent les assemblées avaient lieu, soit chez le duc de Luxembourg, soit dans des établissements publics ; une d'elles fut convoquée au local de la loge des Amis réunis, dont j'ignore l'emplacement à cette époque.

D'après des gravures du xviii6 siècle, dédiées à Travenol, auteur du Catéchisme des Francs-Maçons, les loges ne procédaient pas à leurs tenues dans des locaux ayant une architecture intérieure spéciale ; on étalait simplement par terre la figuration d'une loge peinte sur une toile ; on raconte même que le chevalier de Beauchaine se contentait de dessiner à la craie sur le parquet lès emblèmes nécessaires aux tenues (1). Néanmoins, d'après les descriptions des assemblées, on devait disposer d'une façon particulière les meubles, tables, bancs, chaises et fauteuils, suivant le grade des officiers qui devaient les occuper. Il y avait aussi un grand luxe de lumières. L'organisation d'une tenue nécessitait tout un appareil spécial difficilement transportable.

Les assemblées de loges ordinaires avaient lieu chez le Vénérable Maître, qui fournissait local, vivres et rafraîchissements, et c'est peut-être pour cette cause

(1) L'abbé Perau, dans le Secret des francs-maçons (1744), p. 65 et 87, fait observer <r qu'au milieu de la chambre de réception il y a un grand espace sur lequel on crayonne deux colonnes », et que les figures nécessaires à la réception sont également crayonnées sur le plancher de la salle.

que, dans beaucoup de cas, les Vénérables Maîtres étaient limonadiers ou traiteurs. Il était certes des accommodements avec le Grand Architecte de l'Univers ; l'initié était invité à ne voir que trois pieds dans une table qui en avait quatre, et à multiplier par la pensée le nombre restreint des lumières afin d'en voir le nombre sacramentel ; de même on effectuait des voyages remplis de péripéties en faisant, les yeux bandés, le tour de la salle de réception. Ce ne fut, en effet, qu'à partir de 1774 qu'on développa en France la pompe du culte. Les f.\-m.\ français, en s installant dans le noviciat des jésuites, suivirent l'exemple des f.\-m.\ anglais qui, après s'être réunis cinquante ans dans des tavernes, avaient fait construire un superbe local.

La G.*. L.\ d'Angleterre avait pris cette décision depuis 1771. Le 22 février 1775, on lui présenta le plan d'un nouveau local ; les frères avaient souscrit 100.000 fr. Le 1er mai suivant, on posa solennellement la première pierre du monument, qui fut inauguré le 23 mai 1776 (1).

C'est au coin de la rue de Mézières et de celle du Potde-fer (actuellement rue Bonaparte, n° 82), dans l'ancien noviciat des jésuites chassés de France depuis dix ans, que, le 12 août 1774, le G.*. 0.\ prit possession de son somptueux local dont le loyer annuel atteignait le prix de 5.400 fr., très élevé pour l'époque (2). Des dépenses

(1) En 1788 on construisit en plus à Londres une Taverne, pour les f\'-m.\

(2) Ce local avait été proposé le 7 mars 1774 au G.'. O.-. par Pierre Poncet, entrepreneur des bâtiments du roi, architecte vérificateur général de la caisse et membre de la chambre d'administration au G.*. O.'. Poncet était député de plusieurs loges de Chalon-sur-Saône et de Dijon de 1774 à 1787 et membre de la L. des Arts Sf«-Marguerite.

considérables furent faites pour l'aménagement. Voici la description qui en est faite dans l'état du G.\ 0.\ (1) que nous résumons.

Les ateliers étaient élevés de vingt-quatre degrés au-dessus du sol de la ville et composés de trois salles auxquelles on accédait par des vastes portiques en enfilade, qui permettaient, de l'entrée, d'apercevoir le trône distant de 125 pieds (42 mètres).

La première salle était décorée d'une étoffe à fleurs de différentes couleurs, la seconde d'une moire bleue et blanche avec un double rang de banquettes bleues garnies de franges d'or. Ces deux salles étaient éclairées par un grand nombre de lustres en cristaux. La 3e salle, celle des travaux, longue de 78 pieds et large de 21 (environ 26 m. sur 7m.), était divisée en deux parties. La partie de l'orient avait 27 pieds de long et 35 de hauteur, avec un plafond bleu de ciel ; elle était formée parune estrade élevée de 3 marches. Le pourtour de lambris sculpté portait des piédestaux surmontés de pilastres cannelés or et argent. Cette partie de la salle était éclairée par 150 lustres de cristal. Au fond, une nouvelle estrade, également surélevée de 3 marches, portait le trône élevé d'une marche et formant une troisième estrade sur laquelle était le fauteuil de velours bleu rehaussé d'or du Sér.*. G.*. M.*. Un tapis brodé d'or et d'argent, nuancé des couleurs les plus éclatantes, couvrait l'autel (table). Le trône était surmonté d'un vaste dais enrichi d'ornements d'or et d'argent et surmonté d'un lustre de 20 lumières.

Sur la seconde estrade, deux fauteuils de velours bleu étaient réservés au T.*. 111.'. Administrateur général et au T. \ R.\ G.*. Conservateur. Sur la première

(1) Etat de 1777, 4e partie, p. 7 et suivantes.

estrade, des sièges de même étoffe placés en demi-cercle étaient réservés aux grands officiers Da côté du midi, étaient les bureaux du G.*. Orateur, des Orateurs des Chambres, du Trésorier général et de l'Architecte vérificateur de la caisse ; du côté du nord, les bureaux du Secrétaire général, des Secrétaires des chambres et du Garde des Sceaux.

L'autre partie de la salle avait 51 pieds de long sur 21 de hauteur ; tendue en bleue, ornée de galons et de franges d'argent et de festons dorés, elle était couronnée par un plafond d'azur éclairé par deux cents bougies placées sur des girandoles en cordon. Elle était garnie d'un double rang de banquettes ornées d'argent placées sur des gradins. Sur le rang inférieur à l'intérieur, se tenaient les Officiers et les plus anciens Députés. A l'occident, étaient les tables triangulaires des Surveillants couvertes de tapis bleus, avec des broderies d'or et d'argent, figurant les attributs de ces officiers. A côté, s'élevaient deux colonnes d'or ornées de chapiteaux, portant chacune un lustre de 15 lumières.

C'est dans ce local que siégea le G.'. 0.*. jusqu'en février 1793, date à laquelle le duc d'Orléans ayant donné sa démission de G.*. M.*., l'Ordre entra en sommeil pour ne se réveiller qu'en 1795. Le f.\ Alexandre- Louis Roettiers de Montaleau emporta les archives et tint quelques réunions clandestines chez lui, 23, rue de Bondy. Emprisonné pendant la Terreur, il vit périr sur Téchafaud deux de ses parents ; plus heureux qu'eux, il fut délivré par le 9 Thermidor.

Peu à peu, le G.*. 0.*. se reconstitua, et, en 1801, il

tint ses assemblées dans l'ancienne maison des Dames de la Miséricorde, rue du Vieux-Colombier, n° 450 (n° 8 en 1806), en face de la rue du Gindre (partie de la rue Madame) (1). C'est le 24 décembre 1802 seulement que fut inauguré officiellement le nouveau local.

Ce jour-là, le parvis du Temple était occupé par un nombre de frères d'autant plus grand qu'on célébrait la fête de l'Ordre. Les colonnes (bancs) étaient complètement garnies. Le G.*. Vén.\ Roettiers de Montaleau, qui remplaçait le G.*. M.', dont les fonctions avaient été supprimées, après avoir fait procéder à l'appel des Vén.\ des LL.*. établies à l'0.\ de Paris, suivant l'ancienneté de leurs constitutions, se mit à leur tête, accompagné des Officiers du G.*. 0.*. et des Députés, et se rendit à la porte du nouveau Temple. Ayant frappé mystérieusement, il lui fut répondu par un seul coup, à la manière des profanes. A sa voix, les portes s'ouvrirent et il se rendit à la place qui lui était réservée sur l'estrade. Tous les postes étant occupés, on éleva les pavillons de l'Ordre, et la cérémonie débuta par une invocation au G.*. A.*. de l'Univers. Le G.'. Vén.\ purifia l'eau et tira dune pierre à fusil le feu nouveau dont il éclaira le Temple. Une « harmonie éclatante » emplit le parvis et « suspendit tout sentiment » dans le cœur des frères. Une « mélodie majestueuse et tendre d'un cantique » chanté par des frères, sur les paroles du f.\ Bizancourt avec musique du f.\ Bertin de l'Opéra ayant imprégné toutes les âmes, on procéda à la puri-

(1) En 1836,1a maison située en face de la rue du Gindre portait les n°s 10 et 12. Le n° 8 était à moitié distance entre la rue du Gindre et la rue du Pot-de-fer. Tout ce quartier a été bouleversé lors du percement delà rue de Rennes. En 1789, l'immeuble portait le n° 61.

fication par le feu. Le G.'. Vén.\ invoqua la protection et les bénédictions du G.*. A.*, de l'Un.*. Des couplets du f.\ Beaumont mis en musique parle f.\ La Forêt, artiste de l'Opéra, furent chantés ; lef.\ Pajotd'Orville le jeune, orateur de la chambre symbolique, prit la parole, racontant ce que les ff.\ avaient souffert pendant la Terreur, célébrant « la fermeture du Temple de Janus et l'aimable paix redescendue sur la terre grâce aux prodiges opérés par un héros aussi sage dans les conseils que vaillant dans les combats », dont l'Europe étonnée ne savait « ce qu'elle devait le plus admirer en lui, du guerrier ou du pacificateur ».

Au G.'. Orateur succéda le f. \ Angebault, 1er Grand Surveillant, qui présenta l'examen des opinions établies sur la maçonnerie; il fit l'historique de l'Ordre; « le fruit de ses recherches profondes fut un puits lumineux » où les maçons devaient trouver d'utiles et salutaires instructions. Le f.*. Angebault n'hésita pas à faire remonter les origines de l'Ordre aux premiers âges du monde. D'après lui, les montagnes de Caf dans le Caucase semblent avoir été ses premiers berceaux. Surkage, prince des géants, ayant défendu de molester les enfants de Selth, ce dernier lui donna sur sa demande Rucail son frère, versé dans toutes les sciences, pour Véclairer et gouverner ses Etats. Cainmarath, qui vivait dans la même région, ayant remis son empire à son fils, celui-ci fut assassiné par les géants ; Cainmarath remonta sur le trône pour le venger et retrouver son corps. Après avoir raconté l'histoire de Salomon ou Salimon, des Chinois, des Indous, des Chaldéens, des Perses, des Egyptiens, de Zoroastre, du Soleil, d'Adonis, de Mercure, de Toth, de Moïse et de Tibère, etc., sans vouloir se prononcer entre Wittemberg, Genève et Rome, Luther, Calvin et la

Papauté, l'orateur vantait la grandeur passée de la maçonnerie et annonçait son triomphe futur.

Le G.'. 0.*. ne devait pas faire un long séjour rue du Vieux-Colombier. En 1806, il abandonna son local, qui fut occupé par de nombreuses loges sous l'Empire, et s'installa 47, ru9 du Four-Saint-Germain (297 sectionnaire, 43 actuel), en face de la rue de l'Egout, supprimée par le percement de la rue de Rennes.

Le G-*. 0.*. tint ses assises dans ce local jusque sous le second empire ; c'est à cette époque qu'il s'installa 16, rue Cadet, où il siège encore.

Leslocauxdes loges parisiennes ont une histoire moins pompeuse et moins précise que celle des locaux du G.*. 0. '. , tout au moins pour la période qui précède l'empire.

La première loge parisienne, Saint-Thomas au Louis d'Argent, s'installa chez Landelle, rue de Buci ; elle quitta ce local en 1732 pour tenir ses séances chez de Bure, à la ville de Tonnerre, rue des Boucheries-Saint- Germain. Elle fut remplacée rue de Buci par la loge du duc d'Aumont. En 1737, les f.\-m.\ tiennent leurs agapes, sinon leurs séances, chez Chapelot, à l'enseigne de Saint-Bonnet, à la Râpée ; en 1738 et 1745, chez Leroy, traiteur, hôtel de Soissons, rue des Deux-Ecus. En 1747, le chevalier de Beauchaine brocante les hauts grades, au Soleil d'or, rue Saint- Victor. En 1773, le duc de Chartres tint ses assises à son château de Mousseau et dans une loge particulière qu'il avait fait installer cour des Fontaines (place de Valois actuelle). Sous la Révolution, l'immeuble portait le n° 1114. Il fut occupé en 1804 par le Temple des Muses et en 1806 par le Cercle oriental des Philadelphes.

En 177,"), la loge de Saint-François du Parlait Contentement, qui avait pris la direction des frères bannis du G.*. 0.*., se réunissait chez son vénérable Jean-Ferdinand Diavant, traiteur rue d'Argenteuil. La même année, la Candeur avait une tenue de réception suivie d'une grande Tète au Vaux Hall de la rue de Bondy, chez l'artificier Torré.

En 1776, la loge des Neuf Sœurs se réunissait rue du Pot-de-fer et sa loge d'adoption à Auteuil.

En 1778, les Chevaliers et Nymphes de la Rose, société pseudo-maçonnique, tenait ses séances à la Folie Titon, rue de Montreuil, que devait occuper quelques années plus tard le marchand de papiers peints Réveillon.

La loge du Contrat social avait acheté le 19 juin 1779 l'hôtel Bullion, ancien hôtel de la Grande Chancellerie de France, 10, rue Coq-Héron (rue Jean-Jacques-Rousseau). Elle en posait la première pierre le 24 décembre suivant, sous la présidence du G.\ M.*, marquis de la Rochefoucauld-Bayer, assisté de Troubat de la Salle, de Lafîsse et de Leutre. Cet hôtel devait être pillé en 1789. Sous le nom de Saint-Alexandre, cette loge reviendra dans son ancien local en 1815.

En 1781 les Amis Réunis s'assemblaient 7, rue Royale-Montmartre (rue Pigalle) ; mais leurs chapitres étaient convoqués 3, rue de la Sourdière. Les Cœurs Simples de l'Etoile polaire s'étaient installés en 1783 rue du Fouarre.

La loge parisienne de la Stricte Observance, la Bienfaisance, avait loué en 1787 l'Hôtel de Brégy, 21, rue des Mauvais-Garçons. La même année,- les Ami*: des Noirs tenaient leurs séances à l'hôtel de Lussan, 10, rue Croix-des-Petits -Champs ; la loge « l'Amitié », 34, rue des Petites-Ecuries, aux Jardins de l'Amitié,

à côté du cabinet d'histoire naturelle du Sr Aubert ; le club ou société des Colons, 171, Palais-Royal; la Société Olympique, 65, dans le même Palais, et la Société des Etrangers (Réunion des Etrangers), 11, rue Plâtrière. En 1808, la loge Saint-Alexandre devait occuper quelque temps ce dernier local.

Le 10 mars 1797, le Centre des amis s'installe dans son nouveau temple, 450, rue du Vieux-Colombier (n°8, en 1806) où devait s'installer peu après la Vraie Réunion (1800-1814). Le G.'. O.*., qui en fit son local en 1802, donna asile ou eut pour successeurs dans cet immeuble : la Parfaite Réunion (1802); l'Amitié et les Amis Eprouvés (1804) ; l'Olympique de la Parfaite Estime, la Colombe, la Paix Immortelle, Saint-Alphonse des Amis Parfaits de la vertu, Saint-Eugène et l'Union, ci-devant Saint-Louis (1806) ; l'Impériale des Francs Chevaliers et Caroline (1808).

A l'hôtel d'Aligre, rue d'Orléans-Saint-Honoré, siégèrent conjointement : l'Espérance (1802) ; l'Epi d'Or (1804) ; les Amis de la Sagesse (1805) ; l'Avenir Français et les Sincères (Amis 1806).

Les Elèves de Minerve s'installèrent luxueusement 7, rue Paradis, en 1803 (n° 4 en 1806). Le Point Parfait et la Bonne Union venaient les rejoindre en

En 1804, les loges écossaises s'assemblaient dans un souterrain, chez Mauduit, traiteur, boulevard Poissonnière; 1 Océan, 25, rue du Mail.

Un des locaux les plus fréquentés à partir de 1805 était la galerie de Pompéi, 38, rue Neuve-des-Petits- Champs (23 actuel). C'est Saint-Alexandre qui semble l'avoir inauguré en 1804 ; viennent ensuite : les Amis de la vertu (1805) ; Anacréon, Sainte-Caroline, Saint- Jean d'Ecosse de la Parfaite Union, Sainte-Joséphine et

Saint-Napoléon (1806) ; les Frères Amis, le Phœnix et Royal Arch (1808) ; le Grand Sphinx (1810).

Le Châtelet, 1 ter, place et maison du Chàtelet, donnait asile en 1806 aux Amis de la Paix, aux Chevaliers de la Croix, à la Clémente Amitié, à Mercure et Thémis, à Saint-Antoine du Parfait Contentement, à Saint Claude de la Paix sincère, à Saint-Jean du Bon Accord, à Saint - Jean de Palestine, à Saint-Louis de la Martinique des Frères Réunis, à Saint-Pierre des Amis Réunis et à Sainte-Thérèse des Amis de la Constance ; en 1810, aux Amis Triomphants.

En 1808, le Centre des Amis se réunissait dans le local du G.*. O.'. 47, rue du Four-Saint-Germain. Il est plus que probable qu'un grand nombre de loges fréquentaient également ce local.

Au 219 bis de la rue Saint-Honoré, en face de la rue du Lycée (rue de Valois \ un local spécial servait en 1809 aux Admirateurs de l'Univers et, en 1810, au Point Parfait.

Enfin, en 1815, la loge Sainte-Caroline avait ouvert un nouveau local, 10, rued'Antin.

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