CHAPITRE II
LE FANATISME DE LA FRANC-MAÇONNERIE ET l'action politique EXERCÉE PAR ELLE
Les ordres du jour des loges précédant et inspirant les actes législatifs. — Immixtion directe du Conseil de l'Ordre du Grand-Orient dans la politique antireligieuse. — Esprit maçonnique caractérisé par la lettre de Voltaire à Damilaville. — Ordre du jour de la loge \ Encyclopédique. — Modification aux statuts. — La Franc-Maçonnerie n'a pas le droit de rester société secrète.
Qui ne se rappelle le fameux projet de loi déposé naguère par les députés Pochon et Cocula, et qui ne visait àricn moins qu'à exclure des emplois publics les élèves des écoles libres ?
C'était bien là un acte de guerre religieuse, un véritable attentat à la liberté de conscience, et c'est ainsi qu'il a été jugé par le gouvernement et par le pays.
MM. Pochon et Cocula étaient-ils les véritables auteurs du projet de loi qu'ils avaient signé ? — Non. Ils l'avaient trouvé tout fait, et voici oij.
Quelques mois avant le dépôt de ce projet, la
loge maçonnique de Moulins avait adressé aux Chambres une pétition dont voici les passages saillants :
« Considérant que les fonctions publiques de tous ordres ne doivent être confiées qu'à des citoyens dévoués au régime républicain ;
(( Considérant que les établissements cléricaux préparent de nombreux candidats aux emplois publics, tout en leur inculquant la haine de nos institutions ;
«... Invite les membres du Parlement à prononcer l'abrogation de la loi du 15 mars 1880 sur l'enseignement secondaire, et à voter une loi nouvelle contenant les dispositions suivantes :
« Nul ne pourra être admis dans une école de l'État, s'il n'a fait ses études dans un établissement universitaire.
« Nulle fonction publique rétribuée ne pourra être confiée à un citoyen qui n'aura pas fait ses études dans un établissement universitaire.
« Aucun diplôme, aucun certificat d'études ne pourra être accordé aux candidats des deux sexes qui n'auront pas fait leurs études dans un établissement universitaire, au moins pendant les trois dernières années. »
Comme on le voit, la loge de Moulins n'y allait pas de main morte. Si son ordre du jour avait été voté par la Chambre des députés et appliqué à la lettre, nulle fonction publique, sans exception, ne pouvant être confiée à un citoyen n'ayant pas fait ses études dans un établissement universitaire, le ministre des Cultes se trouverait dès maintenant
dans l'obligation de choisir les prêtres et les évoques parmi les élèves des lycées. — A moins qu'on n'eût introduit un amendement permettant de les prendre dans la Franc-Maçonnerie.
Voici donc une loge maçonnique convaincue d'avoir eu, antérieurement aux députés Pochon et Cocula, l'idée de l'attentat à la liberté de conscience auquel ceux-ci n'ont fait que prêter leur gracieux nom.
Après la loge de Moulins et toujours avant MM. Pochon et Cocula, une autre personnalité avait pris position sur la question, et cette personnalité, c'était le Conseil de l'Ordre du Grand- Orient de France (1).
Ce Conseil, auquel la loge de Moulins avait adressé son ordre du jour, en délibéra dans une de ses réunions. 11 le prit en considération et le
(1) Le Conseil de l'Ordre est le pouvoir exécutif de la Fédération du Grand-Orient de France, laquelle n'a plus de grand maître depuis tantôt vingt ans. Ce Conseil se compose de trente-trois membres nommés pour trois ans par les délégués au Couvent et renouvelables par tiers chaque année. Il choisit lui-même son président.
Le Couvent est l'assemblée générale annuelle des délégués de toutes les loges de la Fédération qui se réunit, au mois de septembre, en l'hôtel du Grand-Orient, 16, rue Cadet, à Paris. Les membres du Couvent sont nommés tous les ans par les loges, à raison d'un par loge. Au jour fixé, ils font reconnaître leurs pouvoirs, élisent un président et un bureau et se partagent en commissions et en sous-commissions. Ils délibèrent sur les affaires d'intérêt maçonnique général, élaborent et votent les modifications à apporter aux règlements de la Fédération, discutent le budget et nomment les successeurs des onze membres du Conseil de l'Ordre dont le mandat expire annuellement.
Le Couvent représente donc le pouvoir législatif de la Fédération du Grand-Orient de France, de même que le Conseil de l'Ordre en est le pouvoir exécutif.
fit insérer au procès-verbal officiel de ses séances, « afin, dit ce procès-verbal, que tous les ateliers (1) delà Fédération puissent en avoir connaissance ».
A la suite de quoi — et c'est ici que le fait prend une signification tout à fait particulière — une injonction fut adressée aux sénateurs et députés francs-maçons qui durent se réunir pour s'entendre notifier les desiderata de la loge de Moulins et du Conseil de l'Ordre.
Voici donc maintenant une circonstance dans laquelle un pouvoir, étranger aux pouvoirs créés par la constitution et reconnus par le pays, a pesé sur les membres du Parlement pour les inciter à la guerre religieuse ; et ce pouvoir, c'est la Franc-Maçonnerie.
Nous allons trouver mieux.
La machine de guerre inventée à Moulins n'avant pas produit l'effet qu'en attendaient ses auteurs, le Couvent de 1891 n'en crut pas moins devoir tenter un nouvel effort. Après examen de la question, cette assemblée se déclara obligée de reconnaître que les lois existantes interdisaient au gouvernement d'exclure les catholiques des emplois publics ; mais elle n'en eut pas moins l'audace d'inviter officiellement les ministres à agir, autant que possible, comme si ces lois n'existaient pas.
Dans cette nouvelle circonstance, ce n'est plus sur les sénateurs et députés qu'est exercée une pression pour activer la guerre religieuse, c'est
(1) Ateliers ou loges; les deux mots s'emploient l'un pour l'autre en Franc-Maconnerie.
sur les membres du Cabinet. Et on les pousse à quoi? Au mépris des lois !
Cette pression, qui affecte ici un caractère insurrectionnel, c'est encore un pouvoir étranger aux pouvoirs créés par la constitution quiTexercc ; et ce pouvoir, c'est toujours la Franc-Maçonnerie.
Continuons. ^
11 y a quelques mois, certains journaux firent savoir au public qu'on avait distribué aux députés une proposition de loi ainsi conçue :
Article premier. — Toutes les Congrégations religieuses précédemment autorisées ou non autorisées sont supprimées.
Sont réputées Congrégations les associations dont les membres vivent en commun dans un but religieux, liés par des vœux perpétuels ou temporaires d'obéissance, de pauvreté, de célibat.
Art. 2. — Les biens des Congrégations, devenant vacants et sans maître, appartiennent à la nation, qui en prendra possession immédiate.
Un tiers de ces biens demeurera à l'État, un tiers sera remis aux communes où étaient établies les Congrégations supprimées, un tiers aux départements dont ces communes font partie.
Art. 3. — Tous droits consentis ou aliénés à dater du dépôt de la présente proposition de loi, sur les biens appartenant aux Congrégations, seront entachés de nullité absolue.
Or, par une coïncidence dont la portée est significative, les députés Barodet, Forcioli et Pochon avaient, quelques jours auparavant, reçu une délégation du Conseil central de la Fédération fran-
çaise de la Libre Pensée qui leur avait été adressée au Palais-Bourbon pour leur transmettre les desiderata de trois cents loges et sociétés de Libre Pensée, desiderata qui se trouvaient être en parfaite conformité avec la proposition cidessus.
Ici, ce n'est plus la Fédération du Grand-Orient tout entière qui pèse sur les représentants^ ce ne sont que des groupes de celte Fédération. Mais c'est toujours son esprit qui souffle la guerre.
Nous allons d'ailleurs la retrouver, agissant en personne par l'organe de son Conseil de l'Ordre.
En effetj au lendemain des interpellations Dide etHubbard sur les rapports de l'Église et de l'État, voici la note qu'on lisait dans plusieurs journaux :
« Sur l'initiative du Conseil de l'Ordre du Grand- Orient de France, tous les députés francs-maçons avaient été convoqués hier soir, rue Cadet.
« Bien que le secret le plus absolu ait été recommandé, nous avons pu recueillir cependant quelques échos de la séance.
« Il s'agissait d'examiner la ligne de conduite à tenir par les membres du Parlement appartenant à l'Ordre, en présence des agissements du clergé et de l'attitude prise par le gouvernement au cours des interpellations Hubbard et Dide.
« Une cinquantaine de membres assistaient à cette séance, dont une trentaine seulement de députés parmi lesquels MM. Euzières, Doumer, Surchamp, Mesureur, Lecomte (de l'Indre), Vian, Delpech, Goirand, Beauquier, Desmons, Lagrange, Calvinhac, Hubbard, Fernand Faure, etc.
« Presque tous les membres du Conseil étaient présents.
« La réunion, présidée par M. Thulié, président du Conseil de l'Ordre, adonné lieu à des discussions assez vives.
« Plusieurs orateurs ont vivement reproché à quelques-uns de leurs collègues, dont deux au moins sont membres du Conseil de l'Ordre, de n'avoir pas voté en faveur de la proposition de séparation des Églises et de l'Etat.
« 11 a été question aussi d'organiser une ligue de propagande anticléricale qui préparerait dans le pays un mouvement d'opinion en faveur de cette séparation.
« Finalement, et vu le petit nombre des députés présents, la réunion s'est séparée sans prendre de décision ferme. »
La portée de cette information n'échappera à personne. Dès lors en effet que le Conseil de l'Ordre du Grand-Orient adresse, dans un but politique, des convocations aux députés francs-maçons, et dès lors que ceux-ci obéissent à ces convocations, il en ressort logiquement cette triple conclusion :
1° Qu'il existe en France, à côté des pouvoirs constitués, un pouvoir occulte, non reconnu par la nation, agissant en dehors de tout mandat et faussant, par conséquent, la constitution ;
2° Qu'un certain nombre de députés se considèrent comme relevant d'autre chose que de leurs électeurs et s'incHnent devant ce pouvoir occulte inconnu à la nation ;
3" Enfin, comme nous venons de surprendre ce pouvoir occulte en flag^rant délit d'excitation répétée à la guerre religieuse, par des ordres du jour, par la pression exercée sur les mandataires du peuple, par des essais d'organisation de ligues anticléricales, il est évident que c'est à lui que doit remonter la responsabilité de cette guerre.
Voilà ce qu'affirme la logique. Cette affirmation, la Franc-Maçonnerie la niera peut-être, car elle tient énormément à demeurer dans l'ombre. Mais certains francs-maçons parlent parfois pour elle, et leurs aveux, pour être faits ab irato, n'en ont pas moins de valeur probante.
A la suite delà convocation des députés francsmaçons dont nous venons de parler, une communication fut envoyée à certains journaux et annonça que quelques députés francs-maçons, attaqués par leurs collègues au sujet de leur vote négatif sur la question de la séparation de l'Église et de l'État, avaient protesté en soutenant que la Franc-Maçonnerie n'avait pas à connaître ce vote et qu'elle devait, au lieu de se livrer aune politique sectaire, se confiner dans des œuvres de bienfaisance. Deux journaux d'esprit complètement maçonnique, \^ Mot (T Ordre et \q Rappel, s'élevèrent contre cette protestation qu'ils jugeaient antimaçonnique.
Le Mot d'Ordre écrivait:
« Sans entrer dans des détails d'organisation et d'administration maçonnique auxquels le public doit demeurer étranger, il est permis de dire à ceux qui accueilleraient trop complaisamment ces
commérages, que la Franc-Maçonnerie française est profondément républicaine et anticléricale et ne tend nullement à devenir une simple société de secours mutuel. »
Et le Radical, surenchérissant, notifiait aux frères « qui se contenteraient volontiers de discussions académiques sur des points de philosophie transcendante » qu'ils pouvaient démissionner, qu'ils n'empêcheraient pas la Franc-Maçonnerie de garder la direction du mouvement radical.
Si l'on veut avoir une idée exacte de l'esprit de la Franc-3Iaçonnene française, il suffit de relire la fameuse lettre de Voltaire à Damilaville, qui est frénétiquement applaudie chaque fois qu'elle est citée dans les ateliers, et dont voici les principaux passages :
« La Religion chrétienne est une religion infâme, une hydre abominable, un monstre qu'il faut que cent mains invisibles percent... Il faut que les philosophes courent les rues pour la détruire, comme les missionnaires courent la terre et les mers pour la propager. Ils doivent tout oser, tout risquer, jusqu'à se faire brûler pour la détruire. Ecrasons, écrasez l'Infâme !
« Les chrétiens de toutes les professions sont des êtres nuisibles, des fanatiques, des fripons, des dupes, des imposteurs qui en ont menti avec leurs évangiles, des ennemis du genre humain.
« La Religion chrétienne est évidemment mauvaise. La Religion chrétienne est une secte que tout homme de bien doit avoir en horreur... Elle
ne peut être approuvée que par ceux à qui elle donne du pouvoir et des richesses.
« Il faut rendre l'Infâme ridicule et ses fauteurs aussi. Il faut attaquer le monstre de tous côtés et le chasser pour jamais de la bonne compagnie. Il n'est fait que pour mon tailleur et pour mon laquais. Il faut la détruire chez les honnêtes gens et la laisser à la canaille, grande ou petite, pour laquelle elle est faite. »
Tel est le fanatisme antireligieux qui anime la Franc-Maçonnerie française de notre époque.
Et pour qu'on ne s'imagine pas qu'elle n'a de haine que pour cet autre fanatisme auquel on a donné le nom de Cléricalisme et qu'elle respecte le sentiment religieux chrétien, voici ce que disait, il y a quelques années, un des orateurs francs-maçons les plus écoutés, les plus acclamés dans les loges, le frère Courdaveaux, alors professeur à la Faculté des lettres de Douai.
Dans une conférence qu'il faisait à la loge V Etoile du Nord, de Lille, et qu'il a répétée dans bien d'autres ateliers, ce frère s'exprimait ainsi :
« La distinction entre le Catholicisme et le Cléricalisme est purement officielle, subtile, pour les besoins de la tribune; mais ici, en loge, disons-le hautement pour la vérité, le Catholicisme et le Cléricalisme ne font qu'un, et, comme conclusion, ajoutons : on ne peut être à la fois cathohque et républicain ; c'est impossible. »
Ce n'est donc pas contre ce qu'on est convenu d'appeler le Cléricalisme que lutte la Franc-Maçonnerie, c'est contre le Catholicisme.
« Notre but doit être, disait une résolution prise naguère dans une importante réunion maçonnique, de déchristianiser la France par tous les moyens, mais surtout en étranglant le Catholicisme peu à peu, chaque année, par des lois nouvelles contre le clergé... d'arriver enfin à la fermeture des églises... »
Les ordres du jour adoptés par les loges, que nous avons donnés plus haut, rentrent bien dans ce programme de haine, et en voici un dernier qui les complète et qui vient d'être voté par la loge Y Encyclopédique, de Toulouse.
« La respectable loge \ Encyclopédique^ Orient de Toulouse, considérant que le Cléricalisme, qui plus que jamais relève audacieusement la tête, constitue un véritable danger politique et social, émet le vœu que toutes les loges de France se joignent à elle pour demander au Grand-Conseil de rOrdre de faire le nécessaire afin d'obtenir du Parlement que les lois régissant les associations religieuses soient appliquées, édifiées ou modifiées conformément aux desiderata suivants :
Article premier. — Toutes les Congrégations, Communautés et Associations refigieuses quelconques d'hommes ou de femmes, autorisées ou non autorisées, actuellement existantes, seront dissoutes, et leurs biens meubles ou immeubles feront retour à l'assistance publique.
Art. 2. — Aucune Association religieuse, sous quelque dénomination que ce soit, ne pourra se former, ni en fait ni en droit, dans toute l'étendue du territoire français.
Art. 3. — Tout citoyen français qui se déclarerait propriétaire de couvents, maisons, chapelles, terres^ biens, meubles ou immeubles, servant à des Congrégations et Associations religieuses devra, dans le délai de trois mois à partir de la promulgation de la nouvelle loi : 1° faire valoir ses titres de propriété sous peine de voir lesdits biens revenir à l'État pour être reversés à l'Assistance publique; 2° expulser des locaux et biens susdits les membres des Congrégations dissoutes qui déclareraient vouloir y habiter individuellement ou non. Par le fait de la présence des ex-congréganistes dans ces mêmes locaux et biens, lesdits biens et locaux seraient réputés propriétés des Congrégations dissoutes et confisqués comme tels. »
Je pourrais citer par milhers les déclarations anticatholiques faites au sein des loges, les ordres du jour que l'on ne se lasse pas d'y voter, et qui tous, se répétant sans cesse^ ne font qu'exhaler la même haine implacable.
Mais à quoi bon? Cette haine, la Fédération du Grand-Orient tout entière l'a avouée elle-même officiellement en effaçant de ses statuts un article qui s'y trouvait encore il y a quelques années et que, depuis, elle a cru impossible d'y maintenir.
Les anciens statuts de cette Fédération maçonnique, qui, à elle seule, est deux fois plus nombreuse que les trois autres existant en France, formulaient les déclarations suivantes :
(( La Franc-Maçonnerie n'exclut personne pour ses croyances... Dans la sphère élevée où elle se
place, elle respecte la foi religieuse et les opinions politiques de chacun de ses membres. »
Le Couvent de 1885 a voté la suppression de ce paragraphe, qui, depuis lors, a cessé de figurer dans les statuts du Grand-Orient.
Il est à peine nécessaire de faire remarquer combien est importante la signification d'un pareil vote. Les articles que nous venons de citer étaient en effet à l'honneur de la Franc-Maçonnerie. Ils la mettaient au-dessus des partis et faisaient d'elle une société d'éducation civique, vraiment libérale et progressive (1). Ils étaient en outre une garantie pour elle vis-à-vis des pouvoirs publics quels qu'ils fussent. Les supprimer, c'était donc renoncer à des avantages indiscutables, et la Franc-Maçonnerie ne pouvait le faire qu'entraînée par son fanatisme antireligieux, et parce qu'ils constituaient des engagements auxquels ses actes mentaient tous les jours.
Étant donné un pareil état d'esprit, si l'on considère les moyens par lesquels la Franc-Maçonnerie agit sur les pouvoirs publics, moyens que nous avons constatés tout à l'heure ; si Ion tient compte, d'autre part, que cette association dispose d'une organisation qui lui permet de centraliser les forces de milliers de citoyens inconnus les uns aux autres, d'entretenir leur zèle par les conférences faites dans les « tenues maçonniques », de le stimuler par l'émulation qui s'établit naturellement entre des esprits continuellement surchauffés et
(1 Eu apparence. (Voir la noie de la préface, p. ix.)
toujours tendus vers le même but, on sera obligé de reconnaître que ni les ministres, ni les députés, ni les sénateurs ne sont les premiers coupables dans la guerre religieuse qui divise notre pays et paralyse ces forces. La grande coupable, c'est la Franc-Maçonnerie.
Qu'elle ait tort ou raison dans la lutte acharnée qu'elle a entreprise, qu'elle soit dirigée par des motifs élevés, entraînée par une vulgaire ambition ou trompée par une ignorance absolument disproportionnée avec la mission qu'elle se croit le devoir de poursuivre, c'est ce que nous examinerons plus tard.
Pour l'instant nous nous bornerons à constater qu'une association qui exerce une influence si considérable sur le gouvernement d'un pays, qui jette une moitié de la population contre l'autre, qui souffle la guerre des consciences sur toute la surface du territoire, qui convoque des députés et des sénateurs, et qui leur dicte une ligne de conduite sur des questions aussi importantes que la question religieuse, n'a pas le droit de demeurer une société secrète.
Dès lors qu'elle se consacre à une telle œuvre, elle doit agir non pas dans l'ombre, mais au grand jour, rechercher les responsabilités qui lui appartiennent, et non pas les laisser retomber sur tel ou tel député, tel ou tel ministre, telle ou telle majorité parlementaire. Ce n'est pas seulement la logique qui le veut, c'est aussi l'idée que nous nous faisons du courage et celle que nous avons de la responsabilité dans un pays de liberté.
On comprendrait que la Franc-Maçonnerie se cachât si elle avait à défendre ses convictions contre un pouvoir despotique. On le comprendrait également si elle ne se consacrait pas à une œuvre politique^ c'est-à-dire à une œuvre publique comportant responsabilité. 31aisj dès lors que ses hommes sont au pouvoir, et qu'elle est sûre, par conséquent, d'être laissée libre par eux; dès lors, d'autre part, qu'elle prétend s'occuper de la direction politique du pays, on se demande pourquoi elle persiste à vouloir s'envelopper d'ombre et de qui elle peut avoir à se cacher, si ce n'est du peuple.
En procédant ainsi, elle se rend coupable d'une usurpation. En nous étant, à nous tous qui constituons le tribunal de l'opinion publique, la possibilité de contrôler ses actes, elle vole au peuple une partie des droits politiques qui lui appartiennent, et elle commet un véritable attentat contre la souveraineté de la nation.