‹ La franc-maçonnerie et la question religieuseChapitre 12 sur 27 · PUISSANCE POLITIQUE DE LA FR ANC-M ACONNERI E · texte numérisé non relu

PUISSANCE POLITIQUE DE LA FR ANC-M ACONNERI E

Disproportion entre le petit nombre des francs-maçons et leur importance politique. — Influence électorale cléricale et influence électorale maçonnique. — Le danger politique et social est-il du côté du Cléricalisme ? — Ce qu'il arrivera lorsque les francs-maçons seront en majorité à la Chambre.

Beaucoup de mes lecteurs, je me l'imagine, sont persuadés que je m'exagère l'importance de la situation politique de la Franc-Maçonnerie.

Il se peut — pensent-ils — que les politiciens aient envahi cette société et qu'ils s'y soient barricadés comme dans une caverne. Il se peut également qu'ils complotent au fond de leurs temples l'envahissement progressif du gouvernement et la domination de la France. Il se peut enfin que leur fanatisme se donne pour mission la destruction d'une Religion à laquelle quinze à vingt millions de Français demeurent attachés. Mais comment leurs forces seraient-elles à la hauteur de leurs désirs?

Voilà, ce me semble, l'objection qui se présente à plus d'une pensée et qui va prendre encore une nouvelle valeur lorsque j'aurai dit combien peu il y a de francs-maçons en France.

On se figure généralement qu'ils sont très nombreux, et c'est même pour cela que le public ne s'étonne pas de leur puissance, qu'on ne lui a jamais fait toucher du doigt, mais qu'il commence à sentir instinctivement.

C'est là une erreur. Les francs-maçons ne représentent qu'une infime minorité dans la nation. Ils ne sont pas vingt-cinq mille en France.

Ce chiffre provoque d'habitude une telle surprise lorsqu'on l'entend pour la première fois, que je suis obligé d'affirmer qu'il est pris aux sources officielles. C'est celui sur lequel sont étabhs les budgets des fédérations. J'ai pu le contrôler par moi-même, et il est d'ailleurs imprimé tous les ans dans les publications maçonniques rendant compte aux adhérents de la discussion des budgets. D'autre part, on compte en France quatre cents loges environ. Tous ceux qui ont fréquenté, si peu que ce soit, la Franc-Maçonnerie, savent que la moyenne des membres est de soixante par loge. En faisant la multiplication, on obtient un produit approchant vingt-quatre mille. Aussi le nombre que j'indique est-il celui qu'on trouve chez tous les auteurs qui ont écrit sur la Franc- Maçonnerie.

Ces vingt-quatre mille et quelques maçons ne sont pas tous groupés en une seule fédération ; ils ne relèvent pas d'une même autorité ; — ce

qui semblerait devoir encore diminuer leurs forces. Ils forment, nous venons de le dire, environ quatre cents loges qui se rattachent à l'un ou à l'autre des quatre groupements ou fédérations maçonniques existant en France et qui sont connus sous les noms suivants :

Le Grand-Orient, avec seize mille adhérents habitant en France, — plus deux mille aux colonies et à l'étranger;

Le Suprême Conseil, avec six mille adhérents ;

La Grande Loge Symbolique, avec deux mille ;

h^ Souverain Conseil Général, avec cinq cents.

Soit, en ne comptant pas les deux mille adhérents du Grand-Orient qui habitent les colonies et l'étranger (Turquie et Roumanie particulièrement), vingt-quatre mille cinq cents maçons résidant en France.

C'est là, comme je le disais tout à l'heure, une infime minorité dans la nation.

Nous allons voir maintenant la quantité de pouvoir politique qui se trouve absorbée par cette minorité.

Il y a en France environ neuf milHons et demi d'électeurs, et sur ces neuf millions et demi, cinq cent soixante-seize députés, ce qui fait un député pour seize mille cinq cents électeurs environ.

D'après cette proportion, un groupe quelconque de vingt-quatre mille électeurs n'a même pas droit à un député et demi.

Les quatre fédérations maçonniques qui ont leur siège en France n'y réunissant pas vingt-cinq mille initiés, elles ne devraient donc être repré-

sentées que par un député et demi, et, en conséquence, il ne devrait y avoir à la Chambre qu'un député plus une moitié de député francs-maçons.

Telle serait la proportion légitime ; et, si cette proportion existait, il est certain que la Franc- Maçonnerie serait dans l'impossibilité de menacer la liberté du pays.

Malheureusement elle n'existe pas, et au lieu d'un franc-maçon et demi qui devraient siéger à la Chambre, sait-on combien il y en a? — Plus de cent cinquante.

Un journal républicain, le XIX^ Siècle, donnait leurs noms il y a quelques mois. Il est vrai qu'il n'arrivait qu'au total de cent vingt-sept; mais il en omettait un grand nombre, notoirement connus pour appartenir à la Franc-Maçonnerie.

C'est ainsi que parmi les députés francs-maçons ayant répondu à la convocation du Conseil de l'Ordre qui eut lieu après les interpellations Dide et Hubbard, et dont on a pu lire les noms dans le second chapitre, sur quatorze qui sont cités, j'en trouve quatre qui ne figurent pas dans la liste fournie parleX/X^ Siècle (1).

D'après la proportion à établir sur cette base,

(1) L'erreur du XLY' Siècle est très explicable. Les différentes fédérations maçonniques ne peuvent cacher le nombre de leurs adhérents parce que la statistique en existe au secrétariat de chacune d'elles, et parce que, d'autre part, le nombre des loges est connu, ainsi que la moyenne de leurs membres. Mais il n'y a pas de raison pour qu'une statistique des députés francsmaçons soit dressée par les fédérations. Au contraire, elles se gardent bien de révéler au public la situation privilégiée dont elles jouissent. Les chiffres relevés en pareille matière ne peuvent être fournis que par des enquêtes particulières, forcément incomplètes.

il manquerait cinquante noms à la liste du XIX" Siècle, ce qui porterait le total des francsmaçons députés à cent soixante-dix-sept. Je suis donc sûr qu'en prenant le chiffre de cent cinquante je reste bien au-dessous de la réalité.

Dans ces conditions, tandis que neuf millions et demi d'électeurs ordinaires sont représentés à la Chambre par quatre cent vingt-six députés, vingt-quatre mille francs-maçons le sont par cent cinquante députés.

Si nous divisons neuf millions et demi par quatre cent soixante-seize, le quotient que nous trouvons donne UN DÉPUTÉ sur VINGT-DEUX

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