MILLE CITOYENS ORDINAIRES
Si nous divisons, d'autre part, vingt-quatre mille par cent cinquante, en regard de cette proportion de un député sur vingt-deux mille citoyens, nous trouvons cette autre, vraiment incroyable, de UN DÉPUTÉ SLR CENT SOIXANTE francs-magons.
Les francs-maçons sont donc cent trente-sept fois plus favorisés que les autres Français, et ces vingt-quatre mille privilégiés accumulent dans leur petit groupe la même puissance d'éhgibilité que possède une masse de trois millions trois cent mille électeurs.
En considérant la situation d'autre façon, nous nous trouvons en présence de la constatation suivante :
Vingt-quatre mille francs-maçons, répartis dans les cinq cent soixante-seize circonscriptions électorales, donnent à peine quarante-deux maçons pour chacune d'elles. Or dans cent cinquante de
ces circonscriptions, le député, au lieu d'être pris parmi les seize mille quatre cent cinquante-huit électeurs qui ne sont pas francs-maçons, est pris parmi les quarante-deux qui le sont.
Telle est la disproportion colossale qui existe entre les francs-maçons et ceux qui ne le sont pas.
Les premiers possèdent près du tien^ de la représentation nationale. Ils sont proportionnellement plus nombreux encore au Sénat qu'à la Chambre. Quant au Conseil des ministres, ils l'absorbent presque tout entier.
Donc, citoyens français, avis à vous! Voulezvous vous faire une situation politique? Entrez d'abord dans la Franc-Maçonnerie. Sollicitez l'initiation à cette société secrète qui s'appelle le Grand- Orient de France et qui, sous cette étiquette, se transforme peu à peu en Société anonyme des éligibles français. Ceignez-vous les reins du petit tablier de cuir blanc que portent les apprentis et qui est comme la soutane maçonnique. Et, si ce qui vous tente dans la situation de dépii-téori e^le de sénateur, c'est le chiffre de l'iadéiiînité àllouééy vous aurez toutes les qualités jequises en mêrQ«\ temps que toutes les chanc^~possibles,<'^isqi^e-,,^ par le seul fait de votre initi-ation, v(^ vous trxft^ verez rangés dans la catégorie des quaranti^îledx éligibles de votre circonscrtotipn. ^^■*;> ^^^
Les radicaux parlent volohlaté^^ Je- ^influence électorale du clergé. Or, il y a quarante mille prêtres en France, sans compter les religieux. Sur ces quarante mille électeurs ecclésiastiques, il n'y a qu'un député. S'il est vrai qu'une si grande
inlluence électorale soit nécessaire aux quarante mille membres du clergé pour arriver à ne faire élire qu'un seul d'entre eux, on demeure stupéfait en songeant à celle dont peuvent disposer les francs-maçons pour entrer d'emblée cent cinquante à la Chambre, et pour transformer le Sénat en une simple loge.
11 est impossible après cela de comprendre oii la Xq^qV Encyclopédique de Toulouse pouvait bien avoir l'esprit lorsqu'elle rédigeait l'ordre du jour que j'ai cité plus haut et qui débutait ainsi : « Considérant que le Cléricalisme, qui plus que jamais relève audacieusement la tête, constitue un véritable danger politique et social... »
Que les catholiques, dont nous venons de constater la situation tout à fait inférieure au point de vue électoral, soient accusés de constituer un danger politique et social, et qu'ils le soient par les affiliés d'une association qui n'est en somme qu'une fabrique clandestine de députés, c'est le comble de l'inconscience, à moins que ce ne soit celui de l'hypocrisie.
Je crois, en vérité, que nous sommes menacés d'un danger politique et social. Mais je donne la logique à tous les diables si l'on parvient à m'expliquer comment ce danger pourrait être créé par d'autres que parles francs-maçons, accapareurs de toutes les situations politiques, comme les juifs le sont de toutes les situations financières.
Si encore ces accapareurs étaient des citoyens sans lien les uns avec les autres, comme seraient
par exemple ving-t-quatre mille industriels quelconques, la liberté ne se trouverait pas grandement exposée. Mais, tout au contraire, les francsmaçons sont unis les uns aux autres par un règlement et par une organisation qui centralisent leurs forces et leurs pensées. Grâce à ce règlement et à cette organisation, la Franc-Maçonnerie est une véritable congrégation laïque ; la plus fanatique des congrégations, précisément parce qu'elle est la plus ignorante. Elle constitue une personnalité qui a sa vie et ses besoins distincts de la vie et des besoins du pays. Et la preuve, c'est que les députés francs-maçons se rendent aux convocations politiques qui leur sont adressées par le Grand-Orient. Des circulaires, des papiers d'imprimerie sont les seules choses qui les engagent vis-à-vis de leurs électeurs. Mais, vis-à-vis du Grand-Orient, ils sont liés par des serments, comme l'étaient, vis-à-vis de leur règle, ces religieux qu'ils ont fait expulser — pour ce seul fait — du territoire français.
Ils ne sont aujourd'hui que cent cinquante à la Chambre ; mais supposez — et la supposition, au train dont vont les choses, pourra bientôt devenir une réalité, — supposez qu'au lieu d'être cent cinquante, ils soient trois cents, c'est-à-dire la majorité. Qu'arrivera-t-il ? C'est que le président de la République, et les ministres, et tous les pouvoirs constitués ne seront plus que des apparences, des décors politiques destinés à donner l'illusion au pays. Le vrai pouvoir se trouvera transporté au sein de ce Conseil de l'Ordre
oi LA FRANC-MAÇONNERIE
inconnu du public, qui est le pouvoir exécutif du Grand-Orient, et qui, convoquant les députés francs-maçons comme il se permet déjà de les convoquer aujourd'hui, leur indiquera, au nom de la secte maçonnique, les lois qu'ils auront à détruire, et celles qu'ils auront à voter.
C'est alors que le Cléricalisme ne relèvera plus la tête ! Il est vrai que la liberté fera comme lui. Car alors les Français n'auront plus droit qu'à une seule espèce de convictions religieuses ou philosophiques. Ils devront, au nom de cette (( unité morale » que poursuivent dès maintenant les francs-maçons, être libres penseurs. Non pas comme ils l'entendront ; non pas comme il peut nous plaire, à vous ou à moi, de l'être ; mais dans les conditions prescrites par la puissance maçonnique. Alors, de même qu'aujourd'hui les loges demandent par leurs ordres du jour que l'accès des fonctions publiques soit interdit aux Catholiques, elles demanderont la persécution de toute conscience qui ne croira pas conformément à l'orthodoxie du Grand-Orient. Alors enfin, comme certains citoyens se montreront nécessairement récalcitrants, ce ne seront plus seulement les religieux qui seront exilés. Les indépendants les suivront, avec les croyants ; ces croyants que les radicaux considèrent et dénoncent déjà, en pleine Chambre, comme « n'ayant pas de Patrie », Un édit émané de la rue Cadet les enverra tous ensemble rejoindre à l'étranger ceux des protestants qui s'y trouvent encore depuis la révocation de TÉdit de Nantes.
Suppositions excessives! dites- vous? Je ne le nie pas. Mais il est excessif aussi qu'il n'y ait qu'un député pour vingt-deux mille électeurs, tandis qu'il y en a un pour cent soixante francs-maçons ; et pourtant cela est. 11 est excessif également qu'une association qui est fille de la Libre Pensée exclue des fonctions publiques toute une catégorie de citoyens, à cause de leurs convictions religieuses. Il est aussi excessif que cette association déclare infâme et digne de l'exécration publique une religion qui, si elle a compté des persécuteurs parmi ses fidèles^ a produit aussi à toutes les époques des millions de héros obscurs du dévouement, sans compter ceux dont la reconnaissance universelle a consacré les noms. Cela est certainement excessif; et cela existe néanmoins. La Saint- Barthélémy et la Terreur étaient, elles aussi, des choses excessives ; elles n'en ont pas moins eu lieu. La vérité, c'est que les choses excessives arrivent, tout comme celles qui ne le sont pas. Que faut-il pour cela? Tout simplement qu'elles soient dans la logique d'une situation.
Or rappelez-vous quels sont les principes d'où partent les francs-maçons. Ils considèrent la guerre religieuse comme une guerre sainte ; ils sont convaincus que ni la République ni la liberté ne peuvent ôtre en sûreté tant que le Catholicisme vivra ; ils disent que cette rehgion est « une hydre abominable, un monstre qu'il faut que cent mains invisibles percent », et ils concluent avec Voltaire qu'il faut « écraser l'Infâme ». Ils disent cela, et, remarquez-le bien, ils le pensent.
Dans ces conditions et dès lors que nous sommes obligés de prendre un tel état d esprit comme point de départ, les choses excessives seules sont logiques. Pour que nous y soyons conduits, il suffit que la puissance de la Franc-Maçonnerie augmente encore pendant quelque temps comme elle a fait pendant les quinze années que nous venons de traverser.