‹ La franc-maçonnerie et la question religieuseChapitre 18 sur 27 · LA PHILANTHROPIE MAÇONNIQUE · texte numérisé non relu

LA PHILANTHROPIE MAÇONNIQUE

îLes francs-maçons s'aident entre eux; ils n'aident pas les autres. — Demandes de secours. — La caisse hospitalière. — L'orphelinat maçonnique. — Comparaison des œuvres philanthropiques maçonniques avec les œuvres de bienfaisance catholiques. — Ce qu'on fera de celles-ci lorsque toutes les congrégations seront expulsées.

Si la Franc-Maçonnerie refuse d'élever le peuple jusqu'à elle, consent-elle du moins à descendre jusqu'à lui ! Le considérant comme indigne de partager les travaux intellectuels auxquels elle est persuadée qu'elle se livre, se donne-t-elle du moins des titres à sa reconnaissance par les œuvres de bienfaisance dont elle le fait bénéficier?

A cette nouvelle question, je réponds sans hésiter : Non !

Il existe en Franc-Maçonnerie certaines œuvres de bienfaisance, mais il ne s'en fait aucune, absolument aucune au profit du peuple. Les francsmaçons n'aident que les francs-maçons. C'est là une caractéristique essentielle de leur philanthropie qu'il n'est pas sans utilité de souligner.

LA PUILANTHROPIE MAÇONNIQUE 101

Puisqu'ils ont fait leur spécialité de la questioa religieuse, ils ne sont certainement pas sans avoir entendu parler de la fonction sociale remplie par certaines congrégations catholiques comme les- Frères de Saint-Jean-de-Dieu, les Sœurs de Charité, les Petites Sœurs des pauvres, pour ne citer que celles-là. Les congréganistes laïques de la rue Cadetprofessenttout naturellement un assez grand mépris pour les congréganistes religieux dont je viens de citer les noms. Or je les prie de se demander à quel degré monterait ce mépris si lesmembres de ces associations, au lieu de soulager^ partout oii ils les rencontrent^ les misères résultant de notre organisation sociale ou causées parla maladie, se contentaient de s'enlr'aider, de se soigner, de se soulager et de se consoler entre eux.

Telle est pourtant la posture dans laquelle se présente devant le peuple la Franc-Maçonnerie soidisant philanthropique, et nous nous trouvons réduits à ne pouvoir étudier, en fait d'œuvres debienfaisance maçonnique, que celles dont les membres de l'association sont seuls à profiter.

Lorsqu'un maçon est tombé dans la misère, il neva pas solliciter ses frères chez eux. Il serait presque toujours mal reçu, comme un mendiant auquel on tourne le dos dans la crainte d'être trompé par une misère simulée. L'usage veut qu'il s'adresse à sa loge; celle-ci, après enquête, vote la somme qu'elle croit pouvoir accorder. Cettesomme étant forcément insuffisante, elle adresse aux autres loges de la Fédération une « demande de secours » qui doit passer par le Conseil de-

l'Ordre, et être approuvée par lui avant de circuler

dans les ateliers, où elle est soumise à discussion.

.En cas d'accueil favorable, le secours voté est en

: gêné rai d'une ou de deux médailles (cinq ou dix

'Jrancs) par loge.

C'est une caisse particulière, la « caisse hospitalière », qui, dans chaque loge, fournit aux secours ; et il arrive fort souvent que les ateliers -sont obligés de répondre négativement aux demandes, parce que leur caisse hospitalière est vide. Il faut dire qu'elle n'est alimentée que parles sous ■déposés dans « le tronc de la veuve » qu'on fait circuler à la fin de chaque séance, et par les offrandes en quelque sorte imposées aux profanes ■au moment de leur initiation.

La moyenne de ces recettes ne monte guère -qu'à soixante ou quatre-vingts francs par an, ce qui <lonne pour toutes les loges du Grand-Orient vingt à vingt-cinq mille francs. Celte somme, répartie entre les dix-huit mille maçons de la Fédération, représente pour chacun d'eux un sacrifice annuel d'un franc et quelques sous. C'est pour cela que la Franc-Maçonnerie s'intitule Société Philanthropique.

Encore, ferai-je remarquer que j'ai vu des ateliers dans lesquels le contenu du tionc de la veuve ' était parfois affecté aux frais des banquets. Mais ce n'était là qu'une exception. J'en suis du moins convaincu.

Je dois ajouter que j'ai entendu certains frères s'élever avec violence contre les demandes de se- -cours qui circulent dans les loges (chaque loge en

Page 1