LA PHILANTHROPIE MAÇONNIQUE
reçoit en moyenne deux par mois), et qui, d'après eux, tendent à transformer la Franc-Maçonnerie en société de mendicité. Inutile de dire qu'une pareille appréciation émanait toujours d'un politicien.
En dehors de ces secours votés dans les ateliers pour soulager des infortunes particulières, le Grand-Orient a fondé une œuvre d'utilité générale — d'utilité générale maçonnique, bien entendu. — C'est un orphelinat dans lequel un certain nombre d'enfants de francs-maçons décédés peuvent être nourris et élevés. Cet orphelinat est soutenu par une contribution des loges, par une autre prélevée sur le budget général du Grand-Orient (1), et, par une contribution que payent, sans le savoir, les profanes.
Ceci dit, le chapitre des bienfaisances maçonniques est épuisé.
Il est probable que, si les francs-maçons ne font pas plus, c'est qu'ils ne le peuvent pas. Je suis le premier à le reconnaître et je n'aurais même pas songé à faire ressortir combien est insuffisamment développé le côté philanthropique de leur association, si je n'étais obhgé de trouver par quoi ils peuvent bien mériter de constituer une caste de
(1) Ce budget s'élève annuellement à cent vingt et quelques mille francs produits par les cotisations, l'impôt de capitation payé par les loges, et la location des temples aux ateliers parisiens qui ont leurs réunions à Thôtel du Grand-Orient. Les principales dépenses résultent du remboursement des frais de déplacement faits parles maçons délégués à l'Assemblée générale du Convent, des frais du personnel de la rue Cadet, frais de bureau, annuités et intérêts à payer pour avances faites, contribution à l'entretien de l'orphelinat, frais de déplacement pour les membres du Conseil de l'Ordre allant visiter les loges, etc..
privilégiés politiques. Ayant constaté d'abord leur pauvreté intellectuelle, puis le soin qu'ils prennent de fermer leurs portes au peuple et, par suite, l'impossibilité oià ils sont d'être considérés comme ses mandataires, j'ai dû cbercher ailleurs la justification de leur situation. C'est pourquoi j'ai examiné le budget de leurs bonnes œuvres. Le résultat de cet examen est la cerlilude acquise que la Franc-Maçonnerie française est aussi peu philanthropique qu'elle est peu philosophique et peu progressive. Les bonnes œuvres dont bénéficient ses membres n'ont guère d'importance, et celles dont profite le peuple sont absolument nulles.
Dans ces conditions, de môme qu'après avoir montré ce que sont les travaux maçonniques, je concluais que les associations philotechniques et polytechniques rendaient, au point de vue intellectuel, beaucoup plus de services que la Franc- Maçonnerie ; de même, après avoir fait mon enquête sur les bonnes œuvres maçonniques, je suis obligé de constater combien cette congrégation laïque est, au point de vue philanthropique, inférieure aux congrégations catholiques qu'elle abomine, et dans lesquelles toutes les activités, toutes les forces et toutes les ressources sont consacrées au soulagement des misères. Et encore, ces congrégations ne sont-elles qu'une des formes par lesquelles se manifeste le sentiment de tendresse et de pitié qui est le fond même du Christianisme.
En considérant que, rien qu'en France, le Catholicisme subvient aux besoins de milliers d'hôpitaux, d'asiles, d'hospices et d'œuvres charitables
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de toutes sortes, tandis que la Franc-Maçonnerie n'est parvenue à fonder qu'un orphelinat à son usage spécial, les pauvres peuvent voir ce qu'ils auraient à perdre si cette association réussissait, comme elle le désire, à supprimer le sentiment religieux chrétien et à le remplacer par le matérialisme maçonnique.
Je me demande même comment se comporteraientles frères maçons à l'égard des innombrables souffrances adoucies par le Catholicisme, dans le cas oiî ils arriveraient à expulser brutalement celui ci du sol national. Ce n'est certainement pas dans les caisses hospitalières de leurs loges qu'ils trouveraient des ressources suffisantes pour remplacer celles dont les pauvres seraient du jour au lendemain privés. Alors...?
La question est d'autant plus inquiétante que si, dans les ordres du jour d'expulsion votés par les loges et dont nous n'avons pu citer que quelquesuns, les francs-maçons ne néghgent pas l'attribution des biens appartenant aux congrégations, en revanche, ils ne disent pas un mot des enfants, des vieillards, des malades et des infirmes qui peuplent les hôpitaux et les asiles dont les religieux seraient chassés. Il semblerait que ce côté de la question ne lesintéressepas. «Apportez-nouélèurs dépouilles ! » s'écriait, il y a quelques années, à la Chambre, un franc-maçon parlant des congrégations.
Soit ! pourrait-on lui répondre ; mais à condition que vous vous chargiez de toutes leurs oeuvres et que vous ne laissiez pas sur le pavé un seul des malheureux qu'elles aident à vivre.