Barruel, Mémoires, t. V, chap. ii, p
centralisation, les Loges de Paris réunissant les hommes qui seront tous également ceux de la Révolution, ces Loges ralliées à TIlluminisme qui poursuit, par la conjuration, le retour à l'état sauvage et la destruction des nationalités, enfin les bandits et les assassins de métier tout à coup recrutés comme « Frères», de même qu'un grand nombre de soldats : voilà exactement où nous en sommes, au moment où vont se succéder, avec une précipitation et une rapidité sans précédents, comme les tableaux machinés d'un opéra, l'apparition du Club des Jacobins, la prise de la Bastille, les incendies des châteaux, les paniques de la province, les journées d'Octobre, le 20 juin, le 10 août, les massacres de Septembre, puis l'emprisonnement du Roi, sa condamnation et sa mort.
Et, d'abord, le Club des Jacobins... Qu'estce exactement, que le Club des Jacobins ? Le Club des Jacobins, avec son club central à Paris, et ses clubs correspondants de la province, c'est la Franc-Maçonnerie elle-même, avec ses deux cent quatre-vingt-
deux villes déjà fédérées en Loges. Le Club lenait-il vraiment, par une intention mystérieuse, à s'appeler le Club des Jacobins, et choisissait-il, à cet effet, l'ancien couvent des Jacobins, parce que les premiers iVancs-maçons de France avait été des jacobites? Ce n'est peut-être là, encore une fois, qu'une coïncidence, mais la coïncidence existe : Jacobites^ Jacobins. Quant aux statuts, aux règlements, aux usages, comme à certaines particularités de vocabulaire, le Club des Jacobins reproduit rigoureusement la Franc-Maçonnerie. C'est le même mode d'admission, la même organisation intérieure, les mêmes ramifications extérieures, les mêmes engagements imposés et pris, le même système mécanique de transmission d'ordres et de mots d'ordre. Dans certains cas, on l'a vu, la Maçonnerie vous déclarait suspect, et ce terrible mot de suspect, sous la Révolution, partira des Jacobins. Un autre usage des Loges, nous l'avons déjà vu aussi, était de déclarer la Maçonnerie eîi danger, et les Jacobins y déclareront la
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patrie... Un autre usage encore, en Maçonnerie, était de coifFer le récipiendaire d'un bonnet, et l'usage, aux Jacobins, sera de mettre le bonnet rouge.
Voilà donc déjà les Jacobins expliqués autrement que par la force des choses et par la spontanéité... Passons maintenant au 14 juillet, aux paniques, aux massacres et à la mort du Roi.
« Le 14 juillet, raconte Louis Blanc, un « inconnu, à la pointe du jour, se présentait « au baron de Besenval. « Monsieur le baron, (( lui dit-il d'une voix brève, aujourd'hui les « barrières seront brûlées... N'essayez pas (( de l'empêcher. Vous sacrifieriez des hommes « sans éteindre un flambeau i... » Et tout se passait, en efTet, comme l'avait dit l'inconnu. Brusquement, toutes les barrières flambent, des bandes sortent de différents côtés, toutes avec la même cocarde, les soldats quittent en masse leurs garnisons, et tout le monde crie : A la Bastille! En même temps, Paris est
1, Louis Blanc, Histoire de la Révolution française.
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soudainement dépavé, couvert de barricades, entouré d'une ceinture d'incendies, et la Bastille est prise d'assaut, ses défenseurs sont massacrés, son gouverneur assassiné, à la stupéfaction du public dont l'immense majorité ne comprit alors absolument rien à cette foudroyante surprise.
Après le 14 juillet, il se produit, simultanément d'un bout du royaume à l'autre, à Test, à l'ouest, au nord, au midi, dans des localités séparées les unes des autres par cent cinquante et deux cents lieues, une extraordinaire épidémie d'épouvante, dont le récit le plus circonstancié et le plus dramatique est celui de M. Funck Brentano dans son livre les Brigands : « Une rumeur effrayante, « raconte M. Funck-Brentano, se répandit sur « tous les points du territoire : les brigands, « disait-on, arrivent, ils pillent les demeures, « incendient les récoltes, égorgent les feni- « mes et les enfants... Dans certaines provin- « ces, celles de l'Ouest que baigne la mer, « ce ne fut pas l'arrivée des brigands qui fut « annoncée, mais une invasion anglaise...
« Les Anglais, disait-on, s'avançaient dans le «pays, pillant, saccageant, égorgeant... En « Dauphiné, on parla d'une invasion de « Savoyards; en Lorraine et en Champagne, i< c'étaient des reîtres et des lansquenets « d'Allemagne qui avaient franchi la frontière, « féroces comme au temps des guerres de « religion^... » A Angoulême, on annonce l'arrivée de quinze mille bandits. A Saint- Etienne-de-Forez, on en annonce quatre mille. A Libourne, l'effroi propagé est tel qu'on renforce les milices. Dans le Limousin, on répand subitement le bruit que tous les bourgs et toutes les villes sont en feu. Dans l'Orléanais, les paysans sont tellement affolés qu'ils s'arment tous de faux et de fourches, et s'enfuient de tous les côtés... Et pas une contrée, pas une ville, pas une localité, n'échappe à ce cri subit, poussé dans les trente-six heures, sur tous les points du territoire : les brigands ! ou : les Anglais ! ou : les Savoyards ! ou : les Allemands .'Partout, au même moment, la France est tout