Frantz Funck-BrentanCi, les Brigands
entière affolée, terrifiée, tordue d'épouvante, par un cri qui part comme d'une seule bouche, par un procédé identique sur toute la surface du pays.
Et les assassinats de Foullon et de Berlier!... Ecoutons encore Louis Blanc : « Le « 20 juillet, Foullon est à la campagne, chez c( M. de Sartines, à Viry, près de Fontainece bleau... Il avait laissé l'ordre qu'on lui « envoyât ses lettres... Mais la haine qui (c poursuivait Foullon était tellement répan- « due, qu'au lieu de lui remettre les lettres, « on courut les porter au syndic du village. (( Aussitôt, le toscin sonne ; les paysans ac- (c courent; Foullon est découvert et arrêté... » Ici, on ne peut vraiment pas ne pas faire une réflexion. Même en 1789, pour qu'on arrête aussi résolument, avec autant de méthode, de décision, de calme et de diligence, un homme contre qui aucune espèce de mandat n'est lancé, il faut un peu plus qu'une haine vague, si forte qu'on la suppose; il faut un ordreocculte. Existait-il donc unordreocculte lancé contre Foullon? Et qui donc l'avait lan-
cé?... Mais poursuivons... Foullon, qui a soixante-quatorze ans, est attaché derrière une charrette, amené à Paris, et là, continue Louis Blanc, vers six heures du malin, « il « montait les marches de l'Hôtel de ville. Ce «fut un grand sujet de trouble pour les « membres du Comité permanent... » Et le Comité décide « qu'il sera transporté secrècc tement, à l'entrée de la nuit, dans les pri- « sons de l'abbaye Saint-Germain ». Mais, par un phénomène à noter, l'arrestation de Foullon est instantanément connue de tout Paris. Et Louis Blanc poursuit : « La « place de Grève ne tarda pas à se couvrir « de groupes que paraissaient exciter des « personnages d'un extérieur élégant, des « hommes du monde. On se mit à crier : « Foullon ! Foullon ! Nous voulons voir « Foullon .^.. » A l'aspect de ce visage, que (( la vieillesse marquait de son empreinte, la « foule se calma, et déjà elle semblait pence cher vers la pitié, lorsque tout à coup un « cri s'élève : Qu'on V amène et quil soit jugél « Au même instant une bande de furieux pé-
« nètre dans l'Hôtel de ville, les sentinelles u sont culbutées, les barrières brisées, la salle c( du Comité permanent est envahie i... » Et Foullon est d'abord martyrisé, puis pendu, puis abominablement mutilé, non par la foule, mais au contraire malgré la foule, et par un petit groupe de frénétiques qui ont toutes les apparences d'être des frénétiques professionnels...
EtBertier?... Arrêté, supplicié, et massacré le même jour, son cas est peut-être encore plus concluant. Bertier est à Gompiègne, et y traverse tranquillement une rue, quand deux maçons sautent d'un échafaudage, le saisissent, et déclarent qu'ils ont Vordre de Varrêter. Puis, il est aussi ramené à Paris, où une charrette^, préparée d'avance, l'attend à la barrière, avec des inscriptions infamantes. Il est ensuite égorgé dans des conditions encore plus horribles que Foullon^...
Eh bien, dans cette prise de la Bastille, dans cette terreur répandue en même temps,