‹ La Franc-Maçonnerie et la Révolution françaiseChapitre 8 sur 19 · Id., Ihid · texte numérisé non relu

Id., Ihid

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et comme mécaniquement, dans toute la province, dans les arrestations et les supplices du malheureux Foullon et du malheureux Bertier, est-ce que nous ne sentons pas quelque chose qui ne s'explique pas, mais qu'un rien pourrait expliquer? Si ! Et les choses s'éclaircissent déjà, pour les paniques de la province, qyand on veut bien seulement se rappeler les deux cent quatrevingt-deux villes reliées en Loges sur tous les points de la France. Ensuite, et pour tout le reste, comme pour les paniques ellesmêmes, l'énigme se dévoile entièrement, sans qu'il en reste une ombre, en lisant les souvenirs de Bertrand de MoUeville, qui avait été ministre de Louis XVI. On n'a absolument plus rien à apprendre, après la page révélatrice que voici : « Mirabeau était aussi « initié dans le secret des factions secondai- (( res, et tous ces mystères, dont la connais- « sance donnait la clé de plusieurs événe- « ments importants qu'on avait jusqu'alors « attribués au hasard, furent dévoilés, non (( seulement à M. de Montmorin, mais au roi

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« et à la reine, dans plusieurs entretiens se- « crets que Leurs Majestés eurent avec Mira- <( beau lui-même. Il leur apprit, entre autres « choses, que le système de la Terreur, qui a « réellement opéré la Révolution, avait pris « naissance dans la faction philanthropique. « Ces comités se tenaient tantôt chez le duc « de la Rochefoucauld, tantôt dans la petite (( maison du duc d'Aumont, près de Versail- « les... Adrien Duport était admis dans les (( conciliabules les plus secrets de cette fac- « tion philosophique, s'était chargé de la ré- (( daclion des plans, et lut un mémoire... « Après de longues discussions sur ce mé- « moire, M. de Lafayette prit la parole, et dit « à Adrien Duport : « Voilà sans cloute un « très grand plan, mais quels sont vos moyens « d' exécution P En connaissez-vous qui soient « capables de vaincre toutes les résistances <( auxquelles il faut s'attendre? Vous n'en <( indiquez aucun. — Il est vrai que je nen ai i(. point encore parlé., répondit Adrien Duport « en poussant un profond soupir, j'y ai beau- « coup réfléchi, j'en connais de sûrs, mais ils

(( sont d'une telle nature que je frémis moi- (( même d'y penser... » Après que l'Assem- « blée, dont il avait ainsi excité la curiosité, (( lui eut donné toutes les assurances qu'il « désirait, il feignit encore d'hésiter à s'exc( pliquer. « Je n oserai jamais^ reprit-il sur (( le ton le plus hypocrite, vous proposer des « moyens qui blesseront votre humanité... Ce- ^(^ pendant si vous V exigez absolument. — Oui^ ii< oui., nous l'exigeons. — Eh ! bien, Messieurs, «je vais vous obéir... Des événements im- « prévus nous ont précipités, malgré nous, (( dans une révolution qui produira les plus « grands crimes... Elle est trop avancée pour « qu'on puisse rétrograder... Or, ce n'est que (( par les moyens de terreur qu'on parvient à « se mettre à la tête d'une révolution... Il « faut donc, quelque répugnance que nous y « ayons tous, se résigner au sacrifice de quelce ques personnes marquantes... wEtil fît pres- « sentir que Foullon devait naturellement être « la première victime, parce que depuis quel- (( que temps, disait-il, on parlait beaucoup « de lui pour le ministère des Finances, et

« que tout le monde était convaincu que sa « première opération serait la banqueroute... « Il désigna ensuite l'intendant de Paris, Ber- « lier. c( // 11' y a qu'un cri^ dit-il, contre les (( intendants : ils poujT aient mettre de grandes c( entraves à la Révolution dans les provinces. « M. Bertier est généralement détesté ; on ne i( peut pas empêcher quHl soit massacré : son « sort intimidera ses confrères^ ils seront soua pies comme des gants... w Le duc de la Ro- (( chefoucauld fut très frappé des réflexions « d'Adrien Duport, et finit, comme tous les « autres membres du Comité, par adopter le (( plan et les moyens d'exécution qu'il propo- <( sait. Des instructions conformes à ce plan (c furent données aux principaux agents du « Département des Insurrections, qui était « déjà organisé 1... » Or, précisément quelques jours après, on incendiait les barrières de Paris, on prenait la Bastille, on massacrait de Launay, on massacrait Flesselle, on massacrait Foullon, on massacrait Ber-

l. Bertrand de Molleville, Histoire de la Révolution, t. IV.

lier, on répandait en une semaine la panique dans toute la France '.

Et qu'était, exactement, cette faction que Bertrand de Molleville désigne sous ce nom de faction philanthropique? Cette faction rentrait elle-même dans un club qui s'intitulait Club de la Propagande, et sur lequel la note ci-après, publiée dans l'ouvrage les Sociétés secrètes et la Société ^^v le P. Deschamps, était retrouvée un jour dans les papiers du cardinal de Bernis : « Liste des hono- « râbles membres qui composent le club de « la Propagande. Ce club a pour but comme c( chacun sait, non de consolider la Révolu- « tion en France, mais de l'introduire chez « tous les autres peuples de l'Europe, et de

1. 11 est juste de rappeler ici que le duc de la Rochefoucauld, évidemment abusé, comme tous les grands seigneurs de cette époque, sur ce que les Loges se réservaient de faire dans leurs « arrière-secrets », s'opposa, avec le plus rare courage, dès 1791, à tous les crimes qui suinrent les preiqjères violences de 1789. On sait comment il fut massacré en province, après avoir donné sa démission de l'Assemblée. Il mourut, évidemment victime de ces mêmes Loges dont il avait fait partie, et qui frappaient, en lui, l'adepte qui avait refusé de les suivre jusqu'au bout. Lire les Gentilshommes démocrates, par le marquis de Castellane. Paris, Plon-Nourrit.

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(( culbuter tous les gouvernements actuellece ment établis. » Et la note donne une longue suite de noms, où nous retrouvons notamment : le duc de la Rochefoucauld, le duc d'Aumont, Lafayetle, Mirabeau, Adrien Duport, Garât, Condorcet, Clavières, Barnave, Chapelier, Pétion, les frères Lameth, Héraut de Séchelles, Robespierre, Fournier l'Américain, Boyle, Irlandais ; de Saint-Severanda, Espagnol ; Verne, Suisse ; l'abbé Grégoire, Barrère, l'abbé Fauchet, Germain, beaufrère de Necker^... Et tous ces noms? Tous ces noms sont les noms mêmes des Loges du monde entier, depuis celles de Paris jusqu'à celles d'Amérique, en passant par cellesde Suisse, d'Irlande et d'Espagne. C'est le syndicat parisien de la Franc-Maçonnerie universelle, et qui met en pratique, par la Terreur, le précepte illuministe : « Que la force succède à l'empire invisible! Ecraseztout ce qui reste cVliommes que vous n'aurez pas convaincus \... IJ étincelle peut couver long-

l. Le P. Deschamps, les Sociétés secrètes et la Sociétéj l. I, p. 546 et suiv. Voir aux Documents.

temps sous la cendre^ mais le jour de l'incendie arriverai.,. » Le jour de l'incendie était arrivé, et si, après tout cela, on pouvait encore avoir un doute sur l'état de collaboration régulière où se trouvaient les chefs de la conjuration maçonnique avec les incendiaires et les assassins de profession, il faudrait encore lire ces souvenirs de Barruel : « J'en suis {( fâché, mais je ne puis le taire ; les honnêtes (( francs-maçons en frémiront, mais il faut (! bien qu'ils sachent à quels monstres leurs (( loges avaient été ouvertes. Dans tout mo- « ment d'émeute, soit à l'Hôtel de ville, soit ce aux Carmes, les vrais signes de ralliement, u le vrai moyen de fraterniser avec les bri- « gands,étaientles signes maçonniques. Dans « l'instant des massacres même, les bour- « reaux tendaient la main en francs-maçons « à ceux des simples spectateurs qui les ap- (' prochaient... J'ai vu un homme du bas « peuple qui m'a lui-même répété la manière « maçonnique dont les bourreaux lui présence talent la main, et qui fut repoussé par eux « avec mépris, parce qu'il ne savait pas ré-

« pondre, tandis que d'autres plus instruits « étaient au même signe accueillis d'un sou- « rire au milieu du carnage ^... «

Il faut abréger... Mais toute la Révolution, ou presque toute la R.évolution, et, dans la Révolution, presque toute journée révolutionnaire, s'explique ainsi par une permanente conjuration des Loges, où rien n'est aussi complètement absent que la spontanéité, et où les deux moyens de machination, selon les prescriptions exactes de Weishaupt, ne ces-

1. « ... J'ai vu même un abbé que ce signe maçonnique sauva des brigands à l'Hôtel de ville. Il est vrai que sa science maçonnique lui eût été inutile sans son déguisement ; car les brigands auxquels il avait échappé le recherchèrent quand on leur dit que c'était un abbé ! Il est vrai encore que le signe maçonnique eût été fort inutile aux « Frères » reconnus pour ce qu'on appelait des « Aristocrates » ; mais les abbés et les aristocrates maçons ne pouvaient que mieux y reconnaître combien ils avaient été dupes de la fraternité des arrièresecrets... » (Barruel, Mémoires, t. V, chap. xii.)

«... Quelques-uns de ces brigands habituellement soudoyés pour l'insurrection du jour se retiraient chez eux sur les dix et onze heures du soir ; j'entendis leurs adieux ; ils se les faisaient hautement en ces termes : « Ça n'a pas ^ndl été aujourd'hui ; adieu donc ; mais nous com^ptons sur toi demain. — Oui, demain ; à quelle heure ? — A l'ouverture de V Assemblée. — Chez qui V ordre ? — Mais, chez Miraheau, Chapelier, ou Barnave, à l'ordinaire... » Jusquesà ce moment, j'avais douté de l'audience que ces législateurs donnaient chaque jour aux brigands... » (Barruel, J&id.)

sent jamais d'être, un seul instant, la trahison la plus prodigieusement répandue, et la plus sauvage violence. Les faits de trahison rempliraient des volumes. Quoique servis encore par quelques fidélités admirables, comme par celle de Mandat qui ne fut certainement massacré que parce qu'il était fidèle, le Roi et la Reine étaient, en réalité, tout entourés et tout enveloppés de traîtres. C'est ce Savalette de Lange, si judicieusement placé à l'emploi de garde du Trésor royal\ C'est le ministre Necker, que toute une conspiration en règle impose à Louis XVI, et qui n'est mis là que pour le perdre ! C'est cette femme Rochereuil qui joue, avec tant de démonstrations larmoyantes, la comédie du dévouement à la Reine afin de se faire attacher de plus près à sa personne, et qui vient dénoncer en secret, au Comité des recherches, tous les préparatifs de la fuite à Varennes! C'est Mme Necker elle-même^ la femme du ministre en fonction, et qui écrit à son frère, le franc-maçon Germain, au moment des massacres d'Octobre, pendant les-

quels les bandes des massacreurs envahissent le château de Versailles pour y tuer le Roi et la Reine : «. Soyez tranquille^ tout ira bien ^. »

Et il s'agit, en effet, de tuer le Roi, tout a toujours été là. Mais le meurtre du Roi n'est pas encore facile, il est encore trop défendu par l'air et la terre mêmes du royaume. Néanmoins, on y arrivera, c'est une question d'entraînement, et les Loges s'en chargent. Elles ont toujours tout réglé, dès 1789, depuis ce 17 juillet où Louis XVI, à son arrivée à l'Hôtel de ville, avait déjà vu un bataillon former au-dessus de sa tète ce que le rituel maçonnique appelle la Voûte d'acier^ et elles régleront tout, jusqu'à l'exécution, qui sera encore elle-même la réalisation d'un autre rite ! Elles font ainsi les 5 et 6 octobre, où le Roi échappe, puis le 20 juin, où il échappe encore, puis le 10 août, où il n'échappe plus, mais où il s'en faut de peu! Il s'en faut même de si peu que la

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