CHAPITRE VI
L'armée des Sociétés secrètes
Si même parmi les plus haut gradés beaucoup de maçons ignorent le secret de la société dont ils font partie, tous les affiliés, ne fût-ce qu'au grade d'apprenti,n'en sont pas moins francs-maçons : ils portent partout ce caractère avec eux, sont en possession des signes et attouchements, et se trouvent liés par leurs serments à l'obéissance et aux obligations que l'ordre prétend imposer à ses adeptes. On les appelle membres passifs, par opposition aux membres actifs ou réguliers qui sont affiliés à une loge particuHère et paient la cotisation annuelle.
Or, beaucoup de personnages politiques, qui sont affihés et en bénéficient, n'aiment pas à fréquenter les loges, surtout en présence de leur envahissement croissant par des éléments sociaux assez inférieurs. D'autres tout simplement cherchent à se dispenser du paiement des cotisations. Ce qui nous confirme dans cette appréciation, c'est que la Chaîne d'union, dans son numéro de décembre 1882, se livre à de vives récriminations contre les hommes politiques, qui, après s'être servis des loges, les ont abandonnées et ne contribuent plus à leurs dépenses. Ils n'en servent malheu-
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reusement pas moins activement les projets des sectes.
Les écrivains maçonniques évaluent en général le nombre des membres passifs au triple de celui des membres actifs, ce qui donnerait un total de trois à quatre millions de francs-maçons.
A Paris, on comptait en 1880, d'après Vlndépendance belge, 15.000 membres actifs, et 120.000 qui ont quitté l'association, mais qui restent unis à leurs anciens collègues par une communauté de vues et de principes.
En France, le Grand-Orient groupait en 1883 près de 26.000 membres actifs, répartis entre environ 333 ateliers. Les trois autres puissances maçonniques françaises comptent à elles trois une centaine de loges, ce qui, d'après la même proportion, ferait 5 à 6 mille membres actifs. Le total de ces membres serait donc dans notre pays de 31 à 32 mille.
En Allemagne, en 1879, il y avait 354 loges fréquentées par 42.211 membres actifs.
Le Grand-Orient d'Italie comptait, en 1882, 185 ateliers, ayant plus de 9.000 membres actifs.
Aux États-Unis, existent 54 grandes loges, 10.000 loges possédant 700.000 membres actifs.
Ces chiffres suffisent à démontrer l'insuffisance des évaluations de Findel qui, en 1876, estimait pour le inonde entier le nombre des grandes loges à 120, celui des loges à 9000, comprenant de 400.000 à 600.000 membres actifs. A la statistique atténuée de cet écrivain maçonnique, qui ne veut pas faire entrer dans ses calculs les loges dites Irrégulières, nous
préférons les faits relevés par Pachtler, et qui portent le nombre des loges en 1874 à 11.000 ayant plus d'un million de membres actifs.
Ce chiffre considérable, qui s'est accru, dans certains pays, et dans le nôtre notamment, sous l'influence des succès de la Révolution, ne justifierait pas cependant, même en tenant compte de 52 revues entretenues par la secte, l'action exercée par la Franc-maçonnerie, si l'on négligeait deux considérations importantes :
r La collaboration des membres passifs, disséminés dans les petites villes et les campagnes, ou parvenus au faîte du pouvoir, comme l'était le F.*. Gambetta, comme l'est encore le F.*. Jules Grévy.
2^ Les associations secrètes ou non qui sont des formes simplifiées de la Franc-maçonnerie et dont il convient de parler ici.
Au point de vue de l'action internationale, les preuves abondent pour établir les rapports liant la Franc-maçonnerie aux diverses conjurations révolutionnaires , notamment le Carbonarisme et le Mazzinisme. Les sectes militantes n'ont fait que tirer les conséquences des prémisses posées par les loges. Une direction unique semble les faire mouvoir à certains moments.
En France, à la fin du XVIIP siècle, une association absolument occulte, qui s'intitulait V Ordre du Temple et qui était en relation étroite avec les Illuminés de Weishaupt, remplissait vis-à-vis des loges, et sans que celles-ci s'en doutassent, le rôle à' ordre intérieur^ et dirigeait leurs travaux. C'est ainsi qu'à la
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fin da siècle, rilluminisme parvint à dominer toutes les loges et tous les rites. Les hauts grades écossais servaient de sanctuaire à cet ordre intérieur, et c'est pour cela qu'ils ont toujours été reconnus par les puissances maçonniques^ raalgrô les protestations de noml)reux maçons des grades symboliques, et même malgré des schismes passagers. Les hauts grades ayant perdu de nos jours celte signification, ce n'est point dans leurs chapitres qu'il faut aller chercher le centre où se cache la direction de la Maçonnerie universelle, direction qui a continué cependant à exister, comme le prouve la brusque évolution de la Francmaçonnerie abandonnant Napoléon P^ en 1808, et de nombreux témoignages relatifs auxcon]plots tramés sous la Restauration. Un écrivain maçonnique attribue ce rôle à la continuation de Tordre du Temple. La Haute-Vente romaine, dont le gouvernement de Grégoire XVI a saisi les correspondances, exerçait une influence incontesiC'e sur les loges maçonniques de France et d'Allemagne . Un peu plus tard le centre de direction se déplace, et comme nous l'apprend le F.'. Malapert, orateur du Suprême-Conseil, dans un discours prononcé en 1874, « le mot d'ordre donné aux loges du monde entier part de Pétersbourg et de Berlin et non plus de Paris.» Vers 1840, elles deviennent livrées aux courants du pangermanisme et du pan-slavisme.
Les travaux de Eckert, le savant avocat saxou qui a dévoué sa vie à dévoiler les mystères des Sociétés secrètes, ont eu pour conclusion ({MQVordre in-
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térieur existait toujours et gouvernait souverainement la Maçonnerie de V ordre extérieur.
Dans une discussion sur la Franc-maçonnerie qui a eu lieu à la chambre des représentants de Belgique en 1882, le f.-. Berge, ancien grand-maître national, a prononcé ces paroles qui éclairent d'un jour bien net la question :
« Si les loges sont allaquées par le parti ultramontain, c'est parce qu'il sait bien que les loges sont les citadelles où on se réfugie quand monte le flot de la réaction et que si ces citadelles n'existaient pas, il y aurait longtemps que la réaction aurait triomphé. >
Le résultat auquel ses longues études ont conduit Eckert, est confirmé dans ses traits essentiels par ces paroles que M. Disraeli a jetées non sans dessein dans un de ses romans politiques et auxquelles ses derniers discours officiels donnent plus de portée encore :
«« Le monde est gouverné par de tout autres personnages que ne se l'imaginent ceux dont l'œil ne plonge pas dans les coulisses. Cette diplomatie mystérieuse de la Russie, qui est la terreur de l'Europe occidentale, est organisée par les juifs, et ils en sont les principaux agents.... Cette puissante révolution qui, actuellement même, se prépare et se brasse en Allemagne, où elle sera de fait une seconde réforme plus considérable que la première, et dont l'Angleterre sait encore si peu de chose, se développe tout entière sous les auspices du juif, à qui est échu le monopole presque complet de toutes les chaires professorales.»
M. Gougenot-Demousseaux, dans ses belles études sur le Juifj le Judaïsme et la Judaisation des
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peuples chrétiens (in-8" Paris 1869), a réuni un grand nombre d'indications sur les relations des hauts chefs de la Maçonnerie avec le Judaïsme. Il les résume ainsi : « La Maçonnerie, cette immense association « dont les rares initiés, c'est-à-dire dont les chefs « réels, qu'il faut se garder de conlondre avec les « chefs nominaux, vivent dans une étroite et intime « alliance avec les membres militants du Judaïsme, « princes et imitateurs de la haute cabale ! Car cette « élite de l'ordre, ces chefs réels que si peu d'initiés « connaissent, et qu'ils ne connaissent pour la plupart « que sous des noms de guerre, fonctionnent dans la « profitable et secrète dépendance des cabalistes « israélites. Et ce phénomène s'accomplit grâce « aux habitudes de rigoureuse discrétion auxquels « les les assujétissent des serments et des mena- « ces terribles, grâce encore à la majorité des « membres juifs que la mystérieuse constitution de la « Maçonnerie asseoit dans son conseil souverain. » Il reproduit dans les pages suivantes un article des Historisch politische Blœtter, de Munich, de 1862, où l'on signale l'existence en Allemagne, en Itahe et à Londres, de loges directrices inconnues au gros des maçons et où les juifs sont en majorité : « A Lon-. « dres, où se trouve le foyer de la Révolution sous le « grand-maître Palmerston, il existe deux loges jui- « ves, qui ne virent jamais de chrétiens passer leur « seuil. C'est là que se réunissent tous les fils de tous « les éléments révolutionnaires, qui couvent dans les « loges chrétiennes.» M. Gougenot-Demousseaux cite encore l'opinion d'un homme d'État protestant, au ser^
vice d'une grande puissance germanique, qui lui écrivait en décembre 1865:« Depuis la recrudescence réx< volutionnaire de 1845, je me suis trouvé en relations « avec un juif qui, par vanité, trahissait le secret des « Sociétés secrètes auxquelles il s'était associé, et qui « m'avertissait huit à dix jours d'avance de toutes les « révolutions qui allaient éclater sur un point quel- « conque de l'Europe. Je lui dois l'inébranlable co7i- « viction que tous ces grands mouvements des peu- « pies opprimés.^ etc., etc., sont combinés par une « demi-douzaine d'individus, qui donnent leurs or- « dres aux Sociétés secrètes de l'Europe entière ! » Un homme qui avait joué un rôle fort actif dans les révolutions d'Italie, vers 1830, et qu'un concours de circonstances très particuhères avait mis en rapport avec le Père Deschamps, Henri Misley, lui écrivait en 1855 :
« Je connais un peu le monde, et je sais que, dans tout ce grand avenir qui se prépare, il n'y en a que quatre ou cinq qui tiennent les cartes. Un plus grand nombre croient les tenir, mais ils se trompent ! »
H, Misley était en correspondance avec Espartero, Kossuth, Fazy, Cavour, le roi Victor-Emmanuel, et sur* tout Palmerston. Son opinion mérite donc d'être retenue comme celle d'un témoin très compétent et qui a vu clair dans le jeu de quelques meneurs s'imposant à la vaste catégorie des gens que Mazzini, après Weishaupt, appelait des « imbéciles » et a exploités comme tels. Or, les lettres de Misley indiquent, malgré la grande réserve de leur auteur, Faction du co-
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mité directeur pesant sur les cabinets européens et dirigeant toutes les sociétés secrètes, mais elles révèlent aussi les discussions qui existaient alors comme aujourd'hui entre les éléments divers dont ces socié^ tés sont formées.
Tout en admettant l'existence continue de ce centre de direction unique, nous sommes portés à croire que l'autorité de cette direction n'est pas toujours reconnue universellement, que parmi l'armée des sociétés, secrètes de nouvelles forces s'élèvent qui entrent parfois en conflit avec les anciennes, cherchent à s'emparer de la direction suprême, et ne se soumettent qu'à moitié à ses ordres en attendant qu'elles puissent elles-mêmes pénétrer dans ce centre souverain. De nos jours, Mazzini et la Haute-Vente romaine, Louis Napoléon et Mazzini, KarlMarxetM.de Bismarck, n'ont pas toujours pu s'accorder, malgré les liens qui les rattachaient les uns aux autres.
Dans un récit fort curieux que les événements ont jusqu'ici confirmé dans ses grands traits, le général Etzel, un des chefs les plus avancés de la Maçonnerie, aurait dit en parlant de M. de Bismarck, après le couvent de Locarno, en octobre 1872 : « Il est à nous « complètement, et le jour où nous le verrions titu- « bant, nous lui retirerions notre confiance, il le sait, « très bien.» Ce mot nous semble résumer exactement l'état de dépendance où sont, les unes vis-à-vis des autres, les différentes fractions des sectes et en même temps l'antagonisme, la défiance que la poursuite d'in-, térèts différents suscite entre elles, sans même parler des rivalités personnelles de leurs chefs.
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Ces discordes intestines sont souvent les moyens dont la Providence se sert pour arrêter l'essor de la Révolution et ménager aux peuples les moyens de se retenir sur la pente où ils sont emportés.
Si la Franc- maçonnerie s'appuie sur V ordre intérieur^ elle intervient aussi en préparant un personnel de choix à toutes les sociétés secrètes agissantes, et en fournissant un appui discret à ceux de ses membres qui s'engajent dans une carrière plus active.
Dès la réception au premier grade, le vénérable fait entendre à Vapprenti ces paroles significatives pour ceux qui ont l'esprit ouvert :
« Les maçons sont obligés de s'assister l'un l'autre par tous les moyens, quand l'occasion s'en offre. Les francsmaçons ne doivent pas se mêler dans des conspirations ; mais si vous apprenez qu'un maçon s'est engagé dans quelque entreprise de ce genre et est tombé victime de son imprudence, vous devez avoir compassion de son infortune, et le lien maçonnique vous fait un devoir d'user de toute votre influence et de l'influence de vos amis pour diminuer la rigueur de la punition en sa faveur. »
Toutes les sociétés secrètes actives, depuis les illuminés et les carbonari jusqu'à l'Internationale, se sont recrutées dans les loges maçonniques. Ce ne peut être évidemment que de l'aveu de leurs directeurs suprêmes.
Du reste, tous les fondateurs des sociétés secrètes se sont expliqués nettement sur le rôle que jouait la Franc-maçonnerie. Weishaupt, le fondateur en 1776 de la secte des Illuminés allemands, dont nous raconterons plus loin l'histoire, disait dans ses écrits
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destinés aux seuls iaitiés, mais qu'un hasard providentiel fit tomber dans le publicité (1) :
« Dans chaque ville un peu considérable, les chapitre secrels établiront des loges maçonniques des trois grades ordinaires. Ils feront recevoir dans ces loges des hommes de bonnes mœurs ^ jouissanù delà considération publique et d'une fortune aisée. Ces hommes-là doivent être recherchés et reçus francs- maçons, quand même ils ne devraient pas être utiles à Tllluminisme pour 7ios travaux ultérieurs.
« Laissez-moi-là les brutes, les grossiers et les imbéciles^ écrit-il dans le chapitre des exclusions des hauts grades. Il est cependant une espèce d'imbéciles h qui il ne faut pas le dire, parce qu'on peut tirer quelque avantage de leur sottise. Sans avoir de l'esprit, ils ont au moins des écus. Ce sont de bonnes gens que ces gens-là, et il nous en faut. Ces bonnes gens font nombre et remplisssent la caisse ; mettez-vous donc à l'œuvre ; il faut bien que ces messieurs mordent à l'hameçon ; mais gardons-nous bien de leur dire nos secrets. Ces sortes de gens doivent toujours être persuadés que le grade qu'ils ont est le dernier.
« Le député maître des loges, ordinairement réviseur des comptes, doit être aussi membre de notre chapitre : il fera croire aux loges qu'elles disposent de leur argent ; mais il doit employer cet argent, suivant le but de notre ordre. S'agit-il d'aider un de nos confrères, on en fait la proposition à la loge. Si ce confrère n'est pas maçon, n'importe ;
(1) Les écrits de Weishaupt et de ses principaux adeples, saisis et publiés juridiquement par le gouvernement de Bavière, furent déposés aux archives secrètes de Munich, avefî ordre du duc électeur d'en communiquer les originaux à quiconque aurait quelque doute sur leur authenticité. Barruel et Robiano en ont reproduit en français toutes les parties importantes, l'un dans ses Mémoires sur le Jacobinisme, l'autre dans son Histoire de l'Église, sans que personne en ait jamais contesté la vérité et l'exactitude.
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il n'en faut pas moins en venir à bout par quelque expédient.
« 0:i ne prendra point sur le capilal, afin que nous puissions trouver un jour des moyens ou des fonds pour de plus grandes entreprises. Il faut annuellement envoyer au chapitre secret le dixième de la recette de ces loges. Le trésorier, à qui ces fonds sont remis, les ramasse et cherche par toute sorte d'entreprises à les augmeater.
« Avant que de toucher à nos propres fonds pour aider nos confrères, il faut, autant qu'on le pourra, chercher à leur procurer des secours ou leur entretien sur les fonds des loges qui ne sont pas dans notre système. En général, il faut faire servira notre grand but l'argent que ces sortes de loges dépensent si inutilement. »
En 1822, un juif, membre de la Haute- Vente romaine, écrivait à un de ses complices de multiplier partout les associations, même celles qui sont en apparence inoffensives, et surtout la Franc- maçonnerie :
« Dans V impossibilité oîi nos frères et nos amis se trouvent de dire encore le dernier mot^ il a été jugé bon et utile de propager partout la lumière et de donner le branle à tout ce qui aspire à remuer.
« Cette vanité du citadin ou du bourgeois de s'inféoder à la Franc-maçonnerie a quelque chose de si banal et de si universel, que je suis toujours en admiration devant la stupidité humaine.
« Je m'étonne de ne pas voir le monde entier frapper à la porte de tous les vénérables, et demander à ces messieurs l'honneur d'être l'un des ouvriers choisis pour la reconstruction du temple de Salomon. Le prestige de l'inconnu exerce sur les hommes une telle puissance, que l'on se prépare avec tremblement aux fantasmagoriques épreuves de l'initiation et du banquet fraternel.
« Se trouver membre d'une loge, se sentir^ en dehors de sa femme et de ses enfants, appelé à garder un secret
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qu'on ne vous confie jamais^ est, pour certaines natures, une volupté et une ambition.
« Les loges peuvent bien aujourd'hui procréer des gourmands; elle n'enfanteront jamais de citoyens. On dîne trop chez les T.-. G.-, et T.*. R.-. F/, de tous les Orients ; mais c'est lin lieu de dépôt, une espèce de haras, un centre par lequel il faut passer avant d'arriver à nous. Les loges ne font qu'un mal relatif, un mal tempéré par une fausse philanthropie et par des chansons encore plus fausses, comme en France. Cela est trop pastoral et trop gastronomique, mais cela a un but qu'il faut encourager sans cesse.
« En lui apprenant à porter arme avec son verre, on s'empare ainsi de la volonté, de l'intelligence et de la liberté de l'homme. On le dispose, on le tourne, on l'étudié. On devine ses penchants ses affections et ses tendances ; quand il est mûr pour nous, on le dirige vers la société secrète. dont la Franc-maçonnerie ne peut être que l'antichambre assez mal éclairée.
.) La Haute- Vente désire que, sous un prétexte ou sous un autre, on introduise dans les loges maçonniques le plus de princes et de riches que l'on pourra... Une fois qu'un homme, un prince même, un prince surtout, aura commencé à être corrompu, soyez persuadé quil ne s'arrêtera guère sur la pente. Il y a peu de mœurs, même chez les plus moraux, et l'on va très-vite dans cette progression. Ne vous eflfrayez pas de voir les loges florissantes, lorsque le Carbonarisme se recrute avec peine. C'est sur les loges que nous comptons pour doubler nos rangs ; elles forment à leur insu notre noviciat préparatoire ; elles discourent sans fin sur les dangers du fanatisme, sur le bonheur de l'égalité sociale et sur les grands principes de liberté religieuse. Elles ont entre deux festins des anathèmes foudroyants contre l'intolérance et la persécution. C'est plus qu'il n'en faut pour nous faire des adeptes. Un homme imbu de ces belles choses n'est pas éloigné de nous ; il ne reste plus qu'à l'enrégimenter. »
Mazzini, le grand agitateur, comprenait bien aussi Tulilitô des loges et de toutes les associations libérales, même composées d'honnêtes bourgeois :
« Le concours des grands est d'une indispensable nécessité pour faire naître le réformisme dans un pays de féodalité. Si vous n'avez que le peuple, la défiance naîtra du premier coup, on Técrasera. S'il est conduit par quelques grands, les grands serviront de passe-port au peuple. L'Italie est encore ce qu'était la France avant la Révolution ; il lui faut donc ses Mirabeau, ses La Fayette et tant d'autres. Un grand seigneur peut être retenu par des intérêts matériels ; mais on peut le prendre par la vanité ; laissez-lui le premier rôle tant qu'il voudra marcher avec vous. Il en est peu qui veuillent aller jusqu'au bout. L'essentiel est que le terme de la Révolution leur soit inconnu. Ne laissons jamais voir que le premier pas à faire
« Associer, associer, associer, tout est dans ce mot. Les sociétés secrètes donnent une force irrésistible au parti qui peut les invoquer. Ne craignez pas de les voir se diviser; plus elles se diviseront, mieux ce sera ; toutes vont au même but par un chemin diffèrent. Le secret sera souvent dévoilé: tant mieux. Il faut du secret pour donner de la sécurité aux membres, mais il faut une certaine transparence pour inspirer la crainte aux stationnaires. Quand un grand nombre d'associés, recevant le mot d'ordre pour répandre une idée et en faire l'opinion publique, pourront se concerter pour un moment, ils trouveront le vieil édifice percé de toutes parts et tombant comme par miracle au moindre souffle du progrès. Ils s'étonneront eux-mêmes de voir fuir devant la seule puissance de l'opinion les rois, les riches, les prêtres, qui formaient la carcasse du vieil édifice social. Courage donc et persévérance (l). »
(1) lustruclioQ du l^r novembre 184G, publiées par Lubienski, Guerres et Révolutions d' Italie (Paris, Lecoffre 1852), p. 44.
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Ce qui prouve jusqu'à Tévidence la filiation de ces sociétés secondaires vis-à-vis de la Maçonnerie, qui est comme leur mère à toutes, c'est qu'au paragraphe 3 des statuts delà. Jeune Allemagne, publiés par l'autorité judiciaire dans l'enquête relative au meurtre de Lessing, il est expressément défendu à tous et à chacun de ses membres de s^agréger à aucune société secrète, hors celle des francs-maçons !
Il en est actuellement aiusi encore.
Dans la grande enquête sur les actes du gouvernement de la défense nationale à laquelle a procédé l'Assemblée nationale, M. deSugny a pu constaterque la Franc-maçonnerie avait toujours fourni leurs cadres aux sociétés secrètes les plus avancées et leur étatmajor aux sociétés populaires, qui sont dans sa dépendance.
Voici ce qui se passe maintenant en France, notamment dans l'Est et le Sud-Est. Chaque ville tant soit peu importante a une loge maçonnique composée de bourgeois et qui est en relation avec le centre. Cette loge ne compte pas seulement des adhérents dans la ville où son siège est étabU. Elle a dans tous les bourgs et villages des affiliés recrutés principalement dans les professions qui mettent en rapport avec le public, médecins, notaires, vétérinaires, marchands. Elle admet aussi, mais en petit nombre, certains ouvriers, que leur intelligence et leur fanatisme élèvent au-dessus de leurs camarades.
A leur tour ces affiliés sont, dans chaque village, dans chaque commune, à la tête d'une association composée de paysans ou d'ouvriers sous forme de cercles,
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de chambrées^ de sociétés chorales, qu'ils dirigent et qu'ils mettent au service de la loge sans que leurs membres fassent directement partie de la Maçonnerie. Suivant le tempérament des populations, leurs habitudes et le degré d'excitation politique, de véritables sociétés secrètes populaires se forment : telles étaient V Alliance républicaine de St-Étienne, la Charbonnerie de Die, qui ont été l'objet de procès en 1872 et 1873 et qui tombaient sous le coup de la loi à cause de l'affiliation formelle et des serments exigés. Des groupes de ce genre existent encore recrutés et affiliés à un centre directeur selon le même système secret. Ailleurs les associations publiques donnent presque les mêmes résultats. Par un système comme par l'autre, on arrive à ceci, c'est que dans chaque village de certaines parties de la France, un seul individu est le meneur incontesté de toutes les élections. Souvent rien dans sa situation sociale extérieure ne paraît justifier cette influence ; la vérité est que son pouvoir repose sur quelqu'une de ces organisations.
La Franc-maçonnerie a été de tout temps habile à grouper des catégories d'individus en vue de les préparer à l'initiation des loges, dont ils secondaient inconsciemment le travail destructeur. Ainsi la branche des Odd Felloivs^ qui a été transportée d'Angleterre en Allemagne sous le nom de Souderbaren Bruder^ et qui en 1874 comptait 1143 loges, est une véritable société dépendant de la Franc-maçonnerie, étroitement affiliée avec elle, et comme elle se proclamant « une institution destinée à délivrer le peuple des prêtres, des superstitions et du fanatisme.»
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Les Odcl-Felloivs des États-Unis et du Canada jouent le même rôle.
En 1845, ces procédés étaient saisis sur le vif par M. d'Horrer, ancien ambassadeur, qui décrivait ainsi Porganisation du parti radical en Suisse par les loges :
« Pendant celte longue période de conspirations d'une part et d'aveuglement de l'autre, la Suisse entière s'organisait en sociétés, dont le but et les démonstrations variaient à l'infini. Toutes n'avaient pas originairement pris la couleur révolutionnaire ; mais comme les loges et les ventes avaient eu soin d'y iaire entrer leurs principaux dignitaires et leurs plus hardis orateurs, toutes tombèrent un peu plus tôt, un peu plus tard, sous leur direction occulte, c'est-à-dire sous le joug de la vassalité maçonnique. Telles furent les sociétés helvétique, géologique, archéologique-, d'histoire naturelle, de musique, d'agriculture, et jusqu'à cette association banale qui se disait d'utilité commune, véritable hospice intellectuel et scientifique, destiné à recevoir quiconque avait l'ambition d'appartenir à quelque association patriotique, sans avoir cultivé aucun art ni aucune branche de savoir quelconque. Pour le peuple, on imagina les a550ciafion5 fl'c cha7it, oïl il recevait inter pocula des leçons de libéralisme, c'est-à-dire d'impatience de toute autorité à laquelle lui-même ne prendrait pas une part active et prépondérante. Toutes ces sociétés étaient primées par celle des i^rana-iirew?^5 [Schulzen-Gesellschaft)^ qui bientôt embrassa toute la Suisse. »
Actuellement, en France, la Maçonnerie emploie les mêmes moyens. Elle a fondé à côté d'elle, il y a quatorze ans, la Ligue de renseignement et ses cercles, puis l'œuvre du soie laïque, associations philotechniques et autres organisations semblables. A Bor-
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deaux, les loges ont créé une œuvre maçonnique des crèches^ sur laquelle sont greffées deux œuvres composées de tout jeunes gens appelés les Amis réunis et les Frères unis. L'évêque de Verdun a indiqué avec une grande précision cette situation à propos du type de cette seconde couche maçonnique :
« Les propagateurs les plus ardents de la Ligue, par leur union étroite avec la Franc-maçonnerie et les œuvres qu'elle patronne, par leur adhésion aux publications, aux manifestations les plus antichrétiennes, prouvèrent que la neutralité religieuse, dont la Ligue avait promis de ne point se départir, n'ébait qu'un stratagème pour surpendre Icg âmes sincèrement croyantes... Mettons tout en œuvre pour soustraire nos jeunes générations aux influences qui cherchent à les séduire en flattant leur orgueil, leur indépendance, leur présomption et leur inexpérience. C'est dans ce but que la Ligue patronne ouvertement de* réunions, des cours publics, des conférences. C'est dans ce même but qu'elle cherche à s'emparer des réunions de toute nature, cours de dessin, cours d'adultes, orphéons, sociétés de gymnastique, afin d'enrôler dans ses cadres la jeunesse entière. {Circulaire du 1 janvier 1882.)
Au troisième congrès des loges de l'est, qui a eu lieu à Nancy en juillet 1882, la tactique des loges en cette matière a été exposée avec toute la clarté désirable par le rapporteur d'une commission chargée d'étudier la formation dans cette ville d'un cercle d'étudiants.
« Nous pensons qu'à la Maçonnerie incombe le devoir et appartient l'honneur de réveiller l'esprit d'association en France. Nous estimons, toutes les fois qu'est lancée dans une ville une idée bonne et généreuse, quelle qu'elle soit, d'où qu'elle vienne, qu'un groupe de maçons doit se for-
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mer dans la loge avec l'approbation et l'appui de leur atelier pour fonder la société qui réalisera cette idée et la fera passer dans le domaine des faits.
« Telle est d'ailleurs la vieille pratique de toutes celles des loges qui se tiennent à la tête de notre Maçonnerie. Pour ne citer que quelques exemples, la grande société industrielle de Mulhouse, lasociélé des loyers de Strasbourg, les fourneaux économiques de Nancy, les banques populaires récemment installées à Paris, la ligue de l'ens'^.ignement par toute la France, toutes ces créations ont été élaborées par le travail de nos ateliers.
« Quand, sous l'inspiration d'une loge, un noyau de maçons, aidés de tous les amis profanes, ont ainsi créé une société quelconque, ils ne doivent pas en laisser la direction à des mains profanes. Tout au contraire il faut qu'ils s'efforcent de maintenir dans le comité directeur de cette société créée par eux un noyau de maçons, qui en restent comme la cheville ouvrière, et qui, tenant la direction de la société en leurs mains, continueront à la pousser dans une voie conforme aux aspirations maçonniques.
Quelle force n'aura pas la Maçonnerie sur le monde profane, quand existera autour de chaque loge comme une couronne de sociétés, dont les membres dix ou quinze fois plus nombreux que les maçons, recevront des maçons Vinspiration et le but, et uniront leurs efforts aux nôtres pour le grand œuvre que nous poursuivons! — Ce cercle une fois fondé, on devra avec soin y perpétuer un noyau de jeunes maçons de manière à ce que la jeunesse des écoles se trouve directement soumise à l'influence maçonnique.»
Avec ces organisations-là, la Maçonnerie peut à certains moments agir puissamment sur l'opinion, et, maintenant qu'elle est devenue une institution quasiofficielle, elle multiplie les manifestations extérieures faites pour frapper les masses populaires.
Tel a été par exemple un grand festival donné par
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les loges de Bordeaux dans le jardin public, le 24 Juin 1879. Toutes les sociétés musicales y exécutaient la Marseillaise; des quêtes étaient faites par les jeunes membres des Frères réunis et des Amis réunis. Puis l'on tirait un feu d'artifice, « dont la pièce principale, « portant en frontispice Œuvres maçonniques, vient « rappeler aux dix-sept mille personnes pressées dans -« les allées du jardin le but que poursuit la Maçonne- « rie. »
Le Monde maçonnique, à qui nous empruntons ce récit, débute en faisant remarquer que la fête a eu lieu « au moment où les dernières bannières des « processions rentraient dans leurs sacristies respec- « tives. »
On voit là la pensée secrète des loges, qui est de remplacer le culte religieux par des fêtes publiques, comme sous la Convention. La Maçonnerie cherche ainsi à offrir au peuple une diversion, car les loges ont été assez puissantes dans bien des villes pour faire interdire les processions catholiques par l'autorité administrative, contrairement au Concordat et au véritable esprit de la loi.
Dans d'autres pays la Maçonnerie emploie d'autres formes, mais son mode d'action est toujours le même au fond. Ainsi dans l'Amérique du Sud, elle s'était, par des procédés semblables, emparée des confréries religieuses. Un vénérable évêque a été obligé, à la Martinique, de dissoudre toutes les associations de pénitents, et mêmes les confréries de femmes parce qu'elles étaient tombées sous la direction des francsmaçons. Ils n'en affdiaient pas directement les mem-
l'armée des Sociétés secrètes 81
bres à la Maçonnerie, mais ils leur faisaient jurer le secret, faisaient tenir les réunions dans la soirée et les détournaient par là peu à peu de leur but primitif pour les mettre au service du pouvoir occulte des sectes.
C'est là le grand danger que présentent les nombreuses sociétés secrètes, qui se forment aux États- Unis et au Canada, pour défendre des intérêts professionnels ou nationaux, telles que VA7icient order of Hibernians, un de plus répandus actuellement, les Féniaiis et bien d'autres . Elles deviennent facilement les instruments des meneurs cachés.