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CHAPITRE VIII

LES GRADES DE RoSE-CrOIX ET LE CHEVALIER

Kadosgh

Cet athéisme grossier à peine déguisé, ce panthéisme sert non-seulement de base aux trois premiers degrés de la Maçonnerie, bases eux-mêmes ou tronc de toutes ses branches et de toutes ses sectes diverses ; mais il monte et se développe avec elles jusqu'à leurs plus hautes sommités, enfantant les sombres complots, les haines sauvages, détruisant dans les intelligences et les cœurs tout ce qui peut y rester de religieux et de social.

Pour ramener l'homme et le monde au seul culte de la nature et achever la construction de son temple, il faut, tout en continuant d'étendre et d'affermir le naturalisme panthéiste, abattre et vaincre leurs trois ennemis : la religion révélée, la société formée par elle ou dont elle est le fondement et le lien, la royauté eûfm ou les magistratures qui en sont les défenseurs et les gardiens. Tel est le but, nous venons de le voir, de la Maçonnerie bleue ou symbolique ; tel est le but encore, plus expressément avoué parla

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Maçonnerie rouge et philosophique ou des hauts grades.

Parmi ceux-ci nous relèverons seulement ceux de Rose-Croix^ de chevalier Kadoscli; mais tous ont pour but de faire disparaître sous de nouvelles images et de nouvelles hypothèses le Christianisme, qui ne s'en dresse pas moins contre le travail de démolition panthéiste, démolition commencée sous le nom même de construction du temple. Les noms de Dieu et de Jésus-Christ son fils, les noms de pape, d'évèques, de prêtres, tiennent une trop large place dans les inteUigences et dans les cœurs ; ils sont écrits dans trop de monuments historiques depuis dix-huit siècles, et au milieu de tous ces royaumes et de toute cette civilisation qu'ils ont façonnée comme l'abeille fait sa ruche, pour s'effacer si facilement et si vite. Aussi la Francmaçonnerie mullipHe-t-elle ses instruments de vengeance, de calomnie de crime et de sacrilège.

Les maîtres en Maçonnerie ne sont pas d'accord sur l'origine du grade de Rose-Croix. Ceci importe peu. Ce qui est certain, c'est que dans les rituels français modernes et écossais, et dans les interprétations officielles, il accentue l'esprit de la Franc-maçonnerie, le fond de sa haine contre toute religion en général, contre la rehgion catholique en particulier. Commençons par l'exposition des principaux points du grade, tels qu'ils se trouvent dans les rituels consacrés :

« La loge doit être tendue de rouge, et, à l'Orient, au lieu d'un trône, c'est un autel triangulaire dont une face est tournée vers l'Occident. Sur cet autel, il faut un grand tableau en transparent, représentant un calvaire. Les deux

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croix des côtés sont nues ; mais sur celle du milieu, il y a une rose et une draperie entrelacée, et au-dessus l'inscription qui était à la croix du Sauveur. Au bas, sur le devant du tableau, il y a des colonnes brisées, sur les débris desquelles des gardes endormis, et au milieu d'eux on voit une espèce de tombe dont la pierre est dérangée, et de laquelle il sort un linceul. C'est la décoration de la loge toutes les fois qu'on y tient chapitre. Mais lorsqu'il y a réception, toute la tenture, le transparent et l'autel doivent être recouverts de noir. Alors il faut trois grandes colonnes triangulaires dont les noms écrits dessus en transparent sont ceux des trois vertus théologales, de manière que la Foi est à l'Occident, l'Espérance au Midi et la Charité à TOrient.

« Pour donner le grade de Rose-Croix, il faut encore deux autres appartements : l'un que l'on nomme chambre des pas perdus, où il n'y a qu'une table pour écrire et des sièges pour le candidat et ceux qui s'y trouvent ; et l'autre appelée chambre obscure, assez sombre pour qu'on n'y puisse rien voir ; dans cette dernière, il n'y a que des chaînes pour intimider le récipiendaire pendant son voyage.

A l'ouverture de la loge, le ti^ès sage est assis sur la troisième marche de l'autel, qui en compte sept, la tête appuyée sur une de ses mains. Après les premiers ordres, il dit : Mon frère, vous me voyez accablé de tristesse ; tout a changé de face ; le voile du temple est déchiré, les colonnes de la Maçonnerie sont brisées, la pierre cubique a sué sang et eau, la parole est perdue, et consummatum est. Très respectable premier et second chevaliers, voyez chacun sur votre colonne si, à l'aide de nos dignes chevaliers, vous ne pourriez pas la recouvrer ; alors vous viendrez me la rendre.

« Ils obéissent ; chaque frère leur donne le mot, bas à l'oreille ; et le très sage dit : Très respectable premier chevalier, à présent que la parole est retrouvée, que nous restet-il à faire ?

M Le premier chevalier -. Très sage, respecter les décrets du Très-Haut, rendre hommage au suprême architecte, et

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nous humilier sans cesse devant tout ce qui peut retracer son image (1).

«le très-sage : Oui, très respectables chevaliers, voilà le but de nos travaux ; mes frères, fléchissons le genou devant celui qui nous adonné l'être.

« En disant ces mots, il se lève, ainsi que toute l'assemblée ; chacun se tourne du côté de l'Orient, fait le signe, s'incline et met un genou en terre. Le souverain chapitre est ouvert.

« Après les préliminaires ordinaires, le récipiendaire, préparé dans la première chambre par l'orateur et le maître des cérémonies, qui ont pris son nom et lui ont donné 33 ans d'âge, est introduit dans la loge, alors voilée en noir, parsemée de larmes blanches. Tous les frères ainsi que le très sage ont pris ou doivent prendre un air triste.

« Très-sage, dit le premier surveillant, voici un digne chevalierj de l'Orient qui se présente au souverain chapitre pour obtenir la faveur d'être admis au sublime grade de Rose-Croix.

« Le très-sage : Digne chevalier, qui êtes-vous ?

« Le récipiendaire : Je suis né de parents nobles de la tribu de Juda.

« Le très-sage : Quel est votre pays ?

« Le récipiendaire : La Judée.

« Le très-sage : Quel art professez-vous ?

« Le récipiendaire -. La Maçonnerie.

« Le très-sage -. Digne chevalier, vous m'inspirez la plus parfaite estime ; mais vous nous voyez accablés de tristesse ; tout est changé, le premier soutien de la Maçonnerie n'est plus, le voile du temple est déchiré, les colonnes sont brisées, les ornements les plus précieux sont enlevés et la parole est perdue. Nous n'avons d'espérance de la retrouver

(1) L'étoile flamboyante, le Delta et la lettre G ou J, sont placés à l'Orient, et c'est devant ces signes que, sans superstition ! ils s'cigenouillent et adorent le iJieu-feu ou Pan.

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que dans votre courage. Nous promettez-vous de l'employer pour nous?

« Le récipiendaire : Oui, très sage.

« Le très-sage : Venez ici nous en donner l'assurance en prêtant serment que, si vous venez à connaître nos mystères, vous en garderez le plus profond silence.

« Le serment prêté, un genou en terre, auprès de l'autel triangulaire, le très sage le relève ; le maître des cérémonies lui fait faire le tour du chapitre en lui montrant successivement les trois colonnes: foi, espérance et charité; puis le conduit à la chambre obscure, lui en fait faire sept fois le tour et l'introduit de nouveau dans la chambre du souverain chapitre, d'où les tentures noires ont été enlevées, et ont laissé à découvert la chambre rouge dans tout son éclat et ses ornements.

« Le très sage lui fait alors les dem.andes suivantes, auxquelles le frère qui le conduit lui dicte les réponses :

« D. D'oïl venez-vous ?

« R. De la Judée.

« D . Par où avez-vous passé ?

« R. Par Nazareth .

« D. Qui vous 3 conduit ?

« R. Raphaël.

« D. De quelle tribu êtes-vous ?

« R De la tribu de Juda.

« D. Rassemblez les lettres initiales de ces quatre noms, que font-elles ?

« R. lari.

« Le très-sage : Oui, mon frère, c'est l'inscription que vous voyez en haut de cette croix et la parole que nous avons perdue et que votre zèle nous a fait retrouver. Venez au pied de cet autel recevoir le pri^: qui vous est dû.

« Le récipiendaire obéit, et lorsqu'il est à genou au pied de l'autel, le très sage lui met son épée nue sur la tête et dit à haute voix: En vertu du pouvoir que j'ai reçu de la métropole loge d'Hérédon, et devant cette auguste assemblée de chevaliers, mes frères et mes égaux, je vous admets, re-

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çois et constitue à présent et pour toujours chevalier prince de l'aigle et du pélican^ parfait maçon libre d'Hérédon^ sous le titre souver [lin de Rose-Croix.

« Le très-sage le relève ensuite, lui donne le cordon, la parole, le signe et l'attouchement ; la parole est Inri. »

Tel est le grade de Rose-Croix au rite écossais.

Le môme grade du rite ancien réformé, ou rite français, n'en diffère que dans la rédaction des formules et les accessoires.

L'odieuse parodie delà mort de N.-S. Jésus-Christ et des mystères eucharistiques s'y trouve encore plus accentuée dans cette réponse adressée au très sage demandant, à Touverture de la loge : Quelle heure est-il ?

Le premier surveillant répond : « L'instant où le voile du temple fut déchiré, où les ténèbres se répandire?it sur la terre, où la lumière fut obscurcie, où les colonnes et les outils de la Maçonnerie furent brisés, où V étoile flamboyante disparut, où la pierre cubique sua sang et eau, où la parole fut perdue, »

« L'habillement du candidat est fait en forme de chasuble très-courte ; au milieu il doit y avoir une croix de ruban de couleur ponceau ; sur le tablier il y aura un grand J.-., et un peu plus loin Jéhovah, qui veut dire la parole expirante; au milieu du tablier sera un globe représentant le monde, ce globe entortillé d'un serpent. Le maître doit porter une étoile flamboyante sur le cœur, au milieu de laquelle ja lettre G.", et autour des'pointes, les lettres F. • (foi), E.*. (espérance), C... (charité). Tous sont censés assis à terre sur des banquettes de six pouces de hauteur en signe de deuil.

« Le récipiendaire répond, quand il lui est demandé ce

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qu'on a fait de lui après son serment : L'on m'a revêtu des marques de douleur et de repenti?^ ; l'on m'a appris ce que signifiait chaque chose et en mémoire de quoi je ta faisais. Ensuite tous les chevaliers ont fait un voyage commémoratif, lequel nous a fait passer de la tristesse à la joie, après avoir parcouru des chemins obscurs (1) ».

Et le reste comme au rite écossais.

Dans le banquet qui suit la réception, la table, en forme de croix, se nomme autel; les verres, calices; le pain et le vin s'y distribuent comme à la dernière cène du Sauveur, et les membres s'y rendent deux à deux, portant chacun une baguette à la main.

Or, quelques efforts que l'on fasse pour donner le change aux dupes et aux profanes, il est évident qu'il ne s'agit dans ce grade que du Dieu des chrétiens, de Jésus-Christ. Le récipiendaire a pour objet de le figurer, comme dans les grades précédents il a figuré successivement Zorobabel, le maître Hiram, l'homme de la nature, etc.; c'est son âge qu'on lui donne, 33 ans ; ce sont les initiales de son nom inscrit au haut de la croix ; il est de son pays, de la tribu de Juda, d'une famille noble.

Il est évident encore qu'il s'agit de sa mort. C'est d\me chasuble avec la croix du haut en bas et en travers que le récipiendaire est revêtu. C'est sa croix, ce sont les signes qui accompagnèrent sa mort; c'est un calvaire avec ses trois croix., celle du milieu avec une draperie entrelacée^ et au haut iHnscription Inri; c''est Vimage du saint mont, sur lequel

(l) Manuel 'pratique du franc-maçon (Rose-Croix), p. 97, 127,

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le fils du grand architecte expire^ qui y sont représentés, disent les rituels et les manuels adonliiramiles, écossais et français. Au dessous de la croix est le tombeau ouvert^ symbole de sa résurrection ; aussi est-ce le vendredi-saint que les Rose- Croix tiennent leur chapitre et font leurs réceptions.

Il est évident encore, et les deux rituels le disent en termes exprès, que, par cette mort et par la résurrection qui Ta suivie, le voile du temple, dont la Maçonnerie prétend être la succession, a été déchiré; que les soutiens de la Maçonnerie, ses colonnes, ses outils ont été brisés ; que la pierre cubique, emblème du dieu Pan et du panthéisme, a sué sang et eau ; que le mot sacré qu'elle contenait, aussi bien que l'étoile flamboyante avec la lettre G ou le Dieu-nature^ le Dieu-tout^ ont disparu ; que la parole retrouvée dans les grades d'écossais s'est de nouveau perdue ; que toute la Maçonnerie porte le deuil, accablée de tristesse.

A peine le récipiendaire, de retour de son voyage dans la chambre obscure avec les frères qui lui ont fait voir et entendre toutes les choses^ a-t-il fait connaître ce qu^il est, et formé avec les initiales des mots par lesquels on a fait connaître son signalement, le nom de /nr^, aussitôt tous les frères sont rentrés dans la joie', la loge s'est illuminée, l'étoile flamboyante a reparu plus brillante que jamais, le soleil et la lune ont repris tout leur éclat, les ténèbres se sont dissipées, les colonnes du temple se sont relevées, la lettre G ou J s'est montrée sous le dais au haut de l'Orient, entourée de gloire, la parole perdue a été

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retrouvée et la pierre cubique et la croix rose replacées au sommet du calvaire ou du mont sacré, figuré par les trois triangles et les trois circonférences.

Que signifie tout ce mystérieux imbroglio si astucieusement confus ? L'explication en est facile pour tout profane qui veut réfléchir, aussi bien que pour le récipiendaire. Il n'y en a qu'une seule possible, tant le secret est transparent.

La divinité de Jésus-Christ étant un dogme irrévocablement acquis, sa religion étant démontrée divine, c'en est fait de tous les mystères d'Athis, de Mithra, d'Isis, d'Ormuz et d'Ahrimane ; c'en est fait delà Maçonnerie elle-même, de ses initiations mystérieuses et de ses initiés ; ses princes très puissants ou très sages ne sont plus que des insensés ou des imposteurs ; l'étoile flamboyante, emblème de la seule et multiple divinité des maçons, est éteinte à jamais ; la parole panthéiste et athée est perdue pour toujours.

Aussi le deuil et la tristesse ont-ils envahi la très haute et souveraine loge. Un cri a retenti dès lors au fond des antres souterrains et de leurs chambres noires : c'est le cri proféré par le plus célèbre des maçons philosophes : A bas l'infâme !

INRI, le secret, la parole sacrée du rose-croix, n'a plus signifié pour les sociétés secrètes qu'un homme venu de la Judée, passant par Nazareth, conduit par Raphaël et appartenant à la tribu de Juda, un homme comme un autre, un juif mort sur la croix infâme ! Le reniement du Christ, le blasphème total, telle est, dans ses plus hauts grades, comme dans ses plus infimes, toute la science maçonnique. Quand ses

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adeptes se sont crus assez nombreux et assez forts, c'est dans des repas publics longtemps annoncés d'avance, et le vendredi-saint^ qu'ils ont célébré leur triomphe impie.

Les rituels de ce ce grade, dont l'importance dans la Maçonnerie est capitale, expliquent dans quel sens les interprètes de la secte semblent quelquefois exalter Jésus-Christ. Ils en font un Christ humanitaire, le représentant le plus élevé de l'être^ comme l'a dit Renan dans son œuvre éminemment maçonnique de la Vie de Jésus. C'est là un point de vue sur lequel il faut être bien fixé pour juger des œuvres delà littérature et de la philosophie éclectiques, où les formules de la religiosité loMdxii un grand rôle. Il faut examiner si elles présentent Notre-Seigneur Jésus-Christ comme Dieu réel et vivant, Verbe incarné, seconde personne de la sainte Trinité. Or, elles évitent de se prononcer sur ce point, et alors elles sont des œuvres maçonniques. C'est là ce que, dans le langage actuel des loges, on appelle la transformation, le perfeotion7iement du sentiment religieux (1).

Cette influence de la doctrine maçonnique sur la littérature contemporaine est plus grande qu'on ne le croit. Une foule d'auteurs en renom, à commencer par Renan, sont allés chercher dans Ragon et Clavel des systèmes d'interprétation religieuse qu'ils jettent ensuite avec un vain appareil d'érudition, en pâture au public peu instruit.

(1) V. travaux de la loge la Parfaite Union de Mons, cités par le Courrier de Bruxelles du 30 août 1870.

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Ragoa termine son interprétation de ce grade par ces paroles, qui en démontrent toute la portée :

« Le grade de Rose-Croix, consacré au triomphe éclatant de la vérité sur le mensonge, de la liberté sur l'esclavage^ de la lumière sur les ténèbres, ou de la vie sur la mort^ sous le voile du culte évangélique^ développe, couronne et sanctifie tout. Le travail maçonnique est complet et s'arrêle ici. »

Et cette vérité, cette liberté, cette lumière, celte vie ne sont autre chose que le culte de la nature, la régénération universelle La rose est l'emblème de la femme, comme la croix celui de la virilité ou du soleil, et leur assemblage, le lingam indien, tout ce qu'il y a de plus honteux dans la fange du culte idolàtrique des Indes.

Aussi tous les blasphémateurs de ladivinité de Notre- Seigneur Jésus-Christ sont particulièrement chers à la Maçonnerie. Après la pubhcationde la Vie de Jésus par Renan, une souscription fut faite dans toutes les loges belges pour offrir une plume cVor à l'auteur. Tout récemment, quand son prédécesseur, l'allemand Strauss, est mort, le Bauhûtte, journal maçonnique de Leipzig, célébrait ainsi sa mémoire :

« Il a accompli son grand œuvre ! Salut à lui ! Un francmaçon doit se sentir obligé en conscience de tirer des méditations de cet héroïque illuminateur des résolutions fécondes pour l'activité des loges. Des milliers et des millions de frères sympathisaient de cœur avec ce puissant destructeur, qui s'aidait à déblayer le plan sur lequel doit s'élever le temple de l'humanité de l'avenir ! »

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Tous les grades maçonniques inspirent le mépris de la papauté, clef de voûte de la religion, en excitant dans Fàme des initiés la haine de toute révélation et de toute autorité religieuse.

Elle s'affirme encore plus dans le dernier grade philosophique, celui de chevalier Kadosch ou de chevalier de V aigle blanc ou noir, que les rituels représentent à Tenvi comme celui où l'initiation devient complète. Voici comment s'explique le Tuileïorde CÉcossisme :

« 30" degré, grand inquisiteur; grand élu, cJievalier Kadosch, dit aussi chevalier de l'aigle blanc et noir. Quoique les écossais ne confèrent jamais, disenl-ils,ce grade que par communication, et qu'il n'occupe dans le rit ancien que le 30« degré, l'on ne doit pas moins le considérer comme dernier terme, comme but réel de l'Écossisme, de môme qu'il est le nec 'plus ultra de la Maçonnerie templière. On y commémore l'abolition de l'ordre des Templiers par Philippe le Bel et le pape Clément V, et le supplice du premier grand-maître Jacques Molay, qui périt dans les flammes le 11 mars 1314. »

Il n'est plus question d'Hiram et de sa fin tragique. Ce personnage allégorique est remplacé par J.-M.B. Jacobus Burgundus Molseus, dont le récipiendaire doit venger la mort, soit figurativement sur les auteurs mêmes de son supplice, soit implicitement sur qui de droit. Ici cesse toute possibilité de l'allégorie, puisqu^il y a une légende, authentiquement reconnue historique. En vain nous répète-on avec complaisance que le Kadosch de France est purement philosophique. Des hommes incapables de réfléchir peuvent

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seuls s'y tromper. Oa pourrait dire à la rigueur que la vengeance indéterminée, qui porte sur la mort du soleil, est très susceptible d'une interjorétation physique. Mais du moment que la vengeance est motivée et historiquement spécifiée, nous ne voyons plus dans le récipiendaire qu'un apprenti assassin. Clément VI et Philippe le Bel n'existent plus sans doute ; mais nous avons des rois et des pontifes. Guerre au trône et à l^ autel ! est le grand cri de l'ordre. Le farouche Nekam Adonaï a produit les illuminés^ les carhonari ; dans les mains d'hommes exaltés, aidés de circonstances favorables, il donnera constamment de pareils résultats. Ge n'est pas ici le lieu d'examiner si les Temphers furent innocents ou coupables, mais que le récipiendiaire honnête réfléchisse sur ce qu'il voit, sur ce qu'on lui propose, sur ce qu'on exige de lui, sous le sceau d'un serment exécrable ; il frémira sans doute à la seule pensée d'entrer dans une pareille association.

Le chevalier Kadosch est représenté dans les rituels comme l'homme définitivement affranchi, comme V homme réintégré dans la liberté et V ég alité primi' tives. Pour lui il n'y a plus de loi imposée par une autorité quelconque. Moi, rien que moi, tout à moi, tout pour moi, par tous les moyens, telle est l'odieuse morale de celui qui ose prendre le titre de sage, du vrai Kadosch, de Villuminé ; et l'on agite encore la question de savoir si les sociétés secrètes sont dangereuses !

Le grade de Kadosch figure dans beaucoup de rites. Il est l'essence du rite écossais. Les rituels varient.

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suivant que le but que Von s'ij propose est plus ou moins clairement exprimé. Celui qu'ont adopté la plupart des loges de France est extrêmement mitigé. Il est assez significatif cependant :

« Le vrai chevalier Kadosch, dit Ragon, est le résumé de la plus sublime philosophie : c'est le complément essentiel DE LA VÉRITABLE Magonnerie ; il porte avec raison le titre de nec plus ultra, — les trois degrés au-dessus ne sont qu'administratifs, — et ne doit être composé que de l'élite des maçons. Sanctuaire, loyer d'intelligence pour les sages qui se trouvent admis, il est destiné à signifier le but de la

Franc-maçonnerie dans tous ses degrés Ce

grade est le seul dans lequel la haute maçonnerie, dite philosophique., soit réellement digne de son objet, et le seul que puisse ambitionner un maçon éclairé. C'est le but

MÊME DE LA MaçONNERIE DANS TOUS SES DEGRÉS. »

Qu'on remarque bien et qu'on pèse attentivement tous ces mots ; qu'on se rappelle ensuite l'authenticité maçonnique du livre d'où ils sont tirés, et l'autorité de son auteur, un des rédacteurs des cahiers des grades et du classement des rites au Grand-Orient de France, et l'on sera convaincu qu'il est impossible de rien trouver de plus décisif sur le but ultérieur de la Maçonnerie.

« Le chevalier Kadosch quitte le crayon et le burin (symbole des premiers grades et des chapitres) pour dresser des balustres, qu'il date près du buisson ardent, B/. A.-., image DU FEU, symbole de la vérité, qui indique suffisamment l'occupation des frères dans ce degré, ou plutôt qui révèle l'esprit philosophique du grade. L'existence d'un grade élevé, où les maçons inférieurs n'arrivent qu'après avoir donné à l'ordre de longues preuves de capacité et de dévouement, es5ï.

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de toute nécessité.... Le chevalier Kadosch doit être prêt à se charger de tout ce qui lui sera ordonné pour le bonheur de Vhumanitè et le triomphe du bien. Il connaît l'homme moral, intellectuel, civilisé, et toute ta nature extérieure; il connaît aussi ses droits et ses devoirs généraux. Le Kadosch n'est donc pas seulement le maçon des loges, le maçon des chapitres, mais admis au troisième sanctuaire, c'est à lui que s'adresseraient ces deux préceptes des anciennes initiations: Adonnez-vous à la science de la nature^ étudiez la politique pour le bonheur de vos semblables . Pénétrez les secrets de la religion et des hautes scimces, e: communiquez vos idées avec prudence. Ainsi, chez les anciens, la politique, basée sur la morale, était l'art de gouverner les hommes en les rendant heureux, et les mystères religieux faisaient parlie des hautes sciences.

« L'initié étudiait donc et la politique et la religion ; mais dans les temps postérieurs, où la barbarie et le fanatisme exercèrent leurs ravages, le citoyen perdit ses droits et son titre d'homme ; le prêtre oublia ses devoirs et perdit ses secrets religieux ; le despotisme du pouvoir, uni au despotisme du sacerdoce, devint de plus en plus ombrageux et cruel; et pour exercer leur puissance et conserver leur empire, ils retinrent le plus longtemps qu'il leur fut possible le peuple dans l'ignorance et la servitude.

« Combien les mystères maçonniques seraient dégénérés si, comme le pense et le proclame le vulgaire des maçons^ le haut initié moderne, qui appartient hVélite de la société, ne devait s'occuper ni de religion, ni de politique !

« Lorsqu'on interroge un chevalier Kadosch sur son âge , il répond: Un siècle et plus, ou bien : Je ne compte plus. I^ ne porte point de tablier, parce que pour lui l'ouvrage est fini ['[). »

Cl) Cours^ etc., p. 374, 375. — Ou bien encore, selon l'explicatioa donnée par le profond interprète sur la nécessité du tablier au grada d'apprenti, parco que les préjugés ont disparu pour le chevalier Ka-» dosch, et qu'il n'a point rougi de la nudité de la nature.

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On voit déjà par ce début toute la sublimité philosophique résumée dans le vrai chevalier de Vaigl& blanc et noir, et comment il est le complément nécessaire de la véritable Maçonnerie, Entrons maintenant dans l'intérieur du grade, et pénétrons jusqu'à son plus profond sanctuaire en ayant toujours le f.*. Ragon pour guide :

« Il y a dans ce grade quatre appartements : iHnitiation s'accomplit dans le quatrième.

« Le mot hébreu hadosch signifie saint^ consacré, purifié. Il ne faut pas croire que les chevaliers de l'aigle blanc et noir aient quelque prétention à la sainteté. Ils veulent exprimer par ce mot qu'eux seuls sont les élus, les hommes par excellence.) purifiés de to ute la souillure des préjugés* Ce mot annonce une préparation à de grands mystères. Nous retrouverons dans ce grade l'allégorie des deux principes qui se partagent le monde : le bien et le mal... De là le titre de chevalier de l'aigle blanc et noir.

« Premier appartement. Il est tendu de noir, éclairé par tme seule lampe de forme triangulaire suspendue à la voûte : il communique à un caveau, espèce de cabinet de réflexion, où se trouvent confondus les symboles de la destruction et delà mort. On y voit, ajoute le manuel de Willaume, un •cercueil couvert d'un voile noir. Ce lieu sépulcral et silencieux, cet appareil funèbre et les questions qui partent d'un cercueil inspirent au candidat de sérieuses réflexions. Cette sombre allégorie lui rappelle les dangers auxquels se sont exposés les propagateurs de la philosophie^ Socrate, Jésus, Galilée et beaucoup d'autres (1), et lui donne à penser qu'il pourra peut-être, uq jour, s'y trouver également exposé ; c'est dans cette prévision qu'une voix lui crie : Si tu ne. te sens pas le courage d'affronter les plus grands dangers, retourne sur tes pas.

(1) Ainsi N~S. Jésus-Ghrist n'est plus qu'un propagateur de philosophie, placé entre Socrale et Galilée. C'est la confirmation de l'apostasie contenue implicitement dans le grade de Rose-Croix»

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« Le candidat persévère : deux voix se font entendre et disent (entre autres maximes) : Rends à l'Être suprême un culte dégagé de toute superstition, sois fidèle à les engagements, et songe qu'une des premières vertus des philosophes est la discrétion. Tel est le désir des philosophes.

« Deuxième appartement. Il est tendu en blanc. Deux autels occupent le centre : sur l'un est une urne pleine d'esprit de vin allumé, qui éclaire la salle ; sur l'autre autel est un réchaud avec du feu et de l'encens à côté ; un aigle aux ailes déployées est suspendu au delta... Cette pièce, le temple de la vertu, n'est occupée que par le frère sacrificateur. Pour la réception, dit aussi le manuel Teissier, il ne doit y avoir que le grand sacrificateur, ainsi que le candidat avec son interlocuteur.

« Mortel., dit le sacrificateur au candidat, prosterme-toi.

« Le candidat obéit, et jetant de l'encens sur le feu, il entend cette invocation : « O sagesse toute puissante, objet de nos adorations, c'est toi qu'en ce moment nous invoquons ! Cause et souveraine de l'univers, raison éternelle., lumière de l'esprit., loi du cœur, inspire-nous l'éloquence nécessaire pour faire sentira cet aspirant combien est auguste et sacré ton culte sublime ; soutiens ses pas chancelants dans cette carrière ! Pour toi l'immense assemblage des êtres forme un tout régulier ! Tu es le flambeau dont l'éclat peut seul dissiper les ténèbres qui dérobent à nos yeux la nature... Purifie de ton souffle divin ce candidat, et fais qu'il soit digne de te rendre ses hommages (1). »

« Troisième appartement. Sa tenture est bleue, sa voûte

(t) On sait par toutes les citations précédentes du docte interprète que celte cause sou'çeraine, grand architecte de l'univers, c'est la nature, c'est le feu, qui a pour emblème dans les loges le soleil ou l'étoile flamboyante avec la lettre G, ou l'initale de Jéhovab au milieu. C'est donc lui que le grand sacrificateur fait ici adorer à l'adepte, lui devant qui il se prosterne, et à qui il offre de l'encens, naguère encore sur un autel, dans un réchaud plein de feu, maintenant devant une idole qu'on appelle la Sagesse^ comme on donnait en 93 le nom de la Raison à une prostituée qui en tenait la place.

1*22 Rose-Croix et chevalier Kadosch

est étoilée, il n'est éclairé que par trois bougies jaunes ; c'est I'Aréopage, c'est-à-dire réunion des sages. Au fond, ajoute le Manuel Teissier, est une table couverte d'un lapis pareil à la tenture ; derrière cette table prennent place les deux surveillants et l'orateur, qui forment l'Aréopage ; le premier surveillant est dans le milieu et préside, il tient à la main un sceptre d'or^ il porte sur la poitrine, ajoute Willaume, une image de la vérité brodée en or ; le deuxième surveillant est à sa droite, et tient une main de justice également en or, et l'orateur placé à gauche du président tient un glaive -, sur les deux côtés de l'appartement sont des banquettes, sur lesquelles sont placés les chevaliers.

« Le président rappelle à l'introducteur qu'on ne peut admettre aux derniers mystères que ceux que leur intégrité, une réputation intacte et la probité la plus épurée placent au-dessus du vulgaire ; ceux que la fidélité, le zèle et la fermeté mettent au-dessus de toute crainte ; ceux qui, dégagés de tous préjugés, sont susceptibles d'adopter les principes, philosophiques ; enfin ceux dont le génie^ guidé par la raison^ peut atteindre à la découverte de la vérité, en perçant le sombre voile qui dérobe aux mortels les mystères de la nature.

« L'introducteur ayant répondu de l'aspirant comme de lui-même, il l'introduit avec les formalités voulues dans le quatrième appartement, oîi se tient le conseil souverain des. grands élus chevaliers Kadosch.

« Cet appartement est tendu en rouge. A l'est est un trône surmonté d'un double aigle couronné, les ailes déployées, tenant un glaive dans ses serres (Willaume et Teissier disent un poignard). Dans ce local, éclairé de douze bougies jaunes, le chapitre prend le titre de sénats c'est-à-dire l'assemblée des anciens. Les frères se nomment chevaliers. Tous se tutoient ; on tutoie même le grand maître.

«Une draperie noire et blanche, parsemée de croix rouges> ajoutent Willaume et Teissier, descend dans les ailes de l'aigle et forme un pavillon ; de chaque côté du trône sont

Rose-Croix et chevalier Kadosgh 123

deux drapeaux, l'un blanc avec une croix verle, l'autre noir avec une croix rouge, et un double aigle avec ces mots : Vaincre ou mourir, brodé en argent. L'aigle a les becs et les ongles en or. Le chef du conseil ou sénat s'appelle grand maître, ou grand commandeur, ou grand souverain ; il est qualifié de trois fois 'puissant, et représente Frédéric II, roi de Prusse.

« Tous les officiers prennent le titre de grand et de parfait. Les frères sont dits grands chevaliers.

« Parvenu dans ce divin sanctuaire, le candidat apprend les engagements qu'il contracte. Il y a dans ce sanctuaire une croix, un serpent à trois têtes portant, la première une couronne, la seconde une tiare, et la troisième un glaive ; et on lui remet à lui-même un poignard au manche blanc et à la lame noire.

« La croix, dit le haut interprète, c'est le Thau phallisé (l'infâme bijou de la dégradation indienne).

« Le serpent désigne le mauvais principe ; ses trois têtes seront l'emblème des abus ou du mal, qui s'introduit dans les trois hautes classes de la société.

« La tête du serpent qui porte une couronne indique les souverains.

« Celle qui porte une tiare ou clé indique les papes.

« Celle qui porte un glaive, l" armée.

« Le grand initié qui occupe des fonctions civiles doit veiller, dans l'intérêt de sa patrie et de la philosophie, à la

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