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CHAPITRE X

Les philosophes, les encyclopédistes et la destruction des jésuites

Indépendamment des hommes à Tesprit plus réfléchi qui poursuivaient dans les loges un dessein systématique, la multiplication de celles-ci en France et dans toute l'Europe, parmi les classes cultivées, rendit possible la campagne menée si vigoureusement contre l'Église et la monarchie chrétienne, par les lettrés impies du temps.

Leur action, présente partout, exphque le prodigieux succès qu'avaient les œuvres les plus médiocres de ces sectes de lettrés qui s'appelaient eux-mêmes les économistes et les philosophes, et qui battaient en brèche toutes les institution» avec les armes les plus diverses. Il y avait alors aussi des évéques éloquents et des écrivains habiles qui se vouaient à la défense de la religion et des traditions nationales. Mais aucun écho ne leur répondait, et leur voix était étouffée par la conspiration du silence. Seuls les détracteurs de l'Éghse et de la royauté trouvaient partout des applaudissements commandés et des comparses officieux. Ainsi se fit cette tyrannie du roi Voltaire, qui pesa si lourdement sur tout le siècle.

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Tous les philosophes étaient affiliés aux loges dès le commencement.

Voltaire, nous l'avons dit, était franc-maçon.

Aussi écrivait-il en 1766 à d'Alembert : « Grimm m'a appris que vous aviez initié l'empereur à nos saints mystères] » et précédemment, en 1763, dans des instructions au même, il disait: «Les mystères de Mithra ne doivent pas être révélés. « Après la fusion de rilluminisme et de la Franc-maçonnerie française, il fut agrégé à la loge des Neuf Sœurs. Immédiatement après la réception, il fat installé à VOrient, où le vénérable, qui était l'athée Lalande, le salua, et où La Dixmérie, Garnier et Grouvelle lai adressèrent des discours de félicitation. La veuve d'Helvétius avait envoyé à cette Loge les insignes de son époux décédé ; on offrit le tablier du défunt à Voltaire. Avant de le ceindre, il le baisa pour témoigner toute l'es-' time qu'il faisait de celui qui le premier avait affiché Fathéisme en France.

A son retour d'Angleterre à Paris, il avait réuni une loge semblable, où, sous les auspices de d'Holbach, se réunissaient Diderot, Naigeon, Grimm, HeU vétius, Morelet, Fréret, Lagrange ; et c'est de cette officine athée que sortaient les ouvrages les plus impies sous les noms différents d'hommes morts ou anonymes : le Christianisme dévoilé, la Théologie portative, V Essai sur les préjugés, le Système de la nature, le Bon sens du curé Meslier, la Morale uni^ verselle, la traduction des livres de presque tous les membres du Pantheistico7i anglais, d'Hobbes, de Toland, de Collins, de Gordon, etc. C'est là qu'étaient

apportés les articles de V Encyclopédie^ les petits paquets de libelles du seigneur de Ferney, par Damilaville, à qui ils étaient adressés comme commis des vingtièmes, afin de n'avoir pas de droit de port à payer, ou par l'entremise, à Lyon, du frère Bourgela, qui y occupait un poste de ce genre, et que d'Alembert appelait un des meilleurs tireurs de la voiture philosophique^ et assurément des tnieux dressés, souvent même sous le couvert du ministre Choiseul ou du directeur de la librairie, Malesherbes. Mais il fallait élargir le cercle, ou en faire un second moins tranché qui reliât tous les philosophes.

« Que les philosophes véritables, écrivait donc de Ferney, 20>vril 1761, Voltaire à d'Alembert, fassent une co?2/rene comme les francs -maçons, qu'ils s'assemblent, qu'ils se soutiennent, qu'ils soient fidèles à la confî'érie, et alors je me fais brûler pour eux. »

Et voilà pourquoi les adeptes sont appelés frères, et qu'on lui donne à lui le nom de maître, ainsi qu'à Timothée Thiriot celui de diacre, comme dans les loges anglaises ; voilà pourquoi il les salue comme frères en communion avec Lucrèce, CoHins, Hume, Shaftesbury, Midleton, Bolingbroke, et qu'ils les aime tous comme ses frères en Socrate ou en Belzébuth.

Qui ne souscrirait après cela au jugement peu suspect de Ste-Beuve :

«Toute la correspondance de Voltaire et de d'Alembert est laide, elle sent la secte et le comp lot M confrérie eX la. société secrète; de quelque point de vue qu'on l'envisage, elle ne fait point honneur à des hommes qui érigent le mensonge en

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principe, et qui partent du mépris de leurs semblable comme de la première condition pour les éclairer. Éclairez et méprisez le genre humain ! triste mot d'ordre, et c'est le leur... marchez toujours en ricanant, mes frères, dans le chemin de la vérité ; c'est le refrain perpétuel.»

Le Père Descharaps s'est livré à un travail des plus instructifs en rapprochant la correspondance intime des philosophes, des doctrines delà Maçonnerie en fait de religion, de morale, de famille, de gouvernement civil, de patriotisme. On y voit comment leurs écrits étaient Técho de l'enseignement des loges. La propagande philosophique qui remplit le XVIIP siècle apparaît ainsi à la fois avec sa vraie portée et l'explication de son succès.

Il est important de remarquer qu'un grand nombre de lettres où Voltaire révèle ainsi les desseins de la secte maçonnique sont adressées à Frédéric II de Prusse. Nous avons raconté plus haut l'affiliation de ce prince. Une fois monté sur le trône, il fat pendant tout le siècle le grand réalisateur de l'idée maçonnique, et les loges contribuèrent, de leur côté, à ses succès dans la guerre de Sept Ans (1). Aussi l'un des écrivains les plus autorisés de la secte, le F.*. Bluutschli, a revendiqué pour Frédéric II l'honneur de fixer la date de l'hégire révolutionnaire. La conception de VEtat moderne indépendant de toute théocratie^ c'est-à-dire de 'toute soumission à la loi divine, doit remonter à 1740, année de son avènement au trône :

(l) Histor. poîUische Dlalter, t. XVI, p. 477, et XXIX, p. 477. Quelques mots à double enteude de Mirabeau, dans la Monarchie prussienne^ semblent coofirmer cette donnée.

c'est à tort, dit-il, que les français, dans leur vanité^ veulent fixer cette date à 1789 !

C'est de lui que Voltaire attend la destruction de la papauté, des ordres religieux, la destruction de l'Autriche, de la Pologne, de la France même, sa propre patrie, parce qu'elles sont des puissances catholiques.

Voltaire sentait que, pour écraser rinfâme, la religion chrétienne et Jésus-Christ, il fallait renverser son Vicaire sur la terre, arracher la pierre qui servait de fondement à son Église ; et ce n'est pas là une des moindres raisons qui ont poussé la Maçonnerie et ses chefs à lui élever une statue. C'est lui qui le premier eut ridée de dépouiller le pape de sa puissance temporelle, pour atteindre et détruire la suprématie de sa juridiction spirituelle. C'est lui qui, lui appliquant mensongèrement le nom de souverain étranger^ mit tout en œuvre pour le rendre odieux aux peuples et aux rois et à cette tourbe de libres-penseurs et de libertins impatients de s'affranchir, à la suite de Luther, de Calvin'et de Henri VIII, de la houlette de Pierre, de la foi et de la morale évangélique qui avaient civilisé le monde.

Il regrettait que- le pape Clément XIV n'eût pas quelque bon domaine dans le voisinage prussien et que son «ami » deJBerhn fût si loin de Notre-Dame de Lorette.

Dès 1743, Voltaire, chargé d'une négociation secrète auprès du roi de Prusse, écrit de Berlin au ministre Amelot que^« Sa Majesté prussienne embellirait volontiers Berlin du [bien de l'Éghse », et il ajoute :

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« Il est cerlain qu'il veut parvenir à ce but. » Fédériq, comme il signe toujours, se rappelait l'histoire de sou pays et de sa race devenue souveraine par une apostasie et la sOcularisation des biens de l'ordre teutonique, au profit de son grand-maître Albert de Holienzollern, apostat luthérien. Le mobile de ces annexions temporelles, dès le commencement, était donc déjà, comme depuis, la destruction du spirituel et des hberlés des peuples, au profit du césarisme le plus brutal.

Détruire la « superstition christicole», cela voulait dire dépouiller l'Église, et le summo patrlarcha louait le roi-Kadosch de l'idée de l'attaquer jmr les moines. C'est là, écrivait-il, l'idée d'un « grand capitaine. »

Tout était donc parfaitement convenu entre les hauts chefs de la Maçonnerie. C'était pour détruire, nonseulement le pouvoir spirituel de la papauté, mais la religion chrétienne, pour écraser l'infâme, la superstition christicole, qu'il fallait travailler à dépouiller la papauté de son principat temporel ; c'était par les moines, les religieux et les couvents qu'il fallait commencer l'œuvre du dépouillement et de la destruction, pour en venir ensuite aux evêques et au clergé ; c'était par les jésuites mêmes qu'il fallait débuter.

Si Voltaire vivait dans une intimité maçonnique de vingt ans avec l'ennemi de sa patrie, acceptait de lui le titre de « père des fidèles, » il excitait de toute sa rage les philosophes encyclopédistes. Dans une lettre à Darailaville, il s'exprime ainsi :

« La victoire se déclare pour nous de tous cotés. Je vous assure que dans peu il n'y aura plus sous les étendards de nos ennemis que la canaille (ailleurs il dit les cordonniers et les servantes), et nous ne voulons pas de cette canaille ni pour partisans, ni pour adversaires. Nous sommes un corps de braves chevaliers (Rose-Croix, Kadosch), défenseurs de la vérité, qui n'admettons parmi nous que des gens bien élevés. »

N'écrivait-il pas encore au même le 1" avril 1766 :

« Je crois que nous ne nous entendons pas sur l'article du peuple, que vous croyez digne d'être instruit. J'entends par peuple la populace qui n'a que ses bras pour vivre. Je doute que cet ordre de citoyens ait jamais le temps ni la capacité de s'instruire. Il me paraît essentiel qu'il y ait des gueux ignorants.... Quand la populace se mêle de raisonner, tout est perdu. »

L'impie autocrate aurait voulu dès lors en venir directement aux évèques et au pape, leur chef ; mais le grand capitaine prussien, tout en reconnaissant que tout ce qu'on lui disait des évêques teutons, que Jui-méme flétrissait du nom de porcs engraissés des dîmes de Sion, n'était que trop vrai, voulait qu'on attendît encore et qu'on continuât l'emploi des moyens moraux, du poignard moral : « C'est la seule marche à suivre; miner sourdement et sans bruit l'édifice de la déraison, c'est l'obliger à s'écrouler de luimême »(13 août 1775). Et des torrents de pamphlets, de calomnies, de sarcasmes, sous toutes les formes, contre le clergé, inondaient la France, le monde et la papauté.

Là, c'est le club de d'Holbach, où se réunissent

Diderot, d'Alembert et Volney. Voici ce qu'en a révélé son secrétaire, M. Leroy, lieutenant des chdsses du roi, quelques jours avant les journées des 5 et 6 octobre 1789 :

— « Eh bien ! voilà pourtant l'ouvrage de la philosophie, disait à Leroy M. d'Angevillers, intendant des braiments du roi, chez qui il avait dîné, en parlant de la Révolution qui préludait déjà de toutes parts par tous les genres de désordres.

— « Attéré par ces mots : Hélas ! répond le lieutenant des chasses, à qui le dites-vous? je ne le sais que trop, mais j'en mourrai de douleur et de remords !

— « Mais quoi donc ! y auriez-vous contribué vous-même ?

— « Beaucoup plus que je ne le voudrais. J'étais le secrétaire du comité à qui vous la devez ; mais j'atteste les cieux que jamais je n'ai cru qu'on en vînt à ce point. J'en mourrai de douleur et de remords ! Ce comité, cette société plutôt était une espèce de club que nous avions formé entre nous philosophes, et dans lequel nous n'admettions que ceux dont nous étions bien sûrs ; nos assemblées se tenaient régulièrement à l'hôtel du baron d'Holbach. De peur que l'on n'en soupçonnât l'objet, nous nous donnâmes le nom d'économistes ; nous créâmes Voltaire, quoique absent, président honoraire et perpétuel ; nos principaux membres étaient d'Alembert, Turgot, Helvétius, Condorcet, Diderot, Grimm, La Harpe, Thiriot, Damilaville, le comte d'Argental, Naigeon et ce Lamoignon, garde des sceaux, qui, lors

de sa disgrâce, s'est tué dans son parc Voici quelles.

étaient nos occupations : la plupart des livres que vous avez vu paraître depuis longtemps contre la religion, les, mœurs et le gouvernement étaient notre ouvrage ou celui de quelques auteurs aflidés. Tous étaient composés par les membres ou parles ordres de la société. Avant d'être livrés à l'impression, tous étaient envoyés à notre bureau; là, nous les révisions, nous ajoutions, nous retrançlji.oiis, npus^

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corrigions, selon que l'exigeaient les circonstances L'ouvrage paraissait ensuite, sous un titre et sous un nom qui cachaient la main d'où il partait. Ceux que vous avez crus des œuvres posthumes, tel que Le Christianisme dévoiléjXa. Théologie portative^ sous le nom de l'abbé Bergier, le Système de la nature, sous le nom de Mirabeau, vrai code d'athéisme et de matérialisme, le Bon sens du curé Meslier^ et divers autres, attribués à Fréret, à Boulanger, après leur mort, n'étaient pas sortis d'ailleurs que de notre société.

« Quand nous avions approuvé tous ces livres, nous en faisions tirer d'abord, sur papier fin ou ordinaire, un nombre suffisant pour rembourser les frais d'impression, et ensuite une quantité immense d'exemplaires sur le papier le moins cher, pour être distribués, pour rien ou presque rien, au peuple, par les libraires ou colporteurs affidés. Voilà ce qui a changé ce peuple et l'a conduit où vous le voyez ; j'en ïnourrai de douleur et de remords. »

La Harpe, Marmontel et Chamfort, tous trois confidents et complices alors du travail maçonnique contre les rois et les prêtres, eurent donc raison, à la vue de la Révolution française, d'écrire dans le Mercure, dont ils étaient les rédacteurs, ce témoignage célèbre :

« Voltaire n'a point vu tout ce qu'il a fait^ mais il a fait tout ce que nous voyons.... Le premier auteur de cette grande révolution., qui étonne VEurope et qui répand, de tous cotés., l'espérance chez les peuples et Vinquiétude dans les cours, c'est sans contredit Voltaire. C'est lui qui a fait tomber le premier la plus formidable barrière du despotisme, le pouvoir religieux et sacerdotah S'il n'^eûtpas brisé le joug des prêtres., jamais on n'eût brisé celui des tyrans. L'un et V autre pesaient ensemble sur nos têtes et se tenaient si étroitement que., le premier une fois secoué, l'autre devait Cêtre bientôt^ »

La propagande maçonnique commençait à s'attaquer au peuple des campagnes, et des témoignages contemporains nous montrent la part qu'y prenait cette secte des économistes, dans lesquels M. de Tocqueville a reconnu des ancêtres de la Révolution.

Bertin, administrateur de la cassette du roi, a raconté que Quesnay et ses amis essayèrent, en profitant de la faveur de M"'^ de Pompadour, d'obtenir de Louis XV l'établissement d'un système général d'écoles indépendant des évéques et des curés.

« Résolu enfin de donner au roi une preuve certaine qu'on le trompait, je cherchai à gagner la confiance de ces marchands forains qui courent les campagnes et vont étalant leurs marchandises dans les villages et aux portes des châteaux. Je soupçonnais surtout ceux qui vendaient des livres de n'être que les agents du phiiosophisme auprès de ce bon peuple, et j'acquis bientôt les preuves incontestables de cette vérité. Tous ces livres sortaient du club d'Holbach, dont Voltaire était le président honoraire et perpétuel, et les colporteurs en recevaient gratis des ballots entiers, sans savoir d'où ils leur arrivaient, avertis seulement de les vendre dans leurs courses au prix le plus modique w

Louis XV, averti par le compte que le ministre lui Tendit de sa découverte, reconnut enfin que l'établissement des écoles, si ardemment sollicité parla secte, ne serait pour elle qu'un moyen de plus pour pervertir le peuple ; mais, tout en abandonnant le projet, il ne remonta point à la source du mal et ne fit rien pour en arrêter l'exécution.

Toutes ces haines, toutes ces manœuvres se réunissaient-elles déjà en un complot proprement dit pour

le renversement de la monarchie française ? Il y a là un mystère que l'histoire ne parviendra jamais à éclaircir complètement. Au moins un homme politique exercé, Horace Walpole, considérait en 1766, la situation de la monarchie comme très critique, ainsi que l'atteste sa lettre du 28 octobre au feldmaréchal Conv^ay.

Peu après en 1771, un des coryphées du philosophisme qui fut plus tard conventionnel, Mercier, pubhait, sous ce titre : Van 5240 ou rêve s^il en fut jamais, un livre étrange, où tous les événements qui allaient s'accompUr dans dix-huit ans étaient nettement indiqués.

Il annonçait la souveraineté absolue abolie par les Etats assemblés: « la moaarchie n'est plus »; le râteau, la navette, le marteau sont plus brillants que le sceptre. Pourquoi le gouvernement ne serait-il pas républicain ? Ce sera l'époque terrible et sanglante d'une guerre civile, mais le signal de la liberté, remède affreux mais nécessaire ; la Bastille est renversée.... — Les monastères sont abolis, les moines mariés, le divorce permis, le pape dépossédé de ses États, « 0 Rome, disait-il que je te hais ! Que tous les cœurs embrasés d'une juste haine ressentent la même hor-

reur que j ai pour ton nom ! »

Et ce chapitre étrange était intitulé : Pas si éloigné qu'on ne le pense !

Même après un demi-siècle de propagande impie, après Voltaire et Jean-Jacques Rousseau, l'ancienne société présentait encore une force de résistance contre laquelle les sectes craignaient de se briser. Cette soli*

dite était due à l'enseigQement chrétien que l'Église avait créé et qui répandait dans toutes les classes de la société, jusque dans les campagnes les plus reculées, les connaissances fondamentales d'où découlent la. science de la vie présente, Télévation des pensées et l'amour des institutions de la patrie.

Depuis le XVP siècle, les jésuites occupaient le premier rang dans l'enseignement chrétien, par la merveilleuse appropriation de leurs méthodes aux besoins des temps nouveaux, et par la façon dont ils savaient inspirer à leurs disciples, dans les différents pays, un patriotisme éclairé. La France d'Henri IV les avait établis, malgré les jalousies de leurs rivaux et les oppositions des ennemis de l'orthodoxie, et leurs nombreuses maisons d'éducation étaient autant de séminaires de fidélité à l'Église et à la monarchie.

C'est précisément pour cela que l'on vit se réunir contre les jésuites, dans tous les pays du monde, toutes les haines de la Maçonnerie et de ses philosophes, aidés par toutes les sectes et toutes les hérésies. Depuis longtemps le plan d'attaque était arrêté, peutêtre même pourrait-on le faire remonter à Bourg-Fontaine, dénoncé le 19 mai 1645 à la reine, mère de Louis XIV.

Le concours si empressé des jansénistes n'en est-il pas une preuve ?

En 1752, un membre de leur société, le P. Raffay, professeur de philosophie à Ancône, fil part à ses supérieurs de la singularité suivante. Un seigneur anglais^ franc-maçon des plus hauts grades, qui voyageait par l'Italie, ayant fait la connaissance de ce religieux sous le rapport

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d'hommes de lettres, et paraissant l'avoir pris en particulière affection, lui dit en confidence que, jeune et libre encore, il ferait bien de songer à se procurer un état, parce qn'avant peu, et SÛREMENT AVANT VINGT ANS, 83 société Serait détruite. Le jésuite, étonné de ce ton d'assurance, demanda au donneur d'avis en punition de quel crime son ordre aurait à subir un pareil sort. Ce n'est pas, repritle franc-maçon, que nous n'estimions des individus de votre corps; mais l'esprit qui l'anime contrarie nos vues philanthropiques sur le genre humain. En assujettissant^ au nom de Dieu, tous les chrétiens à un pape et tous les hommes à des rois, vous tenez l'univers à la chaîne. Vous passerez les premiers ; après vous, les despotes auront leur tour. »

Un des hauts adeptes de la Maçonnerie philosophique, d'Alembert, indiquait, quelques années avant l'abolition des jésuites, le but que poursuivait la secte :

« Une autre raison me fait désirer beaucoup de voir, comme on dit, leurs talons : c'est quele dernier jésuite qui sortira du royaume emmènera avec lui ledernierjanséniste dans le panier du coche ; le plus difficile sera fait quand la philosophie sera délivrée des grands grenadiers du fanatisme et de IHntolérance ; les autres ne sont que des cosaques et des pandours, qui ne tiendront pas contre nos troupes réglées. »

La destruction des Jésuites fut poursuivie et réa- Usée simultanément dans tous les Etats avec un ensemble évidemment concerté par des ministres francsmaçons ou créatures de la secte, en Portugal par Pombal, qui créa les premières loges du pays ; en Espagne par d'Aranda, lepremier -grand-maître de la Maçonnerie en Espagne ; à Naples, par Tannuci ; en

France, par Choiseul qui était l'instrument des philosophes et des parlementaires. Ontrouve dans l'ouvrage du Père Deschamps (tome II, livre II, chap. V et t. III chap. VI § I et XII) le tableau de cette grande iniquité, une des plus odieuses qu'ait à enregistrer l'histoire et en même temps les preuves de la part qu'y prirent les sectes.

Après ce grand coup la Maçonnerie fut assurée de ne plus rencontrer de résistance sérieuse, au jour suprême, de la part des monarchies. Elle savait comment elle les amènerait à se désarmer elles-mêmes. La lutte ne fut plus soutenue du côté des principes traditionnels qu'avec peu de vigueur. Sans même attendre l'explosion révolutionnaire, nous voyons dès lors Diderot, la Chalotais, Roland d'Erceville, président au Parlement à Paris, multiplier les projets d'enseignement d'État. La conception de l'État enseignant et ayant le monopole de la jeunesse date de cette époque. Les plans qui furent élaborés à ce moment furent ceux que plus tard des adeptes comme Taylleyrand, Condorcet Daunou firent voter par les assemblées de la Révolution et que Napoléon réalisa par la création de l'Université impériale.

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