‹ La Franc-maconnerie et la RevolutionChapitre 19 sur 36 · MAITRES ET ORGANISATEURS SUPREMES DE TOUS LES · texte numérisé non relu

MAITRES ET ORGANISATEURS SUPREMES DE TOUS LES

cultes ; c'est l'État sous le nom d'égale liberté, d'égale protection, dominant tous les cultes, les administrant, les fonctionnarisant, les manipulant, les opprimant tous, comme des machines à broyer et à asservir toutes les consciences. En effet le mécanicien impérial, royal ou républicain tient dans sa dépendance les cultes, sans jamais s'y soumettre ni en dépendre lui-même, dans ce qu'ils ont de plus spirituel et de plus divin, non seulement employant lui-même V indépendance de sa pensée et de ses mouvements^ selon l'expression napoléonnienne, mais y pliant, par ruse, ou par violence, la pensée et les mouvements des peuples et, si le pouvoir leur en était donné, des ministres eux-mêmes de la rehgion.

La façon dont furent conduites les négociations pour le Concordat ne laisse aucun doute sur le but qu'il poursuivait. Les premières propositions qu'il

soumit au St-Siège étaient exorbitantes t elles donnaient expressément à l'autorité civile la police des Cultes. C'est le point décisif sur lequel s'engagèrent les négociations. Vaincu par la patiente énergie de Consalvi, il essaya au moyen d'un faux matériel de surprendre au dernier moment la sigaature de l'envoyé du Saint-Siège. L'abbé Dernier, le vendéen renégat, à Tinsu du frère de Bonaparte, Joseph, présenta subrepticement à la signature des plénipotentiaires un instrument sur lequel on avait rétabli le fameux article rejeté la veille d'un commun accord.

Obligé de conclure par les promesses faites à la France, Bonaparte retarda de onze mois la promulgation du Concordat. Et quand il la fit il y ajouta des articles organiques des cultes^ qui annihilaient pratiquement les droits de l'Église réservés dans le texte du Concordat et équivalaient aux propositions originaires repoussées par le St-Siége.

Napoléon du reste devait en 1813 livrer un nouvel assaut à la puissance spirituelle du pape et chercher à retirer le concordat de 1801. Mais auparavant il fallait que le moderne Charlemagne détruisît le pouvoir temporel.

Nous ne referons pas ici l'histoire de cette série de fourberies et de violences qui aboutirent, en 1809, à l'occupation de Rome et à la captivité du doux et saint Pie VII. Des écrivains libéraux, M. d'Haussonville notamment, qui ont retracé cette histoire, ont flétri d'une façon ineffaçable le spoUateur et le bourreau.

Mais ce que l'on ne saurait trop faire remarquer^

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c'est que Napoléon cherchait moins à s'emparer de quelques provinces, sur lesquelles il étendait déjà en fait sa domination depuis plusieurs années, que de mettre le pape sous sa main et de se faire un instrument docile de ce pouvoir spirituel dont il comprenait la force sans reconnaître son caractère divin.

Lui-même a dévoilé sa pensée en racontant dans ses conversations de Ste-Hélène le but qu'il poursuivait, quand il extorquait le concordat de Fontainebleau au pape prisonnier, séparé de tous ses conseillers et affaibli par la maladie :

« J'avais bien d autres vues. Ce déplacement ne fit qu'accroître les ressentiments et les intrigues. Jusque-là la querelle n'avait été que temporelle. Les meneurs du pape, dans l'espoir de relever leurs affaires, la compiiqucrent de tout le mélange spirituel. Alors il me fallut le combattre aussi sur ce point. J'eus mon conseil de conscience, mes conciles, et j'investis mes cours impériales de l'appel comme d'abus, car mes soldats ne pouvaient plus rien à tout cela. Il me fallait bien combattre le pape avec ses propres armes. A ses érudits^ à ses ergoteurs, à ses légistes, à ses scribes, je devais opposer les miens. L'évéque de Nantes, de Voisins, était parmi nos évéques le plus ferme appui des libertés gallicanes. C'était mon oracle, mon flambeau, il avait ma confiance aveugle sur les matières religieuses, car dans mes querelles avec le pape j'avais pour premier soin, bien qu'en ait dit les intrigants et les brouilleurs.de ne pas toucher au dogme; si bien que, dès que ce bon et vénérable évêque de Nantes me disait : Prenez garde, vous voilà en face du dogme, sans m'amuser à disserter avec lui, sans chercher même à le comprendre, je déviais aussitôt de ma route pour y revenir par d'autres voies ; et comme il n'avait pas mon secret comme il aura été étonné de mes circuits ! Que j'aurai dû lui paraître bizarre,.

obstiné, capricieux, inconséquent ! C'est que f avais mon but, et qu'il ne le connaissait pas ! Je fit transporter le le pape à Fontainebleau, Taais là devait être le terme de de ses misères et la régénération de sa splendeur. Toutes mes grandes vues s'étaient accomplies sous le déguisement et le mystère ; j'avais amené les choses au point que le développement en était infaillible, sans nul effort et tout naturel. Aussi voit-on le pape le consacrer daas le fameux concordat de Fontainebleau, en dépit même de mes revers de Moscou, et dès lors j'allais relever le pape outre mesure, l'entourer de pompes et d'hommages, j'en aurais fait une idole, il fût demeuré près de moi, Paris fût devenu la capitale du monde chrétien^ et j'aurais dirigé le monde

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