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RELIGIEUX AINSI QUE LE MONDE POLITIQUE

Voilà le mot qui met Tunité dans toute cette vie î

Il disait encore une fois que « cet affranchissement de la cour de Rome, cette réunion légale, la direction religieuse dans la main du souverain avaient été longtemps et toujours l'objet de ses méditations et de ses vœux. » Un pareil homme était vraiment l'incarnation de la Franc- maçonnerie et de ses profonds desseins de despotisme sur les âmes.

La même pensée d'assujettissement de l'Église au pouvoir civil et d'omnipotence de l'Etat guida Napoléon dans l'établissement de l'Université impériale de 1 808.

Les hommes les plus éclairés, Chaptal, ministre de l'intérieur, M. deGhampagny, signalaient les dangers de l'athéisme et de la démoralisation des collèges que le Directoire avait légués au nouveau régime. Ils proposaient la reconstitution de l'Oratoire, qui offrait l'union des lumières, du patriotisme et de la tolérance, et sur le second plan des congrégations de la Doctrine et des bénédictins de St-Maur.

En vain Porlalis se fit l'avocat des droits du père et l'adversaire du pouvoir exclusif de l'État, et d'uu système qui ne tendrait à rien moins qu'à détruire, sur un objet aussi délicat, les droits sacrés de la paternité.

Le maçon Lebrun répondait à Ohaptal que les 2ohilosophes ne verraient doms so7h projet que le retour à une espèce de monachisme, et que quoique les congrégations de l'Oratoire, de la Doctrine et de Saint-Maur eussent moins qu'aucun autre établissement religieux un esprit particulier, cependant elles n'avaient pas non plus cet esprit national, cette indépendance d'opinions qui caractérisent les instituteurs dhine grande société ;... qu'il fallait des hommes nouveaux...

Le maçon Fontanes, le futur grand-maître de l'Unisité, interrogé à son tour sur la note de M. de Champagny, répondait :

« Si nous avions à agir sur une société homogène et vivant de ses traditions anciennes, je dirais : Ces objections sont invincibles ; mais, au lendemain d'une révolution, au sortir de l'anarchie, et en présence de partis hostiles, il faut dans renseignement^ comme en toutes choses, L'unité de vues et de gouvernement. La France a besoin, pour un temps du moins, d'une seule université, et l'université d'un seul chef. »

« Cest cela^ répliqua le dictateur, vous m avez compris. »

Et le maçon Fourcroy apporta au Corps législatif, le 6 mai 1806, un projet de loi ainsi conçu :

Art. I. Il sera formé, sous le nom d'Université impériale^ un corps chargé exclusivement de renseignement et de Véducation publics dans tout r empire...

Ainsi fut réalisé dans ses traits essentiels le plan maçonnique d'éducation de la jeunesse par l'État, en mettant sur le même pied toutes les religions et en les surbordonnant à la loi civile, plan qu'avaient ébauché d'Alembert, Talleyrand, Condorcet, Lepelletier. Ce fut là l'origine de cette Université impériale qui, malgré les hommes excellents qu'elle comprend dans son sein, est restée, dans son organisation et son esprit général, l'expression de la Révolution et le moule où tant déjeunes générations ont appris TindilTérentisme et le panthéisme.

M. Albert Duruy, apprécie très exactement le rôle de Napoléon, lorsqu'il dit dans son livre: Vlnstruction publique et la Révolution :

Quel trait de génie d'avoir compris qu'il n'était qu'une grande corporation laïque, pour disputer la jeune génération aux débris des vieilles corporations enseignantes et surtout à leur esprit ! Avant le 18 brumaire, on pouvait DÉJÀ PRÉVOIR LE MOMENT OU Ll RÉACTION AUHAIT BEGAGNÈ DANS LE DOMAINE DE L'ENSEIGNEMENT TOUT LE

TERRAIN PERDU DEPUIS [l'èSi.Grave danger., et qui ne tendait à rien moins qu'à remettre en question, dans un très prochain avenir, les principes de tolérance et d'égalité dont la conquête avait été le but de tant d'efforts et qui sontdemeumeures l'excuse de tant d'excès. En créant l'Université de France à son image, en l'animant de son esprit, c'est-à-dire en lui donnant pour mission d'être, en môme temps « qu'une garantie contre les théories pernicieuses et subversives de l'ordre social, la gardienne des lois et des idées libérales dé-

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posées dans les constitutions françaises», Napoléon écartait à jamais ce danger. Après avoir rivé le présent à la République par le Code civil et le Concordat, il lui assurait l'avenir par l'éducation. Les historiens de l'école libérale ont trop négligé ce point de vue ; et vraiment, de leur part, c'est de l'ingratitude; car, de tous les services que Napoléon a rendus à leur cause en croyant, je le veux bien, gagner la sienne, je n'en sache pas de plus mémorable que d'avoir arraché renseignement aux pires ennemis du nouveau régime, pour la confier à un corps profondément imbu des idées modernes. L'Université, sans doute, a des titres tout personnels et fort nombreux à la reconnaissance de la démocratie ; elle a préparé de longue main, tantôt ouvertement et tantôt à petit bruit, des générations qui en poussent le culte jusqu'à la superstition. Mais si large qu'on lui fasse sa part, ce n'est pas une raison pour oublier celle qui revient à son fondateur, et, pour n'y point mettre en première ligne, d'avoir coulé en bronze ce qui n'était encore que d'argile.

Ce que Napoléon faisait en France pour le soutien de la Révolution, il le faisait dans l'Europe entière, partout où ses armes s'étendaient.

Renversement des dynasties nationales, égalité des cultes, expulsion des religieux, vente des biens ecclésiastiques, partage forcé des successions, abolition des corporations ouvrières, destruction des provinces et des libertés locales : voilà ce qu'il faisait lui-même dans les pays qu'il réunissait directement à l'Empire, ou ce qu'il faisait faire par les royautés vassales créées en Espagne, à Naples, en Italie, en Hollande, en Westphalie, en Pologne. C'est aussi l'œuvre qu'accomplissaient les princes allemands, qui, comme l'électeur de Mayence, l'archevêque d'Alberg, un illuminé, lui vendaient leur pays.

L'on peut saisir les traces de l'appui maçonnique, notamment de celui donné par les loges militaires aux conquêtes de Napoléon dans la première partie de ses campagnes, comme aux premières invasions de 1792 à 1794. Mais à partir de 1809 les positions furent complètement changées. Un brusque revirement se fit d'un bout à l'autre de l'Europe et il eut une influence peut-être trop ignorée sur le sojt de la lutte. Dès qie les chefs maçonniques comprirent que le despotisme impérial se concentrait tout entier dans une ambition personnelle et des intérêts de famille, et que la Maçonnerie, dont le cosmopolitisme est l'essence, vit qu'elle n'avait été pour lui qu'un instrument, dès ce moment commença à bouillonner l'eifervescence populaire, par le moyen du Tugendbund, œuvre des sommités maçonniques et du mouvement libéral espagnol, qui s'incarna dans les Certes de Cadix, œuvre à la fois jévolutionnaire et antifrançaise.

Rappelions que le comte Guzman de Tilly, qui paralysa Dupont à Baylen et rédiga la capitulation, était en Espagne le propagateur du rite écossais. Le parentde ce gentilhomme d'aventure avait joué un rôle en 1792 dans la Révolution. En Allemagne, ce fut le maçon Filche qui, après léna, prit, avec l'appui des souverains, l'initiative de la société antifrançaise le Tugendbund,

A l'intérieur, les Philadelphes, restés «en sommeil» depuis le Directoire, se réveillèrent et inspirèrent la conspiration Mallet; dès le mois de février 1814, comprenant qu'elle ne pourrait pas résister au courant royaUste, dont la force croissait chaque jour, la Ma-

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çonnerie conclut qu'elle n'avait plus qu'à abandonner Napoléon et à s'empresser autour du nouveau régime pour conserver ce qu'il serait possible de la Révolu^» tion.

Depuis Talleyrand, cette âme de la Franc-maçonne^ rie, comme prêtre sans foi et évêque de cour, comme citoyen et ministre du Directoire et du Consultât, comme ministre et grand feudataire ; depuis Sieyès et Fouché, jusqu^à Grégoire, sénateur, jusqu'au duc d'Alberg, neveu du premier lieutenant de Bonaparte dans la confédération du Rhin ; depuis Bernadotte et Murât, jusqu'à Berthier, Marmont, Ney, Augereau et Maison, jusqu'au général Beurnonville, qui vint, à titre de grand-maître adjoint, mettre la Maçonnerie aux pieds de Louis XVIII, en en répondant comme de luU même ; depuis le Sénat jusqu'au Corps législatif, tous se retournèrent contre la dictature qu'eux-mêmes avaient élevée et adulée pendant plus de quinze ans.

Peu d'événements sont aujourd'hui plus mal apprêt ciés que le retour de l'île d'Elbe et les Cent-Jours, La grandeur de la catastrophe, qui a terminé ce rapide épisode, inauguré par la marche du golfe Jouan à Paris, le font apparaître comme une merveilleuse épopée militaire, où l'on admire surtout le prodi-^ gieux ascendant d'un grand général sur ses anciens soldats.

Les Cent-Jours ont cependant été avant tout une tentative de revanche de la Révolution, et ils ont été préparés dans les sociétés secrètes. M. Nettement, dans son Histoire de la Bestauratio72, a raconté que, dès la fin de 1814, deux centres de conspiration exis-

laient en France ; une conspiration militaire dans laquelle il n'était question que de Napoléon ; une conspiration civile, dont Fouché, Carnot, Barras tenaient les principaux fils, et qui, en se servant de Napoléon comme d'un instrument indispensable pour renverser les Bourbons, pensait soit à installer une régence, soit à placer sur le trône le duc d'Orléans : « Leducde Bassano surtout était resté l'intermédiaire actif de ces relations. L'empereur y avait peu de correspondances ; ce moyen dangereux compromet tout plus qu'il ne sert. Les renseignements les plus importants lui arrivaient par des serviteurs dévoués, accrédités auprès de lui au moyen de mots de passe convenus, et qui remportaient ses instructions. »

Mais ce n'était là qu'un des côtés de la trame des sociétés secrètes. En Italie aussi elles se retournaient vers Tancien général de la Convention, vers Tauteur tlu traité de Tolentino.

Quand Napoléon quitta l'île d'Elbe, il était déjà ''empereur des Romains et roi (T Italie par la volonté du peu2:>le et la grâce de Dieu, Il avait accepté le projet et reçu la constitution que des délégués des villes, c'est-à-dire des loges italiennes, avaient rédigés à Turin. On a conservé des rapports de son principal émissaire en Italie, datés de Naples le 14 octobre Î814, sur les moyens de créer une insurrection révolutionnaire dans les États de l'Église.

A son retour, en 1815, Napoléon retrouva en lui le tempérament révolutionnaire du janissaire du 13 vendémiaire. Il accomplit cette tentative antinationale en s'appuyant sur les plus abominables rancunes jaco-

bines, et lui-même nous a appris que si, après AVa-* terloo, il ne déchaîna pas une nouvelle terreur sur la France, c'est qu'il fut arrêté par les hommes dont il dépendait.

Nous ne nous dissimulons point que l'histoire est ici en opposition avec la légende, qui prétend faire de la dictature napoléonienne succédant à l'anarchie un régime d'ordre social et de paix religieuse. Les faits sont là pour prouver que Napoléon fut la « Révolution à cheval. » Ce projet n'en est-il point la preuve éclatante ?

Mais quand il fut sur le point de réaliser ce dessein qui en eût fait, il en convient lui-même, le Tibère et le Néron de nos temps, tout lui échappa.

Il faut Hre dans les récits du temps la violence du mouvement jacobin qui éclata dans plusieurs provin-» ces de la France après le 20 mars. Les éléments révolutionnaires populaires, que Napoléon avait disciphnés pendant son règne, se sentaient les maîtres de la situation. On en revenait à 1792. La Providence ne permit pas alors que cette sanglante époque se rouvrît, et elle se servit, comme d'instruments, des révolutionnaires les plus habiles. C'est Fouché, qui précisément arrêta Napoléon dans ses sinistres projets. Il voulait, lui aussi, assurer le cours de la Révolution, et, aussi ambitieux que vil, il rêvait d'en prendre la direction !

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