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MAZZINI ET L^EXPLOSION DE

Des associations semblables furent organisées pour chaque pays de l'Europe. La Jeune- Allemagne travailla dès lors à préparer le mouvement qui devait éclater en 1848. La Jeune-Suisse^ la première à l'œuvre, sous le nom de Société du Griltli, engagea auparavant Faction et en 1847 détruisit l'alliance des cantons catholiques dans la guerre du Sunderhund.

L'Italie fut enveloppée d'un réseau de trahisons ; les assassinats politiques furent commandés ici et là ; le directeur de la police de Modène, le préfet de police de Naples, le légat de Ravenne, l'étudiant Lessing, de Zurich, coupable d'avoir pénétré trop avant les secrets de Mazziai, les généraux de Lalour, d'Auerswald, de Lemberg, de Lignowski, plus lard Rossi, devenu traître à sa bannière, et beaucoup d'autres moins connus furent condamnés a mort et frappés par les mystérieuses assemblées. En Suisse même l'illustre patriote Joseph Leu, ayant osé élever sa voix puissante et pure contre les ombres rabougries de Robespierre et de Saint-Just, tomba lui-même héros et martyr sous les coups des carbonari. Après lui, le Sunderhund et les cantons catholiques succombèrent sous les trahisons et les masses do l'armée radicale commandée par le général Dufour, renforcé d'un Bonaparte et de nombreux adeptes étrangers de la Jeune-Europe, dont il était le correspondant en Suisse.

Les maçons conservateurs pouvaient déjà pressentir leur châtiment. Au milieu des hésitations et de certaines défaillances, Mazzini gagnait du terrain. Par son activité et son audace, qui ne reculait devant aucun

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moyen, il parvenait à se constituer une espèce de direction suprême sur tout ce qu'il y avait de plus jeune et de plus démocratique dans les loges, les ventes et les clubs clandestins. Déjà il pouvait adresser des proclamations à toute Tltalie, et la diplomatie allait être obligée de compter avec lui. Dans une lettre à un des siens, il écrivait :

« Je n'ai pas encore pu terminer la création du fonds national ; il s'y mêle une certaine affaire qui demande un prospectus el une écriture en chiifres pour les Italiens, que je n'ai pas encore pu mener à bonne fin. Mais ce retard ne se prolongera pas beaucoup, et je vous enverrai bientôt une circulaire manuscrite. De cela dépend toute la question ; ii je réussis à réunir des tonds, comme j'en ai toutes les probabilités, nous serons suivis par d'aulres et nous agirons Sinon, qui peut espérer de lutter, aidé seulement de son influence morale, et de dominer l'anarchie du- parti? Cette anarchie, déjà grande avant les derniers événements, est maintenant générale, ainsi qu'on me l'écrit; le parti devient toujours plus nombreux ; il n'y a point de proportion entre 1841 et 1845. — J'enverrai bientôt une proclamation aux Suisses sur le trafic qu'ils font de leurs hommes. J'ai publié dans la Revue de Westminster un long article sur les Etats du pape. Ici et en Amérique, la propagande en faveur de notre cause continue très activement et avec grand succès. J'ai des promesses formelles de coopération. Biencoli et Andreoni exploreront mieux que ne l'ont fait jusqu'ici les autres ce qui pourra se faire à Alger et sur le littoral qui regarde l'Italie. »

On vit bientôt en effet, le 31 janvier 1846, le Vorort suisse demander le rappel des régiments suisses de Naples et de Rome, Charles-Albert se poser, dans une grande revue de l'armée piéraontaise, comme la grande

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épée d'Italie, sous les ordres des sociétés secrètes, et ces sociétés elles-mêmes préluder de toutes parts par l'agitation et tous les genres de rumeurs à la grande catastrophe qu'elles préparaient. Il faut dire que Charles-Albert, carbonaro de 1821, entendait travailler pour lui ; ses envoyés, et notamment M. Mazzimo d'Azeglio, parcouraient la péninsule en essayant de pousser les populations à l'unité italienne sous le sceptre de la maison de Savoie. W^^ Rattazzi analyse ainsi ces tentatives : « La monarchie constitutionnelle se greffait sur la république rabrougrie de Mazzini. »

Ce fut alors, le l'' juin 1846, que mourut Grégoire XVI, et que quinze jours après le conclave élut pour lui succéder le cardinal Mastaï, qui prit le nom de Pie IX.

Mais ici il faut interrompre le récit des attentats contre la papauté pour raconter le grand ébranlement européen qui partit de Paris aux journées de février 1848.

Ainsi que nous l'avons dit, les préoccupations dynastiques avaient fini par absorber l'activité du gouvernement de Juillet. Tout l'appui qu'il avait donné à la Révolution cosmopolite s'était borné au mémorandum adressé à Grégoire XVI, à l'occupation d'AncOne et à l'établissement de gouvernements semblables à lui-même en Espagne et en Portugal. Dirigée souverainement, à partir de 1840, par Guizot, la royauté constitutionnelle entra de plus en plus en lutte avec les éléments révolutionnaires.

Après 1830 on avait vu se produire dans les loges maçonniques un double courant : une partie appuyait

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le gouvoinement et entendait jouir des fruits de la révolution à laquelle elle avait coopéré. Une autre poussait à la république et se composait naturellement des éléments les plus jeunes et les plus actifs. Dès 1832 les autorités maçonniques étaient impuissantes à entraver ce mouvement ou ne le voulaient pas. Nous avons sous les yeux les rapports adressés au Grand-Orient par le F.*. Henri de Wentz, son orateur de 1840 à 1847. Il signale avec inquiétude les tendances démocratiques et impies de nombreuses loges de province. Le Grand-Orient prétait peu l'oreille à ces doléances, si bien qu'en 1847 le F.-, de Wentz demanda ses lettres honoraires, laissant agir en toute liberté des hommes moins arriérés.

En 1845, le maréchal Soult défendit à tous les militaires de s'affilier aux loges. Les autorités maçonniques, ayant à leur tète le duc Decazes en sa qualité de souverain commandeur du rite écossais, et. une commission spéciale du Grand-Orient firent des démarches pressantes pour obtenir la révocation de cet ordre. Elles furent inutiles et vinrent ajouter à Tirritation grandissante des loges contre Louis-Philippe. Bientôt arriva pour lui ce qui s'était produit contre Napoléon en 1809. Devenu instrument inutile, sou renversement fut décidé par les comités directeurs des sociétés secrètes.

Comme à la veille de toutes les grandes commotions publiques, un grand couvent maçonnique fut tenu en 1847.

Plusieurs couvents de maçons Pavaient précédé à Rochefort, à Heidelberg, où furent nommés les-dé-

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pûtes. Il se réunit à Strasbourg, ville si chère aux loges, et si propre à réunir les émissaires de la Fi-arice, de rAllemague, de la Suisse. « Nous allons citer, dit Eckert, les noms des personnages les plus éminents qui y prirent part. C'était, pour la France : Lamartine, Crémieux, Cavaignac, Caussidière, Ledru- Rollin, L. Blanc, Proudhon, Marast, iMarie, Vaulabelle, Félix Pyat ; et pour l'Allemagne : Fickler, Hecker, Herwegh, de Gagern, Basserman, Ruge^ Blum, Feuerbach, Simon, Jacobi, Ritz, WelkeTj Herckscher. C'est là et entre ces hommes qu'il fut arrêté qu'on commencerait par maçonniser tous les cantons suisses, et, cette base d'opération dé" gagée de toute entrave, que l'explosion se ferait en même temps dans toute l'Europe. »

La Suisse, en elfet, commença presque aussitôt après par la destruction du Sunderbund et de toutes les autonomies cantonales, et par la république une et indivisible qui mettait toutes les forces helvétiques entre les mains. des sociétés secrètes. La révolution sociale ainsi consommée au centre de l'Europe, avec l'approbation et l'aide de l'Angleterre et des autres gouvernements, l'éruption éclata partout avec une simultanéité inexplicable sans la conspiration maçonnique, et l'Europe, saisie d'épouvante, se réveilla le 24 février au milieu d'un volcan dont Paris était le cratère principal.

Ce fut dans les rangs mêmes de la Franc-maçon-^ nerie que furent organisés les banquets réformistes^ qui donnèrent le signal de l'explosion.

Ses cinq chefs, dit Eckert, en apparence de partis

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différents^ étaient cinq maîtres des loges parisiennes : MM. Vitet, de Morny, Berger, L. de Malleville, Duvergier de Hauranne, et à peine celui qui marchait à leur tète, — l'illustre maçon des Trinosophes, — Odilon Barrot, eût-il été appelé à la présidence d'un nouveau ministère, qu'il commanda aux troupes de cesser le combat et la résistance, malgré le serment de fidélité qu'il venait de jurer de nouveau à Louis-Philippe, et que la République fut proclamée par le chef du gouvernement provisoire, — autre maçon illustre.

La Franc-maçonnerie s'empressa d'applaudir à la révolution .

Le 10 mars 1848, le Suprême-Conseil du rite écossais allait féliciter le gouvernement provisoire, et Lamartine lui répondait :

« Je suis convaincu que c'est du fond de vos loges que sont émanés, d'abord dans l'ombre, puis dans le demi-jour et en pleine lumière, les sentiments qui ont fini par faire la sublime explosion dont nous avons été témoins en 1789, et dont le peuple de Paris vient de donner au monde la seconde et, j'espère, la dernière représentation, il y a peu de jours. »

A son tour, le 24 mars, une dôputation du Grand- Orient, ayant à sa tète le F.*. Bertrand, ancien président du tribunal de commerce et représentant du grandmaître, haranguait en ces termes le gouvernement provisoire, représenté par deux de ses membres et par son secrétaire général, les FF.'. Crémieux, Garnier- Pagès et Pagnerre, tous trois revêtus de leurs msignes maçonniques :

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<f Citoyens, le Grand-Orient de France, au nom de tous les ateliers maçonniques de sa correspondance, apporte son adhésion au gouvernement provisoire. La Maçonnerie française n'a pu contenir l'élan universel de ses sympathies pour le grand mouvement national et social qui vient de s'opérer.

« Les francs-maçons ont porté de tout temps sur leur bannière ces trois mots: Liberté, égalité, fraternité; en les retrouvant sur le drapeau de la France, ils saluent le triomphe de leurs principes et s'applaudissent de pouvoir dire que la patrie tout entière a reçu par vous la consécration maçonnique... Quarante mille frères maçons, répartis dans plus de cinq cents ateliers, ne formant entre eux qu'un même cœur et qu'un même esprit, vous promettent ici leur concours pour achever l'œuvre de régénération si glorieusement commencée. Que le grand architecte de l'univers vous soit en aide ! »

Et le F.*. Crémieux, au nom du gouvernement provisoire, répondait :

« La République est dans la Maçonnerie, et c'est pour cela que dans tous les temps, heureux ou malheureux, la Maçonnerie a trouvé des adhérents sur toute la surface du globe II n'est pas un atelier qui ne puisse se rendre cet utile témoignage qu'il a constamment aimé la liberté, qu'il a constamment pratiqué la fralernité Oui, sur toute la surface qu'éclaire le soleil, le franc-maçon tend une main fraternelle aux francs-maçons; c'est un signal connu de tous les peuples

« La République fera ce que fait la Maçonnerie/ »

Les journées de février furent suivies par une explosion universelle.

Le 13 mars Vienne est en combustion. Le soutien <ie Louis-Philippe, Metternich, est renversé. .

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Le ministre autrichien, depuis la chute de Charles X , avait montrô à l'égard du vieux roi et de son petit-fds un dégagement égoïste. Tout son effort consistait, en renonçant à faire reposer la politique européenne sur le principe de la légitimité, à limiter l'explosion révolutionnaire à la France, et à chercher à amener Louis- Philippe, par la considération de son intérêt, à entrer dans la voie des mesures répressives contre les sectes. Dans ce but, il avait relevé avec soin la part prise aux complots révolutionnaires par les Bonaparte et leurs parents, les Murât, les Pepoli, etc. Dès 1832, il écrivait: « Louis Bonaparte, le jour du décès du duc de Reichstadt, se regardera comme appelé à la tète de la République française. » On ne peut pas reprocher au vieux diplomate d'avoir manqué de perspicacité ; il était aussi dans le vrai en disant :

« Le Bonapartisme offre une fort grande SUPERFICIE. Il s'étend du despotisme militaire jusqu'à la société des Amis du peuple. »

Louis-Philippe, ses fds et la France devaient l'apprendre à leurs dépens.

Mais reprenons le tableau sommaire du bouleversement européen :

Le 18, barricades à Berlin, effroyables commotions, en attendant le parlement allemand, où le président Gagern proclamera la souveraineté du peuple.

Le même jour, explosion à Milan.

Le 20 mars, révolution à Parme.

Le 22 mars, république à Venise.

Avant la fin du mois, Naples, la Toscane, Rome,

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sous l'inspiration de l'envoyé de Palmerstcn, lord Minto,et le Piémont avaient leurs constitutions parlementaires, en attendant la république à Rome, avec Mazzini et Salicetti. à Florence, avec Gaerrazzi et MoQtanelli ; et le Piémont marchait contre l'Autriche. Ce fut, en Italie, comme un vent impétueux, dit Zel- 1er, tombant sur un brasier ; des Pyrénées à la Vistule, ajoute le traducteur d'Eckert, la Révolution a agité son poignard sanglant et sa torche incendiaire.

La République universelle, préparée par Mazzini et la Jeune-Europe, semblait devoir triompher partout. Mais le mouvement était prématuré. L'Autriche et la Russie eurent facilement raison de ces tentatives, malgré l'appui que le roi Charles-Albert de Sardaigne leur donna. La dynastie prussienne elle-même ne voulut pas, pour cette fois, de la couronne impériale^ que lui offrait l'assemblée de Francfort.

En France, les journées de mai et de juin amenèrent une réaction conservatrice, qui, jointe à leurs autres échecs, firent comprendre aux habiles mineurs des sociétés secrètes que conserver la république en France était faire reculer considérablement leur œuvre en Europe. Une dictature, une forme nouvelle de la Révolution conservatrice, leur convenait mieux pour rheure présente. R fallut reprendre les projets profonds et la tactique plus sûre de la Haute-Vente romaine. Nous verrons dans le chapitre suivant celte nouvelle phase de la Révolution. Pour achever celui-ci, nous avons à dérouler les étapes successives de la grande lutte engagée à Rome contre le pouvoir temporel et le doux pontife qui avait succédé à Grégoire XV L

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Homme de foi, de prière, de travail et de vertu, d'une bonté ineffable, d'une candeur et d'une aménité vraiment célestes et qui se peignaient dans tous ses traits, Pie IX joignait à une droiture et à une charité qui ne soupçonne pas le mal, comme parle Fapôtre, une fermeté d'âme et de conscience que rien n'était capable de faire dévier de la ligne du devoir connu. Avec d'aussi émmentes qualités, il ne pouvait songer, pontife et roi, qu'à faire le bien de ses États et à ramener par la liberté vraiment chrétienne et les peuples et les rois à la vérité et à la pratique des vertus qui, en préparant à la vie éternelle, peuvent seuls faire le bonheur ici-bas; et il y serait parvenu, avec l'aide de Dieu, sans aucun doute, pour peu qu'il y eût eu de bonne foi dans les meneurs des sociétés secrètes, de vrai discernement et de science politique dans les conseils des rois. Mais au point où en étaient les hommes et les choses, les vertus et les qualités du souverain pontife, sons les desseins et les trames de la perfidie et de la trahison, ne pouvaient que se retourner contre le Saint-Siège lui-même.

Dès l'exaltation du nouveau pontife, il fut acclamé d'un bout du monde à Tautre, comme le pape si longtemps désiré, le restaurateur de la liberté et le libérateur des peuples.

Mais à cet enthousiasme les sectes mêlèrent une agitation factice qui l'exagérait et trompait Pie IX sur sa portée.

A peine l'amnistie eut-elle été proclamée, que Ton vit accourir à Rome tous les révolutionnaires du monde entier, depuis Mazzini jusqu'à Karl Marx, le futur fon-

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dateur de V Internationale. Dès lors ce fut une suite incessante de manifestations pour obtenir une consulte réformatrice, l'établissement de la garde civique, une constitution, enfin la guerre contre l'Autriche. C'est Mazzini qui, dès novembre 1846, avait tracé ce programme :

« Profilez, leur disait-il, de la moindre concession pour réunir les masses, ne fût-ce que pour témoigner de la reconnaissance. Des fêtes, des chants, des rassemblements, des rapports nombreux établis entre les hommes de toute opinion, suffisent pour faire jaillir des idées, donner au peuple le sentiment de sa force et le rendre exigeant. La difficulté n'est pas de convaincre le peuple : quelques grands mots, liberté, droits de l'homme, progrès, égalité, fraternité, despotisme, privilège, tyrannie, esclavage, suffisent pour cela ; le difficile, c'est de le réunir. Le jour où il sera réuni sera le jour de l'ère nouvelle. . .»

Chaque concesssion servait de point de départ aux nouvelles revendications. Pie IX accorda tout, entraîné peut-être par la droiture de son âme, mais obéissant surtout à un dessein providentiel, pour montrer par une dernière expérience que l'Eglise n'est hostile à aucune liberté, mais que la Révolution les rend toutes impossibles et que le libéralisme n'est, chez les peupies où la Maçonnerie a pris pied, que la préface inévitable des pires excès de la démagogie. Il n'y eut qu'un point où le saint pontife fît entendre son non possumus, c'était la déclaration de guerre à l'Autriche. On sait le reste : les troupes pontificales, entraînées par un général infidèle, marchèrent à l'ennemi contre les ordres du St-Père ; Rossi fut massacré en plein palais

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du parlement ; le St-Père menacé dans sa vie par l'émeute, obligé de fuir à Gaëte, et la République romaine proclamée sur la proposition d'un Bonaparte, Lucien, prince de Canino, avec Mazzini Raffî et Armiellini pour triumvirs, Garibaldi pour général en chef des hordes cosmopolites qui y étaient accourues.

De tels événements causèrent dans le monde chrétien une émotion considérable. L'Autriche, victorieuse de la Révolution en Lombardie et en Hongrie, se disposait à aller la poursuivre jusqu'à Rome. La catholique Espagne voulait prendre l'initiative d'une expédition. Jamais les sectes ne l'ont pardonné à la reine Isabelle. En France, le gouvernement du général Ca» vaignac, à défaut d'une inspiration chrétienne, eût du moins le sentiment de ce qu'exigeaient une saine politique et l'intérêt du pays, et, dès que le télégraphe eut apporté la nouvelle de l'assassinat de Rossi, il fit partir pour Rome une brigade. Cette mesure ayant été soumise à l'Assemblée constituante, elle adoptait, à la majorité de 480 voix contre 63, celles de Ledru- Rollin et de la Montagne, l'ordre du jour suivant, proposé par M. de Tréveneuc : « L'Assemblée, approuvant les mesures de précaution prises par son gouvernement pour assurer la liberté du Saint- Père, et se réservant de 'prendre une décision sur des faits ultérieurs encore imprévus^ passe à l'ordre du jour. »

Dès ce jour se révéla la politique astucieuse, mais profondement révolutionnaire en réalité, de Louis-Napoléon Bonaparte, Tancien insurgé carbonaro des Romagnes, le futur empereur des Français.

Élu représentant du peuple en 1848, en même temps

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que son cousin Napoléon-Jérôme, Louis-Napoléon était allé s'asseoir avec lui sur les bancs de la gauche. Le 30 septembre, il s'abstint de voter dans le scrutin sur l'ordre du jour approuvant l'expédition romaine, etdeux jours après on lisait dans le Constitutionnel et la Presse la lettre suivante :

« Paris, 2 décembre 1848. — Monsieur le rédacteur, apprenant qu'on a remarqué mon abstention dans le vote relatif à l'expédition de (.ivita-Vecchia. je crois devoir déclarer, que, tout en étant décidé à appuyer toutes les mesures propres à garantir efficacement la liberté et l'autorité du souverain pontife, je n'ai 'pu approuver par mon vote une démonstration militaire qui me semblait dangereuse, même pour les intérêts sacrés qu'on voulait protéger^ et de nature à compromettre la paix de l'Europe.

« Recevez, monsieur le rédacteur, l'assurance de mes sentiments distingués. — Signé : Louis-Napoléon Uonaparte.»

Dès cette époque il devint le candidat la Francmaçonnerie à la présidence.

Le patronage de la Maçonnerie était discret ; la France venait de prouver en J 849, par les élections a la Législative, qu'elle était essentiellement monarchique, malgré les divisions de ses hautes classes, et fermement* catholique. Aussi Louis-Napoléon chercha-t-il et réussit-il à réparer l'effet produit par son abstention dans le vote pour l'expédition romaine, par la lettre suivante adressée au nonce du pape :

« Monseigneur, je ne veux pas laisser accréditer auprès de vous les bruits qui tendent à me rendre complice de la conduite que tient à Rome le prince deCanino.

« Depuis longtemps je n'ai aucune espèce de relations

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avec le fils aîné de Lucien Bonaparte, et .;>. déplore de toute mon âme qu'il n'ait point senti que U maintien de la souveraineté temporelle du chef vénérable de V Église était intimement lié à l'éclat du Catholicisme comme à la Liberté et à IHndépendance de f Italie.

« Recevez, Monseigneur, l'assurance de mes sentiments de haute estime. — Louis-Napoléon Bonaparte. »

L'expédition française était partie sous le commandement.du général Oudinot. Sa tâche fut singulièrement compliquée par des intrigues de toute sorte. Avant même que Rome fût investie, le consul français resté à Rome, Ferdinand de Lesseps, un franc-maçon, avait, au mépris de toutes les règles diplomatiques, signé un traité avec la République romaine, que le général dut déchirer, mais qui permit à Mazzini et à Garibaldi d'organiser la défense de Rome.

Quand enfin la ville fut prise, Louis-Napoléon, devenu prince président, essaya de paralyser la restauration du St-Père en lui imposant un programme de réformes dites libérales et surtout en le discréditant aux yeux des populations.

« Lorsque nos armées firent le tour de l'Europe, disait-il dans un manifeste publié sous forme de lettre à Edgar Ney, elles laissèrent partout, comme trace de leur passage, la destruction des abus de la féodalité et les germes de la liberté ; il ne sera pas dit qu'en 1849 une armée française ait pu agir dans un autre sens et amener d'autres résultats. »

Cette politique machiavélique échoua devant la clairvoyance de MM. Rayneval et de Corcelles, qui, forts de l'autorité qu'ils tenaient de l'Assemblée, réagirent énergiquement, et surtout devant la loyale

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fermeté du général de Rostolan qui, spontanément, s'était déjà opposé à la publication de la lettre présidentielle. Il la paya de son rappel et de la privation du bâton de maréchal auquel ses services lui donnaient droit.

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