‹ La Franc-maconnerie et la RevolutionChapitre 24 sur 36 · DE LE FAIRE · texte numérisé non relu

DE LE FAIRE

Mais il ne suffisait pas aux complices d'empêcher le pape de reprendre les Romagnes. Sa vaillante armée empêchait les comédies qui s'étaient jouées à Parme, à Modène, à Bologne, avec le concours de quelques carabiniers piémontais déguisés, de se reproduire dans rOmbrie. Une tentative d'insurrection à Poreuse avait été réprimée immédiatement par les troupes pontificales aux applaudissements de l'immense majorité de la population.

Napoléon III et Cavour résolurent d'en finir, et l'hypocrisie ne suffisant plus, ils recoururent à la force, à l'emploi de l'armée régulière piémontaise pour détruire la petite armée pontificale .

C'était un an après la publication de la brochureprogramme Le Pape et le Congrès.

Napoléon III s'était rendu à Chambéry pour recevoir les félicitations des nouveaux sujets que M. de Cavour venait de lui céder par le traité de Turin, en compensation des Romagnes et de la lettre au pape, comme il l'avait dit expressément au parlement de Turin. Il y avait reçu les hommages que le galantuomo lui avait envoyés par Cialdini et Farini. Que

-se passa-t-il dans cette entrevue ? Le Moniteur ne l'a pas dit ; mais l'histoire rapporte qu'à la suite, et à peine revenu à la tète de sou armée, Cialdini, sans déclaration de guerre, envahit en guet-apens le territoire pontifical, attaqua la petite armée pontificale €t au milieu de trahisons sans nom dans aucune langue, et dix contre un ils s'emparèrent des Marches et de l'Ombrie.

M. de Becdelièvre, ancien colonel des zouaves pontificaux, raconte que, dans le séjour qu'il fit après la capitulation de Lorette à Ricanati, il eut la conversation suivante avec le général Cugia :

« Ne craignez-vous pas, lui demanda-t-il, que^la France ne vous arrête ? N'avez-vous pas lu la dépêche du duc de Grramont, disant au consul d'Ancône que l'empereur s'opposera à vos envahissements ? — Oh ! me dit Cugia en riant, nous en savons plus long que votre duc. Vendredi dernier, notre général en chef, Cialdini, déjeunait à Chambéry, où, après avoir demandé des conseils sur ce qu'il avait à faire, il lui fut répondu : Entrez et faites vite ! — Vous le voyez, nous allons vile. ».

M. de Thouvenel, s'adressant de son côté à ses agents diplomatiques, convient, dans une note publiée dans le Libre bleu^ que l'empereur, dans l'entrevue qui avait eu lieu à Chambéry entre lui et M. Farini accompagné du général Cialdini, « fut pressenti sur l'éventualité d'une entrée des troupes piémontaises, ce qu'il ne désapprouva pas dans V éventualité qui lui fut présentée ; cette éventualité était la mar^ che de Garibaldi des États napolitains^ où il ne rencontrait aucune résistance, à travers les États

romains^ en soulevant les populations^ et, cette der-^ nière franchie, une attaque contre la Vénétie qu'il serait impossible de prévenir. »

La reconnaissance du royaume d'Italie par le gouvernement français, reconnaissance qui suivit dix jours après ces explications, était donc, ainsi que l'a dit Ricasoli au sénat piémontais, l'approbation, la sanction, et comme le pacte de tout ce qu'avait fait le gouvernement de Victor-Emmanuel. Il est impossible de s'y méprendre. Aussi M. de Thouvenel, non-seulement rejetait peu après les offres que faisaient l'Espagne et l'Autriche d'intervenir de concert avec la France dans la garde du Saint-Père et de Rome, mais amenait ces puissances, à l'aide de la Maçonnerie, par le principe de non intervention, et comme le seul moyen de pacifier et de légitimer les faits accomplis, à reconnaître elles-mêmes le royaume et le roi d'Italie.

Sept ans après, la même manœuvre fut sur le point de réussir. Napoléon III, au moment de l'invasion garibaldienne, arrêtait pendant huit jours l'expédition française dans le port de Toulon, puis cherchait à la rappeler, et ne laissait accomplir l'événement de Mentana que parce que cette fois les piémontais avaient perdu le temps donné.

La Marmora, envoyé à Paris après Mentana pour se plaindre de ce qui était arrivé, reçut cette réponse : « Je vous avais donné huit jours. Pourquoi n'en aveZ'Vous pas su profiter ? »

La diplomatie piémontaise a publié elle-même, dans le Livre vert de 1867, la pièce qui éclaire toute cetta

phase de la politique napoléomeane. C'est une dépêche de M. Nigra, datée de Biarritz, 25 janvier 1866, et qui est ainsi conçue :

« L'empereur m'a dit que la question de savoir ce qu'il y aurait à faire dans l'éventualité d'une révolution républicaine à Rome ne peut être résolue à priori^ indépendamment des circonstances qui l'auront provoquée ; que la conduite des deux gouvernements sera réglée en partie par les circonstances et par l'impression qu'elles produiront sur l'opinion publique. >

Voilà comment Napoléon III entendait l'exécution de la convention de 1864 qui garantissait au pape les possessions lui restant encore ! C'était toujours la même politique à double face qui, sept ans auparavant, avait formellement empêché les troupes pontificales de réprimer, quand c'était encore possible, les insurrections des Romagnes, comme nous l'a appris l'importante dépêche du cardinal Antonelli, citée plus haut ; mais cette fois Dieu, qui voulait assurer la réunion du concile du Vatican, déjoua ces plans machiavéliques.

Les lettres d'Enfantin pendant toute cette période sont fort curieuses, car elles révèlent les propos intimes qui s'échangeaient alors entre les Tuileries et le Palais-Royal.

Enfantin écrivait notamment dans les premiers mois de 1861 :

« J'entends assez souvent plusieurs d'entre nous s'étonner des ménagements, tempéraments, attermoiements, que le gouvernement français apporte depuis dix ou douze ans dans ses relations avec la papauté. Pour moi, je n'en suis pas sur-

pris... Ce qui ressort évidemment pour moi de notre conduite à Rome, c'est précisément que nous ne voulons pas détruire de fond en comble le Catholicisme^ mais que nous désirons •qu'il se transforme ; c'est-à-dire que nous nous appelons Napoléon 111 et non Mazzini. »

Cependant, Cavour avait été frappé, le 6 juin 1861, par la justice de Dieu. Son élève et ami le F •. Nigra fut appelé à lui succéder comme grand-maître de la Maçonnerie piémontaise, mais il n'accepta pas, un certain nombre de loges ayant refusé de concourir au vote. Le premier couvent maçonnique fut convoqué et se réunit le 26 décembre. 29 députés y siégèrent. L'assemblée, qui se mit en rapport avec les Grands-Orients des divers pays, consacra six séances à la rédaction d'une constitution de règlements, de rituels ; elle décréta entre autres que Dieu s'appellerait le grand architecte de Vunivers^ et prescrivit une obéissance et un silence absolus. Le septième jour, l®' janvier 1862, sur la motion de la loge Garibaldi, de Livourne, il fut décidé que le général Garibaldi porterait le titre de premier maçon d'Italie, €t qu'on frapperait une médaille d'or avec ces inscriptions : d'un côté, La première assemblée constituante d'Italie ; et de l'autre : Au premier maçon d'^ Italie, à Joseph Garibaldi. On procéda ensuite à l'élection d'un grand-maître. Le F.*. Nigra fut élu de nouveau, cette fois à l'unanimité des voix, mais il refusa néanmoins, et à sa place fut nommé le ministre Cordova, par 15 voix contre 13 données à Garibaldi. Mais les loges du rite écossais, ayant leur Suprême- Conseil à Palerme, nommèrent Garibaldi grand commandeur

et signifièrent ce choix à toutes les loges par une circulaire qui commençait ainsi :

a Ghers frères, aux maçons de tous les pays qui travailent h\d^ reconstruction du temple de l'humanité, savoir faisons que le général Joseph Garibaldi, Thomme que le grand architecte de l'univers créa pour la délivrance des peuples opprimés et pour l'émancipation de toutes les nationalités qu'on foule aux pieds, est nommé grand commandeur, grandmaître de l'ordre maçonnique en Italie, . . »

Du reste Cordova et Garibaldi se valaient pour les principes. Cordova, ainsi que le rapporte VÀ7^monia d'après les atti ufficiali, n" 204, p. 775, n'a pas craint de déclarer la Convention de 93 bénie dans le monde entier pour avoir fond é la nation française et créé la démocratie dans toutes les parties de l'Europe. Et Garibaldi, dans l'adresse envoyée par lui à l'Angleterre, le 22 septembre 1862, exaltait la France « qui en 1793, époque solennelle, donna au monde LA DÉESSE RAISON, Tcnversa la tyrannie jusqu^à terre et consacra la libre fraternité e7itre les na" tions. »

L'année suivante, Cordova ayant donné sa démission, Garibaldi fut nommé à l'unanimité moins cinq voix, par le couvent de Florence, grand-maître de l'ordre. Ayant accepté, il nomma pour son représentant dans le grand comité de la Maçonnerie italienne F.-Antonio Mordini, en ajoutant que la concorde était la seule voie pour obtenir Vunité avec Rome, sa capitale naturelle. La Maçonnerie italienne comptait alors, en dehors des ventes carbonariques, 67 loges

en Italie, dont 5 à Turin, et 10 à l'étranger, dont 2 en Grèce, 1 à Constantinople, 5 en Egypte, 1 à Tripoli, et 1 à Tunis. C'était des jalons pour l'unité future.

Mazzini ne restait pas, de son côté, inactif : il avait travaillé à la multiplication des loges et fondé Vassodation de l'unité italieyine. Tout en maintenant ses plans républicains, il ne combattait pas un fait, disaitil. Ce fait, c'était l'unification accomplie ou à accomplir. Quoique grandement déchu de la puissance qu'il avait exercée en 1848, il disposait encore, notamment dans la Franc-maçonnerie de Turin et du sud de l'Italie, d'assez de forces révolutionnaires pour que Victor- Emmanuel fût obligé de compter avec lui.

Un des agents de Mazzini, Diamilla-Muller, a publié les nombreuses lettres échangées entre le roi et le vieux conspirateur.

La figure de Diamilla-Muller est singulièrement intéressante. C'est un ingénieur et un savant distingué que ses études mettent en relations étroites avec le P. Secchi ; c'est un homme du monde et un homme d'affaires. Il n'a aucune position officielle, personne ne paraît plus étranger à la politique, et cependant il a la main dans les plus grands événements. A toute heure les cabinets des ministres et des souverains lui sont ouverts ; à un moment donné, au lendemain du 20 septembre 1870, il conduit une négociation pour établir un modus vivendi entre la papauté et le gouvernement italien et prévenir le départ du St-Père. Une grande instruction et des vues élevées se joignent chez lui aux passions du sectaire.

Il rappelle Henri Misley, qui, en 1829, était à Pa-

ris, paraissant s'occuper uniquement de la vente des nitres et des blés du pays de Modène, qui plus tard travaillait à la construction des chemins de fer en Italie et en Espagne, et qui, absolument inconnu du public, contribuait à faire jouer les ressorts les plus cachés de la politique européenne. Voilà les hommes qui représentent la puissance des sociétés secrètes.

M. Disraeli, qui les avait vus à l'œuvre, esquisse ainsi leur physionomie dans son roman d''Endi/mion :

« Les hommes les plus puissants ne sont pas dans la vie publique; c'est la vie privée qui gouverne le monde.

« Mais sûrement le roi Luitprand, qu'on appelle le Sage par excellence, est un puissant monarque ? Et l'empereur Harold qui a réussi en tout? Et quant aux ministres, qui sera grand et fort si ce n'est Wenceslas ? — Le roi Luitprand est gouverné par son médecin, qui serait capable de gouverner l'Europe, mais qui n'a pas d'ambition. L'empereur Harold est sous l'influence de sa maîtresse, femme d'un certain âge et d'une grande sagacité, mais qui néanmoins croit à la magie. Quant au prince Wenceslas, il est inspiré par un individu aussi obscur que nous et qui, pour ce que j'en sache, peut être occupé, comme nous en ce moment, à boire une tasse de café dans une chambre particulière. (1) »

On était en 1863. La révolution italienne était mécontente de Napoléon III, qui, malgré ses promesses, avait laissé la Vénétie sous la domination autrichienne et qui continuait à occuper Rome, autant pour conserver un gage sur les Italiens que pour obéir à la pression de l'opinion catholique en France. Après la mort de Cavour, Ricasoh, Rattazzi, Farini, Minghetti, s'é-

(1) End^mion, tome I, chap. XXXVm, Londreg, 1880.

taient succédé au ministère sans pouvoir dominer la situation. Garibaldi, enivré de sa popularité, n'acceptait plus la direction du gouvernement comme en 1859. Par la publicité qu'il donnait à ses armements, il l'avait forcé à dissoudre une première fois ses bandes à Sarnico, puis à le frapper lui-même dans l'échauffourée d'Aspromonte. Irrités par cette action, tous les éléments violents de la Révolution fermentaient dangereusement. Dans ces circonstances, Victor-Emmanuel jugea qu'il fallait les détourner sur l'Autriche : une expédition directe contre la Yénétie avait peu de chance de succès et aurait forcé le gouvernement italien à entrer immédiatement en scène ; mais la Pologne était en armes, la Servie et la Roumanie étaient agitées ; on pouvait créer à l'Autriche des complications en Orient, soulever la Hongrie. Ces insurrections-là auraient l'approbation tacite de la Prusse, on le savait sans doute; elles prépareraient un mouvement en Vénétie. Pour réaliser ce plan, le roi prit une initiative hardie, celle de s'adresser à Mazzini. Mazzini avait jadis offert son concours à Charles-Albert. Plus tard il s'était retourné violemment contre lui. Jusqu'en 1859, il n'avait pas cru que la dynastie piémontaise pût faire l'unité italienne. Mais après Villafranca son point de vue s'était modifié.

Esprit politique bien supérieur à Garibaldi, Mazzini comprenait, comme Victor-Emmanuel, qu'au point de vue révolutionnaire l'expulsion définitive de l'Autriche du territoire italien devait passer avant l'envahissement de Rome.

Pour suivre déplus près ces négociations, Mazzini,

au mois d'avril, se transporta à Lugano ; Diamilla- MuUer, à Turin, communiquait avec Victor-Emmanuel par l'intermédiaire de l'avocat Pastore, qui n'était pas un personnage officiel, mais avait toute la confiance du roi, dont il faisait les affaires privées, les affaires les plus intimes ; puis par celui du comte de Savoiroux, aide-de-camp du roi.

Pendant dix-huit mois ces négociations se poursuivirent.

Elles avortèrent cependant, parce que les deux parties n'eurent pas uoe pleine confiance l'une en l'autre. Victor-Emmannuel voulait que Mazzini fît avec ses seules forces une diversion en Roumanie, en Serbie et en Hongrie ; mais que pour le moment il n'y eût pas de soulèvement en Vénétie. Mazzini soupçonnait au fond le roi de vouloir éloigner de ritalie les éléments révolutionnaires les plus actifs ; il craignait que la Vénétie ne fût sacrifiée et que la guerre générale ne fût reculée indéfiniment. Il exigeait donc qu'en même temps que la guerre serait portée sur le Danube et en Hongrie, on provoquât une insurrection dans la haute Vénétie et que le gouvernement italien se tînt prêt pour la soutenir par les armes.

La Prusse et l'Autriche étaient alors engagées dans la question des duchés. La conflagration générale, la guerre révolutionnaire européenne que voulait le grand agitateur, eût ainsi éclaté en dehors de Napoléon in et sans recourir de nouveau à lui comme en 1859. Mazzini s'engageait d'autre part, vis-à-vis de Victor-Emmanuel, à renoncer provisoirement à toute propagande républicaine.

A un moment donné cependant le roi et Mazzini étaient tombés d'accord pour organiser un soulèvement dans les provinces danubiennes en Serbie et de là en Galicie, où on eût donné la main au mouvement polonais ; Garibaldi en eût pris la direction. En même temps des mouvements se seraient produits en Vénétie. Mazzini se réservait de forcer la main au gouvernement italien et d'amener un conflit direct entre lui et l'Autriche.

Mais les deux complices se défiaient tellement l'un de l'autre que le plan ne put s'exécuter. A un moment donné les hommes de la gauche en Italie crurent à une trahison en voyant les éléments les plus actifs de la Révolution partir pour le Danube. Ils protestèrent publiquement par une note publiée dans le Diritto,

Cette publication fit échouer complètement le projet d'expédition en Galicie : Victor-Emmanuel, dont les trames secrètes étaient ainsi dénoncées à toute l'Europe, dut refuser tout concours aux garibaldiens qui s'étaient déjà rendus dans les provinces danubiennes. Il profita de l'occasion pour se réconcilier avec Garibaldi. Il lui envoya, à Ischia, son aide de camp, le général PorceUi, lui promit des compensa- • lions de toute sorte et un commandement important dans la prochaine guerre. Garibaldi, mécontent des hommes de la gauche qui avaient contrecarré ses projets, accepta les avances de la royauté et lui resta fidèle jusqu'à la fin de sa vie.

En vain Mazzini protesta qu'il était étranger à la publication malencontreuse de la note du Diritto. Il

était évident que son long éloignement de l'Italie lui avait fait perdre considérablement de sa puissance et que d'autres influences dirigaient les hommes avancés. Victor-Emmanuel se sentit beaucoup plus libre vis-à-vis de lui, quoiqu'on 1867 et 1870 Mazzini ait pu encore exercer une part d'action assez importante.

C'est que peu à peu les forces vives des sociétés secrètes s'étaient portées ailleurs. Palmerston, Victor-Emmanuel, Napoléon III, quoique souvent divisés entre eux, s'entendaient parfaitement pour contre-carrer l'action de Mazzini. Les éléments les plus actifs, comme Manin, Rattazzi, La Barina, Klapka, Turr, Kossuth, l'abandonnèrent ; le gros de la Franc-maçonnerie italienne s'était rallié à Cavour le jour où il avait posé au congrès de Paris la question italienne.

Ces documents de premier ordre sont publiés, dans leurs parties essentielles, dans le tome III de l'ouvrage Les Sociétés secrètes et la société. Ils sont de nature à faire toucher du doigt aux plus incrédules la part qu'ont les agissements occultes des sectes dans la politique contemporaine. Les dépêches diplomatiques ne sont la plupart du temps qu'une parade destinée aux tournois parlementaires et à amuser le public.

Mazzini était aussi en relations à cette époque avec M. de Bismarck : M. Diamilla-Muller a publié deux notes de lui adressées à M. d'Usedom, ministre de Prusse à Florence en novembre 1867, dans lesquelles le vieux conspirateur, furieux d'être joué par Victor- .Emmanuel et abandonné par la majorité des loges,

offre son concours et celui du parti révolutionnaire avancé à Thomme dans lequel il voyait l'ennemi né de la France,

Le chancelier prussien n'a pas négligé d'entretenir des relations extra-diplomatiques avec l'agitateur, et par lui il a surveillé à la fois Napoléon III et Victor- Emmanuel. M. de Bismarck a voulu, à un moment donné, faire peur à Victor-Emmanuel au moyen des relations qu'il avait nouées avec Mazzini. C'est l'objet d'un mémorandum qu'il expédiait à ce dernier, mais que des indiscrétions calculées faisaient en même temps connaître au gouvernement de Florence.

Dans ce document, qui date du commencement de 1868, la chancellerie prussienne résume [ainsi la poHtique proposée à l'ItaHe:

« L'alliée naturelle de l Italie est l'Allemagne.

« La rivale naturelle de l'Italie est la France.

« Supposons l'Italie entièrement maîtresse d'elle-même, forte de son unité politique, devenue l'entrepôt de ses propres produits et de ceux du Nord ; l'Italie maîtresse de la Méditerranée, l'Allemagne maîtresse de la Baltique ; ces deux puissances, quoi qu'on en dise, les plus intelligentes et les plus civilisées, qui partagent l'Europe en deux et qui en forment le centre, ces deux puissances dotées de frontières si précises et si nettement délimitées, si différentes de langue et de tempérament, exerçant leur action dans des sens si divers, que jamais l'Italie ne pourra aspirer à dominer dans la Baltique ni l'Allemagne songer à dominer dans la Méditerranée, et demandons-nous si elles peuvent faire autrement que de s'entr'aider mutuellement et de s'aimer cordialement.

« L'Italie et l'Allemagne sont entouréesde peuples qui aspirent à s'agrandir à leurs dépens. Au nord, l'Angleterre

pèse sur rAUemagne, Qt uq jour l'Orient arrivera à peser sur l'Italie, Au sud, seulement, brille pour toutes deux l'étoile de l'avenir ; au sud, où l'Allemagne s'appuie sur l'Italie/où l'Italie a devant elle la Méditerranée, qui peut redevenir un lac italien.

Le peuple qui a fait 1814, 1848 et 1866 est le véritable allié de celui qui a fait 1847, 1849 et 1860.

« A la fin de Vannée, l'Allemagne devra former un seul État puissant, s'êtendant de la Baltique aux Alpes, du Rhin à la Vistule et à la Dr ave; V Italie ne devra plus avoir de provinces aux mains de l'étranger-, ou bien ni l'une ni Vautre n'auront compris leur situation réciproque.

« B^un autre côté, il est impossible à Vltalie de souffrir que la France menace à tout moment de s'emparer de Tunis^ comme elle Va fait récemment, de Tunis qui ne serait pour elle qu'une étape pour atteindre la Sardaigne. Il est indispensable à l'Italie de se constituer de telle façon qu'elle n'ait pas à trembler pour ses côtes, pour son commerce, pour ses provinces, à chaque froncement de sourcil du Ju« piter français.

« La France maîtresse de la Méditerranée ? La France avec les frontières du Rhin ? Non : Vltalie et V Allemagne ne doivent à aucun prix le permettre. C'est pour elles une question de vie ou de mort. »

Et il concluait ainsi :

« Nécessité de l'alliance de l'Italie et de la Prusse par voie diplomatique.

« Ou bien :

a Alliance stratégique de la Prusse avec le parti national italien. »

Victor-Emmanuel, au courant de ces négociations, se hâta dénouer alliance avec la Prusse, et pour enle-

ver à Mazzini ses moyens d'action, il prépara, dès juillet 1870, l'invasion de Rome qui, le 20 septembre, couronna le but poursuivi avec des moyens divers par toutes les fractions de l'armée des sectes.

En même temps. Napoléon III tombait de son trône, après avoir participé à la constitution de l'unité italienne et de l'unité allemande ; il voyait s'écrouler ses espérances impériales au moment où se réalisaient ses projets maçonniques ; il pouvait donc se dire complice, dupe et victime. La France, hélas ! apprenait au milieu de désastres inouïs que le seul souverain qui, avec son roi légitime, avait élevé pour elle une voix courageuse, venait de voir forcer l'enceinte de sa capitale, et que la Révolution, entrée par la brèche de la porte Pia, avait consommé l'attentat prémédité depuis longtemps centre le chef auguste de l'Eglise. Du moins, des Français avaient héroïquement soutenu la cause du droit. Ceux-là, dont l'Empire avait fait des proscrits, allaient de Rome violée courir sur les champs de la Loire, et sous la bannière du Sacré- Cœur montrer au monde subjugué par leur chevaleresque bravoure ce que valaient les soldats du pape, de Lamoricière et de Charette.

Mais l'œuvre maçonnique se poursuivra, etleF,*. Sénard, envoyé du gouvernement du 4 septembre à Florence, ne rougira pas de féliciter le roi carbonaro au nom de la Répubhque, et d'ajouter cette honte impie aux douloureuses humihations de nos revers. Ce répubhcain offrira même la rétrocession de Nice et de la Savoie à l'allié honteux de la Prusse. Il y a des heures cruelles et des années terribles pour un grand peuple.

La République devait aggraver encore les fautes de l'Empire et accroître les douleurs de la France désorganisée en face de l'ennemi par la dictature de l'incapacité, livrant l'est à Garibaldi tandis qu'elle paralysait dans l'ouest les mouvements des débris de nos armées conduites par d'Aurelles de Paladine et Chanzy.

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