CHAPITRE XVIII
La Maçonnerie soutient tous les gouvernements antichrétiens, mais elle a pour la République une préférence logique et marquée. Poursuivant sa marche antireligieuse et antinationale vers un idéal qui, grâce à Dieu, est irréalisable, elle trouve dans la République les vices les plus approximatifs de cet idéal. Grant, l'anticlérical interprète des loges américaines, n'a pas jeté sans raison, en 1872, dans une proclamation officielle ces paroles, inconcevables pour ceux qui ne sont pas au courant du langage des loges :
« Le monde civilisé tend vers le républicanisme, vers le gouvernement du peuple par ses représentants, et notre grande république est destinée à servir de guide à toutes les
autres Notre créateur prépare le monde à devenir, en
temps opportun, une grande nation, qui ne parlera qu'une langue et oîi les armées et les flottes ne seront plus nécessaires. »
C'est la même pensée qui, en 1865 et dans les années suivantes, a inspiré ces congrès et ces ligues de la paiooj qui préparaient l'explosion de 1870, et auxquelles tant d'honnêtes gens donnaient étourdi-
ment leur adhésion. Il suffît d'avoir suivi avec quelque soin les procédés des sociétés secrètes pour savoir qu'elles s'avancent vers les desseins destructeurs précisément en jetant en pâture aux esprits de notre temps, dépourvus de toute règle, des mots sonores et des rêves humanitaires.
La véritable signification de ces manifestations et de ces réunions est donnée par l'expression de la haine qui s'y fait jour contre le Christianisme et l'Église catholique. Elles ont, au point de vue de la secte, l'avantage de propager leurs idées par le retentissement qui est donné et de grouper des éléments qu'elles utilisent plus tard.
Au congrès du Liège, en 1865, l'une des plus caractéristiques réunions de cette époque, plus de mille étudiants venus d'Allemagne, d'Espagne, de Hollande, d'Angleterre, de France, de Russie se trouvèrent réunis. Il faut signaler cette assemblée comme un des signes des temps, selon l'expression de Mgr Dupanloup, car ses membres sont aujourd'hui à la tête de V Internationale^ de la Franc-maçonnerie, du monde parlementaire ou administratif en France et en Belgique.
La Revue de Vinstruction publique trouvait une « existence sérieuse et grave » à ces débauches d'impiété qui allaient se renouveler au congrès de Genève, et qui, procédant des plans de Mazzini sur la République, méritaient les encouragements du F.*. Félix Pyat, exhortant la réunion du café Mathieu à Paris à l'action.
Le solidarisme devenait la partie essentielle de&
Statuts de rassociation du café Mathieu ; il était, du reste, déjà pratiqué par la Maçonnerie française et belge recommandant le « mariage libre et l'enterrement civil. »
La proclamation de la République, au 4 septembre fut à la fois la revanche de Mazzini, l'explosion des passions socialistes attisées par V Internationale , en face d'un pays qui, plus patriote que les sectaires, ne pouvait devant l'invasion se réjouir de la chute de l'Empire, malgré les fautes de ce dernier.
Le Franc-maçonnerie vit, avec satisfaction la pro^ clamation d'une forme de gouvernement à laquelle conduisaient ses doctrines et qui ouvrait aux membres des loges l'accès du pouvoir à Paris et dans tous les départements. Elle se mêla activement au mouvement radical, qui dès le premier jour déborda le gouvernement de la défense nationale.
« Tr«is éléments me semblent avoir, dès l'origine, entravé la défense nationale et finalement préparé les événements du 18 mars, dit un des témoins entendus par la commission d'enquête parlementaire. Ces trois éléments sont :
a Les loges maçonniques de Paris.
« Les socialistes connus sous le nom de positivistes.
« L'Internationale.
« .... Les francs-maçons se mirent dans toutes les commissions^ parmi même les délégués delà boucherie, avec des membres de l'internationale ; on pérorait dans les loges, on paradait dans les enterrements, on siégeait dans les commissions municipales et gouvernementales. Toute idée de. défense nationale était mise de côté. »
Dans les départements, au lieu de concentrer leurs efforts sur la défense du territoire et d'unir tous les
éléments patriotiques, les préfets et les commissions municipales ne songèrent qu'à réaliser le vœu émis par le Grand-Orient peu auparavant pour la dectruction de l'enseignement chrétien et à chasser partout des écoles les instituteurs religieux. C'est ainsi que M. Challemel-Lacour, sénateur et ministre depuis, mais alors préfet du Rhône, fit verser dans la caisse des œuvres maçonniques des citoyens et citoyennes de Lyon les sommes provenant du pillage de l'étabHssement des frères de Caluire. On sait que l'attentat commis contre cet établissement avec l'autorisation de M. Challemel a valu plus tard à celui-ci une condamnation civile, avec conséquences pécuniaires, à laquelle il s'est, il est vrai, soustrait. Le proconsul, qui tremblait devant les méfaits des garibaldiens et s'enfermait sous double grille dans sa préfecture, ne craignait pas de formuler contre les mobiles de la Gironde, qui, sous le commandement de M. de Carayon-La-Tour avaient bravement combattu l'ennemi, cette sentence : «Fusillez- moi tous ces gens-là. »
La Providence allait ménager à la France, dans les élections du 8 février 1871, le moyen d'arrêter l'œuvre de la Maçonnerie et de rompre avec la Révolution.
Le peuple, sentant la main de Dieu dans la succession inouïe de ses malheurs, se retourna vers la religion et la tradition nationale, comme il l'avait fait en 181 5. Ses élus, réunis à Bordeaux, étaient en grande majorité chrétiens et royalistes; au moins le peuple, dans la simplicité et la droiture de ses jugements, les avait-il choisis comme tels, sans regarder aux nuances qui les divisaient, ni aux erreurs qui pouvaient hanter l'esprit de plusieurs d'entre eux.
Dès lors la Révolution fut menacée de perdre toutes les positions qu'elle avait conquises en 1852, en 1830 et même au 5 septembre 1816, car l'auguste représentant des Bourbons était connu comme unissant à une indomptable fermeté une largeur de vues, qui lui a toujours fait démêler à travers tous les sophismes le venin caché des idées révolutionnaires. Henri V ne pouvait être que le roi d'une monarchie chrétienne et paternelle : il ne pouvait que reprendre les grandes pensées de Charlemagne, de saint Louis et d'Henri IV ; ce n'est jamais lui que les sectes seraient parvenus à conduire au précipice, en le rendant impuissant pour le bien.
Contre ce danger suprême toutes les forces de la Révolution, toutes ses fractions diverses se sont conjurées, depuis les jacobins, en ce moment maîtres de Paris, jusqu'à M. Thiers et M. de Bismarck.
L'explosion du 18 mars fut sans doute l'œuvre principale des jacobins et des socialistes ; mais elle eut immédiatement l'appui de toute la Franc-maçonnerie de Paris et de la province, qui voulut profiter de ce mouvement pour dépouiller l'Assemblée nationale de son pouvoir ou au moins obtenir à titre de transaction la proclamation définitive de la République.
La Franc-maçonnerie, à Paris, prit hautement parti pour la Commune, disons-no as. Le 26 avril 1871, une grande assemblée de francs- maçons de tous les rites se réunit au Chàtelet, et après avoir élu pour orateur un des membres les plus connus du parti radical, le F.-. Floquet, elle prit la résolution suivante :
et Ayant épuisé tous les moyens de conciliation avec le gouvernement de Versailles, la Franc-maçonnerie est résolue à planter ses bannières sur les remparts de Paris ; et si une seule balle les touchait, les FF.-. M.', marcheraient d'un même élan contre Vennemi commun. »
De là l'assemblée, grossie à chaque pas et comptant plus de dix mille francs-maçons revêtus de leurs insignes, se rendit en procession saluer le pouvoir insurrectionnel à l'hôtel de ville, et le frère Thirifocque, leur orateur, s'écria que « la Commune était la plus grande révolution qu'il eût été donné au monde de contempler ; qu'elle était le nouveau temple de Salomon, que les francs-maçons ont le devoir de défendre. »
Le citoyen Lefrançais, membre delà Commune, déclara ensuite que « depuis longtemps déjà il était de cœur avec la Franc-maçonnerie, ayant été reçu dans la loge écossaise n'' 133, passant à cette époque pour une des plus républicaines, et qu'il s'était depuis longtemps assuré que le but de V association était le même que celui de la Commune^ la régénération sociale. »
Une délégation de la Commune reconduisit la députation maçonnique jusqu'au «temple» de la rue Cadet.
A quelques jours de là, les francs-maçons allaient sur les remparts opposer leurs bannières aux troupes commandées par le maréchal de Mac-Mahon, et les vénérables des loges de Paris se posaient hautement comme médiateurs entre l'Assemblée, souveraine légale du pays, et la bande de révolutionnaires cosmopolites qui terrorisait la capitale.
M. Thiers reçut la délégation, mais refusa alors de prendre aucun engagement. Quelques jours après, le 5 mai, la fédération des francs-maçons et des compagnons de Paris adressait un manifeste à leurs frères de France et du monde entier, où, après l'exposé de leur intervention, ils disaient :
« Frères en maçonnerie et frères compagnons, nous n'avons plus à prendre d'autres résolutions que celle de combattre et de couvrir de notre égide sacrée la cause du droit.
« Armons-nous pour la défense !
« Sauvons Paris !
« Sauvons la France !
« Sauvons l'humanité !
« Paris, à la tête du progrès humain, dans une crise su-^ prême, fait son appel à la Maçonnerie universelle, aux compagnons de toutes les corporations ; il crie : A moi les enfants de la veuve !
<c Cet appel sera entendu par tous les francs-maçons et compagnons ; tous s'uniront pour l'action commune, en protestant contre la guerre civile, que fomentent les souteneurs, ds la monarchie.
« Vous avez bien mérité de la patrie universelle, vous, avez assuré le bonheur des peuples pour l'avenir.
« Vive la république !
« Vivent les communes de France fédérées avec celles de Paris ! »
Quelques membres du Grand-Orient et du Suprême- Conseil firent bien entendre, à l'époque, contre ces manifestations, des protestations équivoques, fondées uniquement sur ce que la Franc-maçonnerie ne s'occupe pas de politique !!! Ce n'étaient que de simples mesures de précautions prises à tout événement.
Les francs-maçons ne se trompèrent pas sur leur portée et ne se laissèrent pas arrêter dans le concours actif qu'ils apportaient à la lutte sauvage de la Commune. Plus la Commune devenait violente, plus ils la soutenaient énergiquement. On en a la preuve authentique dans cette note du Journal officiel de la Commune des premiers jours de mai :
« Les francs-maçons et compagnons fédérés ont établi pour les vingt arrondissements, par une délégation, un service officieux qui a pour but de signaler à toutes les administrations civiles et militaires les abus qui y existent. Ils recueilleront également les plaintes pour y porter remède.
« Ils se proposent de faire exécuter strictement les décrets de la Commune : un bureau est établi dans chaque mairie. »
On le voit, comme sous la Convention, les loges se transformaient en clubs de jacobins et en comités de salut public.
Enfin, le 22 mai, lorsque l'armée française était déjà entrée dans Paris, uo groupe nombreux de francsmaçons se réunissait une dernière fois et publiait, sous le nom du Grand-Orient, la proclamation suivante :
« Francs-maçons de tous les rites et de tous les grades, la Commune, défenseur de vos principes sacrés, vous appelle autour d'elle !
« Vous l'avez entendue, et nos bannières vénérées sont déchirées par les balles, brisées par les obus de ses ennemis. Vous avez répondu héroïquement !
« Continuez avec l'aide de tous nos frères et de tous les compagnonnages I
« ^instruction^ que nous avons reçue dans nos respecta-
bles ateliers^ dicte à chacun de nous le devoir sacré que nous avons à remplir.
« Heureux ceux qui tomberont glorieux dans cette lutte sainte ! «
Le Grand-Orient de France a désavoué après coup Fusage qui a été fait de son nom. Mais ce qui permet de mesurer la portée de ce désaveu, ce sont les adhésions que depuis lors les puissances maçonniques de l'étranger ont données à la Commune, elles qui n'avaient rien à ménager.
L'Internationale a eu sa part dans Texplosion de la Commune de Paris et les crimes qui y ont marqué son règne.
Vidée communaliste , c'est-à-dire la dissolution du lien national, l'autonomie des groupes communaux ou fédératifs, et leur groupement par fédération, est une des bases de l'association. Sans doute les sections parisiennes de l'Internationale se sont montrées modérées relativement aux jacobins qui avaient la majorité dans la Commune. Mais elles s'étaient précisément laissé envahir par ces jacobins ; c'est volontairement et en vertu de leurs principes qu'elles avaient, depuis plusieurs années et plus spécialement pendant le siège, groupé cet élément cosmopolite qui les a dominées ensuite complètement. Or, c'est cet élément, dirigé par Karl Marx et ses confidents, qui a préparé la Commune et qui Ta soutenue avec la tolérance sinon le concours de M. de Bismarck.
Le 7 septembre 1870, Eugène Dupont, le membre du conseil général qui dirigeait toutes les sections et fédérations françaises, leur écrivait de Londres :
« La piteuse fin du Soulouque impérial a amené au pouvoir les Gambelta, les Favre. Rien n'est changé : la puissance est toujours à la bourgeoisie. Dans ces circonstances le rôle des ouvriers, ou plutôt leur devoir, est de laisser cette vermine bourgeoise faire la paix avec les Prussiens.
« Il faut profiler de toutes les libertés que les circonstances vont apporter pour organiser toutes les forces de la classe ouvrière. La bourgeoisie, qui est en ce moment affolée de son triomphe, ne s'apercevra pas tout d'abord du progrès de l'organisation, et, pour le jour de la véritable guerre, les travailleurs sont prêts. Le conseil général a écrit à tous les correspondants, afin que tous les efforts se concentrent dans ce sens pour agir avec ensemble au moment opportun et décisif. »
Et le 17 octobre, craignant un réveil de l'instinct national, il ajoutait :
« Grand nonibre de nos amis se sont laissé aveugler par le patriotisme, ont fait chorus avec les bourgeois qui crient partout : Oublions nos différences d'opinions, faisons le sacrifice de nos plus chers principes sur l'autel de la patrie ! Duperie infâme ! car les bourgeois n'ont rien et n'avaient rien à sacrifier, et le peuple est une fois de plus trompé, parce qu'il est sans organisation. »
Pendant la Commune, les sections de l'Internationale donnèrent à Paris un appui énergique au mouvement, et dans les départements, ce furent ses principaux adeptes qui, à Marseille, à Limoges, à St-Etienne, à Toulouse, à Lyon, tentèrent des mouvements en sa faveur.
Au plus fort de la lutte, en mars 1871 , le Vorbote, journal officiel du socialisme allemand écrivait : « L'histoire se trouve en présence d'une révolution que la
démocratie socialiste du monde entier doit saluer avec enthousiasme. »
Après la chute de la Commune, quoique Karl Marx se soit habilement arrangé pour décliner toute responsabilité dans son insuccès, le conseil général de X Internationale a hautement approuvé tous ses crimes dans un long manifeste daté du 30 mai 1871 , qui a été adressé à tous les membres de l'association en Europe et aux États-Unis, et a été publié en entier par le Volkstaat de Leipsig. « Il est pour V'^ternatiooiale, dit M. Winterer, le récit officiel des événements de la Commune ; il doit en être, devant Thistoire, l'apologie autoiisée. Quand on pa^Surt le manifeste, on se demande avec un sentiment d'effroi dans quelle sphère d'idées il faut vivre pour apprécier ainsi de semblables forfaits. »
La Franc-Maçonnerie elle-même a persisté après la Commune à témoigner à ses combattants 'les sympathies que ses loges donnaient aux fondateurs de V Internationale. Ainsi nous lisons dans la Chaîne cVUnion de 1872, que le 17 avril 1872 la grande loge les Philadelphes et la Concorde, réunie régulièrement à Londres, a donné un banquet en l'honneur de la Commune, où étaient présents les FF.*..-. Lelubez, Cambault, Albert May, Maire, Benoît, Vésinier, Bradlaugh, La Cecilia.
A la Nouvelle-Calédonie, les députés trouvèrent un centre pour leurs conciliabules dans la loge V Union calédonienne^ fondée sous l'Empire par le gouverneur Guillain. Leurs menées, tolérées par M. de la Richerie, en vertu d'instructions secrètes de M. Thiers,
aboutirent à l'évasion de Rochefort. L'enquête faite par l'amiral Ribourt, à la demande de l'Assemblée, établit que les fonds nécessaires avaient été fournis d'abord par la loge, puis complétés par un frère, receveur de l'enregistrement dans la colonie, qui était vénérable de la loge. La loge fut jusqu'à sa fermeture le centre de réunions communalistes. Un prussien joua aussi un rôle important dans l'évasion.
Quelques temps auparavant une loge de Bordeaux» VAnglaiseï; dLj'ànt pris une décision pour exclure des remp/e^ français les francs- maçons allemands, les loges italiennes, en assemblée réunie à Palerme, adressèrent au Gra7id- Orient de France des protestations.
En 1875, Tolain, l'un des fondateurs de V Internationale^ se faisait recevoir franc-maçon dans la L.-. la, Prévoyance j à Paris. Interrogé par le P.*. Emm. Arago, qui lui demandait pourquoi il voulait être francmaçon, il répondit en substance:
« Lancé dans la vie politique, préoccupé des questions sociales et pressé d'arriver, je n'avais pas songé, je l'avoue, à la Franc-maçonnerie. Je dois même le dire, je la croyais une institution surannée et, tout en la respectant, je la négligeais, croyant sur ma route trouver des armes plus précises. Je reconnais aujourd'hui que j'avais tort : la Maçonnerie peut rendre encore d'éminents services, et je viens à elle. »
L'histoire n'a pas encore élucidé jusqu'à quel degré est allée la tolérance de M. de Bismarck pour la Commune de Paris ; mais elle a recueilli de nombreux témoignages des offres deservice que les jacobins et les internationalistes parisiens ont faites à l'envahisseur
de leur patrie. Cluseret, le général de l'iasurrection, dans les démarches qu'il faisait auprès de M. de Hatzfeld pour l'engager à appuyer ouvertement la Commune, lui tenait exactement le même langage que M. de Bismarck adressait plus tard à M. d'Arnim :
« Laissons de côté, dit-il dans la relation que lui-même a publiée, l'affaire de l'archevêque et parlons des intérêts communs à votre gouvernement et à la Commune de Paris. Si le gouvernement de Versailles triomphe, ce sera un effort désespéré pour la monarchie pour revenir sur l'eau. Il n'y a pas de monarchie en France qui puisse, je ne dis pas se maintenir [aucune ne se maintiendra)^ mais tenter de se maintenir sans promettre la revanche... Vous souriez... Elle ne pourra tenir cette promesse, je le sais mieux que "personne^ et je compte là-dessus comme sur un moyen et une occasion de révolution, »
Quelques années se passent, et nous voyons encore Targent sinon la main des Prussiens dans les attentats des internationalistes et des jacobins. En 1878, les débats du procès Lebiez ont établi que le cautionnement du Père Duchêne avait été fourni par la baronne d'Eckstedt, une prussienne, qui prétendait vivre à Paris pour propager les idées socialistes. A la même époque un procès s'est engagé entre la direction de V Homme libre du F.". Louis Blanc et le baron Panaïef (directeur en Russie de feuilles panslavistes et radicales très accentuées), où l'on a produit un traité en vertu duquel ce dernier s'était réservé, moyennant les sommes données par lui, le droit de diriger la politique de cet organe révolutionnaire et socialiste dans le sens du panslavisme.
402 République et gouvernement maçonnique
Ici les responsabilités et les complicités s'étendent singulièrement et il estimpossible de ne pas remarquer le rôle prépondérant qu'ont joué dans la fondation de V Internationale deux chefs du panslavisme, Herzen et Bakounine.
Des écrivains fort au courant de ce qui se passe dans le monde socialiste, notamment le D"" Rudolf Meyer, soutiennent que l'un et l'autre étaient stipendiés par le prince GortschakofT pour préparer l'avènement du panslavisme par la désorganisation de l'Europe occidentale.
« Bakounine, mort en Suisse en 1876, dit M. Reichenbach, a joué un rôle si extraordinaire qu'on est tenté de le prendre, comme le disent d'anciens internationalistes, pour un agent russe. Son exil en Sibérie a été une véritable plaisanterie. Il faut espérer que les phases de son existence seront un jour mieux connues, quand on fera le véritable historique de la Commune de Paris, de Marseille, de Garihagène, etc. : Karl Marx saura nous en parler, comme il serait homme à nous raconter fort à propos ce qu'il doit savoir sur M. le conseiller intime Hamburger, personnage de nationalité allemande et de descendance Israélite, et qui jouit auprès de M. le prince de Gortschakoff de la même confiance dont M. de Bismarck honore M. Bûcher.
« Il existe ainsi certaines individualités éminentes qui, parmi les épreuves d'une vie errante et laborieuse, ont appris à connaître les passions et les secrètes tendances des hommes, des classes sociales et des races : sous les titres modestes de secrétaires et de conseillers intimes, ils n'occupent en quelque sorte que le second plan de la scène, mais tout effacés que paraissent leurs personnages, ce n'en est pas moins eux qui conduisent l'action. »
Quelle responsabilité font peser de pareilles révélations sur le chancelier qui pendant tant d'années a gouverné la Russie sous le nom de l'empereur ! Comment ne pas se rappeler M. Disraeli disant que la diplomatie secrète de la Russie était tout entière aux mains des juifs, et M. de Maistre dénonçant Thabiletô avec laquelle les illuminés s'introduisaient jusque dans les plus secrets conseils des souverains pour se servir d'abord de leur puissance au profit de leurs desseins, pour les perdre ensuite eux-mêmes ?
Mais revenons à la Commune. L'action de la Maçonnerie française en faveur de la Révolution fut décisive, seulement ce fut sur un autre terrain que celui choisi par les loges parisiennes.
En effet, dès le commencement de la Commune un grand nombre de loges de province adressèrent des pétitions menaçantes à l'Assemblée pour lui demander la conciliation^ la proclamation des franchises corn-munales et de la République.
Ce que l'Assemblée ne leur accorda pas, M. Thiers le leur promit et il réalisa cette promesse, tandis qu'il viola celle faite aux royalistes de laisser faire la monarchie.
M. Thiers est désormais l'homme qui va sauver la Révolution.
Avec un étrange aveuglement, les hommes religieux l'avaient porté au pouvoir par leurs multiples élections. Mais M. Thiers était toujours resté fidèle à son serment de chevalier Kadosch, et l'on n'aurait pas dû oublier les paroles qu'il prononçait le 17 janvier 1848 à la Chambre des députés :
« On dit que les hommes qui viennent de triompher en Suisse sont radicaux ; car on croit avoir tout dit en les accusant du radicalisme .
« Je ne suis pas radical ; les radicaux le savent bien. Mais entendez bien mon sentiment : je suis du parti de la Révolution, tant en frange qu'en Europe.
«Je souhaite que le gouvernement de la Révolution reste dans les mains des hommes modérés , mais quand le gouvernement passera dans les mains d'hommes moins modérés que moi et mes amis, dans les mains des hommes ardents, je n'abandonnerai pas ma cause pour cela, je