MAI A BÉUSSI, PLUS MÊME QUE SES AUTEURS NE POUVAIENT
l'espérer, c'est à nos amis d'Espagne même que nous sommes obligés de recommander la prudence^ et qu'ils ne jouent nulle part le tout pour le tout. Et pour ceux qui, comme les Belges, auraient tout à faire sans espoir de soutien, de quelque côté que ce soit, ce leur est une nécessité de mordre leur frein. » *
Les sociétés secrètes du monde entier, depuis Vinternatio7iale iusqu^k la Franc-maçonnerie, attachèrent un grand intérêt à empêcher l'avènement au trône d'Espagne de don Carlos. En 1874, le Grand-Orient d'Italie adressa une circulaire dans ce sens aux Grandes-Loges du monde entier, pour leur demander de concourir à un effort combiné sur l'opinion publique contre le mouvement carhste,
La révolution de 1868 avait été faite par la Francmaçonnerie, qui ne pouvait pardonner à la reine Isabelle l'appui qu'elle avait toujours cherché à donner à la papauté. La royauté d'Amédée, puis la république, furent autant de combinaisons essayées successiment par les diverses couches de la Maçonnerie. LesZorilla, chef, depuis évincé au profit de Sagasta, de toutes les loges espagnoles, les Castelar, les Py y
Margall, représentaient ses fractions les plus avancées; une fois maîtres du pouvoir, ils déclarèrent une guerre ouverte à la religion. Mais l'Espagne n'était pas mûre pour la république, encore moins pour l'impiété pub ique. Les grands chefs des sociétés secrètes intervinrent alors et décidèrent l'établissement d'une monarchie constitutionnelle, proclamant la suprématie de l'Etat moderne et assuranttoute facilité de propagation aux doctrines révolutionnaires. On trouvera dans le tome II de l'ouvrage les Sociétés secrètes et la Société les détails les plus précis sur les circonstances qui ont amené l'avènement du jeune Alphonse XII ; cela leur parut le meilleur moyen d'empêcher le rétabUssement de l'ordre social chrétien en Espagne, en divisant les forces conservatrices du pays. Là où la Révolution ne peut avancer, elle cherche à garder au moins le terrain conquis.
Sous son règne la Franc-maçonnerie a pris dans ce pays cathoUque une extension et déploie une activité qui sera fatalement funeste à la monarchie comme à la religion.
A peine la restauration monarchique eut-elle été écartée en France que l'un des journaux les plus répandus de l'ordre, La chaîne cf Union (n° de novembre 1873), exprimait sa satisfaction des événements qui s'étaient accomplis, comme ayant eu la plus grande importance pour la Franc-maçonnerie. Les loges reprirent alors avec plus d'ardeur leur travail de propagande antichrétienne et démagogique.
L'Empire, en prenant la Franc-maçonnerie sous sa protection, avait contribué à y faire entrer un certain
nombre d'éléments conservateurs. Nous connaissons telle loge de province, où les chapitres de Rose-Croix et de Kadosch servaient uniquement à mettre des influences locales au service d'une candidature officielle. Ailleurs cependant la Franc-maçonnerie, suivant le cours naturel de ses doctrines, devenait de plus en plus avancée. Après la chute de l'Empire les conservateurs qui s'étaient fourvoyés sous l'impulsion officielle s'en sontgénéralement retirés. Mais bon nombre d'impérialistes se sont transformés en radicaux, et les loges sont devenues au plus haut degré un facteur politique.
Leurprincipal moyen d'action a été, àpartirde 1871 , la diffusion dans les ateliers et dans les campagnes d'une masse de brochures, où la religion est indignement attaquée, où l'histoire du pays est défigurée et où les défiances des classes sont excitées par les mensonges les plus odieux. « L'heure est venue de nous dégager enfin des vieux langes sacerdotaux et en même temps de briser les dernières chaînes des tradititions monarchiques, » dit l'un des principaux auteurs de cette propagande, le F.*. Morin. Cette propagande forme le sujet, dit le Bulletin de la société bibliographique de décembre 1875, de cette foule d'opuscules dont se compose ces collections diverses, qui, semblables aux cryptogames vénéneux, dont le poison est encore moins subtil que le leur, pullulent, chaque matin, en nombre indéfini. Les principales s'intitulent : la Bibliothèque démocratique^ la Bibliothèque Franklin, la Bibliothèque ouvrière, VÉducation populaire, la Bibliothèque de la Société dHnstruction
républicaine^ les Leçons d'' instruction populaire, la Collection à cinq centimes, le Catéchisme du peuple, V Ecole mutuelle, etc.
Leur bon marché facilite leur écoulement. Mais leur prodigieux débit tient surtout à l'habile organisation de la propagande.
La fête du centenaire de Voltaire, le 30 mai 1878, a été Tun des épisodes de cette propagande. Comme l'avait fait remarquer, en citant l'appel du Comité, Mgr Dupanloup dans son discours au Sénat, le 21 mai 1878, la Franc-maçonnerie a voulu non seulement manifester sa puissance, mais encore en faire l'instrument d'une diffusion nouvelle de l'impiété de Voltaire.
Un grand nombre de loges de France et d'Italie ont célébré ce centenaire dans leurs ateliers avec une solennité pompeuse et y ont invité le public profane. Le Monde maçonnique et la Chaîne d'Union de l'année 1878 sont remplis du récit de ces manifestations.
La Franc-Maçonnerie n'a pas cessé, depuis 1873, d'avoir une influence prépondérante sur la marche des événements. C'est elle, on peut le dire, qui a fait les élections de 1876.
La Chaîne d'union disait immédiatement après :
« Nous constatons tout d'abord, avec une réelle satisfaction, que nous comptons, au nombre des sénateurs et des députés élus, bon nombre de nos Frères; nous les avons connus, pour la plupart, comme des francs-maçons des plus actifs et des plus dévoués à notre institution, pratiquant et enseignant, non sans talent, les généreux, les
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salutaires, les progressifs et les humanitaires principes de la FranC'maçonnerie.y>
Il est à remarquer que partout les loges se sont employées surtout en faveur des candidats de la nuance gambettiste (1), car c'est Gambetta que les sociétés secrètes avaient décidé dépuis longtemps de porter en France à la dictature.
Dans le convent secret des chefs et députés des sociétés secrètes tenu à Locarno en octobre 1872, les délibérations avaient porté sur les principes qui devaient présider à la constitution d^un gouvernement provisoire en France sous la dictature de Gambetta. Il y a longtemps que Gambetta était rhomme des loges, et le scandale de son enfouissement a surabondamment établi combien la Franc-maçonnerie voyait en lui l'homme-lige de la secte.
La façon dont les loges ont influé depuis cette époque sur la politique ne s'est jamais traduite par un fait plus significatif que par l'élévation subite de M. Ricard au poste de premier ministre, en mars 1876. Avocat de murs mitoyens à Niort, M. Ricard ne s'était fait connaître que par un attentat contre le tribunal de cette ville, pendant qu'il était préfet sous le gouvernement du 4 septembre. A l'Assemblée nationale il n'était pas sorti de son obscurité, et aux élections du 20 février il avait échoué, tout comme M. Buffet.
(1) Le Monde maçonnique de mai 1876 raconte une fête donnée à Besançon, par la loge la Sincérité, à MM. Oudet et Vielle, nouvellement élus sénateur et député du département. L'un et l'autre ont exprimé leur gratitude à la loge, en reconnaissant qu'ils devaient leur élection au concours de la Franc-maçonnerie.
Tout d'un coup cependant mille voix se font entendre, M. Ricard est Thomme de la situation, l'homme unique et nécessaire. Le maréchal en fait son premier ministre, et le Sénat se hâte de le nommer sénateur inamovible. La seule raison de cette fortune subite est le choix que les loges avaient fait de lui : la preuve irrécusable en a été acquise par la lettre de M. Crémieux. Le grand commandeur du Suprême-Co)iseil du rite écossais disait dans cette lettre que la Francmaçonnerie écossaise avait trouvé dans le F,*. Ricard le modèle le plus accompli des vertus privées et publiques quelle recommande à ceux qu'elle reçoit dans son sein.
La tentative sans portée du 16 mai 1877 n'a fait, par son échec, qu'accroître la puissance des loges. Le ministère, qui comptait toujours dans son sein M. Decazes, un franc-maçon, ne sachant ni attaquer la Révolution, ni encore moins ce qu'il voulait mettre à sa place en cas de succès, devait échouer dans la lutte si mal engagée contre elle.
L'organisation révolutionnaire que Gambetta avait créée en 1873, n'avait jamais été dissoute. Elle était prête à soulever la guerre civile, si la Maçonnerie appuyée par les influences prussiennes, mais surtout servie par la faiblesse du gouvernement, n'avait pas réussi à entraîner une faible majorité du corps électoral en faveur des 363.
Il y a quelques mois les radicaux et les opportunistes, aujourd'hui divisés, ont, dans une polémique engagée dans les journaux, revendiqué chacun pour leur clan Vhonneur de ces complots et ont donné des in^
dications assez précises sur ses éléments. Comme en 1873, c'était toujours dans le sud-est, dans la vallée du Rhône et de la Saône qu'était son principal centre. C'est la partie de la France où les loges sont le plus multipliées, et des sociétés secrètes populaires, aujourd'hui aux mains des anarchistes, s'y sont toujours continué depuis la fondation de la Charbonnerie par Mazzini.
Pendant toute la période du 16 mai, les loges sont descendues dans l'arène électorale encore plus ouvertement qu'en 1876. Les loges de tous pays, y compris les loges allemandes, sont venues au 16 mai, comme au 24 mai 1873, au secours des loges de France, qui ont revendiqué hautement le succès des élections. Le 24 octobre 1878, une grande fête a été offerte par le Suprême-Conseil du rite écossais aux maçons étrangers pour célébrer le triomphe républicain. Parmi les assistants au banquet, on remarquait les F.-. F.'. Crémieux, Gambetta, Jules jSimon, Etienne Arago, etc.
La soumission^ puis la retraite du maréchal Mac- Mahon réalisèrent successivement les espérances des loges et amenèrent, conformément au plan esquissé à Locarno, la dictature de Gambetta, d'autant plus puissante qu'elle déclina les responsabilités apparentes du pouvoir. Jamais majorité parlementaire n'a obéi à une discipline plus rigoureuse que celle qui a été observée dans les événements de cette période, et qui domina la chambre des députés. On a même prétendu qu'à certaines heures le signe de détresse maçonnique y déterminait des votes, comme jadis à la Convention.
Il a fallu le triomphe complet obtenu après l'installation à la présidence du F.*. Jules Grévy, triomphe salué dans les loges par une triple batterie d'espérance, pour que l'on vît se faire jour de nouveau les rivalités personnelles inévitables entre ces hommes avides de pouvoir et l'antagonisme naturel qui existe entre les sectaires ennemis avant tout de l'Église et ceux que la logique du mal entraîne jusqu'aux revendications sociahstes.