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CHAPITRE XIX

Pi^esque tous les membres de la majorité républicaine du Sénat et de la Chambre des députés sont francs-maçons. Nous en avons publié les listes dans les nouvelles éditions du Père Deschamps : on les trouvera au tome II, p. 446 à p. 457, et au tome III, p. 406 à p. 420.

Il en est de même des conseillers généraux, des conseillers d'arrondissement, des maires de la plupart des villes.

Les listes que nous avons publiées sont forcément incomplètes, car nous les avons établies exclusivement d'après les indications recueillies dans les journaux maçonniques, pour ne pas nous exposer à un démenti delà part de tel ou tel personnage. Un démenti de ce genre n^eût rien signifié en lui-même. Les francsmaçons et les révolutionnaires sont en effet toujours fidèles aux maximes de Voltaire : Mentons comme de beaux diables et calomniez, il en restera toujours quelque chose; mais nous n'avons voulu laisser affaiblir par aucune discussion la valeur de nos indications.

De là, la méthode scrupuleuse à laquelle nous nous sommes astreints.

Bien des personnages politiques francs- maçons, n'ayant pas été l'objet d'une indication de ce genre, ne se trouvent donc pas sur ces listes.

Telles qu'elles sont, ces listes n'en ont pas moins une grande portée. Elles montrent qu'aujourd'hui la Franc-maçonnerie n'en est plus seulement, comme dans les • périodes précédentes, à exercer une action plus ou moins efficace sur la marche des événements politiques : actuellement elle règne et gouverne. Elle ne combat plus pour faire réussir la forme du gouvernement, qu'elle juge la plus favorable à l'accomplissement de ses desseins, soit la monarchie parlementaire, soit la répubUque; mais elle applique des principes jt gouverne de manière à réalise)^ son but suprême*

Ce but, c'est la déchristianisation de la France.

Au lendemain des élections du 20 février 1876, le F.'. Viette, député du Doubs, disait à la loge Sincérité^ Parfaite Union et Constante Amitié réunies^ à Besançon :

« Notre propagande est constante, elle est universelle, elle est infinie comme le progrès ; et moi, ancien déjà parmi vous, l'un des nouveaux venus parmi les représentants de la France, je puis vous dire au nom de la nation : Vous avez préparé notre œuvre, vous y travaillez chaque jour, nous ferons tous nos efforts pour l'achever. »

Nous allons voir dans ce chapitre comment la Maçonnerie procède à la fois par Taction directe des loges

et des sociétés qui y sont affiliées et par l'action des pouvoirs publics dont elle est maîtresse.

La part de plus en plus considérable prise par la Franc-Maçonnerie à la marche des événements politiques en France est due, selon le journal le Français y à Ténergique direction qu'elle reçoit d'un homme dont il fait ainsi le portrait :

« Le gouvernement du Grand-Orient et des loges fort nombreuses qui en dépendent est confié à un conseil composé de trente-trois membres, élus par l'assemblée générale des délégués des différentes loges. Ce conseil constitue luimême son bureau. Le président est depuis quelques années un pauvre vieillard tout à fait incapable d'exercer une action sérieuse, le F.-. Saint-Jean, docteur en médecine. En réalité, l'un des hommes qui ont su, par leur zèle et leur valeur personnelle,obtenir une certaine autorité, est le F. . Cousin, vice-président du conseil de l'ordre (1) . M. Cousin, inspecteur principal chargé du service spécial de l'exploitation au chemin de fer du Nord, s'occupe activement de la Franc-maçonnerie. Plus instruit que la plupart des personnages auxquels il est mêlé dans cette société, jouissant, dit-on, d'un talent de parole assez remarquable, il est l'un des hommes d'action de la Franc-maçonnerie. C'est M. Cousin qui a, ces dernières années, tâché d'arracher la direction des loges aux personnages vulgaires, médiocres, sans aucune culture, qui les gouvernaient, et s'est efforcé d'y faire entrer des hommes connus, instruits et plus ou moins distingués d'esprit. Nul plus que M. Cousin n'a le dégoût de la phraséologie niaise, qui était jusqu'à ces derniers temps en usage dans les loges; nul ne juge, m'assure-t-on, avec plus de dédain le cérémonial ridicule dans lequel les anciens francs-maçons

(1) Après la mprt du F.', de Sl-Jean, le F.'. Cousin est devenu, président du conseil de l'ordre du Grand-Orient.

se complaisent ; nul ne travaille plus activement à faire du Orand-Orient une institution de combat, à dégager la Franc-maçonnerie des enfantillages et des vieilleries. »

Sous cette direction habile et mise en harmonie avec l'esprit du temps, la Maçonnerie a rapidement acquis une action beaucoup plus efficace sur la direction de l'opinion publique. Le nombre de ses membres a doublé, et les sociétés populaires affiliées se sont prodigieusement multipliées. En même temps, elle s'est dégagée des entraves où les mystères la retenaient, pour prendre possession de la publicité. Elle agit tout particulièrement au moyen des conférences faites dans les loges, où l'on forme l'opinion des frères et où Ton en fait autant d'instruments de propagande.

Dès 1877, la loge la Clémente Amitié met à l'étude la question de l'impôt, et le F.*. Pascal Duprat, aujourd'hui ministre plénipotentiaire de la République, résume ainsi les travaux : « Ce n'est pas l'un des « moindres avantages de nos travaux d'avoir permis « à tous nos FF.*, de comprendre et d'apprécier le « plan de réforme financière de la commission du « budget présidée par notre F.*. Gambetta. » La Maçonnerie, on le voit, fournissait ses courtisans à la dictature naissante.

Pour qui connaît la composition du parti républicain, les succès obtenus par Gambetta sont la manifestation des forces qui travaillaient avec lui. Elles ont été assez puissantes pour dominer l'excitation jacobine au nom des intérêts supérieurs du parti, intérêts qui se hent à des combinaisons relatives à la politique générale européenne.

Sur tous les points de la Frauce, les loges exercent aujourd'hui un contrôle direct et journalier sur l'administration locale.

Elles dirigent les élections municipales dans beaucoup de pays.

Elles forcent les fonctionnaires à entrer dans leur sein. C'est ainsi qu'a Marseille, le F.*. Brochier, maire de la ville, et vénérable de la loge Vérité et Réforme^ a, en août 1882, chassé de la mairie tous les employés non affiliés.

Il semble que la quaUté de franc-maçon soit devenue indispensable pour occuper une fonction publique.

Tout Paris sait que la veille du décret qui, au mois de juillet 1879, a renouvelé complètement le conseil d'État, on vint proposer à un haut fonctionnaire, républicain de vieille date, d'en faire partie. Après son acceptation, la personne qui lui faisait cette proposition ajouta qu'il n'y avait qu'une formalité préalable à remplir, celle de se faire recevoir maçon le soir même: « Une pure cérémonie, lui dit-on, trois coups de maillet feront Taffaire ! » Le fonctionnaire ayant répondu que ses opinions républicaines étaient une garantie suffisante et qu'il se refusait à une réception si prompte, son nom ne figura pas le lendemain dans la fournée des conseillers d'État.

Les loges surveillent l'action administrative, la stimulent dans le sens de la lutte contre l'ÉgUse. En récompense de son zèle le F.'. Ali-Margarot, maire de Nîmes, et vénérable de la loge Écho du Grand-Orient, a été appelé à présider l'assemblée générale du Grand- Orient, ce qui était dû à ce « maçon très expéri-

mente », dont le Monde maçonnique n'avait pas oublié la conduite franchement républicaine^ en sa qualité de maire, à V égard des cléricaux de Nîmes.

Elles sont, en un mot, comme autant de comités de salut public au petit pied.

La Maçonnerie tient à affirmer publiquement la part qu'elle prend à la politique actuelle, et en France comme en Belgique elle commence à s'afficher, contrairement à ses habitudes anciennes, dans les cérémonies officielles; ainsi, à l'occasion de l'inauguration de la statue du général F.*. Denfert-Rochereau, à Saint-Maixent, elle a eu soin de constater la présence parmi les autorités du F.*. Guimbault, délégué des loges maçonniques. Elle était représentée par un certain nombre de ses dignitaires revêtus de leurs insignes à l'inauguration du monument de Bara (12 septembre 1881), au banquet d'inauguration de l'hôtel de ville de Paris (14 juillet 1882), aux obsèques de Gambetta [Journal officiel du 6 janvier 1883). A l'inauguration du monument de Bara, le général Thibaudin, alors ministre de la guerre, présidait la cérémonie, et il a officiellement distribué des médailles maçonniques.

La secte cherche de plus en plus à envahir l'armée. La L.-. Iris Monthyon a mis à l'étude un projet pour affilier surtout les sous-officiers et préparer l'armée à Vunité des j:>eupleSj à la fraternité des peuples, ce grand but de la Maçonnerie.

Depuis 1873 l'action maçonnique fra nchit Tenceinte des loges : dans tous les quartiers de Paris et aussi dans plusieurs villes de province elle organise

des tenues de maçonnerie blanche^ le dimanche après midi, où un certain nombre de profanes sont invités avec leurs familles. On célèbre devant eux quelques rites maçonniques, on leur fait des conférences imprégnées de l'esprit de la secte. C'est une préparation à l'affiliation.

En outre les loges cherchent à affilier les enfants et. les adolescents au moyen de cérémonies qui, par une sacrilège contrefaçon des sacrements, mettent sur leur front le sceau de la secte et en font ses âmes damnées pour l'avenir.

C'est là l'objet des baptêmes^ des confirmations^ des adoptions^ des mariages maçonniques. Nous empruntons au Gaulois du 1^' mars 1880 le récit humouristique, mais très authentique, d'une de ces cérémonies :

« La salle du Grand-Orient de France, située rue Cadet, possédait la loge maçonnique la Ruche libre, qui célébrait à deux heures sa fête solsticiale. Nombreuse assistance, dit le Gaulois ; des citoyens tous plus enrubanés les uns que les autres; les gammes de l'arc-en-ciel, du violet au rouge inclus, copieusement représentées; une orgie d'insignes étincelants, une macédoine fantastique de marteaux et de triangles, d'équerres et de compas; mais ce qui domine surtout, ce sont les enfants des T.-. C.-. F.-. ; il y en a aux premiers rang», à droite et à gauche; de toutes parts émergent les minois étonnés des babies, qui [ne se doutent guère qu'on va les initier à de terribles mystères. L'animation de cette fête était sans égale. Le F.-. Alphonse Hurabert, ex-forçat (1), a disserté sur l'enfant, répudié les séminaires et l'Université, et préconisé l'éducation républicaine, qui fera des enfants de « petits Régulus. »

(1) Le F.*. Humbert avait pris part à la Commune, et il avait ultérieurement été condamné à la transportation en Nouvelle-Calédonie.

« Sur un signe du F.*. V.*., tous les enfants sortent de la salle, accompagnés chacun d'un franc-maçon. Après un petit dialogue entre le vénérable et les deux surveillants installés près des colonnes nord et sud du temple, trois coups reteutissent. Nouveau signal présidentiel, et commandement de : « Haut les glaives ! » Les maçons initiateurs, rangés sur une double haie, brandissent une vieille épée rouillée, et croisent le fer avec leur vis à-vis, de façon à former un arc triomphal, sous lequel défilent les catéchumènes escortés de leurs parrains. Arrivés au pied de l'autel, ceux-ci sont requis par le F.*. V.-. de jurer que leurs pupilles seront fidèles aux enseignements de la secte. Dès lors les bébés sont digues d'entrer dans la corporation.

« Le F.-. V.*. descend d'un pas majestueux, un maillet d'une main, une épée de l'autre ; puis, successivement, plaçant l'épée sur le front de chaque enfant, il frappe sur la lame trois coups de maillet, et prononce les paroles sacramentelles : « Au nom de la Ruche libre, je vous reconnais comme enfant d'adoption. »

tt L'initiation est accomplie. C'est le moment de festoyer; accolades interminables, avalanche de médailles et de rubans bleus, distribution de gâteaux et de bonbons.

« Le président remonte sur l'estrade et fait l'appel des petits maçons, en cataloguant sous un nom spécial les nouveaux FF.'.. Nous assistons à une litanie de noms baroques, dont voici un échantillon, à notre avis suffisant : Mlle Solidarité donne la main à M. Avenir. »

Il faut rapprocher ces affiliatioiis enfantines de la création des bataillons scolaires, recrutés parmi les élèves des écoles laïques, et qui, en 1883, ont paradé, le 14 juillet, devant le F.-. Ferry, passant comme ministre et comme maçon la revue des apprentis des loges. Se défiant du cours changeant des événements, la Maçonnerie prépare à l'avance les barricadiers de la Commune.

Nous avons sous les yeux une circulaire du Comité de propagande maçonnique de V Œuvre de Véduca- Ho7i civique et; militaire de la jeunesse française, en date du 10 mars 1881. Cette circulaire rappelle que l'œuvre en question a été entreprise par la Ligue de renseignement, émanation elle-même de la Francmaçonnerie :

« La Franc-maçonnerie, dit-elle, n'a pas oublié qu'elle a toujours marché cote à côle avec la Ligue de l'enseignement depuis tantôt vingt ans, qu'elle a combattu le même combat, qu'avec elle elle a vaillamment contribué à la fondation et à la consolidation de la troisième République, à la préparation et au succès de la loi sur l'obligation, la gratuité et la laïcité de l'instruction primaire, entîn qu'elle partage avec elle l'honneur d'être enveloppée dans une excommunication commune de la part de nos ennemis intérieurs et extérieurs. Pouvait-elle abandonner sa vieille et fidèle alliée des luttes du passé, au moment où celle-ci va couronner son œuvre en préparant à la France une génération de jeunes hommes vigoureux, disciplinés, instruits dans le rude métier des armes, qui puissent assurer la sécurité et la grandeur de la patrie? »

La circulaire exhorte les FF.*, à organiser partout des conférences destinées à provoquer la fondation de sociétés de gymnastique et d'exercices militaires. Le personnel des conférenciers de la Ligue, « qui appartiennent, pour la plupart, à la Maçonnerie », est mis à la disposition des Atel.*.. « Il importe, dit la circulaire, que votre œuvre fasse la tache d'huile et gagne peu à peu les villages les plus reculés. »

En tête du comité de propagande se trouve naturellement, comme président, le F.*. Jean Macé, séna-

teur, président fondateur de la Ligue de V enseignement. Parmi les membres, nous remarquons le F.-. Floquet, député, membre de la L.*. la Justice, Or.*, de Paris ; le F.*. George, sénateur, membre de la L.\ la Fraternité Vosgienne, Or.'. d'Epinal ; les FF.-. Dreyfus, Robinet, Rousselle, conseillers municipaux de Paris.

En même temps la loge Alsace-Lorraine adressait à toutes les loges une circulaire pour leur demander d'appuyer cette organisation, à cause des dangers que peut faire courir à la cause de la Maçonnerie la

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