SITUATION POLITIQUE INTERNATIONALE
La police est aussi affiliée aux sectes. Naguère elle avait le F.*. Andrieux, du Grand-Orient ; M. Camescasse, son successeur à la préfecture, a pour acolyte officiel, mais pour chef réel, le F.*. Caubet, chef de la police municipale.
L'assistance pubhque a le F.*. Quentin, et beaucoup de loges, celles du Havre notamment, n'ont pas dédaigné de prendre dès le berceau dans des asiles spéciaux les enfants de la veuve.
La Légion d'honneur n'a point échappé à la contagion maçonnique, et l'on a vu donner l'accolade en loge à des FF.-, décorés. C'est surtout dans le corps universitaire que sévit l'épidémie, depuis les facultés matérialistes jusqu'aux écoles primaires, d'où l'on a chassé Dieu.
La Franc- maçonnerie prend une part active à la politique, bien que ses statuts l'obligent à ne point s'en occuper. Les planches de convocation des ate^ liers contiennent très souvent les communications des
FF.*. Brisson, président de la Chambre, Clemenceau, Constans et P. Bert, tous trois députés, et les deux derniers anciens ministres, Floquet, député et ancien préfet de la Seine.
Du reste, pour rendre son action plus étendue, sans renoncer au secret, qui est la caractéristique de Vordre, la Maçonnerie crée partout des sociétés publiques ou clubs sous sa dépendance. Telles sont les œuvres du Soudes écoles, dont nous avons déjà parlé, V Union démocratique de propagande anticléricale, dont la République française, journal officiel du dictateur Gambetta, annonçait ainsi la constitution publique à Paris :
« Un arrêté préfectoral du 19 août 1880 vient d'autoriser les statuts de V Union démocratique de 'propagande anticléricale.
« On sait que cette société, fondée sous le patronage d honneur de Victor Hugo, Garibaldi et Louis Blanc, a pour but de lutter contre les envahissements du cléricalisme, et de propager les doctrines de la libre pensée.
« Le président est M. Victor Schœlcher, sénateur, et les vice-présidents sont MM. Paul Bert, Gagneur, de Lacrelelle, députés, et A. -S. Morin, conseiller municipal de Paris .
« Les statuts seront adressés franco à toute personne qui en fera la demande, par lettre affranchie, au secrétaire général, M. Victor Poupin, 48, rue Monsieur-le-Prince. »
Ce sont là tous les hommes agissants des loges ; ils organisent tous les dimanches des conférences publiques, où les plus indignes attaques contre la religion se font entendre pour faire concurrence aux
socialistes collectivistes et pour le plus grand profit politique des jacobins opportunistes.
Les préfets dans les départements rivalisent de zèle avec le F.*. Andrieux, le devancent même au besoin. A Reims, dès le 2 mai 1880, le préfet autorisait la Ligue de la libre pensée rémoise^ dont le nom dit assez le but.
Le conseil municipal de Paris, comme en 1791, est le foyer le plus agissant. Sa composition exclusivement maçonnique est singulièrement significative. Pour faciliter l'affiliation universelle, il s'est constitué à côté de lui, et avec des membres pris en majorité dans son sein, un comité pour la création d'un cercle, qui servirait de lieu de réunion pour tous les ma-^ çons de Paris, de la province et de l'étranger. Les membres de ce comité sont les FF.*. Thulié, de Hérédia, Antide Martin, Darlot, Ernest Rousselle, Bétrémieux, de Serres, Petit-Frère et Paillot. Le local du cercle est situé boulevard Bonne-Nouvelle, 42 et 44.
Le conseil municipal de Paris est, on le voit, une véritable loge. Pas un seul membre républicain n^est étranger aux loges. Il en est de même des mairies d'arrondissement et de celles de la banlieue. A la différence de ce qui se passe, par moment, dans les régions plus hautes de la politique, les conseillers municipaux continuent à fréquenter régulièrement les loges de leur quartier. Une sorte d'avancement hiérarchique s'est établi dans la Maçonnerie. Après un certain stage, les membres du conseil les plus méritants deviennent députés de Paris : c'est par cette voie que sont arrivés les FF.*, de Heredia, de Lanes-
San, Delattre, Marmottan, et Roques de Filhol ; d'autres plus obscurs sont recommandés à quelques bourgs pourris de province : ainsi les FF.*. Marins Poulet, Jules Roche ont étô élus députés du Var.
Le conseil affecte de plus en plus vis-à-vis de la Chambre le rôle d'initiateur, comme la Commune de 1792. C'est lui qui le premier, avant les nouvelles lois, a posé la question de laïcisation des écoles et des hôpitaux. Dans le cercle de ses attributions et quelquefois en les dépassant, il réalise la séparatmi de V Église et de VÉtat, supprime les traitements des ministres du culte, chasse les aumôniers des hospices. Il poursuit impérieusement auprès du gouvernement le retrait des immeubles affectés aux Filles de la charité et aux Frères des écoles chrétiennes. A six mois, à un an de date, la Chambre suit l'impulsion donnée.
C'est au lien maçonnique qu'est due cette force : on ne prend pas la peine de le dissimuler. Aussi ne s'étonnera-t-on ni de la proposition faite par le F.*. Monteil, en juillet 1881, pour faire retirer au culte quelques églises de Paris, ni du singulier motif qu'il donne dans son rapport : d'après le F.-. Monteil, l'art chrétien ne serait que l'art maçonnique, et ainsi il serait sage d'entrer dans la voie des locations aux fabriques. On ne discute pas de pareilles assertions, aussi ridicules que sont odieuses les propositions qu'elles appuient.
La Maçonnerie entend être la maîtresse des partis politiques; qWq veut, selon ses déclarations exécrables, arracher du cœur de la France yw5(/u'à Vidée de Dieu!
Nous allons mettre en regard de ses ordres impies la déplorable servilité avec laquelle ces ordres ont été suivis.
L'amnistie plénière accordée, sur ses .sommations, aux condamnés de la Commune a été célébrée par elle comme un triomphe. La Chaîne d'union de juillet 1880, faisant remarquer la coïncidence de l'amnistie avec la célébration de l'anniversaire de la prise de la Bastille, disait avec enthousiasme : « Les francs- « maçoyis ont toute raison de se réjouir de ces deux « grands événements. Ils sont la conséquence de « leurs enseignements et des résultats qu'ils « poursuivent. »
Mais il ne suffisait pas de rappeler les criminels, il fallait encore persécuter les victimes que la Commune, faute de temps, n'avait pu atteindre. Le conseil municipal allait avoir des Nouméens, et la Chambre devait subir l'élection du F.*. Roques de Filhol, retour de Calédonie tout comme les FF.*. Alph. Humbert et Amouroux.
Il est toute une série de mesures que le parti radical n'a cessé de proposer quand il était dans l'opposition au Corps législatif et à l'Assemblée nationale, que ses écrivains propagent sans relâche, et qu'une fois au pouvoir il essaie de réaliser, malgré son intérêt évident à ne pas trop détendre les ressorts du gouvernement, puisque c'est lui qui les dirige.
Tout cet ensemble de mesures n'est autre chose que le programme des loges exposé en 1855, à la fête solsticiale de la loge de Liège, par le F. *. Goffîn. Nous en avons donné la substance dans un chapitre précédent.
4db LES LOGES ET LA PERSECUTION RELIGIEUSE
Ainsi, il est bien établi par ce rapprochement que le programme radical n'est nullement le résultat de circonstances et de faits particuliers à la France, mais qu'il a eu au contraire sa source dans une association secrète essentiellement internationale et destructive de toute patrie.
Chacun des [points posés par le F.*. Goffin est un des articles du programme des radicaux.
On n'a pas oubHé les discours des FF.-. Pelletan, Jules Favre, Jules Simon au Corps législatif, de 1865 à 1870, pour réclamer la suppression des armées permanentes et leur remplacement par des gardes nationales.
Après les événements de 1870, les radicaux ne peuvent plus proposer une pareille mesure, mais ils y reviennent indirectement en remaniant la loi de 1872, votée par l'Assemblée nationale,, de façon à réduire considérablement le temps du service et à rendre l'armée civile autant que possible. C'est la tâche à laquelle se voue plus particulièrement le F.*. Laisant. En même temps les liens de la disciphne sont relâchés par une série de mesures imposées aux ministres de la guerre par la pression de la presse et des députés.
Ainsi en est-il de tous les autres points du programme maçonnique.
La suppression de V inamovibilité de la magistrature, réclamée par le F.-. Boysset, poursuivie par le F.*. Cazot, a été réalisée par le F.*. Jules Ferry, qui a revendiqué cette œuvre comme un de ses meilleurs titres à la confiance des sectes. U abolition de la peine de mort est périodique-
LES LOGES ET Là PERSÉCUTION RELIGIEUSE 437
méat proposée par les FF.*. Louis Blanc et ■Schœlcher.
U abolition des traitements du clergé est le lot du F.'. Guichard, l'ardent ennemi des jésuites, le rapporteur du budget des cultes.
Le F.-. Boysset et dix-sept de ses collègues déposent le 30 juillet 1879 une proposition de loi tendant à V abrogation du Coyicordat, c'est-à-dire la suppression de Vindemnité due au clergé en compensation des biens dont les catholiques ont été spoliés en 1790. La même proposition vise aussi les confessions protestantes, car, dit le F.*. Boysset en style maçonnique, « ni la religion catholique, ni aucune autre « doctrine ne saurait aujourd'hui constituer un service a public intéressant la société tout entière . »
Le divorce^ qui ne figure pas dans le programme du F.*. Goffm, parce qu'en Belgique il a toujours fonctionné depuis la Révolution, a été voté en principe par la Chambre des députés, sur la proposition du F.*. Naquet, et soutenu par M. Léon Renault, V ancien préfet de police du 24 mai !
Le F.-. Saint-Martin, de Vaucluse, demande le iO mars 1879 l'abolition, par une loi spéciale, de la jurisprudence qui, conformément au Concordat et par une raison de sécurité pour les consciences, interdit le mariage aux prêtres qui sont volontairement entrés dans les ordres.
Le F.-. Paul Bert, professeur à la faculté des sciences de Paris, l'un des francs-maçons et des positivistes les plus acharnés de la Chambre, dépose une proposition pour obliger au service militaire les ec-
clésiatiques et les membres des congrégations religieuses voués à l'enseignement. Le F.*. Paul Bert, dont le général Campenon n'a pas craint d'approuver la motion en un langage peu digne d'un ministre de la guerre, n'est qu'un plagiaire de MM. de Bismarck et de Falk. Aussi bien est-ce aux mêmes sources qu'il s'inspire.
Une autre série de propositions a pour objet de dépouiller les catholiques de leurs cimetières (proposition Rameau, Journault et Joly, du 22 février 1879), d'empêcher le clergé de présider aux sépultures chrétiennes (proposition de M. Belle sur les pompes funèbres), de faire nommer les membres des conseils de fabrique par les conseils municipaux (proposition Labuze, du 20 mai 1879).
Le citoyen Duvaux demande que l'entrée des casernes soit absolument interdite aux ministres du culte.
Dans la discussion du budget 1 881 , le F. '. Bernard Lavergne demande un crédit de 20,000 francs « pour secours à des prêtres interdits à raison de leurs opinions gallicanes » !
Le F.-. Brisson, dans lamême discussion, voulant préluder à l'expulsion des ordres religieux, présente une disposition législative pour soumettre à la patente industrielle tous les étabhssements et maisons des congrégations religieuses, autorisées ou non.
A la tenue du 17 juillet 1879, delà loge les Amis bienfaisants et imitateurs d'Osiris réunis à Paris :
« Le F.-. Ranc, dit la Chaîne d'Union^ donnait connaissance à la loge d'une sorte de carte géographique des établissements religieux non autorisés en France ; la nomencla-
ture en est longue, et il terminait par un vœu qui est dans tous nos cœurs et que nous sommes peut-être à la veille devoir se réaliser : c'est celui de voir rendre à la vie sociale et active, productive et utile, celte immense quantité de créatures au moins inutiles et le plus souvent nuisibles et dangereuses. »
Un an après l'article 7 de la loi Ferry, tendant à interdire l'enseignement aux congrégations non autorisés, les décrets du 29 mars étaient rendus, et la Chambre, suivant jusqu'au bout ce programme, ordonnait l'exécution de cette carte et de cette statistique pour préparer les confiscations, auxquelles les loges ne cessent de pousser le Gouvernement.
Le 9 mai 1880, leF.*. ComdSiYdinx, professeur àla faculté des lettres de Douai, faisait, àla loge V Étoile du Nord de Lille, une conférence sur les livres saints qui débutait ainsi :
« Les livres saints ! Je vais traiter devant vous, mes F.-., une question que je n'oserais traiter en aucun autre lieu. Tous tant que nous sommes ici, maçons, nous sommes excommuniés ; nous sommes donc disposés à tout entendre ; devant vous je puis tout dire.
« Le sujet que je vais traiter est le fond même de toutes les questions à l'ordre du jour »
o La distinction entre le Catholicisme et le cléricalisme
est PUREMENT OFFICIELLE, SUBTILE POUR LES BESOINS DE
LA TRIBUNE ; mals ici, en loge, disons-le hautement pour la vérité^ le Catholicisme et le cléricalisme ne font qu'un, et, comme conclusion, ajoutons : On ne peut tire à la fois catholique et républicain; c'est impossible, »
Ce commentaire autorisé de la parole du dictateur Gambetta a inspiré les loges pendant toute la çam«.
pagne odieuse qui, commencée par les décrets du 29 mars, a abouti à Texpulsion de tous les ordres religieux et a abaissé la France au niveau de la Prusse maçonnique.
Au moment le plus critique, le 21 août 1880, le F.'. Cazot, ministre la justice, rendait compte ainsi de sa conduite dans une loge, VÉcho du Grand-Orient, à Nîmes :
« Suivant une formule que vous connaissez bien, nous sommes entrés dans l'ère des difficultés ; elle n'est pas encore close. Nous avons donc des luttes à soutenir, par exemple la magistrature à réformer dans le sens républicain, afin que celle-ci ne soit ni servile, ni factieuse ; les lois à faire respecter par tous et ce, particulièrement, par ceux qui, sous le vain prétexte de défendre la liberté religieuse dont nous sommes les fondateurs et les apôtres, dont ils sont, comme ils ont toujours été, les pires ennemis, prétendant n'obéir qu'à une souveraineté étrangère, refusent de s'incliner devant la souveraineté du pays. »
Les loges s'étant ainsi prononcées, comment admettre qu'elles eussent permis un recul au ministère ! Les négociation? que le dictateur Gambetta avait autorisé M. de Freycinet à nouer avec Rome n'avaient pour objet que de reculer la condamnation par le Saint-Siège d'un gouvernement impie. Quand il s'est agi de suspendre l'expulsion des religieux, M. de Freycinet a été promptement obligé d'abandonner le ministère. On connaît les péripéties ministérielles des journées des 16, 17 et 18 septembre ; elles coïncidaient précisément avec les séances du grand couvent du Grand- Orient, et le Moniteur universel
du 22 septembre a révélé à ce sujet le détail suivant :
« On parlait samedi à un des maçons du convent des négociations que M. de Freycinet avait eues avec la cour du Vatican au sujet de la déclaration des congrégations : « Si le président du conseil a négocié avec le Pape, répond celui-ci, ^I. de Freycinet sortira du ministère. » Le lendemain, ainsi que le membre de la secte l'avait affirmé, M. de Freycinet donnait sa démission. »
A la suite de ces événements, les loges ont de plus en plus accentué leur action. A Marseille, le jour de l'expulsion des capucins, le F.'. Brémond, membre du Grand-Orient, surveillait lui-même l'exécution de l'attentat et s'est signalé par la brutalité de ses insultes contre un des religieux. A Mâcon, le 27 octobre 1880, à la réunion du Sou des écoles^ le F.*. Margue demandait des poursuites contre les membres du clergé récalcitrant, et le 30, Mgr Cotton, évéquede Valence, était assigné en police correctionnelle !
Le F.-. Constans recevait, au mois de novembre, à Toulouse, la visite de 500 maçons de la loge des Cœurs réunis^ et affirmait sa fidélité au mot d'ordre : « le cléricalisme, voilà l'ennemi ! » M. Raynal, lui, revenu de ses tiédeurs, s'écriait : « la Franc-maçonnerie, voilà l'amie. » Notons que ce ministre républicain est Israélite.
En mai 1882, la loge V Amitié, Or.-, de Paris, a mis à son ordre du jour la question de la « séparation des églises et de l'État », et son Or. . a déjà rédigé un projet de loi destiné à mettre en action les
principes acceptés par le « Congrès national de 1882 pour la séparation des églises et de l'État. » Le F.-. Achard, député de la Gironde, traitait en même temps cette question dans la L.*. Française d'Aquitaine^ Or.*, de Bordeaux. Un peu auparavant, le F.-. Jules Roche, lui aussi député, faisait un discours sur ce sujet dans la h.- , Alsace-Lorraine ^Ot.' . de Paris. Dans les ordres du jour des LL. •. en 1 882 , nous remarquons une conférence sur la « réforme municipale », par le F.-. Dreyfus, député de Rambouilet, dans la L.*. les Amis de V Humanité, Or.*, de Meulan ; une autre sur la « question des chemins de fer », par le F.*. Cheneau, député du Cher, dans la L.*. les Disciples dic Progrès^ Or.*, de Paris. Le l®"" mai, la L.-. les Droits de VHomme discutait la question de « l'abrogation du serment religieux en justice. »
C'est à peu près à la même date {15 janvier 1882), que se place une circulaire très curieuse de la loge V Amitié, de Paris, pour exhorter les francs- maçons à pousser la République dans les voies progressives et à faire changer les lois, héritage des régimes monarchiques. C'a été comme un coup d'éperon aux chambres et au ministère.
Ainsi que le disait la République maçonnique, la Maçonnerie entend être la maîtresse des partis poli tiques.
Cependant, pour entraîner les masses ouvrières au scrutin, il a fallu faire des promesses, et des réunions publiques viennent de temps à autre rappeler impérieusement les députés à l'accompUssement de leurs engagements.
De là une série de propositions des députés radicaux tendant à préparer Vorganisation du travail, conformément aux utopies maçonniques. C'est le rachat des chemins de fer par TÉtat, depuis abandonné, l'assurance de tous les risques par l'État, le droit pour tous à une pension de retraite alimentée au moyen de nouveaux impôts sur l'industrie, la fixation légale de la durée de la journée de travail, l'organisation des syndicats ouvriers, etc.
Mais les propositions de ce genre sont beaucoup moins rapidement votées que les autres. Leurs auteurs n'en pressent pas la discussion. Au besoin, ceux des députés qui sont arrivés au pouvoir, qui en goûtent les charmes et en comprennent les nécessités, opposent à leurs amis une résistance basée non pas sur une divergence dans les principes, mais sur une simple préoccupation d'opportunité. De là l'origine de la politique opportuniste»
Mais il est une question sur laquelle tous ont cru pouvoir impunément réaliser le programme des loges. C'est la destruction de l'enseignement chrétien et l'établissement de l'enseignement gratuit, obligatoire et laïque. C'est là que se refait Vunion des gauches, qui est essentiellement une union maçonnique.
Nous avons montré les liens qui faisaient de la Franc -maçonnerie et de la Ligue de l'enseignement deux sœurs ; le F . • . Jean Macé peut avec raison se vanter d'avoir été le protégé du M.Duruy, sous l'Empire, et le protecteur de MM. Ferry et P. Bert, sous la République. C'est dans les loges qu'il faut aller chercher le fil des intrigues à l'aide desquelles le rapport
confidentiel de M. Rouland à Napoléon III (nous avons plus haut publié cette pièce) a pu parvenir pour le malheur de la France à être appliqué.
Nous avons, à plusieurs reprises, relaté les efforts faits par les sectes pour, selon la parole de M. Gambetta, « mettre la main sur la conscience de l'enfant. » Avant lui, Pascal avait dit : « Qui tient les écoles tient tout. » Le F.-. Jean Macé s'est approprié ce mot fameux.
Dans le début, on n'a parlé que de la diffusion de Tinstruction primaire, beaucoup de cathohques ont pu se laisser prendre à l'enseigne de la boutique laique, car laïque, dans son vrai sens, ne signifie pas athée, et il est juste de reconnaître que, même dans l'Université, cette signification soulevait, il n'y a pas encore longtemps, de vives et honnêtes protestations. Mais la franchise cynique a fait place, dans les ateliers maçonniques, aux hypocrisies et aux fourberies des premiers jours.
Nous ne retracerons pas ici les agissements de la Ligue de renseignement : cette histoire a été faite de main de maître par M. Jean de Moussac et nous aimons mieux renvoyer à son livre. (1)
Du reste la Maçonnerie n'aurait plus besoin aujourd'hui de cet intermédiaire. Elle agit directement.
En octobre 1882, on inaugurait un groupe scolaire à Ivry près Paris. Parmi les assistants officiels^ on comptait « un grand nombre de représentants des
(1) La Ligue de l'enseignement, histoire, doctrines, œuvres, résultats et projets par Jean de Moussac, 2" édit. iQ-12, 1883. Paris, librairie de la Société bibliographique.
loges maçonniques. » L'un d'eux, le F.*. C. Dreyfus, a prononcé une allocution dans laquelle on doit relever ces graves paroles :
« La Maçonnerie est l'école où se forment les hommes, comme la maison où nous sommes est l'école où se forment les enfants.
«C'est la Franc-maçonnerie qui prépare les solutions que la démocratie fait triompher. C'est à elle qu'il appartient de clore le dix-neuvième siècle, en couronnant l'œuvre de la Révolution. De même que nos glorieux ancêtres de 1789 ont inscrit l'égalité civile des hommes devant la loi, de même que nos devanciers de 1848 ont réalisé l'égalité politique des citoyens devant l'urne du suffrage universel, de même la Maçonnerie doit préparer, pour la fin du dix-neuvième siècle, l'égalité sociale, qui rétablira l'équilibre des forces économiques et ramènera l'union et la concorde au sein de notre société si divisée.
« La Maçonnerie est l'école d'où sont sortis ceux qui ont fondé la République et la liberté : Voltaire et Lakanal, ce grand-père de l'enseignement primaire en France, et Danton et Littré, tous ceux qui, de leur sang et de leur vie, ont préparé le monde moderne, tous ont passé par la Maçonnerie.
Lakanal et Danton, les héros de 1793, voilà le temps auquel la Maçonnerie travaille à nous ramener ! Ellemême le dit.
' L'opinion politique, si bruyamment invoquée à l'appui de réformes pires qu'une révolution, réclamaitelle donc celles-ci ? Serait-il vrai qu'une soif d'apostasie eût envahi la fille aînée de l'Église ? Faut-il ne pas rejeter comme une calomnie jetée à la face de la France l'assertion d'un Ferry, d'un P. Bert ou d'un Madier-
^i46 LES LOGES ET LA PERSÉCUTION RELIGIEUSE
Montjau, osant se prétendre à la tribune les interprètes du sentiment national? Un aveu instructif, échappé au F.-. Jean Macé, durant le congrès de la Ligue d'enseignement en 1882, répond à ces questions:
« La Ligue avait lancé, avant M. Jules Ferry, dans la circulation, les trois mots obligation, gratuité, laïcité ; elle avait préparé le terrain.
« Si l'opinion publique a fini par être la plus forte, une part en revient assurément à ceux qui l'ont stimulée, harcelée, FOUETTÉE, passez-moi le mot, jusqu'au jour de la victoire. »
Ainsi, il a fallu fouetter l'opinion publique, la harceler, pour l'amener, par la menace et la corruption, non pas à approuver, mais à tolérer l'œuvre de l'impiété liberticide. Les sectaires ont asservi le pays, ils ne l'ont pas convaincu. On a pu enlever le Christ des écoles comme des hôpitaux, on a pu remplacer la statue de la très-sainte Vierge (V. Hugo est le président (Chonneur de la société déchristianisatrice) par le plâtre de l'immonde Marianne, et on a pu proscrire le Catéchisme et l'Histoire Sainte pour les remplacer par des manuels où la morale est traitée avec la même indépendance que la vérité, on a pu supprimer tout enseignement rehgieux et lui substituer la gymnastique obligatoire ; mais le vide, en dépit de la coercition d'une odieuse légalité, persiste dans les palais scolaires de l'athéisme officiel, mais la croix reste adorée au foyer domestique, mais le crucifix étend ses bras bénis sur les écoles où Dieu est entré en maître, mais les Frères et les Sœurs, depuis les humbles Béa-
tes des Cévennes jusqu'aux admirables filles de la Charité, ont continué, dans des établissements libres, à élever chrétiennement des enfants qui seront de bons Français et d'honnêtes mères de famille. Que MM. Gambetta, Ferry, P. Bert et leurs émules aient recueilli les félicitations des loges, cela n'est pas douteux ; mais la réprobation de la grande nation les cloue au pilori, et quand l'histoire daignera s'occuper de ces copistes attardés du voltairianisme, ce sera pour montrer comment de petits hommes ont pu vouloir un grand mal. Assez puissants pour voler un modeste traitement à de pauvres prêtres obéissant aux décisions souveraines du Saint-Siège, ils ne pourront pas se soustraire au châtiment qui les attend, à moins qu'après avoir méconnu la justice de Dieu, ils n'implorent un jour sa miséricorde.
Nous n'analyserons pas les lois scélérates, nous ne raconterons pas l'œuvre ignoble des crocheteurs. Les attentats contre la liberté et la foi du pays ont trop douloureusement retenti dans tous les cœurs pour qu'il soit utile de les narrer ici. Les malédictions de la postérité s'uniront aux cris d'indignation poussés partout un peuple, pour flétrir l'iniquité sacrilège de gens qui n'ont apporté dans le gouvernement que les passions des loges, les haines des clubs, et se sont faits les agents servîtes de la tyrannie révolutionnaire. Cette tourbe officielle n'aura pas même l'excuse de la sincérité, car ces incrédules croient, ces matérialistes parlent d'une autre vie lorsque, comme le F. •. P. Bert, ils parodient dans un bout de Van laïque aux Jardies l'Église
qu'ils outragent et les prêtres qu'ils persécutent. N'avons-nous pas vu le F.*. H. Martin refuser de finir en libre-penseur et, n'osant pas se grandir j usqu'au repentir en faisant appelerun prêtre, réclamerun pasteur libéral protestant pour bénir sa dépouille, puisque les Druides n'existent plus ! Et à propos de ce républicain du Siècle^ achevant sa carrière dans le capitole sénatorial, n'avons-nous pas entendu le président du Sénat, le F.*. Le Royer, annoncer que le F.*. H. Martin « avait rendu son âme à Dieu ? » Il est vrai que, le lendemain matin, la phrase ne figurait pas au Journal officiel. Interrogé par M. de Ravignan, l'ex-garde des sceaux déclara que la modification avait été faite sous sa responsabilité ; il aurait pu ajouter : et sur Tordre des loges.
Non, tous ces sectaires ne sont pas des fanatiques ; ce sont bien plutôt des ambitieux ; ils vivent de l'autel en travaillant à sa démolition, et ils savent bien que la meilleure façon de faire perdre à un peuple la notion de ses droits, c'est d'altérer le sentiment de ses devoirs.
La guerre à l'enseignement chrétien n'est du reste pas spéciale à la France; aux États-Unis, comme en Espagne, en Belgique, en Italie, elle exerce ses ravages (1). La Franc-maçonnerie n'a ni frontières, ni patrie, et elle vise à l'universalité dans le mal.
(1) Voyez sur la lutte de la Maçonnerie contre l'Église dans ces pays d'après les documents les plus récents, le tome III de l'ouvrage : Les Sociétés secrètes et la Société.