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CHAPITRE XX

Weishaupt, dans les instructions pour le grade ■û'Épopte, jetait cette parole menaçante :

a La semence est jetée d'où doit sortir un nouveau ùionde: ses racines s'étendent, elles se sont déjà trop fortifiées, trop propagées pour que le temps des fruits n'arrive pas. Peutêtre faudra-t-il 'encore attendre des mille et des mille ans ; mais tôt ou tard la nature consommera son œuvre ; elle rendra au genre humain celte dignité qui fut sa destinée dans le commencement. Laissez donc les rieurs rire, les moqueurs se moquer. Celui qui observe et compare ce qu'a fait la nature autrefois et ce qu'elle fait aujourd'hui ^verra bieri' tôt que, malgré tous nos jeux, elle tend invariablement à son but. »

Vers 1825, un franc-maçon célèbre, Blumenhagen, disait dans un discours à une loge :

« L'ordre de la Franc-maçonnerie a fini son enfance et son adolescence. Maintenant il est devenu homme, et, avant que son troisième siècle soit accompli, le monde connaîtra ce qu'il est réellement devenu. C'est pourquoi l'esprit de l'ordre veille attentif, en avant du temps et de l'esprit du monde, il s'implante dans tous les recoins de la terre, et s'établit fermement au cœur du pays. Et puisque le monde

entier est le temple de Tordre, l'azur du ciel son toit, les pôles ses murailles, et le trône et l'Église ses piliers, alors les puissants de la terre s'inclineront d'eux-mêmes et abandonneront à nous le gouvernement du monde, et aux peuples la liberté que nous leur préparons. Que le maître de l'univers nous donne seulement un siècle, et nous serons arrivés à ce but ainsi désigné à l'avance. Alors les peuples chercheront leurs princes au milieu des reliques du passé. Mais, pour cela, il faut que rien ne ralentisse le travail et que jour par jour notre bâtisse s'élève. Plaçons, sans qu'on s'en aperçoive, pierre sur pierre, et le mur invisible s'élèvera solidement toujours plus haut ! »

Depuis lors les événements ont assurément marché : le pouvoir temporel du pape est détruit, les Bourbons ne régnent plus ; l'Allemag-ne devenue prussienne, l'Italie unifiée, l'Autriche livrée au parlementarisme, la France en République, témoignent assez du règne universel de la Maçonnerie. Cependant le grand œuvre n'est pas achevé.

Dans un article sur le rôle de la Franc-maçonnerie dans V avenir, le Monde maçonnique d'avril 1876 réfute la pensée de ceux qui regardent l'œuvre de la Maçonnerie comme touchant à sa fin, et croient qu'elle n'a plus besoin de mystère :

« . Une telle association ne saurait périr, parce

qu'une évolution progressive a été accomplie L'humanité progressera sans cesse Quand ce qui a été long"

temps regardé comme un idéal se réalise, les horizons plus larges d'un idéal nouveau offrent à un meilleur avenir de nouveaux champs d'exploration, de nouvelles conquêtes à faire, de nouvelles espérances à poursuivre. La Franc maçonnerie aura donc toujours son rôle utile dans le monde.

Elle le remplira dans l'avenir comme dans le passé, en conservant avec soin la part essentielle de ses mystères, qui sont le lien particulier des initiés. »

Ainsi, ce n'est pas assez d'avoir réalisé cette république, qui est dans la Maçonnerie, comme le disait Crémieux. De nouveaux horizons s'ouvrent à son action : où conduit-elle l'humanité au milieu de ce per-^ péiuel devenir P L'étude des documents et des faits va nous l'indiquer.

La République véritablement maçonnique, c'est la République universelle.

Partant du principe que chaque homme, comme une émanation de la substance unique, est un être absolument indépendant, roi et Dieu, la Maçonnerie enseigne qu'il n'y a absolument aucun droit en dehors du consentement des peuples.

Ce consentement est essentiellement révocable, et, comme le disait un des hommes les plus pénétrés de son esprit, Jefferson, « un peuple a, tous les dix-huit ans, c'est-à-dire à chaque renouvellement de génération, le droit de changer son gouvernement et de faire banqueroute. » Une monarchie parlementaire ne peut être qu'une étape dans la voie qui conduit à la République. La patrie, la nationalité, ne constitue elle-même aucun droit qui puisse enchaîner les individus souverains. De même que, dans un pays, le peuple souverain a pu détruire les provinces, les cor^ porations, les libertés locales, ainsi l'humanité souveraine peut et devra détruire les nationalités particulières. « La nation ne doit tolérer entre elle et les

citoyens aucun corps ialermédiaire, » disaient les révolutionnaires de 1791. En vertu du même principe, l'humanité maçonnique ne devra tolérer aucun intermédiaire entre le grand tout et les individus souverains. Il y a longtemps que Tidée en est formulée.

En 1792, un député du Cantal, parlant à la logeclub des jacobins, Milhaud, s'écriait à propos de la réunion de la Savoie à la France :

« Ah ! s'il était vrai que le réveil des peuples fût arrivé, s'il était vrai que le renversement de tous les trônes dût être la suite prochaine du succès de nos armées et du volcan révolutionnaire, que chaque région, devenue libre, forme alors un gouvernement conforme à l'étendue plus ou moins grande que la nature lui aura fixée, et que, de toutes ces conventions nationales, un certain nombre de députés extraordinaires forment au centre du globe une Convention universelle, qui veille sans cesse au maintien des droits de l'homme, à la liberté générale du commerce. »

Mazzini a été le grand propagateur de cette idée : il voulait y arriver pas à pas en établissant successivement la république démocratique dans chaque pays.

Nous avons cité les paroles du franc-maçon Grant, ancien président des États-Unis, déclarant que le monde marchait vers la République universelle. C'est ce qui se dit journellement dans les loges : lisez plutôt cette page d'un discours du F.*. Charles Boniface à la loge la Fraternité de Genève ; l'hypocrisie de langage qui s'y mêle à la perversité des doctrines s'expliquera mieux quand on saura que c'est un prêtre apostat qui parle :

< Le bon maçon doit êlre un homme de progrès dans le domaine politique. Je le sais bien, nos règlements nous défendent, et avec raison, de faire de la politique militante en L.'., parce que, si on en faisait, on aurait à déplorer bien souvent des conflits, des vexations et même des divisions entre des hommes d'un même pays, d'une même L.-,, mais appartenant à des partis politiques diamétralement opposés. Mais à côté de cette étroite politique des partis, il y a une autre politique générale et progressive, et c'est de celle-là dont le bon et vrai franc-maçon peut et doit s'occuper. . Le bon Mac.'., en effet, ùoxi concourir au développement toujours plus grand du suffrage universel, il doit concourir au développement toujours plus grand de la liberté de conscience, il doit concourir au bien-être de la classe ouvrière, pauvre et déshéritée, et elle est nombreuse, vous le savez! — Le bon Mac.-, doit travailler au renversement du fanatisme et du despotisme partout oîi ils se trouvent ; il doit travailler au renversement de la tyrannie, laquelle existe chez quelques mauvais riches, chez quelques méchants autocrates qui oublient encore aujourd'hui que nous ne sommes plus au moyen-âge, ni au temps des serfs et des vilains ! Le bon Mac.*, doit travailler encore à l'union toujours plus intime des peuples dont tous les membres sont ses frères ; il doit prôner partout et la haine de la guerre et l'amour de la paix. Il doit enfin appeler de tous ses vœux et de tout son pouvoir le régne de la République universelle, dans une confédération de toutes les républiques particulières. Oui, voilà mes F.-. F.*, la véritable politique du Mac.', en Log.-. ; et cette politique pour lui doit être active et laborieuse (l). »

La même pensée inspira ces congrès et ces li^ gués de la paix qui préparaient l'explosion de 1870, el auxquelles tant d'honnêtes gens donnaient étour-.

(1) Voir la Chaîne d'Union de 1883, p. 301.

diment leur adhésion. Il suffît d'avoir suivi avec quelque soin ces procédés des sociétés secrètes pour savoir qu'elles s'avancent vers leurs desseins destructeurs précisément en jetant en pâture aux esprits de notre temps des mots sonores et des idées vagues. La Révolution parle constamment aux peuples de liberté et elle aboutit toujours à la dictature ; elle surexcite en eux les sentiments nationaux et les soulève contre leurs gouvernements légitimes au nom de la théorie des nationalités^ et elle marche volontairement à la destruction de toutes les patries pour élever sur leurs ruines un césarisme cosmopohte. Elle a sans cesse à la bouche le bonheur des peuples, la paix universelle, et elle les écrase d'impôts et d'armées permanentes et les jette dans des guerres plus meurtrières que toutes celles des âges précédents î

La république cosmospolite de la Maçonnerie doit être aussi une république sociale. Tout homme, dans la doctrine maçonnique, a le droit absolu et imprescriptible de développer ses instincts, de satisfaire ses appétits. Aussi la déclaration des droits de Vhomme et du citoyen du 24 juin 1 793 met la propriété au nombre des droits naturels. Conséquence : tout individu a droit à la propriété, et les lois, les institutions sociales qui l'en privent doivent être renversées. La Maçonnerie ne cesse de l'enseigner, quand, dans tous ses grades, elle montre les distinctions sociales et les richesses comme la cause de tous les malheurs de l'humanité.

Le socialisme en découle tout naturellement.

Puisque, d'après la RévolutioQ, lenomhreet lasomme des forces sont la seule source du droite puisque le peuple est souverain pour faire des lois civiles, politiques et même religieuses, nel'est-il pas également pour régler la distribution de la propriété, l'organisation du travail et ses rapports avec le capital ? La formule du droit moderne a été posée avec une grande netteté dans un congrès de l'Internationale : Après avoir proclamé^ en 1789, la souveraineté politique du peuple, il faut maintenant réaliser sa souveraineté économique (1). Un député de Paris, maçon des hauts grades, M. Langlois, disait à peu près la même chose, sous une forme plus adoucie, à l'Assemblée nationale, séance du 9 mars 1872 : « La révolution démocratique sociale doit être faite par une assemblée issue du suffrage universel. Quant aux mesures, c'est aux délégués de la nation à les prendre après délibération, et cela doit être fait en bonne conciliation. »

Au sein de cette société fondée sur le droit purement humain et au nom de la liberté individuelle, enverrait s'élever le plus monstrueux despotisme : celui des plus forts et des plus habiles. Les sectaires qui se sont révoltés contre la loi de Dieu ne veulent plus des droits divins du père et du prince, fondés sur cette loi ! Or ils remplacent ces autoritées limitées par l'autorité su-

(1) En 1865, un orateur du congrès de Liège disait avec une logique irrésistible : a Qu'est-ce que la Révolution ? C'est le triomphe du travail sur le capital, de l'ouvrier sur le parasite, de l'homme sur Dieu. Voilà ce que nous voulons. Voilà la révolution sociale que comportent les principes de 89, les droits de Vhomme portés à leur der^ mère expression, »

périeure elle-même dont elles tirent leur origine, par la souveraineté absolue et illimitée de la capacité^ de la science, comme Tentend la Révolution, c'est-à-dire de la ruse et de la force.

Saint-Martin, dans son style d'^^^^mme', disait: « J'établis sur la réhabilitation d'un homme dans son principe l'origine de son autorité sur ses semblables, celle de sa puissance et tous les titres de la souverainet politique. » Le Saint-Simonisme a dit à son tour : «A chacun selon sa capacité.» Le positivisme enseigne la même chose : c'est la science, selon lui, qui détermine les fonctions du pouvoir. U Internationale^ elle aussi, empruntait à ces doctrines ses plans de réorganisation sociale. C'est donc partout et toujours la même hypocrisie : ou un césarisme, comme celui de Napoléon et de Bismarck, ou l'ohgarchie d'une assemblée issue des clubs, comme la Convention.

Toutes les organisations socialistes ont trouvé dans les loges leurs principaux fauteurs et un appui pour la propagation de leurs idées.

St-Simon, Robert Qwen, Francis Wright, dans la première moitié de ce siècle, figurent parmi les illustrations des loges. M* Ragon en fait des gloires de la Maçonnerie.

Mazzini a contribué beaucoup lui aussi à propager l'idée socialiste, quoique sous une forme que l'impiété moderne repousse aujourd'hui dans son paroxysme d'athéisme.

Proudhon s'était fait recevoir dans la Maçonnerie en 1847, et il a consacré sur les rapports entre ses doctrines et le socialisme des pages que le Monde

maçonnique di reproduites ea 1881, comme émine rament appropriées à la situation.

En 1881, le F.-. Dionys Ordinaire, député du Doubs, a provoqué la formation d'un comité pour élever à Besançon une statue à Proudhon. C'est naturellement sous les auspices de la Maçonnerie qu'il a placé cette entreprise.

Le 18 juin de cette année, il prononçait comme orateur de la loge Sincérité^ Parfaite Union et Constante Amitié réunies^ à sa fête solsticiale et aux applaudissements d'un grand nombre de FF.-, visiteurs, « un remarquable discours sur Proudhon, dont l'ini- « tiation, comme on sait, a eu lieu dans celte loge. II « commente les réponses du célèbre philosophe aux « trois questions d'usage que l'on fait aux néophytes », nous dit le Monde maçonnique dans son compte rendu (n° d'août 1881).

Déjà en 1870, le F.*. Mahias, qui fut un des principaux promoteurs de V Association jphilotechnique pendant sa carrière administrative, avait prononcé à la loge le Réveil 'maçonnique^ de Boulogne-sur- Seine, l'oraison funèbre du F.*. Armand Barbes (1) !

Nous venons de nommer V Internationale. Avec la Commune^ elle est l'expression dernière et logique de la Maçonnerie. Elle en découle par une filiation directe.

L'/;i^ernaiiowa/e n'est pas, comme elle l'a prétendu

(1) Ajoutons, puisque nous avons à parler de M. Mahias, que cet ancien rédacieur de journaux révolutionnaires avec le F.-. Peyrat, actuellement sénateur, est mort chrétiennement et pieusement ea 1881, entre les bras du vénérable évêque de Grenoble, qui unit une si douce charité apostolique au zèle pour la cause de l'Eglise.

parfois, une association exclusivement ouvrière. On a remarqué que les principaux propagateurs des sociétés coopératives, qui, de 1860 à 1867, surexcitèrent les espérances d'amélioration sociale des ouvriers, ont plus tard été à la tète de V Internationale . A plnsiems reprises, dans ses congrès, des ouvriers sérieux ont demandé que les seuls travailleurs manuels fussent admis dans l'association ; mais cette proposition, qui ne faisait pas l'affaire des meneurs, a toujours été repoussée. Elle n'est pas davantage le simple résultat du malaise auquel le faux régime social issu de 1789 condamne les classes laborieuses.

Il est parfaitement prouvé aujourd'hui que Vlnternationale n'est pas autre chose que la continuation sous une nouvelle étiquette de Y Alliance démocratie que et sociale fondée vers 1850 par Herzen et Bakounine, les célèbres socialistes russes. On profita, pour la lancer, du réveil des idées révolutionnaires après la guerre d'Italie. Parmi ses premiers chefs, on remarque Karl Marx et Engels. Karl Marx était en 1847 à Rome avec Weitling et proposait, de concert avec Mazzini, le renversement de Pie IX. On remarque encore que c'est dans un meeting en faveur de la Pologne que des ouvriers des différentes nations se réunirent pour la première fois et arrêtèrent les bases nouvelles de l'association. C'est dans les loges maçonniques de Paris que cette association a recruté à son début ses premiers adhérents et qu'elle a trouvé son point d'appui, selon le témoignage de Fribourg, un de ses fondateurs.

Plus tard, quand l'Internationale fut, sous le nom

de Commune, en lutte armée contre la France, la Franc-Maçonnerie parisienne prit ouvertement parti pour elle. On a vu au chapitre XVIII le récit de ces événements.

Après l'échec de la Commune, les chefs de la Maçonnerie se sont puissamment entremis pour sauver ceux de ses membres qui étaient les plus compromis. C'est à eux que Rochefort et Félix Pyat notamment doivent d'avoir pu reprendre si promptement leur œuvre de démolition.

A Londres la grande loge les Philadelphes^ du rite de Memphis, sert de point de rencontre aux révolutionnaires cosmopolites que l'hospitalité maçonnique y attire.

Enfin le vote de la loi d'amnistie, la réhabilitation officielle de la Commune, a été célébré dans toutes les loges comme un grand triomphe des principes de la Maçonnerie. Les maçons ont tenu TobUgation de leur serment, qui, tout en les engageant à ne pas compromettre les loges dans les conspirations, leur fait un devoir de préserver leurs frères des conséquences de leurs actes.

Dans bon nombre de loges françaises la propagande socialiste continue plus activement que jamais. Le F.'. Garnier, vénérable de la loge le Globe, de Vincennes, dans la tenue du 23 août 1874, réclame le droit au travail, comme jadis le F.*. Louis Blanc :

« La Franc-maçonnerie veut par tous les moyens scientifiques et sociaux améliorer le sort des travailleurs. Elle veut l'ordre, l'économie, la.moralisation du travailleur. Elle veut le droit au travail, le développement du travail, l'or-

ganisation du travail. Elle est bien là dans son élément, c'est ici le temple du travail.»

Le discours suivant, prononcé par le F.-. Danel à la loge V Homme libre ^ en janvier 1877, fait très bien ressortir la filiation logique d'idées, qui fait dériver le socialisme le plus brutal, la tyrannie de VÉtat humanité, des principes premiers de liberté et d'égalité purement humaines posés dès le commencement par la Maçonnerie.

« Les membres fondateurs ont voulu, tout en ayant pour but primordial de combattre notre ennemi commun, le cléricalisme, s'adonner particulièrement à l'étude des questions sociales,... l'égalité des ressources. A l'individualisme païen a succédé l'individualisme chrétien, et sous la direction de prêtres intrigants et faux moralisateurs, l'humanité a dévié de sa route. Il faut qu'elle revienne à sa nature : la réorganisation sociale est nécessaire ; en haut comme en bas personne n'est satisfait... Une masse compacte d'hommes nouveaux se présente pour balayer à son tour l'individualisme chrétien, et cette masse pense comme nous, avec le F.-, philosophe Lessing, que l'homme n'est immortel que par l'humanité et dans l'humanité.»

A la loge la Libre pensée, d'Aurillac, le 4 mars 1882, le F.'. Paul Roques, après avoir rappelé que 1789 était l'œuvre de la Franc-maçonnerie, concluait ainsi :

« Ce passé est un gage de ce que vous serez à Tavenir. Le rôle de la Franc-maçonnerie est loin d'être fini : après

AVOIR TRAVAILLÉ A LA RÉVOLUTION POLITIQUE, ELLE DOIT TRAVAILLER A LA BÉVOLUTION SOCIALE. »

Parmi les loges, les unes vont tendre la main aux organisations anarchistes, d'autres voudraient essayer d'arrêter le mouvement qu'elles ont elles-mêmes lancé en mettant toute l'industrie et l'activité du pays sous la main du gouvernement par l'ensemble de ces m^esures qu'on a si justement nommées le socialisme d'État.

Mais par delà ces divergences, il y a un but suprême qui les réunit toutes.

Dans une assemblée très secrète des chefs de sectes supérieurs, le 11 juin 1879, il a été décidé ce qui suit :

« Choses à faire en France et au Nord : — déchristianiser par tous les moyens, mais surtout en étranglant le Catholicisme peu à peu, chaque année, par des lois nouvelles sur le clergé. — Arriver enfin à la fermeture des églises.

« Dans huit ans, grâce à l'instruction laïque sans Dieu, on aura une génération athée. On fera alors une armée et on la lancera sur l'Europe. On sera aidé par tous les frères et amis des pays qu'envahira cette armée-là.

« Le mouvement se fera contre le Nord, parce que là encore sont les souverains les plus solides, attendu qu'ils ont de fortes institutions militaires.

« On fera chaque année et partout des tentatives de régicide. A la fin, après huit ans, si les souverains n'ont pas tous disparu, les monarchies seront affaiblies.

« En Italie : — elle viendra vite à la République, quand on ne voudra pas s'en inquiéter.

« En Espagne : — peuple fanatique, ami des prêtres, fanatisme ravivé par la guerre carliste, — user du fanatisme, plus nécessaire que partout ailleurs; — déconsidérer le clergé par tous les moyens ; — lui imputer des crimes ; — incendier, et lui attribuer ces incendies. — On avait pensé

à gâter les dépôts de grains : — c'est difficile ; — recourir aux incendies à Seville, Valence, Madrid, Barcelone, Valladolid, Gérone; — les membres des parlements et des loges doivent voyager et 'profiter de tout. — On aurait voulu sauver Otero. — Les socialistes allemands et les nihilistes disent qu'une fois la Révolution établie en Espagne, elle sera indestructible. Les nihilistes ont les meilleurs mots et les meilleurs moyens.

« Aller avec prudence et marcher toujours (1). »

(1) V. Mgr Fava, Le secret de la Franc-maçonnerie^ 2« éd. p. 527. tLille, 1884), ia-8».

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