L ORGANISATION DE LA MAÇONNERIE
Malgré la variété des rites pratiqués par les loges, la Franc-maçonnerie est une association essentiellement une et universelle.
Cette unité repose sur les trois grades symboliques à' apprenti, de compagnon, de maître. Cinq maîtres suffisent pour constituer une loge et procéder à la réception de nouveaux membres, qui peuvent obtenir l'entrée de toutes les loges et réclamer l'assistance des membres de Tordre dans tout l'univers.
Les trois grades symboliques forment la base sur laquelle s'édifient tous les rites.
Ces rites consistent dans une série de grades, dits chapitraux ou philosophiques, dans lesquels les doctrines de la Maçonnerie sont développées sous la forme d'allégories variées, et qui ont pour objet de rendre plus claires, d'inculquer plus fortement chez les initiés la doctrine de l'ordre, qui est d'ailleurs dans son essence tout entière contenue dans le rituel des trois grades symboliques. Le rite français ou moderne ajoute quatre grades chapitraux aux trois premiers grades et en compte ainsi sept en tout. Le rite des anciens
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maçons libres et acceptés, d'Angleterre, se réduit aussi à sept.
Le rite écossais ancien accepté a, dit-on, pour fondateur Frédéric II, qui ajouta huit grades à V ancien rite écossais ou à^Heredom, qui était très répandu dès le XVIIP siècle. Il a trente-trois degrés. Il est très pratiqué en France, aussi bien dans les loges de l'obédience du Suprême-Conseil ou de la Grande- Loge symbolique écossaise, que dans celles placées sous le gouvernement du Grand- Orient. Les membres qui possèdent ces degrés forment, à côté et au dessus des loges symboliques, des ateliers supérieurs appelés chapitres, consistoires, conseils. Le rite écossais ancien accepté, avec la fantasmagorie de ses nombreux grades, a obtenu beaucoup de succès, car l'amour des décorations, des titres pompeux, sert d'attraction à la Maçonnerie auprès de beaucoup d'adeptes. Aussi ce rite est pratiqué actuellement dans tous les pays.
Le régime rectifié, ou de stricte observance, n'a que cinq grades, mais le dernier est divisé en trois sections. Après avoir été très répandu au XVIIP siècle, il n'est plus suivi aujourd'hui en France que dans une seule loge.
Le rite de Misraïm, d'origine juive, compte quatre- \ingt-dix degrés. Le rite de Memphis, pratiqué en Italie et en Egypte, et qui a la même origine, en compte aussi un grand nombre.
C'est surtout pendant le XVIIP siècle, à l'époque où la conspiration contre la monarchie chrétienne se nouait, que furent créés les grades chapitraux, qui étaient, selon le mot de Louis Blanc, « d'arrière-sanc-
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tuaires » où se groupaient les initiés les plus actifs. Dans le rite écossais les trois derniers grades, dits administratifs, ne sont conférés qu'aux fonctionnaires du grand collège des rites dans le Grand-Orient et du Suprême-Conseil.
Les hauts grades sont aujourd'hui, en France, donnés assez indislioctemeut et Ton peut en parcourir toute l'échelle sans connaître le véritable secret de l'ordre. Les réceptions satisfont la vanité des récipiendaires et apportent d'abondantes ressources au budget du Grand-Orient, par les sommes qui sont perçues à celte occasion.
Suivant le développement des grades chapilraux, les centres directeurs se sont multipliés dans les divers rites sous les noms de Grandes- Loges, Mères-Loges, Graîids- Orients, Suprêmes' Co7iseils ; on les appelle d'un terme générique, puissances maçonniques. Un peu avant la Révolution française, les chefs de la Franc-maçonnerie se sont efforcés de concentrer ces puissances et de fusionner ces rites. Ils n'y sont parvenus qu'en partie.
En France, il y a actuellement quatre puissances maçonniques :
Le Grand-Orient de France, Le Suprême-Conseil du rite écossais ancien accepté, La Grande-Loge symbolique écossaise, Le Suprême-Conseil du rite de Misraïm. • Ces puissances maçonniques sont souveraines les unes vis-à-vis des autres, mais elles reconnaissent réciproquement les grades conférés par les loges de leur
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obédience comme dans les loges de tous les pays. L'unité de Tordre n'est donc pas altérée.
Voici l'organisation intérieure du Grand-Orient, qui présentement est la plus importante de ces quatre puissances :
Le Grand-Orient se forme des vénérables des loges proprement dites et des présidents des divers ateliers qui pratiquent les hauts grades des rites français, écossais ancien el accepté; à défaut de leurs présidents, ces divers corps sont représentés par des députés spéciaux, élus par eux annuellement à la majorité des voix. Il se complète par les membres du conseil de Vordre, y compris ceux du grand collège des rites. Le Grand-Orient s'attribue la. puissance suprême, dogmatique, législative, judiciaire et administrative de tous les ateliers, de tous les rites et de tous les grades existant dans toute l'étendue de la France et dans les colonies. L'assemblée générale du Grand-Orient a lieu une fois par an et statue comme un parlement sur les questions qui lui sont soumises. La direction effective appartient au conseil de Vordre, composé de trente-trois délégués de l'assemblée générale, qui se réunissent à Paris et prononcent sur tous les cas qui se présentent. Le Grand-Orient se divise pour l'expédition des affaires courantes en différents comités permanents, dont le nombre et les attributions varient selon les temps. Dans son sein, mais fonctionnant d'une manière tout à fait indépendante, se trouve le grand collège des rites, qui se recrute lui-même, qui est composé des maçons possédant les trente-trois degrés du rite écossais ancien accepté^ qui confère seul ces de-
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grés. C'est lui qui gouverne souverainement les ateliers supérieurs, tandis que le Grand-Orient, assemblée générale et conseil de l'ordre, ne s^occupe que des loges symboliques.
Une certaine publicité est donnée aux affaires relatives aux loges symboliques, mais le secret le plus rigoureux couvre toujours les choses relatives aux ateliers des hauts grades.
Aucune loge ne peut se constituer ni prendre une décision de quelque importance sans l'aveu du Grand- Orient, qui peut la suspendre {mettre en sommeil) ou même la dissoudre. Celui-ci a habituellement à sa tête un grand-maître, choisi généralement parmi les membres des familles régnantes ou parmi les personnages affiliés. Ce grand-maître, souvent accepté avec défiance, et dupe autant que complice, ne peut imposera l'ordre une direction réelle, car le pouvoir effectif réside tout entier dans les comités. Tel a été par exem-, pie le cas du prince Murât, du maréchal Magnan qui, sous le second Empire, avaient été nommés grandsmaîtres par le Gouvernement. En France, depuis 1870, le Grand-Orient n'a plus de grand-maître et institue seulement un président.
Le Grand-Orient de France laisse les loges de son obédience libres de pratiquer l'un des deux rites, le français ou moderne et le rite écossais ancien accepté.
Le Grand'Orient s'est constitué en 1772. Il comptait, en septembre 1883, sous son obédience, 286 loges et 47 ateliers des hauts grades. Quant au Suprême- Conseil du rite écossais ancien accepté^ il remonte
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plus loin; mais, après diverses péripéties dans son fonctionnement, il a pris ce nom en 1803 et s'est consolidé en 1817, par la réunion de deux puissanees rivales du rite écossais, qui fut due particulièrement au zèle du ducDecazes.
Le Siqyrême' Conseil a une constitution beaucoup plus autoritaire que le Grand-Orient. Ses membres sont élus à vie et se recrutent eux-mêmes ; le pouvoir qu'il exerce sur les ateliers de son obédience, loges symboliques ou ateliers des hauts grades, est également beaucoup plus énergique. Les loges symboliques dépendant de lui sont au nombre de 77.
Le Suprême- Conseil, sous la Restauration et la Monarchie de juillet, groupait la partie la plus avancée delà Maçonnerie, parce qu'il avait mieux su se soustraire à la tutelle des pouvoirs politiques, que le Grand- Orient avait acceptée en recevant ses grands-maitres et grands-maîtres adjoints des mains du gouvernement.
Mais aujourd'hui, en raison de sa constitution plus fermée, le Suprême' Conseil perd rapidement son influence. Beaucoup déloges, qui pratiquent d'ailleurs le rite écossais, Font abandonné pour passer dans Vobédience du Grand-Orient.
Pendant plusieurs années une lutte sourde d'influences a existé entre le Grand-Orient et le Suprême- Conseil du rite écossais, et quand on rapproche les noms des membres de ces deux corps, on s'explique facilement la division qui s'est produite dans les rangs du parti républicain et a abouti à une rivalité ouverte entre des hommes également considérables de
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ce parti et également engagés dans la Franc-maçonnerie.
Sous l'influence de ces dissensions intestines, onze des principales loges parisiennes de l'obédience du Suprême-Conseil s'en sont séparées, et ont constitué, au mois de février 1880, une quatrième puissance maçonnique sous le litre de Grande- Loge symbolique écossaise.
Cette nouvelle puissance Maçonnique a constitué depuis lors un certain nombre de loges : elle en compte actuellement vingt-sept sous son obédience.
Quant au rite de Misralm ou rite égyptien^ qui a été créé par Cagliostro, puis a été de nouveau propagé en France en 1816, il compte surtout des juifs. Il ne se compose actuellement que de six loges.
Ces divers groupes maçonniques sont souvent le théâtre de rivalités personnelles auxquelles il ne faut généralement pas attacher trop d'importance, car l'identité des principes de la secte et le but destructeur que toutes ses branches poursuivent les réunit toujours. A plusieurs reprises des tentatives ont été faites pour les unifier ; elles ont toujours échoué, chacun de ces groupes tenant à son autonomie et se réservant, dans les cas de périls pour la secte, une liberté de manœuvres plus grande.
Mais en septembre 1883 il a été conclu entre les quatre puissances de la Maçonnerie française un traité d'aUiance et d'affiliation réciproque dont le Bulletin maçonnique de la Grande-Loge symbolique d'octobre 1883 indique ainsi la portée pratique :
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« Cet acte mémorable consacre l'alliance de toutes les forces de notre institution fraternelle pour le plus grand bien de la démocratie française qui a besoin de l'union de tous les maçons.
« Maintenant, le faisceau des bonnes volontés est formé ; il ne s'agit plus que de les utiliser. Ce n'est point encore l'unité d'action, qui viendra plus tard, mais c'est l'union possible dans l'action. Peut-être cette étape sur la route de l'unité maçonnique était-elle le prélude nécessaire pour amener tous les maçons de France, par la démonstration progressive des faits, à la conception claire et précise de la possibilité comme de la nécessité de s'unir dans une vaste confédération, assez puissante pour tenir tête aux ennemis de la République, dont la Maçonnerie doit être le plus énergique soutien. »
La même organisation, avec la même variété de rites et de puissances maçonniques, existe dans les autres pays.
Depuis que les gouvernements en sont venus à reconnaître la Franc-maçonnerie ou officieusement ou officiellement, comme en Angleterre et en France même depuis 1851, les différents Grands-Orients ou Grandes-Loges font coïncider les limites de leur obédience avec celles des États où ils sont établis. Il y a ainsi un Grand-Orient de Belgique, un Grand-Orient de France, un Grand-Orient d'Angleterre, etc. Aux États-Unis, il y a trente-huit Grandes-Loges, autant que d'États.
Mais cette division des obédiences, nous le répétons, n'empêche nullement l'unité de la Maçonnerie. Des traités et des unions spéciales assurent à tout franc-maçon affilié dans une loge d'un rite quelconque
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l'exercice de ses droits maçonniques dans les loges du monde entier et lui donne droit à leur appui. Bien des indices tendent d'ailleurs à indiquer que par dessus tous les Grands-Orients, il existe un directoire secret qui, tout en laissant chacun d'eux gouverner ses loges comme il leur convient, leur donne une impulsion générale.