Constitution Ecciesiam Jesu
doctrines et des mêmes crimes et par une étroite alliance. Ses membres simulent, à la vérité, un respect singulier et un zèle admirable pour la religion catholique et pour la personne et la doctrine de Jésus-Christ, notre Sauveur, quïls ont la criminelle audace d'appeler quelquefois leur recteur et leur grand maître. Mais ces discours, qui paraissent avoir plus de douceur que Thuile, ne sont autre chose que des traits qu'emploient, pour blesser plus sûrement les imprudents, des hommes fourbes, qui viennent sous des vêtements de brebis, tandis qu'au dedans ce sont des loups ravisseurs. » Weishaupt, dans les Statuts de F ordre ^ a tracé cette règle de conduite aux membres de la Secte : « Vous regarderez comme un principe constant parmi vous que la franchise n'est une vertu qu'auprès des supérieurs ; appliquez-vous à l'art de vous contrefaire, de vous cacher, de vous masquer, en observant les autres pour pénétrer dans leur intérieur. » Tout, dans la Maçonnerie, est employé à tromper et à faire des dupes, tout, jusqu'aux emblèmes, qu'elle emprunte, au besoin, au christianisme, quand il faut tromper les initiés qui ne sont pas assez avancés pour l'abhorrer. Voici l'aveu d'un franc-maçon : « Le vulgaire est lé plus souvent croyant, mais ignorant; ainsi, de même qu'il serait inutile de lui parler des formules des sciences qu'il ignore, il serait également très dangereux d'user avec lui des signes d'impiété et d'irréligion. Le néophyte
s'épouvanterait et s'irriterait. Au contraire, il demeure enchanté d'admirer, en entrant dans la Charbonnerie, les symboles chrétiens : et, sans faire attention à autre chose, il jure fidélité. C'est ensuite l'affaire des théologiens du conventicule à l'examiner, une fois admis, et à se servir de lui, d'une manière ou d'une autre, suivant ses dispositions. Ils commencent par le décatholiciser; après, ils lui démontrent que toute révélation est ridicule ; puis ils attaquent la religion naturelle, en faisant disparaître de l'esprit toute idée de peine et de récompense future. Us le disposent avec art à l'insubordination, et le conduisent finalement au régicide, sous le prétexte de venger, d'abord la mort du Christ, ensuite, les droits politiques des hommes foulés aux pieds \ »
Procédant avec toute la prudence du serpent antique, la Franc-Maçonnerie sait parfaitement prendre les couleurs et les airs qu'exigent le caractère, les mœurs et les idées de chaque' nation et de chaque époque. Ainsi son caractère anti-religieux et anti-national est beaucoup moins accentué en Angleterre, aux Etats-Unis et au Brésil, que sur le continent européen. Là, la grande majorité des membres ne voient dans la Franc-Maçonnerie qu'une société philanthropique de secours mutuels et de réunions amicales. Le tempérament de la race anglo-saxonne est trop
1. Piffàri di Montagna, Faenza, 1822. Extrait de la Civiltà Cattolica, 1879, n. 703, pag. 98.
froid et trop positif, et, chez elle, Tamour de l'ordre et le respect de l'autorité ont encore de trop profondes racines, pour que la Franc-Maçonnerie y dévoile le but final qu'elle poursuit, et étale aux regards de touç les frères les différents articles de son programme. Là, elle conserve habilement, dans son programme, la croyance en Dieu et à l'immortalité de l'âme, et il parait que les esprits ne sont pas encore préparés et mûris pour faire une guerre acharnée à l'Église catholique. Aussi la famille anglo-saxonne, convoquée comme les autres à prendre part au congrès maçonnique universel qui doit se tenir à Rome, cette année, pour porter les derniers coups à l'Église catholique,'" refuse de s'y rendre. Le journal le Freemason, de Londres, dit à ce sujet : « Les francs*maçons italiens croient avoir à résoudre deux grandes questions. : 1* Ce qu'ils appellent la question sociale ; 2^ la puissance, les persécutions et la présence de l'ÉgUse catholique romaine. Mais ce sont là des questions qui échappent entièrement à notre compétence, à nous francs^maçons , et pour lesquelles ils ne peuvent trouver d'aide qu'en eux-mêmes; ce sont d'ailleurs des sujets que les maçons anglosaxons refuseraient nettement de discuter. De telles questions n'ont rien à voir avec la Franc- Maçonnerie, à laquelle elles sont complètement étrangères, et elles ne pourraient être acceptées, même un moment, par aucun maçon anglo-saxoa.
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De sorte que si ce congrès maçonnique universel a lieu, il devra se réunir sans la coopération de la famille anglo-saxonne ' . »
Néanmoins cette Franc-Maçonnerie est mauvaise, et c'est à bon droit que l'Église Ta enveloppée avec les autres dans un commun anathëme ; car elle est de ces choses dont la meilleure çst encore mauvaise. Si tous ses membres ne se prêtent pas à l'exécution des projets de la Maçonnerie occulte, il s'en trouve néanmoins toujours qui se font volontiers ses instruments dociles et complaisants, et qu'elle emploie avec un grand succès. Pour n'en citer qu'un exemple, c'est grâce à la Franc-Maçonnerie que l'Angleterre a prêté son concours à un homme qui a été l'incarnation de Satan. Au mois d'avril 4864, Garibaldi, reçu pompeusement à Londres par les ministres,. les membres de la chambre des lords et trente mille spectateurs, fit cette déclaration : a Naples serait encore aux Bourbons, sans l'aide de Palmerston; et, sans la flotte anglaise, je n'aurais jamais pu franchir le détroit de Messine. » Palmerston, qui était le chef du ministère anglais, au moment deTexpédition de Garibaldi, était aussi le chef de la Maçonnerie anglaise. Peu importe à la Maçonnerie qu'elle fasse marcher l'armée ou la flotte d'une nation par l'impulsion des Loges, ou que toutes les forces
i. Cité par le Monde du 22 février 1882.
de cette nation servent à sa cause, en vertu de la politique et des ordres de l'un de ses membres ; le résultat est le même. L'essentiel, le tout est que les forces d'un peuple soient à sa disposition pour exécuter ses projets. D'ailleurs, si inoffensif que puisse paraître l'esprit maçonnique, tel qu'on l'enveloppe dans les Loges anglaises et américaines, avec le temps il ruine les tempéraments les plus robustes, et finit par causer les effets les plus délétères; car il est un de ces poisons violents et subtils qui traversent les parois du vase et dont les émanations corrompent l'air. D'ailleurs, si l'Église catholique continue ses conquêtes en Angleterre, la Franc-Maçonnerie ne manquera pas d'entrer contre elle dans une voie plus agressive. Nous le verrons bientôt, l'ennemi de la Franc-Maçonnerie est, avant tout et pardessus tout, l'Église catholique; et comme, depuis deux cents ans, la violence de la persécution avait presque détruit l'Église catholique en Angleterre et dans ses colonies, la Franc-Maçonnerie a tourné sa fureur ailleurs. Néanmoins là encore elle n'a pas désarmé ; c'est elle qui a fait pénétrer dans la législation de l'Angleterre et des États-Unis la séparation de la religion et de l'éducation ; c'est elle qui, à plusieurs reprises, a essayé de réveiller dans k grande République le fanatisme protestant contre les catholiques.
Jusqu'à ces dernières années, la Franc-Maçonnerie française avait retenu dans son symbole la
croyance à l'Architecte de l'univers et à l'immortalité de l'âme, laissant entendre à ceux qu'elle voulait tromper, que, sous ce nom d'Architecte, il s'agissait de Dieu. Mais, au fond, elle était matérialiste et athée, elle laissait à chaque francmaçon la liberté d'entendre ce qu'il voulait par Architecte de l'univers. Aussi, tandis que les uns voyaient, dans l'Architecte, le vrai Dieu, créateur du monde, d'autres entendaient, sous ce nom, la nature ; d'autres, la matière éternelle; d'autres le hasard; d'autres, le diable. Ulysse Bacci, Ton des chefs de la Maçonnerie italienne, disait, il y a quelques années, qu'il n'y a rien de plus ridicule et de plus pernicieux que de faire du bruit et de jeter la discorde dans le camp maçonnique par la question de savoir s'il l'on doit conserver ou détruire une formule si inoffensive qui s'adapte à toutes les opinions, même à celles des plus grands athées, des plus profonds matérialistes et des libres-penseurs.
Mais ce masque d'hypocrisie faisait souffrir la Maçonnerie, et elle n'attendait, pour le jeter, que des circonstances favorables. En 1866, à Leipsick^ elle fit la déclaration suivante par la bouche do l'un de ses membres : « Je suis fermement convaincu que le temps doit arriver et arrivera, ot» l'athéisme sera l'opinion générale de l'humanité entière, et où cette dernière considérera le déisme comme une phase passée, tout comme les francsmaçons déistes sont au-^dessus des divisions reli-
gieuses. Il ne faut pas seulement nous placer au-dessus des différentes religions, mais au-dessus de toute croyance en un Dieu quelconque. » Cette profession de foi d'athéisme passa bien vite des Loges allemandes dans les Loges françaises. En 1869, celles de la région de TEst se réunirent à Metz, et les membres présents décidèrent à l'unanimité que l'existence de Dieu et l'immortalité de l'âme seraient effacées de la constitution maçonnique, et remplacées par la solidarité humaine. La même année et le même mois, l'Internationale allemande, française et suisse rédigea le programme de l'Alliance internationale démocratique, qui fut ensuite approuvé par le Conseil général de Londres. L'article premier de ce programme, ^ui est comme la base de l'Alliance, est ainsi conçu. « L'Alliance se déclare athée; elle veut l'abolition des cultes, la substitution de la science à la foi, et de la justice humaine à la justice ' divine. »
Ces déclarations et d'autres, qu'il serait trop long de citer, furent comme une traînée de poudre qui alluma dans toutes les Loges le feu de la guerre à Dieu; et, le 14 septembre 1877, les délégués de laMaçonnerie française réunis àParis effacèrent de l'article premier de la constitution maçonnique la croyance explicite à l'existence de Dieu et à l'immortalité de l'ftme, jugeant que le voile trompeur n'avait plusi sa raison d'être. Dès ce moment, laMaçonnerie française fait à Dieu une
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guerre implacable, pour se substituer partout à lui. Toutefois, là encore elle fait largement usage du mensonge et de Thypocrisie.
L'entreprise est trop satanique, pour en avouer ouvertement le but; elle révolterait toute âme qui n'a pas éteint en elle les derniers sentiments de la rectitude naturelle. Donc à cette entreprise, il lui faut aussi son masque, et ce masque, c'est la laïcisation; et lalaïcisation elle-même est encore abritée sous certains droits prétendus de TÉtat. Car la Maçonnerie, quand elle est au pouvoir, est convaincue que VÉtat^ c'est Elle. Si elle ne le dit pas toujours ouvertement, elle ne manque pas de le faire sentir à ceux qui ne combattent pas sous son drapeau. Quand la Franc-Maçonnerie est devenue l'État, l'État ne reconnaît rien au-dessus de lui ; il n'a pas d'autres règles de justice que son bon plaisir tyrannique et l'étendue de sa force; il crée le droit, et, en dehors de celui qu'il accorde au citoyen, il n'en existe pas. Les actions sont bonnes ou mauvaises, non en vertu de leur conformité ou difformité avec des règles objectives, éternelles et immuables, mais uniquement en vertu de la loi de TÉtat. Une action n'est bonne que parce qu'elle est ordonnée, et elle n'est mauvaise que parce qu elle est défendue. Si donc la loi de rÉtat ordonne au père de livrer son fils à l'État et de le lui sacrifier, le père, en immolant son fils à l'État, fera une action aussi louable et aussi méritoire que le sacrifice d'Abraham. Si TÉlut
ordonne de chasser de leur domicile tels ou tels citoyens, telle ou telle catégorie de personnes, de les jeter brutalement à la rue, s'ils ne s'empressent pas d'obéir au Dieu-État, et de s'emparer de leurs biens, ce sera une bonne action, un brillant exploit, digne des plus grands honneurs et des plus grandes récompenses. La Maçonnerie accorde au Dieu-État, — toujours ça va sans dire, quand elle est l'État, — ce que la philosophie et la théologie ne peuvent reconnaître dans le Dieu vrai et infini ; car la saine raison proclame avec la foi que la distinction du bien et du mal ne dépend pas de la libre volonté de Dieu, mais repose sur les essences elles-mêmes des choses, essences que Dieu ne peut pas plus changer que sa propre nature. Telles sont les conséquences atroces de l'athéisme, contre lesquelles proteste la conscience indignée, mais qui sont rigoureuses : on ne peut y échapper qu'en reniant le principe Dieu-Éiaty ou en faisant violence à la logique; or la Franc- Maçonnerie ne permet ni l'un ni l'autre à ses adeptes.