‹ La Franc-maçonnerie et les moyens pour arreter ses ravagesChapitre 34 sur 78 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

La Franc -Maçonnerie veut l'anéantissement des congrégations religieuses.

A côté de la grande armée du clergé séculier, sous le même drapeau, sous Tétendard de la croix, se trouvent les troupes d'élite des congrégations religieuses. Aussi la Franc-Maçonnerie leur a voué la même haine et les a comprises dans le même serment de mort. C'est même contre les congrégations qu'elle commence ses attaques; et cela est tout naturel : Tavant-garde de l'armée est exposée à recevoir les premiers coups de l'ennemi. D'ailleurs, il faut bien ménager les transitions et tromper les simples, en affirmant sur tous les tons qu'on n'en veut pas à la religion, ni même au clergé séculier, qui est plus indispensable pour administrer les sacrements et faire les cérémonies du culte. Weishaupt disait déjà, il y a plus d'un siècle : « Si un régent croyait venir à bout da faire supprimer les maisons religieuses et d'appliquer leurs biens à notre propre objet, ces sortes de projets seraient particulière-

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ment bien vus des supérieurs » Ici encore, je pourrais apporter de nombreux documents et produire les aveux et les menaces de la Franc- Maçonnerie; mais à quoi bon? Qui peut encore ignorer aujourd'hui la haine particulière de la Maçonnerie pour toutes les congrégations religieuses? Le bruit de la guerre d'extermination qu'elle leur fait n'est-il pas arrivé jusqu'aux chaumières les plus reculées de nos Alpes I Celui qui, à la vue de ce qui s'est fait et en face de ce qui se prépare, essayerait de révoquer en doute les desseins homicides de là Maçonnerie à l'égard des congrégations religieuses, pourrait, à bon droit, être considéré comme un stupide. Un projet de loi sur les associations a été présenté à la Chambre des députés par M. Waldeck-Rousseau, ancien ministre de l'Intérieur. La liberté de s'associer y est accordée à tous, excepté aux congrégations religieuses. L'article 3 ^orte que « toute contravention ayant pour but ou pour résultat, soit au moyen de vœux, soit par un engagement quelconque, d'emporter renonciation partielle ou totale du libre exercice des droits attachés à la personne, ou de subordonner cet exercice à l'autorité d'une tierce personne, est illicite comme contraire à l'ordre public ». L'article 4 du projet décrète l'amende, qui peut s'élever à deux mille francs, et la prison, qui peut être de six mois, contre ceux qui violeront l'article 3.

Le projet déclare donc illicites et contraires à

Tordre public toutes les associations des personnes qui se réunissent pour mettre en pratique les conseils évangéliques. Ah! je conçois que, dans son impuissance de réprimer tous les désordres, la loi ne ferme pas certaines maisons dites de tolérance; mais que Ton poussât Timpudente audace jusqu'à vouloir s'armer de la loi, afin de flétrir comme criminels et perturbateurs de Tordre public ceux qui veulent s'enfermer dans une maison pour y prier, j'aimais à croire cela impossible dans notre siècle de civilisation et de liberté. Et cependant, c'est une triste réalité ! L'horrible drame de Barabbas absous et de Jésus condamné se reproduit chez un peuple chrétien ! Les filles qui veulent trafiquer de leur honneur sont libres de s'enfermer dans une maison de prostitution, d'y prendre des engagements que réprouvent l'Évangile et la loi naturelle, et d'y abdiquer leur libre arbitre en se livrant à la volonté du chef de l'infâme entreprise. La loi civile le leur permet ; bien plus, si ces malheureuses créatures l'appellent à leur secours, elle leur prête main-forte contre ceux qui essayeraient de les empêcher de se livrer à l'esclavage le plus ignoble. Et la Maçonnerie veut que cette même loi flétrisse et frappe ceux qui essayeront de s'associer pour pratiquer dans leur perfection les trois vertus de pauvreté, de chasteté et d'obéissance! Et les journaux aux gages de la Maçonnerie se sont empressés d'applaudir à l'infâme projet liberticide et de qualifier

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crimes les trois vœux de religion 1 crime, le vœ« de pauvreté 1 crime, le vœu de chasteté! crime, le vœu d'obéissance ! De par la Franc-Maçonnerie, il est donc trois fois criminel, le religieux qui immole les trois concupiscences pour faire régner dans son cœur les trois vertus les plus chères à Jésus-Christ ! De par la Franc-Maçonnerie, elle est trois fois criminelle et perturbatrice de l'ordre public, la sœur de charité qui se dégage des lien» terrestres pour embrasser toutes les immolations et se livrer sans réserve à soulager les misères de l'humanité! Les Juifs ont fait passer Jésus pour un perturbateur de l'ordre public, et ils l'ont mis au nombre des scélérats les plus insignes; mais ils ne lui ont pas fait un crime d'être le modèle de la pauvreté, de la pureté et de l'obéissance, et même il ne paraît pas qu'ils en aient eu la pensée. Satan n'a pas osé la leur inspirer, et il a réservé cette infamie à la Maçonnerie. Pour l'inspirer, il lui fallait former une société de malédiction qui appelât le mal bien, et le bien mal : qui donnât les ténèbres pour la lumière, et la lumière pour les ténèbres : qui donnât Famer pour le doux, et le doux pour ramer *. Cette société maudite, calquée sur l'enfer, Satan est parvenu à la façonner, c'est la Maçonnerie. Comme je l'ai dit, il lui a donné sa dernière perfection en faisant insérer dans son

1. VâB gui dicitis malum bcnnm, et bonum maium : panenief tenehras lucem^ et lucem tenebras : ponentes amarum in dulcCt et dulce in amarum. Isaiée v, 20.

syinbole,comme article fondamental, cet exécrable blasphème : Dieu, c'est le mail Guerre à Dieu ! La Maçonnerie ne descendra pas plus bas ; elle touche le fond de Tabîme; et vécût-elle des milliers de siècles, une éternité, elle ne progressera plus dans la voie du blasphème, car on n'entend rien de pire dans l'enfer que ce cri : Dieu, c'est le mal! Guerre à Dieu!

Chez tous les peuples, barbares ou civilisés, la Vierge a été un objet de vénération. Les Romains donnaient à la Vestale la première place dans les spectacles, un licteur la précédait, les faisceaux des préteurs et des consuls s'abaissaient devant elle, et le condamné à mort, qui se trouvait par hasard sur son passage, était renvoyé absous. Qu'était la Vestale païenne en comparaison de la Vestale chrétienne ? Qu'était ce feu sacré de Vesta confié à la garde de la Vestale, en comparaison du feu divin qui doit seul et toujours consumer le cœur de la religieuse? Une ombre, moins qu'une ombre. Aussi le païen et le mahométan vénèrent la sœur de charité et toutes les religieuses de l'Église catholique : ils les regardent comme des êtres surnaturels et des apparitions célestes. C'est en Europe, c'est dans la France couverte de leurs bienfaits, que la vie divine des religieuses est regardée comme un péril social ; c'est là que se trouvent des hommes qui poussent l'impudence de leur audace sacrilège jusqu'à tenter de faire qualifier par la loi de délit punissable d'amende

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et de prison le triple lien sacré qui les rend fortes pour tous les héroïsmes de la vertu ! De lui-même, Thomme est incapable d'une telle monstruosité : pour mettre en avant un pareil projet, il fallait rinspiration de Tesprit infernal; l'empreinte de sa griffe est sur le papier qui le renferme.

Quand les Juifs eurent fait crucifier le Sauveur, leur haine parut assouvie, et ils n'inquiétèrent ni Zachée, ni Simon le Lépreux, ni le maître du Cénacle, ni aucun de ceux qui lui avaient donné l'hospitalité. Ce progrès dans la haine était encore réservé à la Maçonnerie. Elle ne se contente pas de mettre à mort les congrégations religieuses, mais elle veut encore traduire devant les tribunaux et faire condamner à l'amende et à la prison tout individu qui aura accordé ou consenti l'usage de sa maison ou de son appartement, en tout ou en partie, pour la réunion des membres d'une congrégation. Telle est la teneur de l'article 4 du projet. Et pour tromper ceux qui ont de la peine à croire à la noirceur de ses intentions, la Maçonnerie a soin de les couvrir du masque de la liberté, comme si la consécration à Dieu ne se faisait pas par l'acte le plus libre et le plus saint; comme si le religieux et la religieuse étaient retenus contre leur gré dans l'asile de la paix et de la prière ; comme si les liens dans lesquels ils se sont engagés, étaient des chaînes de fer, et non le joug le plus suave du Sauveur! Et ce sont des francs-maçons qui viennent persécuter

les congrégaûistes au nom de la liberté, eux qui ont lié leur volonté par d'horribles serments et qui ont fait de leur personne un rouage de Timmense machine infernale que fait mouvoir Satan! A cette demande : Qu'est-ce que le révolutionnaire ? le Catéchisme révolutionnaire de Bakounine répond : « C'est un homme qui n'est plus maître de lui. Il ne doit avoir ni intérêts, ni affaires, ni sentiments, ni propriétés propres : il a à s'identifier avec un intérêt unique, avec une seule pensée et une seule passion, la Révolution; il n'a qu'un but et qu'une science, la destruction. C'est pour ce but, et uniquement pour ce but, qu'il étudie la mécanique, la physique, la chimie et quelquefois la médecine. C'e;3t dans la même vue qu'il respecte les hommes, les sentiments naturels, les divers degrés et les conditions de Tordre social. Il méprise et déteste la morale actuelle. Pour lui, la morale est tout ce qui coopère au triomphe de la Révolution, et tout ce qui l'empêche est immoralité et scélératesse. Entre lui et la société, c'est un duel à mort, continu, implacable. »

Contractés par l'acte le plus libre, les engagements du religieux et de la religieuse sont encore gardés par les actes du libre arbitre. Ce ne sont pas les murs de la clôture qui retiennent dans le couvent la sainte fille qui s'est donnée à Dieu, mais sa conscience ; et, si elle veut violer ses serments, elle ne sera pas arrêtée par la pointe d'un

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poignard, comme il arrive quelqaefois aux mem-bres de la Maçomierie qui essayent de se soustraire à son joug tyrannique. La Gongrégatioa elle-même ouvrira les portes de la maison à celle qui n*y trouve pas son bonheur, parce que, dans ce séjour, on ne vent pas d'autre contrainte que celle de la droite conscience, pas d'autre sacrifice que le sacrifice volontaire, pas d'autre offrande que celle que Dieu aime, Toffrande faite avec joie. Le franc-maçon qui refuse, au nom de la liberté, le droit d'association aux congrégations religieuses, celui-là ou il blasphème ce qu'il ignore, ou il traite avec la plus amère ironie et la plus féroce cruauté ce qu'il y a déplus respectable et de plus sacré.

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