Bossuet, ibid
3. « Bene meritis viris, doctissimi homines ferunt, post obitum corporis in cœlo domicilium prieparari, ut promotio qaedam ad supemam (civitatem) prœstetur his omnibus qui bene de genitaiibus urbibus meruerunt; et hi magis cum Deo habitent, qui salutem dédisse, aut consiliis, aut operibus, patrice doceantur. » Epist. cm, N. 2.
4. « Qui autem non putant, ista probaliter posse persuaderi, legant orationem Calilinœ apud SaUustium de Bello CeMinofiOf
qui n'aîment pas leur pays, qui y fomentent des divisions, sont l'exécration du genre humain; Bien a tellement ce crime en horreur, qu'il le châtie d'une manière toute particulière ; autrefois il entr'ouvrit, sous les pieds des révoltés Coré, Dathan et Abiron, la terre, qui les dévora avec leur tente et tout ce qui leur appartenait * . Il voulut marquer par là que la terre elle-même ne peut supporter l'ennemi de la patrie, ni rien de ce qui lui appartient.
Or, la Maçonnerie ne recule pas devant le parricide de la patrie. Si elle est une barrière qui se dresse devant ses attentats, elle la renverse : périsse la patrie, pourvu que la Maçonnerie se fortifie et s'étende ! Si l'amour de la patrie paralyse le bras du franc-maçon, ou seulement le fait hésiter devant certains forfaits exécrables, la Maçonnerie s'efforce d'éteindre dans son cœur l'amour de la patrie. Mais, comme cet amour est inextinguible de sa nature et ne peut disparaître qu'avec la patrie elle-même, la Maçonnerie détruit la patrie. Nihiliste, elle fait le néant de la patrie, comme de là religion, de la famille et de la morale. Pour justifier cette très grave accusation, j'ai l'aveu de la Maçonnerie, et, ce qui est plus démonstratif encore, j'ai le témoignage de ses œuvres.
XJn homme qui connaissait parfaitement l'esprit
qua patriœ parrîcidium , quo nno continentur omnia scelera, persuasit. » S. Âugast., Contra AcademicoSf iib. III, N. 36. 1. Nombres, çhap. xvi, 28 et suiv.
de la Maçonnerie et qui a été son principal organisateur, Weishaupt dit : « Tout ce que nous -disions contre les despotes et les tyrans, n'était ^ue pour vous amener à ce que nous avons à vous dire du peuple lui-même, de ses lois et de sa tjnrannie. Ces gouvernements démocratiques ne sont pas plus dans la nature que les autres gouvernements. Si vous nous demandez comment les hommes vivront désormais sans lois et sans magistratures, sansautorités constituées, réunis dans leurs villes, la réponse est aisée. Laissez là vos villes et vos villages et brûlez vos maisons. Sous la vie patriarcale, les hommes bàtissaient-ils des villes, des maisons, des villages? Ils étaient égaux et libres; la terre était à eux; elle était également à tous, et ils vivaient également partout. Leur patrie était le monde et non pas l'An- .^leterre ou TEspagne, l'Allemagne ou la France- C'était toute la terre et non pas un royaume ou une république dans un coin de la terre. Soyez égaux et libres, et vous serez cosmopolites ou citoyens du monde. Sachez apprécier l'égalité, la liberté, et vous ne craindrez pas de voir brûler Rome, Vienne, Paris, Londres, Constantinople, et ces villes quelconques, ces bourgs et ces villages, que vous appelez votre patrie. Frère et ami, tel est le grand secret que nous vous réservions pour ces mystères * . »
1. Neuvième partie du code illuminé, classe des graads mystères : Le Mage et l* Homme-Roi,
ET LES MOYENS POUR ARRÊTER BES RAVAGES. i9V
Un frano-maçon des hauts grades, Yenizier a tenu ce discours dans une réunion de Londres, en 1869 : « Quant à la patrie, nous la répudions^ parce que nous n'acceptons pas que Ton puisse £aire égorger des hommes au nom des nationalités. Tous les travailleurs, tous les prolétaires sont frères ; Fennemi, c'est la société telle qù^elle est organisée. »
Yoici un échantillon d'un discours prononcé ipar le Grand élu de la Carbonara , : « Diminuez, retranchez cet amour de là patrie, détruisez ces <;ommunes, ces provinces, cet esprit de famille, ce localisme en un mot; que les hommes de nouveau apprennent à se connaître et à s'aimer H^omme hommes. »
Lessing, que la Maçonnerie estime beaucoup, •écrivait : « La société civile ne saurait unir les hommes en corps sans les répartir, ni les répartir «ans occasionner de profondes scissions entre «nx. . . De là le droit de réagir contre de semblables séparations ; pour cet effet, il serait grandement à désirer qu'il y eût dans chaque État des hommes dépouillés des préjugés de nationalité qui sachent bien à quelle limite le patriotisme cesse d'être une vertu... des hommes que la grandeur civique «l'aveugle pas. »
L'un des secrétaires du Grand Orient de France, •écrivait naguère : « La France régénérée n*a pas •encore atteint le degré de perfection que commandent les doctrines de la France-Maçonnerie..*
t92 LA FRAHG-MACONNERIB •
La patrie de tous les hommes, c'est l'univers. » U Italie de Rome, du 16 octobre 1879, dit, dans son article de fond : « Ce qui étonne dans les doctrines professées ainourd'hui par les orateurs radicaux de tous les Etats de l'Europe, c'est la perversion complète des sentiments patrio* tiques. Les philosophes et les philanthropes (c'està-dire les francs-maçons) qui demandaient ingénument une alliance universelle des peuples, étaient, certes, bien loin de s'imaginer que leurs rêves innocents auraient produit tant de criminelles extravagances. La notion de patrie est maintenant tout à fait supprimée comme un vieux réactionnaire. Le radicalisme met de côté les considérations politiques, l'intérêt général, la légalité : il n'a pas de convictions, mais seulement des convoitises. Une France démembrée, mais dans leurs mains, est leur idéal. Et c'est la même chose des internationalistes d'Italie et d'Allemagne. Us se moquent du principe de la nationalité et des passions patriotiques; les institutions libres ne leur importent nullement : ce qu'il leur faut, c'est une catastrophe qui renouvelle la société de manière à pouvoir réaliser leurs rêves insensés. » Qu'avons-nous vu en 1871? La France était sous le coup des plus épouvantables désastres; les armées prussiennes campaient encore près de sa capitale; la patrie, broyée par la douleur et l'humiliation, pleurait la perte de ses enfants, de ses provinces et de ses citadelles. C'est alors que
la Commune de Paris alluma la guerre la plus fratricide, la plus barbare, la plus féroce. Les soldats de la patrie qui avaient échappé à la mitraille prussienne et résisté aux privations de la captivité, tombèrent frappés par les balles ou brûlés par le pétrole des communards. Les plus beaux monuments, qu'avaient respectés les bombes de Fennemi, la Commune les fit flamber. Ne respectant pas plus la vie des citoyens que les richesses nationales, elle massacra les otages. Et cette monstrueuse Commune a été solennellement approuvée, félicitée et applaudie par dix mille francs-maçons, qui organisèrent, à cet effet, la plus odieuse démonstration.
Et cette année même, en 1882, le 30 mars, que s'est-il passé? L'Italie a célébré, €7î haine de la France^ le sixième centenaire des Vêpres siciliennes, de cette horrible boucherie qui souille rhistoire de la Sicile de la tâche la plus hideuse. Huit mille Français désarmés et pris à Fimproviste sont massacrés; ni la faiblesse, ni Tinnocence, rien n'est épargné : enfants, femmes, vieillards, tout ce qui tombe sous la main des bourreaux est immolé; les assassins poussent la fureur jusqu'à éventrer des femmes enceintes pour faire périr le fruit de leur sein. Et c'est l'Italie qui célèbre un tel anniversaire ! L'Italie, pour laquelle, il y a vingt-trois ans seulement, la France a dépensé ses trésors et versé le sang de cinquante mille de ses enfants I reconnaissance, tu es un fardeau
194 LA PRÂNG-IIAQONNERIB
bien lourd à porter I Toute ftme honnête a été révoltée de cette noire ingratitude, toute âme française, qui a une fibre de patriotisme, a frémi d'indignation. Mais il s'est trouvé des journaux français — non, pas français, mais rédigés en France par des sujets de la France — qui soat restés froids et désintéressés devant un pareil spectacle, parce que la France si cruellement frappée par les Yèpres siciliennes était alors monarchique. Ils n'ont pas rougi d'en faire l'aveu. On a bien essayé •de donner le change et de faire croire que la démonstration sicilienne n'avait rien de blessant pour la France, parce qu'elle était faite pour protester contre l'occupation de l'Italie par l'étranger «t principalement contre la Papauté. Mais il n'y a que ceux qui veulent être dupés qui puissent accepter une telle explication. Les Siciliens ont massacré les Français pour mettre Tîle sous la domination des Aragonais, et, aussitôt après le massacre, ils élevèrent l'étendard de saint Pierre «t invoquèrent la sainte Église romaine pour pro^ tectrice ^ Aussi, les journaux allemands et d'autres qui ne sont rien moins que sympathiques à la
1. Dans une magnifique lettre en réponse à l'adresse des 'évêques de Sicile, le pape Léon XIII démontre par les documents et les faits les plus irréfragables que les accusations •portées contre les papes touchant l'occupation de la Sicile par •des étrangers, ne sont que d*infâmes calomnies pour soulever la haine des peuples contre les souverains pontifes, et par suite contre la Papauté elle-même. Je regrette de ne pouvoir pas reproduire cette lettre; mais les journaux catholiques A'ont reproduite, et le lecteur pourra facilement se la procurer.
ET LES MOYENS POUR itftRÊT&R 6ES RAVAGES. 195:
France, ont bien saisi le caractère de la fête anniversaire, et ils l'ont blâmée.
11 7 a quelques semaines, mourait un Italien qui, toute sa vie, a eu dans le cœur la haine de h France et l'a couverte de mépris. Le lecteur voit que je veux parler de Garibaldi, qui a baigné plusieurs fois ses chemises rouges dans le sang français. £h bien, la Maçonnerie française a porté le deuil de cette mort, et elle s'est fait représenter aux funérailles. Pour justifier les ridicules démonstrations faites en France, à l'occasion de la mort de Garibaldi, on a dit qu'il était venu an &ecours de la France dans ses^malheurs, et qu'il avait mis son épée à son service, alors qu'elle était abandonnée de tout le monde. Or, tout tfabord, l'intervention de Garibaldi a été la plus grande des humiliations de la France ; ensuite, elle a été une des causes de ses désastres. Les faits et les documents officiels sont là, et ils démontrent clair comme le jour que l'épée de Garibaldi, qui a coûté fort cher à la France, n'a été pour elle ({n'imbâton pourri. Il commandait trente mille hommes, et il pouvait choisir ses positions «t s'y fortifier ; la France comptait sur lui pour Prêter Manteuffel qui venait à marches forcées de la Normandie, tourner l'armée de Bourbaki. Si peu qu'il eût sérieusement agi, il aurait pu arrêter, au moins quelque temps, le général prussien et donner ainsi à Bourbaki le temps de forcer les lignes de Werder. Mais le rusé Prussien amuse
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Garibaldi avec quelques bataillons, pendant que tout le corps d'année passe, à la barbe du fameux condottiere, sans qu^il s'en aperçoive, à travers de longs et étroits défilés, dans lesquels il ne rencontre pas le moindre obstacle, et jette en Suisse notre malheureuse armée de l'Est. Les soldats de Garibaldi étaient des pillards plus redoutables aux Français que les Prussiens; ils jetaient partout la terreur, mangeaient l'argent de la France et ne se battaient guère. On n'a qu'à relire les journaux de l'époque et les dépèches officielles de personnages qui ne peuvent pas être soupçonnés de partialité, de M. Freycinet, ministre de la guerre, et de M. Challemel-Lacour^ préfet de Lyon. Aussi le rapport de la commission 1 d'enquête sur l'armée de Garibaldi conclut ainsi : (( Si le généra] Garibaldi avait été un général , français, nous aurions été contraints de vous demander que ce rapport et les pièces qui le justifient fussent renvoyés au ministre de la guerre, ' afin d'examiner si le général Garibaldi ne devait pas être traduit devant un conseil de guerre pour I y répondre de saconduite comme ayant abandonné à l'ennemi, de propos délibéré et sans combat, des positions qu'il avait reçu mission de défendre, et comme ayant par là occasionné la perte d'une armée française et amené un désastre militaire qui n'aura de comparable dans l'histoire que les | désastres de Sedan et de Metz. »
Garibaldi a avoué publiquement avoir désiré le
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triomphe des Prussiens. A l'anniversaire des Yèpres siciliennes, il a accepté la présidence d'honneur de cette démonstration anti-française, et il écrivait encore : « L'Allemagne a rendu un grand service à l'humanité en abaissant la France. »
Son intervention dans la guerre contre la Prusse n'est donc pas la raison des démonstrations qu'a faites la Maçonnerie pour honorer sa mémoire. La vraie raison a été articulée par M. Madier de Montjau : Gatibaldi était un libre penseur. Garibaldi était la personnification du carbonarisme et l'incarnation de la haine de Satan contre l'Église et son chef. Avec cela, qu'importe à la Maçonnerie que Garibaldi ait été l'ennemi de la France et qu'il l'ait couverte de boue? Il a appelé la Papauté le chancre de ritalie^ et épuisé tous les termes., les plus ignobles du vocabulaire pour outrager le christianisme; il a donc bien mérité de la Franc-Maçonnerie, et c'est à bon droit qu'elle fait son apothéose et porte son deuil.
Le 11 juin, la démocratie athée et socialiste de Paris se réunit dans le grand Cirque d'Hiver, pour faire l'apothéose de Garibaldi. Là, M. Madier de Montjau, après avoir vanté ses exploits militaires, s'est écrié : « Il a combattu le Pape! Eh bien, c'est précisément pour cela que nous lui serons éternellement et profondément reconnaissants. » Ces paroles sont accueillies par un ton-
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nerre d'applaudissements et par le cri : A bas la Papauté! Madier de Montjau reprend : « Si Garîbaldi donna le premier coup au chef suprême de la catholicité, nous, nous lui donnerons le dernier. Nous sommes encore la minorité, mais bien- 'tôt brillera le jour où nous déchirerons le contrat qui nous lie à la Papauté ! Bientôt nous ne verrons plus cette chose monstrueuse : un ambassadeur de la République française auprès du Pape. » Nouveau tonnerre de longs applaudisements.
Dans les dernières années de la république romaine, un patricien, digne ancêtre de la Maçonnerie, Catilina avait ourdi une conjuration pour s'emparer du pouvoir. Énergiquement résolu à •ensevelir sa patrie sous ses ruines, il avait médité •et arrêté Tincendie de Rome et le massacre des •citoyens. Cicéron déroule devant le Sénal le plan de Catilina et la chaîne des crimes dont se composait sa vie entière. Lorsqu'il arrive au plus abominable, au projet de détruire la patrie, Toorateur romain personnifie la patrie et met dans sa bouche un langage que la France peut, à juste •titre, tenir aujourd'hui à la Maçonnerie, en substituant son nom à celui de Catilina : « Maintenant la patrie elle-même, la patrie, notre mère commune à tous, te hait et te craint : et depuis longtemps elle sait que tu t'occupes uniquement i tramer son parricide. Ne craindras-tu pas son autorité ? ne te soumettras-tu pas à son jugement?
ne redouteras-tu pas sa force? Avec-toi, Maçonnerie, la patrie silencieuse agit et parle ainsi : Depuis tant d'années, il n'est aucun crime que tu n'aies commis, aucune infamie à laquelle tu n'aies participé ; pour toi seule est demeuré impuni et sans poursuites le massacre d'un grand nombre de citoyens, le supplice et l'enlèvement de tes compagnons ; tu as pu non seulement mépriser les lois et les enquêtes, mais encore les éluder et y échapper. Toutes ces choses, bien qu'elles aient été intolérables, je les ai cependant supportées comme j'ai pu. Mais maintenant être tout entière en proie à la crainte à cause de toi seule, trembler à la moindre menace de la Maçonnerie, ne voir ourdir contre moi aucun complot devant lequel recule ta scélératesse, je ne dois plus le supporter. Pars donc, et ôte-moi cette crainte, afin que je n'en sois pas écrasée, si elle est fondée, ou qu'au moins j'en sois délivrée, si elle est fausse ^ »
i. /'« Caiilinaire, N^ 7.