CHAPITRE XVI
Le second moyen à employer contre la Franc-Maçonnerie est de ne pas la favoriser.
Dans Fadmirable récit que Virgile a fait de la ruine de Troie par les Grecs, il y a une circonstance qui est la peinture fidèle des ruses de k Franc-Maçonnerie et de Taveuglement des popu-^ lations. Les remparts de la ville assiégée étaient inexpugnables, et, pour les franchir, l'ennemi n'avait d'autre ressource que de tromper. Les Grecs construisent donc un cheval en bois d'énormes dimensions et cachent dans ses flancs leurs plus valeureux soldats. Us publient que c'est un acte de religion, un vœu pour apaiser le ciel et le rendre favorable à leur retour dans la patrie*. Les Troyens tombent dans le piège. Un prêtre^ voyant l'erreur de ses concitoyens, accourt du haut delà citadelle de Minerve, accompagné d'une troupe nombreuse, et, loin encore, il leur crie : malheureux concitoyens, quelle démence ! Vous croyez les ennemis partis I Vous pensez que lesprésents des Grecs ne renferment pas des pièges 1
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Est-ce ainsi qu'est connu Ulysse? Ou cette machine cache vos ennemis, ou elle est fabriquée pour abattre vos murs.. . Défiez-vous-en, Troyens. Quoi qu'il en soit, je redoute les Grecs, même quand ils font des présents. Ayant dit, il lance d'un bras robuste un trait dans les flancs de la monstrueuse machine, dont les profondes cavités résonnent et font entendre un gémissement qui décèle l'artifice de l'ennemi. Si les Troyens avaient écouté leur prêtre, ils auraient massacré les Grecs dans leur repaire, et leur ville serait encore debout. Mais, aveuglés par l'orgueil, ils ne croient pas à la parole du prêtre; ils ouvrent les portes de leur ville et y introduisent de leur propres mains le monstre; aussitôt il vomit de ses flancs les bataillons armés des Grecs, qui massacrent tout et ensevelissent Troie sous un monceau de ruines. C'est ce qui se passe aujourd'hui. Si formidablement armée que soit la Franc-Maçonnerie, elle serait impuissante auprès des chrétiens, si les chrétiens voulaient ne pas s'aveugler et reconnaître le monstre. Ils ont un rempart inexpugnable, la foi, la foi qui a vaincu le monde et le vaincra toujours. Mais, au lieu d'écouter la voix de l'Église et de combattre l'ennemi, ils lui ouvrent toutes les portes de la Cité de Dieu, et beaucoup se font ses auxiliaires et ses instruments. Comme les Troyens, ils mettent les épaules contre cette machine infernale et la poussent dans toutes nos institutions. Oui, je l'affirme énergi-
quement/si la Franc-Maçonnerie est aujourd'hui si puissante, c'est grâce à l'appui des chrétiens. Car, comment se fait-il qu'elle soit arrivée au pouvoir et qu'elle domine la France? Après tout, si nombreux que soient ses membres, ils sont encore en infime minorité par rapport à la masse des électeurs; à peine en compte-t-on un sur vingt, en moyenne. Dans certaines villes, la proportion est plus élevée; mais, dans la campagne, on peut affirmer qu'il n'y a pas plus d'un francmaçon sur cent électeurs. Gomment donc se fait-il que les francs-maçons soient si nombreux au Sénat et à la Chambre des députés, dans les conseils généraux, dans les conseils d'arrondissement, et même dans certains conseils municipaux I La cause en est palpable : ce sont les chrétiens, qui, par leurs votes, portent au pouvoir des francs-maçons ou des hommes qui combattent comme auxiliaires sous le drapeau de la Franc- Maçonnerie. 11 en est qui, emportés par la légèreté, ou entraînés par la passion d'un intérêt tout matériel, ou poussés par le besoin ignoble de satisfaire quelque ressentiment, sacrifient les intérêts de la société, de la morale et de la religion, et donnent leurs voix aux candidats patronnés par la Franc-Maçonnerie. D'autres, — j'en rougis pour l'humanité — imitant Esaii, qui a livré son droit d'aînesse pour un plat de lentilles, vendent leur vote et leur conscience pour une «outeille de vin. D'autres enfin votent mal, parce
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qu'ils sont imprudents et ne se donnent pas It peine de s'éclairer auprès de ceux qui peuvent les conseiller sagement. Lorsque les éi»îssaires de la Franc-Maçonnerie s'adressent A des électeur» chrétiens, ils ont soin de leur dire, de ieur affii*^ mer, de leur jurer que la religion oe risque rien, que la religion n'est pour rien dans la question des élections, que non senleoMit on n'en veut pas à la religion, mais qu'on la respecte, qu'on la protégera et défetidra. Et pour mieux réussir à tromper, ils tâchent de gagner, par les flatterres et les promesses, des hchniiftes d'ofdre, des chrétiens qui donnent sottement dans le {mnaeau, et mettent leur nom au bas ^e ees proclamations maçonniques qui, à là \eiikt dés élections, &e manquent jamais ^e couvrir ies murs et de 4«^ pisser les arbres de toutes lèsavénues.
Ils protégeiront et défendront k teiigion 1 Ouâ^ ctfmme leur aneètre Béorode a prc^géet défenàn le berceau du nouveau roi des Juifs. A/Zez^ditaus Mages ce père des hypocrites, infonnez-vomexael^ ment de V enfant; et hnque voUsl-ttut^z fMmvéy faites le moi savoir afin que met aussi f Utile radof'er^. Son adoration, à lui, consiste à votflcâr mettre à ttort l'enfant Jésus et à nâtassacrer tous les enfants de deux ans et au-dessous qui sent dans BetMéeta et les environs, afin d'être sur que Jésus n échappe p«s au carnage. H p^^otégera et défendra la reli-^
H. S.lMc, n, 8.
gion^ ce député ou ce sénateur , en votant la loi maçonnique de Tinstruclion laïque athée, qui atteindra le christianisme dans sa racine. Il pro*^ tégera et défendra la religion, en votant le divorce^ qui séparera ce que Dieu a uni et traînera dans la fange le lien divin du mariage. Il protégera et défendra la religion, en tarissant la source des vocations sacerdotales par l'enrôlement de tous les séminaristes. Il protégera et défendra la religion^ en forgeant pour le prêtre des chaînes qui lui ôteront la liberté de son ministère sacré, et en s'efforçant de lui fermer la bouche par des sanctions pénales empruntées à la législation de Dracon. Il protégera et défendra la religion, en confisquant les biens des fabriques, des séminaires, des congrégations religieuses et de toutes les. institutions de TÉglise. Il protégera et défendra la religion, en faisant surveiller les évêques et les prêtres avec plus de sain que n'en met la haute police à surveiller les assassins et les pélrol6ui*s de la Commune et tous les forçats reve^ Hus du bagne. Et, ici, il y a une différence entoe 1-Bérode de la cité de Jérusalem et nos hérodes BK)dernes, différence qui est^à l'avantage du pre^* mier : en massacnint les Innocents, le premier a fait des martyrs et peuplé le ciel; tandis que les itodernes, pour quelques martyrs qu'ils font, eouvrent la terre de renégats et d'apostats et peuplent l'enfer.
Les électeurs qui se laissent ainsi tromper par
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ces fourbes sont-ils excusables? Quelques-uns, peut-être. Mais la plupart, s'ils sont trompés, c'est qu'ils veulent être trompés ; s'ils ne savent pas ce qu'ils font, c'est qu'ils aiment à rester dans les ténèbres et qu'ils repoussent la lumière. Le discernement du bon candidat n'est généralement pas difficile; pour le faire, il suffit de le vouloir sérieusement. Car, en cela, on est dirigé par trois critériums à la portée des plus simples et des plus ignorants. La première règle nous a été donnée par le Sauveur quand il a dit, à l'occasion des faux prophètes : Votis les connaîtrez à leurs fruits *. N'est-ce pas, en effet, une vérité élémentaire que l'on connaît l'arbre à ses fruits ? Il suffit donc, pour juger certains candidats,devoirleurs œuvres, d'examiner leurs votes, s'ils ont déjà siégé dans les assemblées, etc. La deuxième règle est contenue dans le proverbe si connu : Dis-moi qui tu fréquentes, et Je te dirai qui tu es. Celui-là est, sans aucun doute, le candidat de la Franc-Maçonnerie, que patronnent les journaux et les hommes qui attaquent l'Église et ses ministres. Que l'on regarde de quel côté inclinent les impies, les incrédules, les indifférents, les hommes perdus de mœurs, les pilief*s de cabaret^ en un mot, tout ce qu'il y a de plus taré dans la société : là est le candidat de la Franc-Maçonnerie. Satan connaît les siens, et les soldats enrôlés dans son armée