‹ La Franc-maçonnerie et les moyens pour arreter ses ravagesChapitre 72 sur 78 · n Épitre à Timothée, chap. ii · texte numérisé non relu

n Épitre à Timothée, chap. ii

inerte. Les uns, par raveuglement le plus incroyable, ne veulent pas croire à la grandeur du danger que courent la religion et la société. Avertissements, instructions, événements, rien n'a' pu les éclairer; et aujourd'hui que le sanglier de la forêt a dévasté la vigne du Seigneur^ ils ferment encore les yeux sur les ruines amoncelées. D'autres croient au danger, mais ils ne veulent pas être troublés dans leur quiétude : s'ils se mettaient en avant, s'ils agissaient, ils essuyeraient les coups de feu de l'ennemi ; et ils se tiennent blottis chez eux, espérant être épargnés. C'est encore une déplorable illusion. Leur lâcheté ne les sauvera pas ; viendra le moment oti la Franc-Maçonnerie leur donnera le choix entre l'apostasie et la mort, parce qu'il ne peut y avoir de milieu entre être pour le Christ ou contre lut. Le pape Léon XIII, dans son encyclique ^tsi nos, constate cet état déplorable et en monti*e les conséquences nécessaires : « Jusqu'à présent, soit inexpérience du nouvel état de choses, soit faute de s'être suffisamment rendu compte de l'étendue du péril, le courage de plusieurs, dont on pouvait beaucoup attendre, n'a pas paru se déployer avec assez de résolution et d'intrépidité dans la fatigue. Mais maintenant que Texpérience a rendu manifeste le caractère des temps^ rien ne serait plus funeste que de supporter avec indolence la malice des méchants, qui ne se lasse jamais, et de leur laisser plus longtemps le champ libre de perse-

cuter le christianisme au gré de leur haine. Plus prudents que les fils de lumière, ils ont déjà beaucoup osé ; inférieurs en nombre, mais plus puissants par la ruse et les ressources, ils ont. en peu de temps allumé au milieu de nous de vastes incendies de calamités. Que tous les amis du nom catholique comprennent donc qu'il est temps de tenter quelque chose et de s'arracher à tout prix aune languissante insouciance, car personne n'est plus vite opprimé que celui qui dort dans une lâche sécurité. Qu'ils voient comme la vertu noble et active d^ leurs ancêtres n'a connu aucune crainte : c'est par leurs travaux et par leur sang que la foi catholique a grandi. »

Il faut que tous ceux qui voient le danger réveillant les endormis, crient à leurs oreilles, les secouent et les fassent agir, bon grë malgré. M Si vous aviez entre vos mains votre père tombé en léthargie, et que le médecin vous dît : Votre père est en danger; ce sommeil est un danger mortel : gardez-le, et ne le laissez pas dormir; si vous le voyez dormir, secouez-le ; s'il ne suffit pas de la secouer, pincez-le ; et si n'est pas encore assez, piquez-le, pour qu'il ne meure pas : vous seriez sans doute insupportable à ce vieillard. S'il s'abandonnait de nouveau à son doux sommeil, et si une grande pesanteur lui fermait les yeux; vous crieriez^ à votre père : Ne dormez pas; et lui dirait : Laissez-moi tranquille, je veux dormir. Et vous : Mais le médecin a dit : s'il

veut dormir, ne le laissez pas dormir. Et lui : Je vous en prie, laissez-moi, je veux mourir. Mais moi, je ne veux pas, dit le fils au père *. » Si ce fils aime vraiment son père, il continuera jusqu'au bout à lui faire violence. Certes, ce n'est pas la patrie qui dort d'un sommeil léthargique, mais ses défenseurs : elle les appelle, leur tend les bras ; et eux ni ne voient ses dangers, ni n'en-' tendent ses cris. C'est encore moins la sainte Église qui dort d'un sommeil léthargique, mais ses enfants ; en proie à des angoisses mortelles à la vue des formidables dangers qu'ils courent, elle use de tous les moyens pour leur ouvrir les . yeux et les remuer. Que ceux qui voient le péril unissent leurs voix aux voix de la patrie et de l'Eglise pour réveiller les endormis et secouer la torpeur des indifférents : sinon il en sera comme aux jours de Noé, on ne croira que quand on entendra l'effroyable craquement de l'univers qui s'effondrera, comme les contemporains de Noé ne crurent au déluge que quand toutes les sources du grand abîme furent rompues et que les cataractes du ciel furent ouvertes *, c'est-à-dire quand il n'y avait plus aucun moyen d'échapper au cataclysme.

D'autres connaissent la puissance de la Franc- Maçonnerie, voient les progrès du mal et ont le pressentiment des dangers de la Religion et de la société. Mais ils se tiennent chez eux et détour-

i. s. Augustia, sermon XL sur les paroles de V Ecclésiastique. 2. Genèse, chap. vu, 11, et S. Matthieu, xxiv, S8 et 39.

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nent autant qu'ils peuvent les regards des ruines qui s'amoncellent; ils ne veulent pas se montrer, et encore moins se mettre en avant, de crainte de s'exposer à des désagréments que la Secte ne manquerait pas de leur susciter; volontiers ils s'acconmioderaient de l'exécrable doctrine des faits accomplis et abandonneraient à leur triste condition les victimes de Tinjustice et de la brutalité. Et, avec cela, ils se croient conservateurs et même chrétiens I quand ils ne sont que des insensés et des lâches. Qu'ils soient des lâches, c'est par trop évident pour que j'essaye de le démontrer. Us sont des insensés et ressemblent à cet animal de bassè-cour qui, à la vue de l'ennemi, va mettre la tète dans un trou, et croit stupidement être à l'abri de sa dent, parce qu'il ne le voit plus ; car c'est une vérité de raison, d'autorité et d'expérience que « personne n'est plus vite opprimé que celui q^ii dort dans une lâche sécurité. » Le vrai chrétien, l'homme digne de ce nom, est celui qui a la charité dans le cœur. Tel est le caractère unique auquel on discerne sûrement les disciples du Sauveur. Or, la charité ne cherche pas ses intérêts, mais les intérêts, de Jésus-Christ^, Eh quoi ! la haine donne au franc-maçon assez d'énergie pour lui faire tout sacrifier à un but satanique ! si le besoin de la cause l'exige, il immolera les dépositaires de l'autorité, il renver-

U It Èpi aux Corinth,, xiii, 5, et Épit, aux Philip.t u, 2i«

E^ LES Moyens pour arrêter ses ravages. â9i

sera les institutions nationales, il sacrifiera ses proches, sa patrie, sa conscience et sa vie, il foulera aux pieds les plus grandes et les plus légitimes répugnances, il ne reculera devant rien, et ce n'est qu'à cette condition qu'il sera bon francmaçon : et le chrétien ne fera pas un sacrifice, ne s'imposera pas la plus petite gène, ne fera pas la moindre démarche pour la plus juste, la plus grande et la plus sainte des causes, la défense de la foi et de la société ! Non, mille fois non, celuilà n'est pas vraiment chrétien ; et au jour du jugement, le Sauveur lui dira : Je ne vous connais point *. La charité du Christ est plus active et plus forte que la haine, et, quand elle possède le cœur de l'homme, elle le presse, le pousse, le soulève et lui donne toutes les mâles énergies du bien.

Enfin, d'autres croient que tout est inutile, qu'il n'y a de remèdes à attendre que de l'excès du mal, et qu'il faut se contenter de prier. On a déjà tant fait, disent-ils, pour éclairer le peuple, et il ne veut pas voir; Dieu lui-même a frappé des coups terribles, et, au lieu de revenir à lui, on le blasphème de plus en plus. Il est donc nécessaire que nous descendions au fond de l'abîme, et plus le mal ira vite, mieux ça vaudra; car il est dans la nature du mal de se détruire lui-*même, parce qu'il n'existe qu'autant qu'il est inhérent au bien, et ne vit qu'autant qu'il le dévore : quand il aura

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