s. Matthieu, xxv
292 LA FRANOMÀÇONNBRIE
détruit tout le bien, il sera lui-même détruit. Yoilà ce que disent beaucoup de personnes qui se laissent aller au découragement. Or, ce procédé, qui sent le fatalisme musulman, la saine raison ne le condamne pas moins que la foi. Sans doute. Dieu n a nullement besoin du concours des hommes, et il peut tout faire sans eux; mais tel n'est point le plan de sa sagesse. Dans sa bonté infinie, il a donné aux hommes la dignité de causes libres, et il leur a fait Thonneur insigne de les associer au gouvernement de sa providence. Selon les lois ordinaires de cette providence, il exige que les causes secondes le servent de leur activité, metlentenjeu toutesleurs facultés, et usent de tous les instruments et de tous les moyens en leur pouvoir, pour lutter contre le mal et faire triompher le bien. Ce n'est qu'à cette condition, que Ton peut prudemment attendre le secours de Dieu. De là, l'adage si connu : Aidetoi, et le ciel t'aidera. Nous devons agir comme si le succès dépendait totalement de nous; et, quand nous avons fait ce qui est en notre pouvoir, nous devons tout attendre de Dieu, comme si notre action ne servait de rien. En effet, même quand notts avons fait ce que nous devons, nous sommes encore des serviteurs inutiles; inutiles, en ce sens que Dieu seul peut achever l'œuvre, et que s'il admet notre concours, ce n'est pas par indigence, mais par l'effet d'une infinie condescendance. Se croiser les bras et se contenter de
prier, sans faire agir les causes secondes, c'est exiger un miracle, c'est tenter Dieu, c'est l'irriter. La philosophie payenne elle-même avait compris cette vérité capitale. Lorsque la conjuration de Catilina mit Rome à deux doigts de sa ruine, il y avait dans le Sénat des temporisateurs, des hommes qui reculaient devant l'action et les mesures énergiques que réclamait le péril, et voulaient se contenter de se réfugier sous la protection de la Divinité. L' austère Caton, dans un discours véhément, plein d'une juste indignation, leur dit : « Assurément la conjoncture est périlleuse; cependant vous êtes là-dessus sans inquiétude : disons mieux, vous êtes saisis de frayeur; mais, par indolence, par mollesse, vous comptez les uns sur les autres, remplis sans doute de confiance dans les dieux immortels, qui ont tant . de fois sauvé la République des plus grands dangers. Ce n'est point par des supplications efféminées que Ton obtient le secours du Ciel : ce Bont la vigilance, l'activité et la sagesse des mesures qui assurent le succès ; dès qu'on se livre à Tindolence et à la pusillanimité, c'est en vain qu'on implore les dieux : ils sont irrités et contraires * . ))
Il est vrai, très vrai, que le support et le sujet dumal, c'est le bien ; il est vrai, très vrai que le mal finit par se détruire en détruisant le bien ; mais est-