‹ La Française; comédie en trois actesChapitre 7 sur 35 · SCÈNE IV Les Mêmes, PIERRE · texte numérisé non relu

SCÈNE IV Les Mêmes, PIERRE

PIERRE

Eh bien, j'avais deviné, La Lorraine a profité de la marée. Elle est à quai depuis le petit jour..

Mais alors, ton neveu ?

PIERRE

Je l'ai vu.

MARTHE

Comment cela?

PIERRE

Il est arrivé à Trouville ce matin, avec un corapagnon de voyage, par le bateau du Havre.

MARTHE

Gomment se fait-il que lu l'aies rencontré?

PIERRE

Je lisais les dépêches à une devanture lorsque j'ai entendu, derrière moi, demander le chemin pour venir à notre villa; après quelques mots je me suis présenté et je me suis trouvé en face du plus glacial et du plus cérémonieux personnage. Les Américains sont parfois ainsi, dit-on, par peur, en arrivant sur le continent, de ne pas paraître assez corrects.

GENEVIÈVE

Comment est-il? Bien?

PIERRE

Je ne sais pas. Il porte des lunettes,

MARTHE

A vingt-cinq ans ?

A vingt-cinq ans. Il m'a remis une lettre de mon frère.

MAKTHB

Ton frère t'a écrit?

PIERRE

Oh! ne te fais pas d'illusions. Sa haine n'a pas désarmé. Voici ce qu'il me dit : (/Z lit.) « Mon cher frère, cette letlre te sera remis» par mon llls qui vient passer deux mois en France et qui profitera de ce voyage pour régler avec toi quelques détails d'affaires relatifs à la succession de notre cousin Edouard. Je lui ai écrit qu'il te trouverait à Ti ouville. Reçois-le si tu penses comme moi que cela vaut mieux pour vos intérêts. — Gontier. » Dans ces dix lignes, il a trouvé le moyen de glisser une méchanceté. Nous recevrons ce singulier neveu, nous le garderons à dîner, et on le renverra à son père... Ouf!... Il a été d'une froideur presque agressive. On lui avait sans doute fait la leçon... Heureusement, son compagnon, n'étant pas notre parent, ne s'est pas cru fori é à une attitude aussi désagréable, et nous avons un peu causé ensemble.

MARTHE

Il est plus âgé?

PIERRE

Beaucoup. C'est un ami de mon frère qui Ta connu là-bas. Ils sont étonnants tout de même, ces Américains... Croirais-tu que celui-là a lu mon article de la Revue des Ingénieurs et qu'il connaît mon brevet 1

MARTHE

Vraiment ?

PIERRE

Il se propose même, m'a-t-il dit, de m'en reparler.

MARTHE, gaie.

Alors, il peut être le commanditaire que tu cherches.

PIERRE

Je ne sais pas, mais enfin il connaît l'affaire et il l'apprécie .

MARTHE

L'as-tu prié à dîner?...

PIERRE

Je n'ai pas osé.

MARTHE

Je m'en charge. [La domestique apporte une carte.)

PIERRE, à Marthe.

M. Charles Gontier, l'aimable neveu. {A la domestique.) Faites entrer. {Entre Charles, très correct, très froid, le visage entièrement rasé. Lunettes d'or à branches très fines recourbées. Ensemble sévère et distingué. Très léger accent.)^

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