Correspondance de Sylvoin Roux
tion signée avec le générai de Caên le 3 décembre dernier. Je désire beaucoup, par amour de l'humanité et pour éviter toute eflusion de sang, vous voir accéder aux articles de cette capitulation, car s'il était fait quelque résistance de votre part, ou même s'il était tiré un seul coup de canon ou do fusil sur ma division, j'ai en main des forces suffisantes pour vous attaquer et vous prendre. Alors, monsieur, je me verrais dans la dure nécessité de faire votre garnison prisonnière ainsi que les diverses personnes vivantes sous votre administration. J'attends votre réponse par le retour de mon officier. »
Sylvain Roux dut se soumettre à la force et se rendre. En juin de la même année, Tamatave était reprise par la frégate française la Renommée^ capitaine Roquebert. Peu de temps après, les Anglais s'en emparaient de nouveau, en faisaient sauter les fortifications et finissaient par l'abandonner complètement.
L'eiploratiou de Madagascar. — Tamatarc. — Rapport c Sylvain Roux. — Reprise de possession. — ■ Jean Reni chef de Tnnialare. — AfQrmaLioo de nos droits. — Po! lique proposée par Sylvnin Roux. — Il se rend en FraDC<
La France avait donc été régulièrement e possession de Tamatave et dès lors cet étnblissi ment devait être compris parmi ceux dont, e vertu du traité de 1814, elle reprenait possessio en 1818 et en 1819. Sylvain Roux, qui fut charg par le Ministère de planter notre pavillon sur ne anciens établissements, soutint avec énergie cet! opinion. Elle ne devait pas triompher.
A Roux avaient été adjoints pour « l'explon tion de Madagascar » M. Schneider, capitain au corps royal des ingénieurs géographes, ( M. Bréon, botaniste du roi,
La mission fut reçue à Tamatave par Jean Rem qualifié chef de Tamatave, qui lui prodigua 1( témoignages d'affection et de respect. Nous doi nous ci-après des extraits du rapport que Sylvai
Houx ndressii ii M. Milîus, corn mandant et uctminislrateur pour le roi ii l'Ile Bourbon.
■( J'ai trouvé ici de la part de ce chef Jean René el de tous les habitants, des offres de service en tous genres, et je n'ai eu qu'à me louer de li'urs procédés en général,
» Je n'ai pas trouvé ici d'agents du gouvernement Britannique, ni vu a terre de pavillon de cette nation ; personne à Tamatave n'a de mission de L(- gouvernement que le délégué du curateur aux bi''ns vacants, el encore seulement pour les iiiccessions ouvertes des habitants anglais et fran- (■uis de ce comptoir. Comme j'aurai l'honneur de I vous rendre à cet elï'et un compte plus détaillé I lors de mon retour, il l'eiTet de prendre vos I ordres à cet égard, je ne m'étendrai pas davanlyge sur le chapitre. Il existe à une demi-lieue do Tamatave un jeune Anglais, sans mission ostcn- ■ible, et qui ne s'occupe que d'agriculture et de ['Irritations de colon. Il a reçu chez lui deux unes prêtres anglicans qui, dernièrement, sont I ;i-iés il Saint-Denis, venant de l'isle Maurice. Ces iiiisi-ionnnires, qui doivent retnurm^r sous peu ii Miiurice pour revenir l'année prochaine, sont parurjus, depuis une vingtaine de joui'S qu'ils sont irrivés, il réunir dix à douze enfants df chefs et .mires naturels, auxquels ils enseignent à lire par le moyen de la méthode lancastéricnne; j'ai vu ces enfants répéter ces leçons et j'ai été
étonné du pi-ogrcs qu'ils font pour aussi peu de
« Le G septembre, dans la journtie, j'ai fait descendre les cadeaux à faire aux chefs de Tamatave, Yvondrou et les lacs de Noss-Vey, et j'ai préparé, avec l'aide du chef Jean René, nos moyens de transport pour accélérer notre mission.
« Le 7, j'ai été attaqué d'un assez fort accès de fièvre, avec violent mal de tête, et je n'ai pu accompagner nos messieurs dans l'excursion que j'avais ordonnée sur toute la ligne et à 4 lieues en arrière de Tamatave. J'ai eu le plaisir de voir arriver ces messieurs, très satisfaits de cet aperçu, et surtout notre botaniste Bréon, glorieux d'avoir trouvé des richesses végétales dans celte promenade. Le S, mon incommodité continuant encore, je remis au premier jour notre voyage sur les lacs. Le 9, nous eûmes une espèce de révolte à bord do la corvette; comme j'en fais un rapport détaillé et séparé, je continuerai celui de nos opérations et voyagea dans l'intérieur avant de parler de cette insurrection. Le 10 au soir, nous partîmes pour Yvondrou, où nous sommes restes jusqu'au lundi 14, que nos cITels sont rentrés à Tamatave, Cette excursion nous a procuré l'i tous le plaisir de visiter la belle rivière d'Yvondrou, semblable en général pour la beauté de ses sites, a ceux que nous présente la Loire le long de la belle jetée depuis Orléans jusqu'à Nantes. Nous rapportons
des échantillons des terres qui s'y trouvent et nous avons eu la satisfaction d'admirer les beaux endroits comme susceptibles, s'il était possible d'admettre une garantie pour nos propriétés au milieu des naturels, d'offrir de suite, et sans grands travaux, des réunions de 100 à 150 terrains d'habitations au moins. Nous avons poussé notre reconnaissance jusqu'au delà de l'ancien jardin établi par MM. Chapelier et Michaud, botanistes du gouvernement, à environ -trois lieues des bords de la mer ^ ; nous avons eu là un bon choix de terrain et de situation, mais les fréquentes guerres entre les naturels, et peut-être encore plus les enlèvements que les traitants de Tamatave ont fait des arbres curieux qui y étaient plantés, nous ont fait regretter de n'y plus retrouver que quelques caféiers, manguiers, et très peu d'autres arbres. La vue de ces caféiers et leur beauté nous ont pleinement convaincus ; nous avons eu la satisfaction d'y trouver que toutes ces terres seraient bonnes pour cette graine, comme pour tout autre genre de plantations tropicales.
« Nous avons vu dans ce voyage plusieurs villages, dont lés chefs en nous recevant nous ont accueillis de leur mieux, ils nous ont fait les cadeaux d'usage, qui nous ont nécessité de leur en faire en retour.