Les traces de ce « Jardin du roi » existent encore
UADAGASCAB .
<r Nous sommes rentrés li Yvondrou, le même soir de notre excursioD. Le lendemain, nous nous sommes embarqués sur les lacs, que nous avons traversés par le plus beau temps du monde et au milieu de rives couvertes de verdure sans exemple...,
a Je crois pouvoir vous dire que nous n'éprouverons pas beaucoup de difficultés it faire reconnaître nos anciens droits sur l'ile de Sainte-Marie. Ici, comme à Yvondrou, les chefs que noua avons entretenus de nos droits à cet égard ne nous ont laissé aucun doute sur leur réalité. Ils nous ont représenté ce pays comme gouverné pur de simples chefs de famille, qui entre eux ne reconnaissaient pas de chefs souverains.
K J'espcrc en outre en venir a nous faire faire une nouvelle cession de cette île, et à en faire consolider la reconnaissance par celui qui, d'après les derniers traités, se considère comme chef souverain de la Côte Orientale de Madagascar depuis la baie d'Antongil jusques â Mananzary au sud de l'île.
« J'aurai l'honneur de vous détailler tout ce que j'ai pu apprendre de plus exact sur la puissance de Radama, roi des Ovas; tout ce que Ton a pu vous dire et qui a dû paraître exagéré, se réalise néanmoins; et la France, si elle veut posséder à Madagascar un grand territoire pour y former des colonisations, devra ménager l'amitié de ce chef
puissant. J'ai trouvé icï de ses gens qui, ea vnyuut le cadeau que j'ai été chargé de lui porter, se sont écriés que jamais leur prince n'avait vu une chose pareille et qu'il recevrait avec le plus grand plaisir ces cadeaux de votre part.... »
On a certainement remarqué ce passage du rapport : « Nous avons poussé notre recoanaissance jusqu'au delà de l'ancien jardin établi par MM. Chapelier et Michaud, botanistes du gouvernement, a environ trois lieues du bord de la nier «.
Voilà qui établît bien la possession de Tamatave par le gouvernement français.
Nous relevons encore ceci, bien plus formel, dans une lettre adressée par le commissaire du gouvernement français à Jean René, sous la date do 19 mars 1819 :
u L'on dit que vus voisins de l'fle Maurice veulent envoyer des agents près de voua. Ce gouvernement est sans titres pour en agir ainsi. Vous savez que ce sont des Français qui ont payé leurs terrains à Tamatave et vous n'ignorez pas que l'emplacement du fort français et plus de trois lieues en arrière et dans le 0.-N,-0. ont été vendus par votre prédécesseur à l'agent fran<;ais, qui le lui paya 320 piastres.
a C'est donc une propriété française au milieu a laquelle vous demeurez, et que les chefs français {■irent vous voir longtemps habiter, pour entrele-
r la bonne harmonie entre eux et vos naturels.
KUtAG&SCAB.
* C'est DDe ob^erration que tous ne manquerez pas de faire, a quelque nation antre que des Fronçais qoi voudrait venir sVlablir à Tamatave et y battre pavillon. C'est sur quoi je compte, mon cher 1 René, ainsi que sur la conviction que vous ne signerez aucun acte ou traité contraire à ces droits et aux promesses et engagements que tous avez pris envers S. M. le Roi de France, n
Aucune protestation ne fut élevée contre cette lettre, dont les énonciations restent entières. Il est très malheureux qu'en 1885 ces documents n'aient pas été placés sous les yeux de nos diplomates.
Rentré à Bourbon, sa mission accomplie, Sylvain Roux demnnda à partir pour la France. Le 20 janvier 1819, il écrivait au gouverneur ; « Le rétablis-
ment de ma santé altérée par les suites de notre :ptoration a Madagascar me fait désirer bien vivement que vous veuillez bien avoir la bonté de m'accorder mon passage pour France par les derniers vaisseaux de cette saison ».
A quoi le gouverneur répondit qu'il avait le plus grand désir d'être agréable à M. Sylvain Roux,
is qu'il ne pouvait consentir h son départ que tout autant que lui et ses collaborateurs eussent Butisfait il ce qui leur éliiit prescrit par les instructions. « Il faut de toute nécessité, ajoutait M. Milius, que les documents de l'exploration de Madugnscarme soient remis en double expédition,
et comme le Ministre me prescrit de les lui faire passer avec mes observations, il faut que j'aie au moins le temps matériel d'examiner et méditer les mémoires et plans qui me seront remis. »
Le 31 janvier, Sylvain Roux insiste :
(( La saison s'écoule pour profiter des derniers vaisseaux pour France. Je désire bien que votre santé vous permette de me recevoir, pour répondre à toutes les questions que vous aurez à me faire sur ce vaste pays que je viens de parcourir. » Enfin il se décide à soume1,tre par écrit au gouverneur ses observations à l'appui de l'occupation de Tamatave. Nous donnons in extenso cet éloquent plaidoyer, qui vient renforcer les preuves que nous avons citées plus haut que la France avait, sur cette partie de Madagascar, non seulement des droits de souveraineté, comme sur le reste de la Grande-Terre, mais encore des droits de propriété.
a Je me permets encore de vous entretenir de Madagascar et je veux vous parler de Tamatave, que je ne crois pas que nous ayons bien fait de ne pas comprendre dans les reprises de possession, que j'étais chargé de faire en cette isle. Ce lieu moins que tout autre, selon moi, devrait être excepté : 1° par la nature même des ordres de remise de nos comptoirs, adressés par Son Altesse le Prince Régent au gouverneur de Maurice ; 2^ parce qu'en capitulant, j'avais été forcé d'amener
le pavillon fraoçuis et que les natureJE l'oat vu remplacer par celui des Anglais.
i£ Rien, en septembre dernier, ne s'opposait â ce tjue nous plantions le pavillon du Roi sur notre ancien fort. J'y étais vivement convié par le chef Jean René, qui, je suis sûr, ne ferait encore aucune difficulté de nous y revoir. En nommant pour le pays un sous-agent, et lui donnant des instructions, nous ne craindrions plus de réclniuations de la part des Anglais, qui, si je me rappelle bien les écrits de M. Farquhar en octobre 1817, disaient, en réponse aux lettres et demandes de messieurs les Administrateurs généraux de Bourbon :
« Je n'ai rien à vous remettre puisque je ne « possède rien ; je n'ai point de fort, de Iroupes, ni « agent à Tamatave, et je ne fais qu'entretenir avec « les princes malgaches des relations d'amitiés et « de politique. »
« Il serait donc nécessaire, d'après ce, de faire pour ce comptoir comme pour Foulpoiate, ce que nous avons fait à Sainte-Marie, qui certes nous appartenait bien.
tt Les Anglais ont envoyé à Tamatave de soidisant prêtres, pour l'instruction des naturels. Ce sont des hommes envoyés par Farquhar, et ces hommes attendaient, avec leurs familles, une décision du Roy des Ovas, pour se rendre dans son pays. Déjà vous savez que ce prince a de 3 à 400 hommes enrégimentés, habillés et instruits h
P l'anglaise. M. Farquhar, dont c'est l'ouvrage et que l'on attend a Maurice, saisira l'occasion de l'espèce d'abandon que nous semblons faire de Tamatave, pour continuer ses relations politiques et amicales avec ces princes. Ne devons-nous pas en redouter de mauvais effets? Profitons donc, M. le Gouverneur, de notre influence chez ce prince, et malgré ce qui s'est passé pour le navire la Prospérité et dont je vous ai informé des particularités, l'agent que vous nommeriez n'aurait aucune peine à faire désavouer au chef des Ovas la lettre qu'on lui a fait écrire, et le forcer à punir sévèrement l'homme qui l'a écrite et qui est en ce moment à son service.
« Tout coïncide, M. le Gouverneur, h nous faire présumer que le gouvernement, d'après votre rapport, se déterminera à donner une succursale à risle de Bourbon, en ordonnant l'établissement de Sainte-Marie et autres lieux; entretenons nos relations d'amitiés avec le chef des Ovas et ses amis; tâchons, par tous les moyens possibles, d'éloigner les Anglais et leur influence sur le pays. Quand ils se verront prévenus sur tous les points, ils se désisteront de toute entreprise.
« Pardon, M. le Gouverneur, si je vous entretiens aussi longuement; nous avons un grand intérêt h ne rien céder aux Anglais de nos droits sur Madagascar ; il ne faut donc pas leur laisser croire que nous ayons le moindre doute sur la propriété de
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Ta m a ta ve, où vous pouvez envoyer un agent c de suite y rétablirait le pavillon du Roy. »
Peu de temps après, Sylvain Roux partait pc la France. Disons tout de suite qu'il ne réussit | h convaincre le ministère de la nécessité d'occu] Tamatave. Le gouverneur de Bourbon se contei d'y placer un agent commercial, M. Dayot, qui maintes reprises, avait demandé à être investi cette fonction.
!■ .lîn Roux, â Paris, — Ses démitrclies en vue de In c-oloiii^iilLOn de Mailagnsrar. — Son projet, — Sa poitcfjioiirJ.ince a\ec M. Milius, gouverneur de l'île Bourbon, — OhstacIpB à surmonter, — Réaîslanoes îoeipli cables.
En se rcDiiant â Paris, M. Sylvain Roux avait lartout en vue d'obtenir qu'une expédition importante fût envoyée à Madagascar; et, selon lui, c'dait l'île Sainte-Marie qui devait être le contre àf cette expédition et le chef-lieu de nos établisini^nts à Madagascar, à cause de la proximité du il de Tintiugue, situii en face de l'Île Saînte-
Dcs l'exploration de 1818 on voit trace de ce J>rojet dans les lettres de M. Roux. C'est ainsi que le 2't octobre 1818 il écrivait au gouverneur de bourbon : ii Le 19 au matin, au moment où j'allais partir pour Ambaturas, nous vîmes paraître la fli'ite je Sa Majesté, le Goh, commandée par le baron Je Mackau. Je me rendis de suite à bord et "iB reçu avec la plus grande bienveillance par
le capitaine et ces messieurs. Nous prîmes jouï pour la remise de lagot-lette leLysct finies transporter il bord du Go/o In mnjeure partie de noi effets, laissant il bord du Lj/s quelques objet d'une absolue nécessité pour son voyage. Le 2i au matin, nous appareillâmes pour le port de Tiii< tingue, que je me suis permis d'pppeler pori Bourbon.
» Je n'étais jamais venu dans ce pays, je oe 11 connaissais que par tradition et j'ai été bien aiài de n'avoir pas à revenir sur la bonne idée que jt m'étais formée de ce port qui, avec quelquei ouvrages de l'art, peut devenir bien intéressant pour le gouvernement français. M. de Mackac vous rend sans doute compte de ce qu'il a vu el éprouvé lui-même, lorsque nous sommes descendui ensemble, le soir du 21. Voilii enfin résolu le problème si longtemps contesté d'un port commodi et vaste sur la côte orientale de Madagascar. Null( part, mon général, on ne trouvera dans ce pays lei ressources immenses qu'olfrent k la marine lei alentours de ce port Bourbon à dix ou douze lieues de rayon au nord et au sud.
« Nous nous sommes enfoncés hier, iîvec M. dt Mackau, dans une des belles rivières du port; nous y avons trouvé, Ji environ 3 à 4 milles de distance, des montagnes en pente douce, quoique éleiéei, et contenant les plus beaux bois possibles et prtt près à la construction : des takamakas, yudis, ae\-
Ignés, colophanes et bois de natte y fourmillent, et grande quantité de ces arbres n'ont pas moins I de 45 à 50 pieds de hauteur et de 15 à 18 pieds de circonférence.
<c J'ai toujours dit à Son Excellence, et je le répéterai encore, qu'il faudra dessécher les parties basses de ce port pour Fassainir et le rendre propre à l'habitation des hommes. Nous nous sommes convaincus, par les pentes naturelles de presque tout ce terrain, du peu de difficultés qu'il y aurait pour vider les parties basses et rendre t leurs eaux dans les grandes rivières qui se jettent i avec facilité dans la baie.
a Je vous remercie bien, général, du puissant secours que vous nous avez envoyé dans le Golo. Notre exploration en acquerra plus de considération et de crédibilité.
« Nous comptons revoir ensemble Sainte-Marie et son port. J'espère que M. de Mackau en sera « satisfait. »
i Débarqué k Nantes le 12 juillet 1819, M Sylvain Roux s'empressa de se rendre à Paris, où il ; conduisait au roi deux jeunes princes malgaches, ■ parents de Jean René, et que ce dernier lui avait [ confiés. « Sa Majesté, écrit M. Roux a M. Milius ". (le 15 septembre 1819), a daigné prendre ces I enfants sous sa protection, et son ministre de la : marine a été chargé de répondre à la lettre que ! /ean René avait adressée à Sa Majesté. » Il ajoute :
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(' Si nous partons pour Madagascar nous y feroasl bonne besogne et nous vous devrons en gr partie celte réussite, par rintcrêt que vous avei bien voulu prendre à notre exploration. Il sera agréable que les premiers essais entrepris pour un établissement agricole se fassent pendant que vous commandez â Bourbon, car je connais vos principes et votre amour pour le bien public et il ne sera pas iudifierent, pour les commencements surtout, de trouver un dévouement sans bornes et une voionté bien prononcée pour faire réussir nos projets. Nous avons parlé de Madagascar sans exagération, nous avons simplement raconté ce que nous y avons vu et trouvé.
« Il n'en est pas de même du pays que vous gouvernez. On eii trouvera toujours ses principaux habitants disposés à contrarier toute espèce d'établissement agricole à Madagascar, car vous aurez sans doute eu la bonté de remédier en partie à leur mauvaise volonté, en mettant Bréon à même de se procurer par achats les baies de girofle que plusieurs habitants notables et riches de Bourbon avaient refusées pour ne pas, disaient-ils, enrichir Madagascar h leur détriment.
« Mon général, si vous protégez nos premiers travaux, je suis certain qu'ils réussiront : peutêtre que quand les habitants de Bourbon verront notre réussite, ils se détermineront k venir augmenter le nombre de nos habitants et à perdre
leurs anciennes haines contre tout projet ii Madagascar*.
<( Il est à présumer que le gouvernement pourra nous expédier en février prochain. Cela sera d'autant plus important, qu'il est très convenable de prévenir les Anglais et surtout M. Farquhar, qui, je crois, n'a pas encore renoncé à ses projets sur le pays. Nos droits ne doivent cependant pas être contestés, mais nos rivaux chercheront par tous les moyens possibles à nous être désagréables, et si nous mettons trop de lenteurs à retourner visiter nos nouveaux hôtes, nous pourrions peut-être offrir aux Anglais le temps et les moyens de nous nuire. »
Nulle part nous n'avions lu jusqu'ici que la colonie de Bourbon se fût montrée hostile à la colonisation de Madagascar. C'est l'opinion contraire qui a cours dans les livres et mémoires et dans les chancelleries.
Une autre lettre, écrite aussi de Paris, le 20 décembre 1819, par M. Roux h M. le gouverneur Milius, contient ce passage : « Puissé-je bientôt vous aller retrouver et coopérer ensemble à la formation de notre nouvelle colonie, dont l'existence sera si précieuse pour l'accroissement de risle que vous commandez. Il sera difficile, h la vérité, de leur faire entendre cela, car en général