‹ La France à Madagascar, 1815-1895Chapitre 19 sur 71 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Nos divers agents à Madagascar pendant le gouvernement de Milius . — Des Roland . — Nagel . — Carayon . — Albrand . Dayot. — Suffisance et incapacité de ce dernier. — La mission Havet. — L'affaire de la Prospérité. — Irritation de Jean René. — Sévères iremontranccs que lui adresse Sylvain Roux. — Nécessité pour la France d'avoir un agent auprès de Radama. — Mort de Fiche.

Lors de la reprise de possession de Tîle de Sainte-Marie, faite par Sylvain Roux le 15 octobre 1818, il y avait trouvé installé un vieux colon, Jacques Aubert, à qui il avait laissé le soin de surveiller ce que nous possédions dans Tile.

Plus tard, M. Milius y envoya comme commandant particulier M. des Roland, lieutenant faisant fonctions de capitaine au bataillon de Bourbon. En même temps il plaçait à Tintingue son neveu M. Charles Richard Nagel, sous-lieutenant au bataillon de Bourbon. Inutile de dire que ces ofBciers furent nantis, eux aussi, d'un cahier d'instructions. On y lisait notamment ceci : « Les chefs de Sainte-

: joie la i'établir

Marie et de Tintingue aviiiit fait éclater li plus grande de revoir Ica Français venir i au milieu d'eux pour y faire prospérer leur pays, doiveut dans toutes les circonstances être traités avec beaucoup d'égards de la part de MM. des Roland et Nitgel. Ils cimenteront ces liaisons d'amitié eu leur annonçant l'arrivée prochaine d'un grand nombre de cultivateurs et des secours en tous genres. Et ils devront les persuader des avantages qu'ils recueilleront de nos rapports avec eux. Il est convenable que MM. des Roland et Nagel rappellent souvent aux chefs de Satntc-Marie et de Tintîngue les engagements sacrés qu'ils ont pris de ne reconnaître que les Français pour les inaiires du pays qu'ils occupent; qu'ils en ont fait serment devant Dieu et que, s'ils le trahissent, le Ciel les punirait par les plus grandes calamités. » M . des Roland était bientôt remplacé par M. Louis Carayon, lieutenant au corps royal d'artillerie, qui fut fait commandant de Sainte-Marie et de Tîntingue. M. Nagel était envoyé à Fort- Dauphin, où il trouva bon de molester tous les

traitants et de faii

expet

l'un d'eux, M. de

Tourris, h l'Ile Bourbon.

Enfin on fit appel à un traitimt fort intelligent, M. Albrand, qui avait été à plusieurs reprises chargé de missions auprès des chefs de tribus.

On s'occupa de nouer des relations amicales avec les divers chefs de Sainte-Marie et de la côte.

La garnison se composait en tout de six hommes, promptement réduits à quatre, par suite du décès de deux soldats.

M. Carayon ne tardait pas à solliciter son rappel, mais vainement. En6n il fit avec M. Albrand une demande de concession d'un terrain à Sainte- Marie et l'obtint. MM. Caravon et Albrand se fixèrent à Sainte-Marie et y établirent une importante habitation.

C'est à Tamatave que se jouait la grande partie. Là un chef astucieux avait résolu le problème de se faire combler de présents par les deux puissances rivales, qui se disputaient son amitié pour obtenir la confiance de Radama. M. Arnoux, qui avait osé tenir tète à ce chef, avait été remplacé par M. Dayot. En vérité, le nouvel agent n'était pas de force à se mesurer avec Jean René, renforcé de conseillers anglais.

Le gouverneur Milius n'avait pas choisi spontanément M. Dayot. Il avait fallu de nombreuses sollicitations faites auprès de lui par ce traitant. Enfin, le 26 juin 1819, Dayot reçut la bienheureuse nouvelle : « J'adopte, lui écrivait le gouverneur, la proposition que vous me faites d'être choisi pour servir définitivement d'intermédiaire entre le gouvernement et les habitants de Tamatave pour la traite des bœufs. En conséquence je vous nomme dès ce jour agent provisoire et honorifique du gouvernement français; j'ajoute à ce titre celui de

subdélégué du curateur aux bieus vaciints à Madagascar. »

Ouf! agent provisoire et honorifique du gouvernement français ! aubdélégué du curateur aux biens vacants! Tant de titres pour un seul homme!

Ainsi promu mamamouchi, M.Dayot se donna le plaisir de régenter ses nmis de la veille, les traitants de Tamatave; ensuite il a'imngina qu'on ne s'occupait que de sa personne à Maurice, à Bourbon et sans doute à Paris, et il écrivit au gouverneur Mîlius pour se plaindre de calomnies qui circulaient partout sur son compte. On l'accusait, parait-il, d'avoir dénoncé au gouvernement un navire fitisant la traite.

Mais, mon brave homme, lui répondit le gouverneur, vous n'auriez fait que votre devoir : « bien que je sois inflexible sur le commerce de la traite des noirs et que je considérasse comme un utile auxiliaire de lo loi relative a celte matière tout individu qui m'instruirait officiellement du nom des bâtiments et des capitaines qui cherchent à introduire frauduleusement des esclaves dans notre culonie, il est juste cependant de dire que je n'ai point reçu de vous ni de qui que ce soit jusqu'à ce jour le moindre avis de cette espèce ».

Enfin M. Dayot se mit à rédiger force rapports, admirablement calligraphiés, adressés an gouverneur qui, en marge de l'un d'eux, put écrire ces mots : M Des phrases! rien que des phrases! i>

Et quelles phrases !

Il fallait en face de Jean René un esprit autrement délié : Arnoux, par exemple, trop rude peutêtre dans ses rapports avec le chef, ou Âlbrand, que nous retrouverons bientôt chargé d'une mission de confiance.

M. Dayot s'était donné pour principale mission d'être agréable au chef Jean René. Tout alla très bien pendant quelque temps, encore que M. Milius se vit obligé, à la date du 26 mai 1820, d'écrire à son agent provisoire et honorifique, subdélégué, etc., « d'éviter toutes les tracasseries dont les petits endroits sont susceptibles ».

A cette même époque, le gouverneur avisa M. Dayot que M. Elie, commandant le vaisseau de Sa Majesté le Rhône, et M. Havet, médecin naturaliste, étaient nommés envoyés extraordinaires auprès du chef Jean René et M. Havet spécialement auprès de Radama. Le 30 mai 1820, nouvelle lettre relative à la mission de M. Havet : « Cette lettre, écrit le gouverneur, vous sera remise par M. Havet, docteur en médecine, naturaliste du roi, chargé par moi d'une mission particulière auprès de Radama. Vous rendrez un véritable service aux sciences naturelles (hum! monsieur Dayot!) en facilitant à M. Havet tous les moyens de pénétrer dans l'intérieur de Madagascar et d'arriver chez le souverain des Ovas. » L'infortuné Havet fut atteint des fièvres et suc-

MADAGASCAR. ^^H

comba. Son frère vint l'année suivante, recueillit &rs restes el les rapporta en France. Quant à la mission de M- Elie, elle avuit pour but d'établir ua courant d'émigration libre de Madagascar il l'île de Bourbon. Disons tout de suite que M. Albranâ fut chargé quelques mois après d'une mission semblable, dont il rendit compte au gouverneur de Bourbon par lettre du 4 août 1820 '.

Mais déjà il n'y avait plus rien à espérer des sympiilhies de Jean René , lesquelles avaient passé entitremeiit aux Anglais depuis que l'affaire de la Prospérité avait eu un dénouement que ce chef considéra comme lui ayant été peu favonible.

Voici les détails de cette curieuse affaire, tels qu'ils sont donnés dans une lettre que M, Milius trouva bon d'adresser à Jean René.

La corvette du roi VAiiiaranthe, chargée par des instructions générales et précises de saisir tons les vaisseaux qui tenteraient d'introduire des noirs de Iraite dans la colonie de Bourbon, aperçut dans la journée du 17 octobre 1818 la goélette la Prospérité qui cherchait, sous le pavillon de Jean René, à opérer clundestînement un débarqiii-mont de noirs. La corvette la poursuivit et s'en rendit bientôt maîtresse : alors elle reconnut et constata la quantité de noirs que contenait la

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