‹ La France à Madagascar, 1815-1895Chapitre 21 sur 71 · Un Anglais · texte numérisé non relu

Un Anglais

;.je

MADACABCAR.

me trouve fni'cé de vous fiiire des reproches

vifs et nici'ités sur votre conduite

a Comment se fiiît-il qu'Si aotre dernier passage chez vous, vous ayez abusé de moi et de M. le commandant Mackau, pour nous confier vos lettres pour M. le gouverneur de Bourbon, et nous faire même vous promettre que nous prendrions voire défense pour votre réclamation qu'alors nous croyions juste?

« Comment, Jean René, vous que j'ai toujours connu un gnlnnt homme, nvez-vous pu vous laisser abuser par de perfides traitants, pour vous faire dévier des principes de délicatesse qui doivent toujours dirijrer le particulier honnête, et, à bien plus forte raison, celui qui, à hi tête d'une peuplade quelconque, doit montrer l'exemple et toti' jours marcher dans le chemin de l'honneur et de la vertu!

(( Vous savez, mon cher, que tout se sait, et ici M. le gouverneur n'a pas ignoré que, stupéfait de ta nouvelle de l'arrestation de votre navire, vous avez prêté les mains à ce qu'un traitant que j& veux ne pas nommer ait été de suite envoyé devers Radania, dont il est le frère de serment, pour l'engager à faire la réchimatîon de ce navire en son nom et au vôtre. Avez-vous pensé qu'on ignorait ici que votre navire était chargé a cueillette (j'en ai la preuve par des connaissements signés) et qu'en le recevant ^ titre de cadeau de

M. le gouverneur vous deviez lui être très reconnaissant, car il ne vous devait pas ce navire, que les tribunaux établis par notre gouvernement avaient confisqué au profit du roi, ainsi que son entière cargaison! Vous n'ignoriez pas que la traite était défendue par nos lois; je vous en avais avisé moi-même lors de ma visite en septembre dernier ; et il vous a fallu une forte dose de bonhomie pour croire qu'on admettrait comme excuse celle de votre capitaine qui, expédié pour Fort-Dauphin, a été rencontré à six lieues de Bourbon, en disant qu'il avait été porté là par les courants.

« Rappelez-vous bien que vous tenez votre bienêtre et la situation dans laquelle vous vous trouvez des Français seuls, qui toujours ont été les protecteurs de votre famille. N'écoutez pas les discours empoisonnés de beaucoup de traitants, qui ne j cherchent et ne désirent que votre perte, en vous conseillant ce que vous avez fait.

« Faites oublier par une conduite plus mesurée ce que la vôtre a de répréhensible et de condamnable dans la circonstance actuelle. Comment vous êtes-vous oublié au point de négliger les plus grands remerciements envers M. Milius, pour sa conduite envers vous ! J'espère que vous répa- Qi rerez tout cela par une démarche franche, un aveu sincère de vos torts dans toute cette affaire. ((Jean René, je n'ai pas tu au gouverneur quelle . était votre influence sur Radama. Si vous n'aviez

ir.

pas

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d'accord avec les principaux chargeurs de

votre goélette, exigé de lui la lettre qu'il a fait

écrire a M. le gouverneur, jai

il n'eût s

agék

faire une réclamation aussi dénuée de tout fondement. Vous ne m'apprendrez pas à connaître Radama, je sais que jamais il n'eût fait un chargement pareil, et que jamais même il n'a donné une pareille quantité de noirs, sans qne leur prix ne lui en ait été bien et dûment payé avant leur sortie de ses Etats. Vous êtes donc le seul coupable des désagréments qui auraient pu lui arriver si M. le gouverneur n'était pas assez bon pour ne voir dans toute votre conduite que de la légèreté et l'ignorance absolue de nos usages et de nos droits. Je suis chargé de vous dire que M. le gouverneur a mis sons les yeux du roi de France votre correspondance avec lui et qu'avant de répondre aux propositions que vous lui faites d'un traité de commerce, tl attendra les ordres de son souverain. 11 me charge de vous témoigner son extrême déplaisir que vous n'ayez pas accepte la goélette la Prospérilé comme un don k vous fait par le gouvernement, mais en quelque

sorte comme une restitution. Vous dei

îepeu-

dant ne pas vous laisser abuser par les conseils qu'on a pu vous donner et croire que, dès que les tribunaux compétents avaient condamné votre navire comme de bonne prise, il était devenu la propriété de Sa Majesté le Roi de France. Nonob-

stant cette conduite de votre part, qui certes est bien faite pour offenser M. le gouverneur, il me charge de vous assurer que votre fils adoptif a été reçu chez lui avec tous les soins et les égards qu'exigeait sa position; que dans ce moment il est à l'hôpital (salle des officiers) pour y être traité de la gale, qu'il a été vacciné, et qu'enfin il a donné des ordres pour qu'il passe en France avec moi afin qu'il n'y arrive pas sans appui et sans protecteurs.

« Votre conduite, mon cher Jean René, aurait pu être jugée plus sévèrement par toute autre personne que M. Milius. Qu'eussiez- vous fait s'il se fût décidé h faire évacuer votre territoire par les traitants qui y résident et s'il avait rappelé celui qui naguère était le chef de Tamatave? Je sais que vous allez m'opposer l'intérêt que vous porte Radama. Mais une fois les traitants partis que vous fùt-il resté? Pas un partisan! Et Radama, avec toutes ses menaces et toute son autorité, ne vous eût pas maintenu en place. Vous savez, mon cher, que les Européens seuls donnent en général aux divers chefs de Madagascar la considération dont ils jouissent; et si enfin le gouverneur actuel se portait a la démarche d'une évacuation, vous et votre famille seriez bien embarrassés. Radama lui-même n'eût pas trouvé son compte à une pareille mesure, car qu'eût-il fait de ses moyens d'échange?

H Vous avez du jugement, n'écoutez donc plus ces ti'iiitants intéressés qui cherchent a vous perdre. Croyez que tout ce qu'ils disent est toujours d'accord avec Icuis intéiêtset, lorsque vous auriez besoin d'eux ou de leurs moyens, ils vous abandonneraient.

« Vous avez dû avoir de ces exemples-lâ, mon cher, sans que je sois obligé de vous les rappeler,

« Continuez comme voua l'avez fait jusqu'il présent à fiiire jouir les Français de toute la sécurité possible pour leurs personnes et leurs propriétés. Ne vous laissez pas égarer par un vain orgueil ni une folle ambition, Sachez que Sa Majesté le Roi de France a toujours pris sous sa protection les divers chefs de Madagascar, qu'elle saura distinguer et récompenser ceux qui se comporteront avec lea égards et le respect qui lui sont dus et punir ceux qui, oubliant ce qu'ils lui doivent, se permettent de traiter ses agents supérieurs avec irrévérence.

« Voila, mon cher Jean René, les réflexions que m'a fait naître votre conduite dans l'affaire de la saisie de votre goélette. Elles me sont dictées par l'intérêt que vous savez que je vous porte. Si je m'étais trouvé près de vous à Taniatave, lorsque cet événement vous a été connu, je vous aurais détourné d'écrire aussi indiscrètement que vous l'avez fait et vous compromettre aussi inutilement. Profitez, mon cher, de cette leijon ; n'écoutez plus

tout ce que Ton vous dira, ou pesez bien dorénavant vos démarches avant que de rien entreprendre. Retenez bien ceci, que vous ne pouvez croître en richesse et considération qu'a la faveur et par les moyens du gouvernement français; n'attendez votre bonheur que de lui seul, et faites de nouveaux efforts pour mériter sa bienveillance et sa protection.

a Adieu, mon cher Jean René, je pars pour France et serai bientôt de retour; croyez toujours aux sentiments que je vous ai voués. »

Or, à la date du l""^ juillet 1820, Jean René eut Taudace d'écrire a M. Milius qu'il ne pouvait pas accepter la remise de la Prospérité , laquelle s'était perdue dans le coup de vent de février sur la pointe de Tamatave, et qu'il avait écrit au ministère, en France, pour obtenir justice.

En marge de cette lettre, M. Milius a mis : « Il y a bien de la mauvaise foi dans cette lettre.

« 1** J'ai remis la goélette à Jean René aussitôt après que les noirs ont été déclarés de bonne prise. « 2° Il est h la connaissance de tous les traitants que, depuis cette remise, la Prospérité a été employée par Jean René sur la côte de Madagascar. « 3° Jean René a expédié la Prospérité pour lile de France le... et elle est allée, est arrivée

à Bourbon le

« 4° La Prospérité est partie de Bourbon le... et elle est allée à Tamatave....

« 5° Enfin ce n'est que dans le dernier ouingnn à Madagascar que la Prospérité s'est perdue avec plusieurs autres bàtimcnls au nombre desquels (étaient les Deux-Amis. Quelle cunCauce peut-on avoir dans un rhef qui trahit ainsi la vi-iité! »

Vers cette même «fpoque, M. Dayot profita du retour â Bourbon du navire qui portait les plis de MM. Elie et Havet pour s'y rendre lui-même et faire plainte au gouverneur contre les traitants qui, disnil-il, méconnaissaient son autoritf^.

Revenu ii Tamatave, il écrivit au gouverneur, dans le style solennel dont il possédait le secret, pour exprimer la joie immense qu'avait fait éclater Jean René en le revoyant. M. Milius, qui connaissait bien le dessous des cartes et qui n'ignorait pas les dispositions vraies de Jean René à notre égard, dut sourire h la réception de cette lettre. Au reste trois mots ne s'étaient pas écoulés qu'il recevait de Jean René la communication suivante, qui montre bien jusqu'à quel point ce dernier poussait cette grandeafl'eclîon pour M. Dayol :

<i Je suis peiué d'être obligé de vous faire connaître que, voulant toujours vivre en bonne intelligence avec votre gouvernement, je ne peux l'obtenir avec votre agent provisoire par la conduite de son caractère.

« Les insultes réitérées qu'il commet tous les jours et cet air impérieux ne peuvent se digérer dans mon cœur.

a Je me borne seulement à vous dire que, pour l'amour de la bonne intelligence que je désire ardemment de continuer avec votre gouvernement, dont Sa Majesté le Roi de France a une preuve bien authentique parla bienveillance qu'elle a bien voulu m'accorder en admettant sous sa protection royale mon fils adoptif, j'ai à cœur de pouvoir prouver à Sa Majesté toute ma reconnaissance. Mais il m'est impossible de me soumettre aux caprices injustes d'un agent subalterne qui, par son orgueil mal dirigé, fera perdre la bonne opinion qu'on a eue jusqu'ici du gouvernement français à Madagascar.

(( Ainsi, monsieur le commandant, je proteste contre l'incapacité de M. Dayot pour occuper cette place, qui est très difficile à remplir par la politique du gouvernement actuel.

« En conséquence, veuillez nous envoyer une personne digne de représenter un gouvernement aussi honorable que puissant. Par ce moyen, vous aurez des rapports vrais et des relations sûres avec les chefs souverains de Madagascar. »

Et cependant M. Dayot croyait être un très habile diplomate. On le voit écrire au Gouverneur de Bourbon : « Je crois que si un homme habile se rendait auprès de Radama, il le ramènerait facilement à son attachement naturel envers les Français dont il dit être toujours l'ami et l'entant. Aussi je suis persuadé, mon commandant,

les frais de tr.nasport, et sera il son compte et risques dés qu'il en aura pris livraison ; et uue fois que le noir aura gagné par son travail le prix qu'il aura été vendu, l'habitunt payera tous les ans au gouvernement angliiis un loyer de 12 piastres par tête pendant quatorze ans, au bout desquels l'esclave sera libre. — Tel est, monsieur le commandant, le traité inconcevable qui vient de se terminer par l'entremise de Jean René, qui est aujourd'hui plus que jamais dévoué aux Anglais. Je ne me permettrai pas de m'étendre plus longuement sur la conduite de ce chef peu loyal envers les Français, surtout depuis l'arrivée de M. Farquhar. »

M. Dayot découvre cn&u que Jean René n'est pas « tout à fait porté pour notre gouvernement ». Il en est bien temps. Une ambassade a été envoyée par M. Farquhar auprès de Radama, elle a pu le circonvenir et l'amener à adopter tout ce que voulaient les Anglais : et c'est a peine si, pendant tout ce temps , l'agent français parie de cette ambassade, dans les lettres qu'il adresse à son gouvernement. C'est lorsque tout est fini, qu'il commence à voir clair.

Et pourtant il conserve encore des illusions, ce brave Dayot, et c'est pourquoi il demande qu'on expédie à Radama cet habile homme qui a nom Dayot.

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jppn

rit-il au Goi

r de Bourbon,

<\\i[\ règne un esprit de nii' contentement parmi les Mijcts de Radnnia. ptir rapport a son incondiiite et i traité qu'il a fait dernièrement avec les Anglais. Il Radama, dans plusieurs occasions, dans ses < luversations, a lémoigné du mépris et peu de viinBance h Jean René, sur qui il rejette tout le blâme d'avoir laissé aller les Anglais chez lui, l'après l'avis qu'il lui avait écrit (celte lettre a été ue parle nommé Jude et autres). II a aussi montré -":iU(;onp de répugnance à recevoir les derniers ■ idéaux, de même que les envoyés de M. Farquhar; liif s'il a pu consentir à les recevoir et h traiter ivfc eux, c'est parce qu'il est persuadé d'avance que M. Farquhar manquera encore à sa parole, et Il veut avoir un dernier et puissant motif pour a'avoir désormais h l'avenir aucune relation avec la :iation anglaise, u

Peut-on imaginer rien de plus puéril? Et c'est uoc le plus beau sang-froid que notre agent, au Indemain de la conclusion du traité intervenu 'litre les Anglais et Radama, recueillait et transnL'ltait de pareils racontars.

Mais ce n'est pas tout.

Il est saisi d'ardeurs

'"'Hiquenses et prépare une

révolution

contre Jean

flené : « Les

naturels du

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CKtte partie, c.

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outre

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de Jean René; ils le cra

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Il eil

soutenu par

les Européens français.

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MADAGASCAtl.

sourdes se font pHifois entendre

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crois qu'il faudrait très peu de chose pour qu'ils deslitueut ce chef. Sod frère iiiné, Fiche, très attache aux Français, en est lui-même depuis lunf^temps très mécontent et jaloux. Je prévois donc une révolution prochaine entre Jean René et Fiche.»

Malheureusement pour les projets de M. Dayot, le prince Fiche mourut le mois suivant, assassiné.

L'habile homme d'Etat calligraphia immédiatement la lettre suivante qu'il adressa à Jean René (19 décembre 1820) :

(( Monsieur le Commandant, I C'est au nom de mon gouvernement que je offre les sentiments de douleur qu'il éprou-

n lorsqu'il

visé dun

r qui vous arrive

en perdant votre frère par une mort aussi funeste! Nous partageons sincèrement le regret général; sa mémoire restera longtemps gravée dans les cœurs de ceux qui ont su apprécier ses bonues qualités!

« 11 fut bon et doux dans sa vie privée, et à ces dernières qualités, il sut encore réunir celles d'être juste et brave lorsqu'il fut chef d'Yvondrou, Aimé et craint, etestimé généralement, sa perte est donc inappréciable.

« Notre douleur ne peut éprouver aucune consolation 1

a A mon particulier et comme ami à votre frère, Ejrecevez, monsieur le commandant, les vifs regrets et les sentiments douloureux que partage avec ï vous

« Votre dévoué et afQigé serviteur, Tagent proi visoire du gouvernement français. »

Jean René répondit à cette épître par une lettre non moins courtoise. Ensuite il jugea bon de notifier la mort de Fiche tant au gouverneur de Bourbon qu'au Ministre de la marine et des colonies et au Roi de France.

Et l'on fut assez naïf pour répondre ofGciellecnent à ce louche personnage qui, depuis nombre l'années, trompait impudemment la France et 3ernait nos agents.

Mais il fallait « rester bien avec Jean René ». Singulière politique qui, au moment où Sylvain -loux venait prendre son commandement, n'avait ibouti qu'à ruiner l'influence française au profit les Anglais.

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