Rapport de M. Imbert (archives
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O'iiulrfl piirt, Sylvain Roux sivait sollicité pour le «tipilnitiu Vcrgoz, d.'!Jji malade, l'autorisiition d'aller l'Kjiiilidrc «u fiimille ù Maurice (à llsle de France
comme il l'écrivait toujours, en bon pciiriote qu'il était).
En post-scriptum de sa lettre datée du Cap, il avait mis ceci : « M. Vergoz sera à vos ordres bientôt. J'ai pris sur moi de lui permettre d'aller voir sa famille à l'isle de France. Daignerez-vous accueillir la demande que je vous fais de légitimer le congé que je lui ai accordé à cet égard? J'en avais entretenu à Paris MM. Hulgam et Portier, qui me dirent qu'ils n'y voyaient aucun inconvénient, surtout lorsque vous auriez légitimé cette permission. » Le 1*' novembre 1821 : « Je réitère ma prière pour que je puisse accorder au capitaine Vergoz d'aller vous présenter ses devoirs et ensuite aller voir sa famille ». Toujours de novembre : « Je me permets de vous prier de m'autoriser à laisser M. le capitaine Vergoz vous aller rejoindre; il vous portera notre argent *. 11 vous rendra comptes verbaux de tous les objets de notre mission et pour lesquels vous voudrez bien l'interroger. Sa présence ici n'est pas nécessaire. » En décembre et janvier, nouvelles lettres, certificats du médecin. Obstinément M. de Freycinet refusait l'autorisation sollicitée.
Enfin, le 13 janvier, M. Roux prenait sur lui d'embarquer le capitaine Vergoz. « C'est contre vos ordres, je le sais, écrivait-il au gouverneur,
1. D'uprès ses instructions, M. Roux devait faire en sorte que l'encaisse de Madagascar ne dépassât jamais un maximum fixé*
IMi MADAGASCAR. ^^
mais je ne voulais pas être lu cudse de lu mort de cet officier, a Dt'jii il ôUiit trop tard : le lieutenant Vergoz succomba eu arrivant â Bourbon.
De même, lorsque Roux nutoriserii le capitaine Blévec, « officier distiagué mais de complexîou faible el qui ne parait pas devoir résister au climat », à se rendre en congé à l'ile Maurice, le Gouverneur de Bourbon donnera l'ordre de faire rentrer immédiatement cet officier.
Lui-même, Sylvain Rous, parlait d"iiu voyage a (nue par lui :i Bourbon comme cbose toute naturelle, obligée; s'excosant de ne l'avoir pas encore entrepris : il fallait bien qu'il prit les ordres du gouverneur, qu'il loi soumit ses plans. Dans cbacune de ses dépêches il entretenait M. de Freycinet de son projet. Mais quand su santé compromise lui fit considérer ce voyage comme devenu j indispensable, une dépèche du gouverneur lui ! inlima l'ordre de rester à son poste, le voyage i de Roux à Bourbon n'étant, de l'avis de M. de ] Freycinet, nullement nécessaire. L'infortuné com- ' mandant devait lui aussi payer de sa vie les incroyables préventions du gouverneur de Bourbon.
Voilii donc ;i quel homme Sylvain Roux allait avoir à obéir : oilicier distingué sans doute, ayant fait ses preuves, mais combien inférieur à M. Mliius quant à l'ampleur des vues générales et au dévouement à l'œuvre spéciale de la colonisation de Madagascar!
L'île Sainte-Marie * est située vers le 17® degré de latitude méridionale et le 48* degré de longitude est. Elle est à Test de celle de Madagascar, dont elle est séparée par un canal de trois quarts de myriamètre à trois myriamètfes de largeur, et dont la partie la plus étroite se trouve vis-à-vis le cap Larée. Elle peut avoir cinq à six myriamètresde long sur une largeur qui varie depuis un quart de myriamètre jusqu'à un myriamètre et demi. Un bras de mer la traverse dans sa partie méridionale, et la divise en deux îlots dont le plus petit (l'îlot Madame) peut avoir un demi-myriamètre de tour.
Le sol de cette île, qui paraît au premier abord composé d'une infinité de petits monticules détachés, est néanmoins formé de plusieurs chaînes bien distinctes. Dans la partie la plus large, on en compte jusqu'à quatre dont la direction est la même que celle de l'île, N.-N.-E. S.-S.-O. Deux de celles-ci sont basaltiques et l'une d'elles suit le milieu de l'île dans toute sa longueur. Les deux autres sont d'un tuf tantôt jaunâtre et tantôt rougeâtre. Les parties basaltiques sont très fertiles et les plus élevées de l'île. De la mer, leurs sommets paraissent comme autant d'îles isolées, mais à mesure qu'on s'en approche l'espace qui les sépare ise remplit et l'île Sainte-Marie se forme.
Au moment où l'expédition commandée par
1. Notes statistiques rédigées sur les ordres de M. Betting de Lancastel, directeur général de l'intérieur à l'ile Bourbon.
Sylvain Roux s'installait à Sainte-Marie, trouvait que quatre Européens : MM. Carayon et Âlbrnnd, qui y avaient formé lui établissement agricole, et deux soldats. Diverses tribus occupaient l'ile. Il n'y existuit aucune maison susceptible lie recevoir les nouveaux colons et d'abriter les approvisionnements apportés par la Normande et ceux attendus par la Bacchante.
Sylvain Roux se mit immédiatement à l'œuvre.
Il s'agissait de tout créer. Malheuieusement la saison des pluies était arrivée, et avec elle la fièvre, Le commandant ne devait pas tarder k en rabattre de ses appréciations optimistes, qui lui avaient fait écrire à M. de Freycinel quelques mois auparavant, de Paris :
H L'on vous dirj bien des choses de notre entreprise du nord, l'on n'en contestera pas l'utililé, mais on cherchera à vous effrayer par des pertes d'hommes, ,1'ai toujours, à cet égard, répondu à ces détracteurs : où sont vos preuves des pertes d'hommes pour les annoncer aussi affirmativement? La flûte le Golo a résidé à Tintingue, Sainte- Marie et Tamatavc près de trois mois, elle n'a perdu personne sur 150 hommes d'équipage.
M. Milins a envoyé en 1819 huit hommes à Tintingue et il Sainte-Marie et deux officiers : tous y ont conservé leur bonne santé. Personne ne peut affirmer avoir perdu des hommes à Tintingue ni Sainte-Marie. MM. Déchamp, Lami et Vauveroy,
qui l'un et l'autre ont fréquenté et même résidé longtemps dans ces lieux, affirment n'y avoir jamais éprouvé des maladies; pourquoi donc, quand les preuves manquent, vouloir toujours que ces lieux soient plus insalubres que dans le sud? »
Les deux tiers de Téquipâge et des hommes destinés à la colonisation furent bientôt sur les cadres, et le mal n'épargna même pas les Malgaches que Roux avait engagés en passant à Tamatave.
En vain le commandant, cherchant à se rassurer lui-même, écrivait-il a Bourbon que ces malades étaient « des gens légèrement affectés de fièvres gastriques et peu dangereuses et de blessures aux pieds » ; il finissait cependant par se rendre à l'évidence et se voyait contraint de faire construire sur les hauteurs un grand hôpital et deux annexes pour évacuer une partie des malades hospitalisés sur la Normande,
Entre temps, il suppliait M. de Freycinet d'expédier le botaniste, impatiemment attendu pour diriger la a petite colonisation ». M. Bréon pourrait se tenir prêt pour prendre passage sur la Bacchante y annoncée depuis longtemps, et qui devait passer par Bourbon avant de se rendre à Sainte-Marie. Toutefois, en attendant le botaniste, on se mettait sérieusement à l'œuvre, formant les ateliers au moyen des travailleurs re-
crûtes h Tamatave et à Sainte-Marie mùme ntsant le travail, préparant tout.
Mais la grosse afTaire, celle qui, dès l'origine, attirait toute l'attentioa, sollicitait toutes les aptitudes diplomatiques de Sylvain Roux, c'était de déjouer les manœuvres des Anglais et d'obtenir la soumission à la France du plus grand nomhre possible de chef».
En passant à Tamatave, le Commandiint de nos établissements à Madagascar a démêlé nettement le réel état des choses, que k l'agent provisoire et honorifique, subdélégué, etc. » n'avait pas su entrevoir. Il comprend que c'est à Tananarive, auprès de Radama, que doit se jouer la partie suprême; aussi dédaignant Jean René, ce com parse, il trace en quelques lignes écrites à la hâte, dans une dépêche datée de Tamatave, le 21 octobre 18il, le tableau vrai de la situation : « j'ai trouvé, dit-il au gouverneur de Bourbon, Jean René fort alarmé du désir que lui a participé Radama de venir lui rendre une visite en juillet prochain, en compagnie de sa mère. Jean René craint pour cette époque de voir se réaliser les desseins que les Anglais suggèrent à Radama de venir s'établir sur la côte. Ce prince est absolument livré aux Anglais qui l'entourent, et ne lui permettent de voir que par eux. Ils ont à ce qu'il parait de grands projets sur le pays et ils dépensent beaucoup d'argent pour cadeaux et pour
entretenir libres toutes leurs communications avec le royaume d'Ancône. Le commissaire britannique, qui ne devrait pas avoir le droit de battre pavillon h Tamatave, vient de suivre Radama dans la dernière campagne que ce prince a terminée contre les Sacalaves du sud, il Ta accompagné jusqu'à la baie de Saint- Augustin, il vante beaucoup les avantages obtenus par Radama sur le prince Sacalave. Mais, en somme, il parait que cette guerre, qui a duré plus de six mois, a été plus coûteuse que profitable à Radama, qui avoue luimême avoir perdu par famine et maladies une grande partie de son armée.
« Les Anglais encensent bassement Radama dont le caractère est plein d'orgueil et d'ambition. Ils font tout ce qu'ils peuvent pour le porter à nous être désagréable; je sais cepend'ant, par beaucoup de personnes bien informées, et par Jean René lui-même, que ceprince a le plus grand désir de me voir, comme l'ancien ami de son père; et si, comme je le crois, je parviens à vous faire goûter mes idées, je ne fais pas de doutes, malgré les intrigues des Anglais, que nous ne parvenions a conquérir de nouveau sa confiance et son amitié. Ce jeune prince est très infatué de sa puissance, il aime et recherche même les prévenances, et j'ai cru agir politiquement en ordonnant une salve de coups de canon pour célébrer sa victoire sur ses ennemis de Ménabé. Le chef Jean René m'avait
participé cos nouvelles arrivtcs hier soir el luîtnètne ayant salué, je l'aï imité pour que les Anglais n'aient pas occasion de nous desservir auprès de ce prince.
H Nous aurons besoin de beaucoup de circonspection pour les premiers temps de notre établissement, mais j'espère qu'à mon premier voyage ii Bourbon, après avoir pris vos ordres et conféré avec vous, je surmonterai bcoucoup d'obstacles. Je ne conçois g'uère pourquoi M, Farquhar qui, d'après ses propres lettres, disait ne chercher qu'à entretenir des liaisons d'amitié avec Radama, ait pris sur lui, sans vous en prévenir, d'accréditer a Tamalave on agent ostensible.
ce 'j'amatave a toujours été occupé par des Français depuis 1760, je vous en administrerai les preuves quand j'aurai l'honneur de vous voir ; et quand S. M. B. a ordonné en 1817 qu'on remit aux Français tous les comptoirs, forts et autres places que nous possédions avant le 1" janvier 1790 à Madagascar et aux côtes d'Afrique, les Anglais ne doivent pas venir s'établir à Tamatave, et surtout y entretenir des agents. «
Dans une autre dépêche, celle-ci du 1" novembre 1821, le commandant énonce ce qui suit :
a J'ai surpris chez Jean René, qui peut-être a été fâché de me l'avoir communiqué, un projet ayant l'assentiment particulier de Radama et par lequid -ce prince ainsi que Jean René ont commu-
' nique leurs vues â M. Farquhar, qui a réponr l-aa René qu'il trans mettrait à su cour ce projet lunl il goiltait fort tous les articles. Cet écrit lOnsislait à a fourair au gouvernement britiin- « nique, soit pour ses colonies orientales, soit pour c. tous autres endroits, des hommes condamnés
les lois chez Radara
: Jean René,
u de les louer pour six ans ou plus aux Anglais, « moyennant une redevance convenue pour chaa cuii de ces engagés, Le diificile était de faire « retourner chez eux ces mêmes hommes après « l'cxpiratloQ de leurs peines, mais sur l'observa- <■ tion que j'en fis à Jean René, ce dernier me (1 répondit : c'est là justement oii nous en voulons ir venir, nous avons intérêt de nous débarrasser des « hommes que le droit de conquête nous procure, 1' nous trouverons toujours de bonnes raisons (I envers les vaincus pour leur trouver des torts Il et même des crimes, qui les mettront h notre ■ disposition et légitimeront l'abandon que nous Il en faisons aux Européens, en ne motivant ostencc sihiement qu'une location de six à huit ans au K plus, tandis que bien évidemment peu de ces '< hommes rentreront sur notre territoire. «
M. Roux songea immédiatement à envoyer un ajjent intelligent et habile {pas Dayot) auprès de Raditma, pour faire à ce dernier des ouvertures a l'effet d'obtenir pour nous les mêmes concessions
gue celles faites aux Aug'
. Il jeta lei
yeux, poui
HABACASCAR.
cette mission, sur M. Albrand, ce colon de Sai Marie dont nous avons déjà parlé, * jeune homme qui parle bien le malgache, n'aura pas besoin d'interprète et pourra communiquer directement avec Radamu ".
Mais il fallait que cet agent fût accrédité par le gouvernement fiançais. Force fut donc à M. Houx d'attendre les instructions de M. de Freycînet, à qui il s'empressa d'écrire en lui communiquant tout un projet dont l'exécution aurait pour elTet d'amoindrir rinûuence anglaise à la cour d'Emyrne.
Il s'agissait d'adjoindre h M. Albrand, ancien professeur au collège de Bourbon, des instituteurs des deux sexes.
a Les Anglais, écrivait Sylvain Roux, établis depuis longtemps en ce pays, mentent impudemment quand ils prétendent et se vantent d'avoir une grande quantité de sujets suivant leurs écoles, tandis que Jean René lui-même m'a confidentiellement informé que tout cet échafaudage, si vanté par le docteur Jones, se réduisait à tout au plus une douzaine d'enfants qui suivaient ses cours et qui encore ne les fréquentaient que parce que ce même Jones, charlatan de son espèce, entretenait ces enfants, les nourrissait et les logeait à ses frais. »
Le projet d'envoyer M. Albrand auprès de Uadania n'eut pas l'heur d'agréer à M. de Frey-