DE POSSESSION
cinet. Cet admitiistratettr était d'nvts qu'il fallait urtout mettre Jean Reniî dans nos iuttïrèts. Et cependant le commandant Roux, qui connaissait bien le chef de Tamalave, avait pris soin de le lui bien dépeindre : « Je croîs, écrivait-il, que, lorsque Jean René se trouve avec des Anglais, il ne néglige pas ses politesses, maïs tout cela ne prouve pas selon moi qu'il est angiomane exclusif, mais seulement forcé de le paraître pour ne pas leur déplaire et rester en place sous la protection de Radama, chez lequel les Anglais sont en ce moment très influents, n'y ayant personne pour contre-balancer leurs démarches. Je vous prie donc de songer à l'envoi d'un agent ferme et bon Français pour chez Radama. »
De leur coté nos rivaux [pour parler comme, ' Sylvain Roux dans plusieurs de ses dépèches) se préoccupaient de notre installation à Sainte-Marie. La corvette de Sa Majesté Britannique le Menai/, capitaine Moresby, fut chargée par le gouvernement de Maurice d'aller aux renseignements auprès de M. Sylvain Roux. Elle mouilla dans les ,aux de Sainte-Marie le 23 novembre 1821, et le même jour M. Moresby mettait le commandant Sylvain Roux en demeure, au nom du gouvernement de la Grande-Bretagne, de lui dire dans quel but et en vertu de quels pouvoirs ce dernier était
I former un établis de Madagascar.
ment militaire sur ce point
Voici la réponse fort digne qu'adressa le reprt sentant de la France à celui de l'Angleterre :
A M. Fairfax Moreshy, commandant la corvetle de Sa Majentè Bn'it/nnitjiie le « Menai/ ».
« Monsieur,
H Je suis venu en cette île où je suis arrivé depuis plus de vingt jours pour y former un établiss<>tneiit d'après les ordres du roi mon maître, j'ai relâché au Cap de Bonne-Espérance, où j'ai eu l'honneur de voir M. Douckin, gouverneur de cet endroit, et auquel j'ai participé ma mission sans qu'il m'ait fait aucune observation.
« Je ne crois pas avoir besoin de vous inforoier quels sont les endroits ob je devrai établir des postes militaires, des colonies ou autres comptoirs à Madagascar. De tout temps les Français ont eu droit particulièrement sur toute la cote orientale
de Ma.
; ils y ont for
; et établi
presque
tous les endroits de cette côte depuis le fort Dai phin jusqu'au cap d'Ambre dans le Nord.
H Je n'ai pas de qualités pour entrer en ce. moment en discussion de nos droits; je vous renvoie, il cet effet, ;i ce qui s'est traite en 1817 entre M. Martin Delacroix, agissant au nom de MM. Delafitle et Desbassyns, et M. le gouverneur Farquhar; vous y verrej",, monsieur, que le gouvernement français n'a voulu ni pu faire aucune concession
LA BEPKISE DK POSf
"riieaient britannique, sur l'ile de Mndagnsc
r les
France sur l'ile de Madagascar; droits que je dois considîTer comme imprcscriplibtes, et pour lesquels je proteste formellement, au nom de mon iTOiiveroemenl, dans le cas où il y serait porte atteinte d'une manière quelconque.
i( Le roi, mon maître, en m'envoyant à Miidagascar, m'a nommé commandant particulier des établissements fronçais en cette ile, avec le rang de capitaine de vaisseau de la marine royale ; elle m'a placé sous les ordres de M. le gouverneur et commandant pour le roi de l'ile de Bourbon, duquel jf dépends. Ma mission est de coopérer avec lui,
llence le gouverneur de Maurice,
.1 Soi
i'iixtinction de la traite des nègres. Personne à Siiinte-Marie, ni dans aucun endroit à établir par rjiiiis, n'aura le droit d'avoir des esclaves, et tout iMturel ou homme noir qui serait introduit dans 1 ■■t établissement est de suite affranchi, et ne peut jiimais être esclave.
« Je crois avoir répondu aux divers articles de ii'tre lettre; comme vous, je désire éviter toute espèce de mésintelligence ou de malentendu entre nos deux gouvernements, u
M. Moresby se retira k Tamatave où l'agent Dayot lui fit fête. On retrouvera ce même Dayot en 1826 à Tananarive où —d'après une lettre d'un de nos résidents — «il logeait chez l'agent anglais et à ses crochets, s'intitulant toujours agent fran-
çiiis ». I.p mieux est de ne plus parler de ce gro- ., tesque, pour ne le pus qualifier nutrcmcnt. i
En rendant compte à M. de Freyeinet de la.; visite qu'il iivuit reçue, le commandant particu ni lier lui unnonc'iit qu'il envoyait directement bii|, ministre la lettre de M. Moresby et la répoiiseA| qu'il lui avait adiesséc. Et il ajoutait : \j
a Je vous prie, en faisant égîdement mention de' i cette visite anglaise îi Son Excellence, de l'engager à faire statuer en définitive par nos deux gouverne- ' ments; vous avez, daas nos archives, l'ordre de Sa Majesté Britannique de nous remettre, à Madagascaret autres lieux d'Afrique, tous les comptoirs, forts et autres points que nous possédions avant le 1" janvier 1790 : certes il est difficile de nous contester la possession de la presque totalité des points abordables de la côte orientale de Madagascar depuis le cap Sainte-Mnrie au sud de l'île, jusqu'au cap d'Ambre au nord.
« Les Anglais ne doivent pas avoir le droit de s'établir dans ces ports, puisque Sa Majesté Britannique, en dictant son ordre de 1816, motive qu'elle admet l'interprétation du gouvernement français pour les articles du traité de Paris de 1814, en ce qui concerne les diH'érents ports, forts, comptoirs et autres lieux situés à la côte d'Afrique et de Madagascar, sur lesquels il n'avait pas été statué d'une manière précise; en conséquence, ordonne à M. le gouverneur de Maurice
LA REPKISB BB POBSBSSIOR.
' lemettro aux autorités françaises de Bourbon I II ce que 1.1 France posst'dnit sur les eûtes avant [. 1" janvier 1790 ou 1792. H est d'autant plus Kil'.iessant pour nous d'pvoir une décision prélise, que vous remarquerez que je n'ai pas voulu ripondre à l'article de la lettre de M. Moresby qui parle des traités de Sa Majesté Britannique avec Radama, puissant chef de Madagascar. Vous sentez que, si jamais nous éprouvions quelques obstacles a nos établissements de Madagascar, il ne faudrait pas les attribuer à Radama, mais bien a l'astuce britannique qui, comme vous voyez, se sert de Radama pour en venir à ses fins.
« Je pense bien qu'avec votre assistance et votre l>u-nveillance pour les établissements fran<;ais en cotte île, nous parviendrons à ruiner le crédit l' inel des Anglais auprès de Radama. Mais enfin I vaut mieux être assuré de n'être pas troublé à
l' li^ique moment dans nos propriotés et, si les ■anglais ne fréquentaient pas Tamatave qu'ils n'ont pas le droit de considérer comme un poste ;i eux, nous les verrions bientôt abandonner leur système qui, jusqu'à présent, n'a pas été positivement celui du gouvernement britannique, mais seulement la marotte de M. Farquhar, si surtout l'on en juge d'après la conduite tout opposée qu'ont tenue ji cet égard, en son absence, messieurs les généraux majors Hall et Dorlinguc, agissant comme gouverneurs de Maurice. »
Comme on le voit, Sylvain Roux ne perJ pas une seule occasion d'affirmer nos droits et de fournir es pieuves il 1 appui de sou affirmatio
De toute cette belle lettre le gouverneur ne retint qu'une chose, c'est le fait, pai dnnt d'avoir correspondu directement avec le minit.tre; s'il ne l'en blâma pas... pour celte fois, il reprocha au commissaiie français, comme c verra plus loin, d'avoir répondu lui-même à M. Morcsby. C'étuit affaire à lui gouverneur de Bourbon.
Vers la même âpoque, Sylvain Roux apprit, d'un capitaine de navire de commerce nommé « Duwcher 11, que les Anglais voulaient s'<^tiiblir à \d baie de Vohémar. Il en informa immi^diatentent le goa- i vcrneurde Bourbon, u J'avais entretenu Son Excel- ] lence, écrivit-il, de cette baie et de ses avantages, ' mais je les connaissais peu alors et M. Duwcher . m'a confirmé dans la bonne opinion que je m'en étais d'abord formé. Il nous serait utile peut-être d'en l'aire prendre possession pendant que les - Anglais y songent encore peu : ce serait un second port que nous acquerrions sur cette côte, n
M. de Freycinel ne parait pas avoir accueilli avec enthousiasme ces ouvertures. Peut-ètie entendait-il se renfermer strictement dans les instructions qui lui avaient été données?
En même temps. Roux avait transmis au gouverneur de Bourbon une lettre très curieuse d'ui vieux traitant de Tamalave, nommé LagardJ
:e a un I ardèrcr I
lut, origtoairp de l'ile Maurice, avait » tndintes •éprises déclaré et sif^îfié aux deux gouvfrn*?ments qu'il était Français et bon Friiuçais, n'ayant jamais prêté le serment d'allégeance, et qu'il entendait garder sa nulion^lité. Voici cette lettre, que nous transcrivons avec les annotalions dont la fit suivre le commandant [taitiiulier :
« Vous me demandez des nouvelles ; M. Luquniitc
vous a écrit à peu près ce qu'il en est, pour ne pas
entrer dans des détnîls trop longs. Vous êtes
assuré de toute la bienveillance possible que vous
porte Ducasse!!!, il vous attend avec impatience;
on lui a dit que vous aviez l'art de guérir les muln-
Jies, ça lui n fait beaucoup de plaisir. 11 présume
<{Ui^ vous lui donnerez un moyen, ou plutôt un
I f'iiiéde, pour qu'il puisse se délivrer d'une vermine
!<i[it il est attaqué depuis quelque temps, il ne fait
i^-' parler de vous et désire voua voir pour vous
iiilirasser. Lorsqu'il apprendra votre promenade
il Jiiit faire le tiers du chemin pour vous chercher
■wc tous ses chevaux; vous pouvez être certain de
uipour les choses les plus flatteuses a votre égard,
il dit
que ^
i et lui serez les maîtres de.
pense que j'aurai le plaisir de vous voir à Tamatave du 1" au 3 d'avril, c'est un joli mois pour aller dans les rivières. Je vous laisse au plaisir de vous voir dans doux mois et demi à Tamatave.
Il Recevez les salutations cordiales de votre dévoué, « Lagabdéhr. »
An bas de cette lettre M. Roux a écrit :
« M. Lagardcre cherche à gazer les faits en disant Diicasse, au lieu de liadania. Il ne sera pas difficile de comprendre qu'il veut parler des Anglais, quand il parle de vermine. Lh où il met des points c'est de Madat^scar dont il veut parler. »
Roux et Lagardêre, ces deux enfants de notre belle lie de France, conquise par les Anglais, se rencontraient dans une haine commune de l'envahisseur, l'ennemi séculaire, l'Anglais, Mais en France et à Bourbon la raison d'État dominait tout,
L'année 1821 ne s'écoula pas sans que le commandant de Sainte-Marie fût entré en pourparlers et négociations avec divers chefs de la côte et eût même établi des relations fort étroites entre lui et plusieurs de ces chefs, notamment Tsyphanin ', chef très puissant, qualifié, dans le rapport déjà cité de M. Imbert, ic Panarack de ïintingue ».