LETTRE DE M. DE MÀHY. IX
grande patrie. Votre livre est l'acte d'un fidèle enfant de notre île bien-aimée.
Il portera de nouvelles lumières dans cette question de Madagascar que la politique de nos rivaux et de leurs amis avait su obscurcir, au point d'en distraire l'attention de la France, pendant de longues années, mises à profit contre la France. Les récents débats de la tribune et de la presse n'ont pas entièrement dissipé ces ténèbres. On était parvenu à semer dans notre public l'incertitude et le doute, non seulement sur l'importance' de notre grande île, mais encore sur la légitimité et la validité de notre droit. On avait même réussi à enraciner chez des Français, d'ailleurs sincères, une conviction anti-française, la négation absolue. Pour ceux-ci Madagascar ne vaut rien, la France n'y a donc aucun intérêt, et en tout état de cause, elle n'y a aucun droit. En revanche, l'île appartient à une jeune nation, sage, pieuse, progressive, douée des dons les plus précieux de l'intelligence et du cœur, éprise de civilisation anglo-biblique, et l'on nous impute à crime de vouloir l'entraver dans son essor, qui importe à l'avenir de l'humanité. L'intérêt de l'humanité n'estil pas supérieur à l'intérêt national français et aux droits séculaires de la France?... — C'est ainsi que l'histoire a été totalement travestie jusque dans des ouvrages français signés de noms considérables. On y trouve même le reproche, jeté de l'autre côté du détroit àlaFrance, de manquer de générosité; et l'inconscience y est poussée jusqu'à nous faire honte d'attaquer sans raison, dans son inofTensive faiblesse, 1 peuple hoval — langage et situation que les journaux satiriques de Londres symbolisent dans la fable : le Loup et ^Agneau. — L'agneau c'est le Hova, le loup c'est la
France. On voit l'horrible bête, se dissimulanq la broQSBe, les dents longues, le mufle su képi, le corps alTublé de l'uniforme du soldat fran^ prÉte à fie ruer sur le tendre agneau sans méfiance, doux, naïf, paisible, candide, idyllique.
Ce même peuple hova qui, par sa haute moralité, ses aptitudes civilisatrices et son goût du Chriatianismc angla î a autanl que par sa faiblesse, mérite nos égards, on nous le montre pourtant assez fort pour avoir subjugué toutes les peuplades environnantes dix fois supérieures en nombre, et assez habile pour avoir assis, sur l'iie entière plus grande que la France, > domination incontestée. On nous le dépeint couvert de son impénétrable ceinture de forêts et de marécages, appuyé sur une armée nombreuse, aguerrie, bien outillée, bien organisée, bien commandée, capable de noua braver et de nous faire payer très cher une agres-
Ces mensonges répandus sous toutes sortes de formes, àj'el continu, avec une patience insinuante que rien n'a rebutée dans un laps de quatre-vingts ont eu l'effet que leurs inspirateurs en attendaient. Une légende en est issue, l'hégémonie howa, que notre coEOplaiaance a fini par prendre pour la réalité.
Notre politique en a subi d'éti'anges répercussions. Nous avons été peu à peu amenés à nous comporter, envers les Hovas, d'après des principes qui ne sont pas ceux du sens commun. Nous avons changé, leur faveur, toutes les anciennes notions de l'arl de la guerre et de la diplomatie.
Nous les avons accoutumés à nous voir tout supporter d'eux. Puis, lorsque poussés à bout, nous noO*' sommes décidés à les mettre à la raison, en 1883, i