‹ La France à Madagascar, 1815-1895Chapitre 34 sur 71 · a Paris, le 7 janvier · texte numérisé non relu

a Paris, le 7 janvier

« Monsieur le Député et Cher Collègue,

« Vous avez bien voulu, par lettre du 20 décembre, m^adresser un manuscrit datant de 1825 et racontant la prise de Fort-DaupMn par les Hovas.

« Je vous prie d*agréer tous mes remerciements pour le don q^ae vous faites à mon Département de cet intéressant mémoire, (jue j'ai fait classer aux Archives coloniales dans la correspondance générale de l'Ile de Madagascar, sur laquelle nous possédons déjà d'assez nombreux documents.

« Agréez, Monsieur le Député et Cher Collègue, les assurances de ma haute considération.

« Le Ministre des Colonies, « Delcassé. »

HAllA<;ASCi.H

Alexandre Dumas n pour faire coQnaitre au pnys fl par la voie des journaux » la belle conduite du lieutenaDt de Grasse, commandant du Fort. II ne fait pas de phrases, mais quoi de plus attachani que ce récit, dans sa nudité fruste, un peu naïve parfois? Quoi de plus éloquent que ces simples lignes :

« Nous nous rendîmes au fort et nous dîmes à M. de Grasse de prendre, pour notre compte, des naturels l'I de les employer à travailler aux fossés, cl que d'ailleurs il pouvait disposer de nos bras et de nos moyens pécuniaires, comme il l'entendait, que nous étions prêta a péiir plutôt que de voir ces sauvages s'emparer d'un territoire qui, depuis deux cents ans, avait été la propriété de la France — »

La France! Ils sont quelques traitants, perdus dans le pays, isolés, loin de tout secours, à quatre mille lieues de la mère patrie, et ce qu'ils voient, ce qu'ils invoquent il cette heure oii ils vont peutêtre périr, c'est la France. Ils pourraieut encore fuir, ce serait facile, mais il faudrait abandonner les trois soldats malades et leur chef, défenseurs de Fort-Dauphin : ils ne fuiront pas.

Ils seront I^ pour sauver cette pauvre garnison quand, après une capitulation honorable, dans laquelle on avait stipulé que le drapeau continuerait !i flotter sur lo fort, les infortunés seront saisis traîtreusement par les Hovas.

Ils verront, en frémissant d'indignation et de

rage, fouler aux pieds le pavillon de France, tout ce qui est sacré, tout ce qui est aimé, tout ce qui est comme la patrie même, là-bas.

« Quatre jours après la capitulation, une vingtaine de soldats sans armes se rendirent au fort, où se trouvaient MM. de Grasse, Poireau et Roger, qui étaient dans leurs cabanes à causer; ils sautèrent sur eux en les tenant fortement, tandis que d'autres grimpaient pour atteindre le petit mât sur lequel était cloué le pavillon français, qu'ils foulèrent h leurs pieds. Fouler aux pieds le pavillon français ! Quelle honte était-ce pour ceux qui se trouvaient là! Ma plume se refuse à faire connaître une insulte aussi grave.... »

Il est de mode aujourd'hui de hausser les épaules devant ceux qui s'expriment ainsi et de ricaner le mot (( chauvinisme ».

Le lieutenant de Grasse avait compté sur les secours demandés depuis longtemps à M. de Freycinet, gouverneur de Bourbon. Trompé dans ses espérances , tombé aux mains des Hovas, il s'enfuit une nuit « par un temps affreux » et se réfugia sur un îlot, qu'il appela Saint-Charles et où, avec une patriotique ténacité, il fit de nouveau flotter notre drapeau.

Ce fut à un officier français, le commandant Penaud, qu'échut le triste honneur d'enlever, d'ordre du gouverneur de Bourbon, le cher symbole.

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médaille commémorative, et la génération actuelle, à qui une circonstance fortuite me permet de présenter son récit modeste, ne le connaîtra que sous les initiales H. Y. qui se trouvent au bas du manuscrit que m'a remis M. Valentin, ancien maire de Nossi-Bé — au temps où Nossi-Bé avait encore UQ maire.

Quant au commandant du fort, il eut le sort de tous ceux qui, à. toutes les époques, firent leur devoir à Madagascar : il connut la disgrâce , eomme la connut Sylvain Roux, comme devait la connaître un jour — dans une autre sphère et avec d'autres conséquences pour la France — l'amiral Pierre.

DÉPOSITION d'un témoin

(( Ce (ut dans le courant du mois de mars de l'année 1825 que les troupes de Radama vinrent s'emparer du Fort-Dauphin. Il y avait déjà plusieurs jours que les naturels nous disaient qu'elles étaient en marche lorsque, pour nous en assurer, nous fîmes le voyage de Manchianac; nous ne I pûmes nous imaginer que, de si loin, Radama ; eût envoyé une armée pour soumettre les chefs de la province d'Anos et s'emparer de Tétabh'ssement français. Mais comme il arrivait à chaque instant des courriers envoyés à Rabéfagnien, chef du village d'Ihiacha, par ceux des provinces

atljacentes, et qu'Us se plaisaient tous h dire qult y avait une avant-f^arde de l'armée campée dans le marais de Manchianac, nous nous déterminâmes M. Poireau, Ravua de Rumalilois ', le nommé Roger, soldat de la garnisoQ et moi, à y faire le voyage (l'officier commandant, M. de Grasseï nous remit une lettre adressée â Radama, le cro^-iint en personne). Nous partinies donc sur les huit heures du matin avec plusieurs mnrmittes; noas primes le chemin de la baie des gallions, nous passâmes au petit village Dambouve, nous couti* Dtiâmes notre route le long de la montagne en laissant Ihiacha à notre droite. Après avoir Irarersé tantôt des plaines de sable, tantôt des marais, nous arrivâmes au petit village de Manchiannac, presque exténués de fatigue. Un insWnl | après notre arrivée vint un naturel nous annoncer que les troupes de Radama étaient aux prises i avec les Antanossys; nous fîmes encore quelqne» ' pas et nous entendîmes des coups de fusil qui partaient de l'autre côté de la forêt que nom avions a traverser pour arriver ii l'endroit où nous pouvions voir. Nous nous plaçâmes sur un monticule qui dominait la plaine et là nous vîmes le choc qui eut lieu entre les soldats de Radama el les gens du chef Ramaalis, qui se trouvaient de

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